25 décembre 2012

Droit des femmes, retour sur une année. [#RIP2012]


Najat Vallaud-Belkacem est porte-parole du gouvernement et s'occupe aussi d'une tâche les plus ingrates, les droits des Femmes. La bonne cause qu'on ressasse depuis des lustres sans jamais daigner y apporter de remèdes massifs. Juste un peu plus que la moitié de la population du pays souffre d'un affreux besoin récurrent de rappeler qu'en matière d'égalité, le compte n'y est toujours pas.

Nous étions en 2012, et il était surprenant qu'un ministère des Droits des femmes soit enfin (re)créé. Pourquoi avait-il disparu ? La France est un pays de mâles. Pour certains, à gauche ou presque, c'était trop politiquement correct. Dommage pour eux.

Le sujet a de nombreuses fois été évoqué dans ces colonnes. L'actualité s'y prête, la crise aggrave toutes les inégalités, y compris celles-ci. Sous l'ancien régime, la promotion des droits des femmes fut épisodiquement défendue: la présence de quelques ministres femmes à forte personnalité ou la parité gouvernementale (provisoire) dès mai 2007, sans oublier la loi sur l'égalité salariale dans les entreprises (mais sans sanction), masquait mal combien le sujet restait évacué de la politique publique d'ensemble. Le pire fut atteint avec l'effroyable réforme des retraites, celle qui devait nous sauver. Les femmes étaient majoritairement perdantes: elles travaillent davantage à temps partiel, ont des salaires moins élevés, et des carrières plus morcelées par le chômage que les hommes. A la dernière minute et pour lâcher quelques biscuits à la contestation, le gouvernement Sarkozy avait fait une avancée pour les mères de famille nées avant 1956. Et c'était tout.

En 2012, l'actualité féministe était aussi ailleurs. Comme avec les Femen, ces militantes ukhrainiennes qui défilent seins à l'air pour mieux marquer les esprits. Leur dernière intervention, volontairement provocatrice comme elles le reconnaissent elles-mêmes, s'est déroulée en France, au milieu d'une manifestation parisienne contre le mariage pour tous. Il se trouvait quelques charmants Samaritains pour courser les jolies jeunes filles, et leur arracher quelques dents d'un coup de talon. Les Femens avaient eu le courage d'aller au front et de dévoiler jusqu'à quelles extrémités violentes la rage de certains peut les conduire.

Ailleurs dans le monde, la cause féministe était plus grave encore. Comme en Egypte, où les agressions contre les femmes se sont multipliées place Tahrir l'été dernier, jusqu'à celle d'une journaliste de France contrainte de taire sa souffrance. Ou, comme chaque année, en Afghanistan. En Arabie Saoudite, une militante dénonçait l'improbable incroyable, les maris barbus dotaient leurs épouses de puces électroniques pour mieux surveiller leur déplacement hors des frontières du royaume. Dans un pays plus latin, le Brésil, une jeune fille avait mis sa virginité aux enchères pour payer ses études. L'été dernier, les Jeux Olympiques de Londres nous ont montré des athlètes voilées tandis que d'autres couraient nues dans une publicité déconcertante.

En France, la cause était prétendument entendue, ... et pourtant. Le candidat Hollande avait publié quelque 40 engagements concernant les femmes. Ce n'était pas rien et il faudra s'en souvenir.

Les élections législatives de juin ont confirmé que les mâles sont encore là aux commandes. La présidence Hollande promettait plusieurs réformes sociétales, mais l'égalité des droits n'est pas la plus mince. Pourtant, la parité ne fut pas satisfaite dans les candidatures du parti socialiste à ce scrutin pourtant essentiel. Les railleries salement machistes qui ponctuèrent les premiers pas de la ministre Duflot n'étaient pas sans rappeler qu'il faudra encore quelques temps pour que l'évidence s'impose: le respect est une exigence qui doit s'imposer à tous.

Il y avait aussi, encore et toujours, ces publicités choquantes. Quelques exemples nous ont heurtés, comme ce vendeur de canapés qui comparait un trio de femmes à un trio de hyènes. Même dans le Nouvel Obs, une publicité obscurantiste contre l'avortement avait réussi a provoqué l'émoi. Un magazine de jeux videos s'effondra à comparer la dernière version de Lara Croft comme un appel bienvenu au viol de l'héroïne.

Le combat n'est jamais terminé.

Cette fois-ci, à l'heure des traditionnels bilans d'une année écoulée, nous pouvions au moins nous rappeler, enfin, quelques mesures, des symboles petits ou grands  qui méritaient une attention.

On ne nait pas féministe, on le devient.

A suivre.


3 commentaires:

  1. L'information à propos des maris saoudiens dotant leur(s) femme(s) de puces électroniques pour suivre leurs déplacements est erronée. En fait, les "gardiens" des femmes, pas nécessairement mariées, qui peuvent être leur frère, fils, père, oncle, cousin ou leur mari si elles en ont un sont automatiquement prévenus par SMS par SMS lorsque ces dames quittent le territoire saoudien, tout simplement parce que pour avoir un passeport, elles doivent remplir un dossier (jaune) où sont indiqués le nom et le téléphone du "gardien". Il semble que le truc ait été automatisé. C'est ainsi qu'un mari a reçu un SMS l'avisant que sa femme avait pris l'avion pour l'étranger alors qu'il était assis à côté d'elle dans l'avion.

    Et puisqu'on parle de la cause des femmes à l'étranger, je vais vous conter une petite anecdote (j'ai tout de suite pensé à Euterpe et Olympe en la lisant). Ça se passe aux USA, et ceux qui lisent l'anglais peuvent lire toute l'histoire ici :

    http://www.reuters.com/article/2012/12/22/us-usa-law-iowa-sex-idUSBRE8BL01X20121222?

    On a déjà vu, dans les séries américaines, des femmes faire un procès à un employeur qui les renvoie parce qu'elles sont trop grosses, ou trop laides (c'est basé sur la réalité). L'aventure de Melissa Nelson est différente, parce que Melissa est "canon", raison pour laquelle elle a été virée de son boulot au bout de dix ans.

    Melissa travaille pour un dentiste, James Knight, qui emploie d'autres femmes. En fait, il est le seul homme du cabinet. Melissa a, avec son patron, des relations strictement professionnelles, et n'a jamais flirté avec lui. Lui dit s'être plaint auprès d'elle, à plusieurs reprises, de ses tenues trop sexy (mais jamais indécentes, pour autant qu'on sache). Et puis, après des années, James Knight découvre la magie du SMS, et commence à communiquer avec ses employées par ce moyen. Il envoie des SMS à Melissa, des SMS professionnels dans leur grande majorité, mais il lui arrive de déraper, et il demandera par exemple combien de fois elle a eu un orgasme. Melissa ne répond pas à ce genre de SMS.

    Un jour, Mrs Knight découvre les SMS, et exige de son mari qu'il renvoie la belle, car elle met en danger leur mariage. Ce qu'il fait. Melissa lui fait un procès qui suivra les diverses étapes jusqu'à la Cour Suprême de l'état d'Iowa. Laquelle cour, composée de exclusivement d'hommes, a décidé à l'unanimité qu'un employeur pouvait renvoyer une employée s'il la trouvait irrésistible, quand bien même elle n'aurait eu aucun comportement séducteur. Les sept hommes précisent qu'il ne s'agit pas là d'une discrimination illégale.

    C'est pas bau, ça ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Nom d'un chien ! C'est pas beau, ça, évidemment.

      Supprimer
  2. merci pour l'anecdote US. j'avais entendu parler de la chose, assez curieuse. Sinon, l'automatisation du fichage des dames saoudiennes n'est pas franchement une bonne nouvelle...

    RépondreSupprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.