31 janvier 2013

Mariage Gay: comment l'hystérie française se poursuit

Le sujet est sensible, évidemment. En novembre dernier, il avait déjà secoué la twittosphère et quelques éditocrates en panne d'inspiration. Hollande avait simplement évoqué ce que d'aucuns avaient compris comme une clause de conscience. Cette fois-ci, après quelques manifestations, voici qu'une cascade d'errements hystériques frappa notre charmant pays.

Une catastrophe.

A l'origine, il s'agissait d'une promesse de campagne (l'engagement numéro 31 du candidat Hollande) et d'une avancée des libertés. Vu le contexte politique, certains ont rapidement qualifié le projet de diversion. Quand Hollande ne tient pas ses promesses, il trahit. Quand il les tiens, il divertit. Allez comprendre nos états d'âmes échauffées... A minima, reconnaissons que les réformes sociétales sont plus aisées à gauche que l'action économique ou fiscale.

Pour calmer les esprits, et faciliter l'adoption de cette promesse de la légalisation du mariage homosexuel, le président fait retirer la PMA. La Procréation Médicalement Assistée sera traitée plus tard, dans un autre texte. Elle clive d'ailleurs aussi à gauche.

Mais il fallait continuer le procès d'intention.

Le weekend dernier, Henri Guaino livra sa grande idée - organiser un référendum. Le gars - élu député dans une circonscription protégée des Yvelines en juin dernier - jouait au gaullisme "buissonnien". Il s'inquiétait de l'immigration qualifiée de nuptiale par ses nouveaux collègues de l'extrême fascisante. Car, croyez-le, le mariage pour tous allait donc favoriser l'immigration clandestine ! "L’étude d’impact ne s’arrête nullement sur les flux d’étrangers qui pourraient vouloir venir se marier en France du fait de ces nouvelles dispositions" a-t-il écrit. Pauvre homme, intoxiqué par ces années de débats sarko-buissonniens sur l'identité nationale. Guaino était suivi par un autre dérangé de l'affichage médiatique, Laurent Wauquiez. L'ancien secrétaire d'Etat de Nicolas Sarkozy voulait aussi un référendum. Un député socialiste lui rappela en pleine assemblée qu'il prétendait l'exact contraire voici peu.

Mardi 29 janvier à l'Assemblée, la ministre avait livré un très complet rappel historique à une assistance visiblement perdue dans les travées de droite: le mariage civil est une affaire de liberté. Et la ministre livra aussi une leçon d'éthique républicaine.

Pourtant, contre un projet qui étendait encore davantage cette liberté à une fraction qui en était encore exclue, l'opposition UMPiste a lâché 5.166 amendements. Au-delà de l'habituelle tactique d'obstruction - pratiquée à gauche comme à droite - c'est le contenu de certains amendements qui a choqué. Leurs auteurs visaient le grotesque ou l'insulte. Jacques Bompard, cet ancien néo-frontiste et maire d'Orange, suggérait de supprimer le mariage tout court, autoriser les unions incestueuses, ou donner aux enfants adoptés le prénom de l'officier d'état civil qui reçoit la déclaration... Deux autres amendements cosignés UMP et Front National voulaient donner la possibilité aux maires ou adjoints de refuser la célébration d'un mariage homosexuel, pour "objection de conscience", rapportait le JDD.

Mercredi matin, la France devait s'inquiéter d'une circulaire signée par la Garde des Sceaux, exhumée par je-ne-sais-quel enquêteur médiatique: le ministère enjoignait les greffiers de délivrer un certificat de nationalité française pour les cas où il existe un lien de filiation avec un Français. Oh Mon Dieu !

Quel scandale ! Un à un des ténors anti-mariage gay défilèrent sur nos plateaux radio-télévisées pour exprimer leur indignation ! Cette gôche satanique légalisait la GPA (*) !!. A les écouter, c'était la preuve de l'intention cachée du gouvernement, et, derrière lui, de ces "groupes de pression minoritaires qui veulent fragiliser le mariage" (Marion Maréchale Le Pen). ces gens-là étaient prêts à tous les amalgames. Primo, cette circulaire n'avait rien à voir avec le projet de mariage gay. Secundo, pouvait-on s'amuser enfin de constater combien ces prétendus défendeurs des droits des enfants étaient incapables de saisir cette situation dramatique ?  Tertio, cette circulaire ne visait ... que 40 cas bien réels recensés en 4 ans. Quarante enfants que l'on qualifiera de fantômes, dix par an. 

Le même jour, des catholiques intégristes se sont livrés à une prière de rue à Paris, devant l'Assemblée nationale contre ce fameux mariage pour tous. Où était donc cette droite soudainement laïcarde quand certains musulmans nous encombraient des mêmes manifestations de rue ? Nulle part. Pire, cette démonstration fut jugée légale et autorisée. Quelle tolérance républicaine ! « Les prières de rues ne sont pas interdites en tant que telles dès lors que leur périodicité et leur ampleur ne troublent pas l’ordre public » confirma mercredi la préfecture de Paris.

A l'Assemblée, le dérouté François Fillon fut à la traîne de son rival Jean-François Copé: "le projet de loi remet en cause le cadre juridique et fondamental du mariage" justifia-t-il... 

Au final, il ne s'agissait que d'une promesse de campagne à réaliser, et une avancée des libertés. Pourquoi donc tant de haine et de soupçon  ?

A suivre...







(*) Gestation Pour Autrui

30 janvier 2013

Borloo se couche encore.

L'ancien ex-candidat centriste à la présidentielle a encore une fois décliné. Il faudra un jour se pencher sur l'histoire de cet ancien avocat d'affaires de Bernard Tapie devenue icône centriste Sarko-compatible.

En septembre 2011, près d'un an après sa sortie du gouvernement, il avait lâché ses propres troupes en pleine campagne. Nicolas Sarkozy, candidat depuis 4 ans déjà à sa propre réélection, l'avait décapsulé de la compétition présidentielle en quelques pressions bien placées. C'en était triste pour celles et ceux qui croyaient au centre autonome.

Jean-Louis Borloo, cette semaine, a encore décliné. Il ne sera pas candidat à la mairie de Paris en 2014. Il avait pourtant fait quelques efforts, et même constitué un groupe autonome à l'Assemblée, l'UDI. C'est une fatalité.

Notez les initiales, finalement, elles ne serviront que peu, l'Union des Démocrates et Indépendants. L'UDI est d'abord l'Union des Démocrates Indécis. Jamais au combat, toujours à l'affut. C'était triste. Les convictions politiques n'y sont pour rien. A l'automne 2010, Borloo est débarqué du gouvernement. François Fillon, autre paillasson politique du sarkozysme politique, a gagné. Borloo se réfugie dans son Parti Radical affilié à l'UMP, à coup d'un million d'euros annuel de subvention directe. Forcément, il hésite à prendre son indépendance...  Au printemps d'il y a deux ans, Borloo hésite. Son parti hésite donc à se séparer du million d'euros de subvention du parti majoritaire de l'époque. En juin de la même année, il hésite encore. La présidentielle de 2012 arrive et Borloo hésite encore. Il reste discret. Il votera Sarko et laissera donc le confrère Bayrou seul en rase campagne. Ce dernier aura le courage de ses convictions, pour appeler à voter Hollande. Le Parti socialiste ne lui fera pourtant aucun cadeau pour la législative suivante. Pourrait-on appeler cela du courage ?

Après les élections législatives de juin, c'est la presque surprise. Voici Borloo qui parvient à créer un groupe à l'Assemblée nationale. On n'y croyait plus. Rassurez-vous, rien ne change finalement.

Borloo hésite encore. Il y a quelques jours, le 25 janvier 2013, le leader centriste tenait enfin sa première réunion participative... Ah mince... c'était à Neuilly-sur-Seine, le sacro-saint fief de Sarkofrance...

Rien n'a changé. On évoque les municipales de 2014 dans la capitale du pays. Mais Borloo hésite, encore.
«Alors évidemment, moi je dois défendre l’ensemble des candidatures, à Strasbourg, Lille, Angoulême, Lyon, Caen... et je dois préparer les européennes»
Borloo s'exprimait ainsi devant des parlementaires et sympathisants de l'UDI à l'Hôtel de Ville de Paris, lundi soir, à la cérémonie des vœux de leur fédération parisienne. Quelle déception pour ces représentants d'un centre-droit enfin affranchi des oukazes sarko-buissonniens !

A en croire quelques témoignages et rapports de journalistes, la séquence fut donc terrible. Monsieur Borloo tendit la main... à l'UMP.
«Aujourd’hui, je tends la main à l’UMP pour qu’il y ait une véritable concertation, loyale, publique, transparente et réelle, qu’on bâtisse ensemble l'équipe»

Sans commentaire. Voici donc Jean-Louis Borloo tendre la main ... à Jean-François Copé. L'homme des pains au chocolat, de la droite décomplexée. Copé défilait voici 15 jours contre le mariage pour tous au nom des racines chrétiennes de la France....

Sans commentaire...

29 janvier 2013

Taubira, un discours pour l'histoire.


Retrouvez l'intégralité de l'intervention de... par LCP

Merci.

Sarkozy: joyeux anniversaire !

Il a 58 ans depuis hier. Son ami Brice lui a mis en ligne un site mémoriel.

Histoire d'entretenir la flamme.

Le site comprend quelques rubriques prometteuses: Idées Reçues (avec actuellement une première video de Brice Hortefeux réagissant à la libération de Florence Cassez),  Témoignages (où chacun peut laisser quelques lignes d'admirations pour l'ancien monarque), des articles d'Actualités , des Photos de la vie de Sarkozy depuis sa tendre adolescence politique, quelques-uns de ses discours politiques (il manque bizarrement celui de Grenoble le 30 juillet 2010), une courte page de Bilan 2007-2012, et les Videos les plus marquantes.


L'auteur de ce blog a un cadeau: l'intégralité de Sarkofrance est gracieusement disponible pour compléter ce musée virtuel.

Joyeux anniversaire, Nicolas !




Mali: la guerre des leurres aura-t-elle lieu ?

Depuis la guerre du Golfe, la première, celle de 1991, nous avons l'habitude des leurres et tous genres. Ce dernier conflit avait été le premier ultra-médiatisé sans contradiction ni contre-pouvoir. Depuis, le fiasco de la seconde guerre en Irak, le fiasco afghan ou la guerre en Libye nous ont habitués à la vigilance. La guerre médiatique se truffe rapidement de leurres en tous genres.

Foulard de mort
Dix jours à peine après son démarrage, l'intervention au Mali faisait scandale à cause d'un cliché qui ne méritait pourtant rien. Un photographe avait saisi un soldat français debout, armé, et le visage masqué par un foulard à la tête de mort qui faisait penser à un jeu video. Editocrates, néophytes et bonnes âmes en tous genres se lâchèrent quelques heures durant contre ces soldats qui jouaient au va-t-en-guerre, au point que la haute hiérarchie crut bon lancer une enquête interne: « Vêtu ainsi, il ressemble à Ghost, un personnage du jeu vidéo de guerre "Call of Duty" », relatait-on. C'était faux et archi-faux. Comme l'expliqua Guy Birenbaum dès le lendemain de cette fumeuse polémique, le militaire ne faisait que se protéger du vent de sable; ce type de foulard est commun à l'armée, et ce sont même les jeux videos qui s'en sont inspirés.

Cette anecdote, tristement prévisible, illustrait combien il faut rester zen, distancié et méfiant avec les images rapportées de la guerre.

Philosophe en guerre
Il fallait inviter Bernard-Henri Levy. Impossible de faire autrement quand une nouvelle guerre à potentiel humanitaire se déroule à quelques heures de Paris. Le philosophe de gauche enrageait peut-être de n'avoir le statut de conseiller spécial comme il l'avait auprès de Nicolas Sarkozy du temps du conflit libyen.

Ce lundi 28 janvier, le voici regretter l'absence de l'Europe. Il enfonce les portes ouvertes avec une énergie non feinte. L'Europe politique reste un leurre. A quoi encore pousser des cris contre l'absence de leadership européen ? Comme toujours, BHL a la formule qui claque jusqu'à l'agacement: «l'Europe est en train de mourir à Tombouctou, et dans certains pays de l'Est et du Centre où le fascisme et le populisme divers remontent». Sans surprise, il est heureux de l'intervention française: « François Hollande a eu totalement raison de lancer cette guerre et l’Europe a totalement eu tort de ne pas l’accompagner».

BHL s'agite. En fait, il développe sur les ondes la même antienne que cette UMP désoeuvrée qui cherche un positionnement politique. Un machin à mi-chemin entre la trahison en grande pompe et l'effroi politicien. L'Express de Christophe Barbier livrait quelques-unes de ses colonnes à l'autre effroyable Arnaud Danjean, désormais Président de la sous-commission Défense et Sécurité au Parlement européen version PPE. Selon lui, la France est trop isolée. Pire, « reprendre le Nord-Mali et en chasser les islamistes armés, ce n'est ni faisable seul ni souhaitable. Sauf à être prêt à prendre le risque considérable de lourdes pertes et de dommages collatéraux. » L'ancien sarkozyste révèle quelque chose. Le sarkozysme est d'un courage limité.

Pourtant, les Européens avaient prêté une dizaine d'avions transporteurs pour la Misma. Le Monde citait aussi l'aide - modeste - des Emirats arabes unis et celle du renseignement américain.

Guerre propre ?
Dimanche, la rapide avancée des troupes franco-maliennes vers le Nord s'est déroulée sans combat jusqu'à Tombouctou. La presse officielle algérienne est ravie. On s'en doute. L'envoyé spécial d'Europe 1 s'esbaudit devant une telle réussite. Celui de France 2, dimanche dernier, se croit dans un remake de Paris brûle-t-il? version Tomboctou ("C'est bon mon colonel, la ville est à vous"). Nous avions également ces images des caméras militaires nous filmant quelques actions comme dans un mauvais jeu.

Il était difficile de ne pas penser à la seconde guerre en Irak. En mars 2003, les troupes américaines et de leurs alliés avaient pénétré l'Irak jusqu'à Bagdad comme un couteau aiguisé dans une motte de beurre tiède. On connaît la suite. Mais la comparaison s'arrête là. Les organisations islamistes qui contrôlent le Nord du pays et menaçaient de fondre sur le Sud et Bamako sont bien différentes de l'ancienne armée irakienne. Le Mali n'est pas l'Irak. Notons simplement qu'une grande prudence est nécessaire.

L'absence de combats et/ou de morts est un autre leurre. La guerre propre n'existe pas.

Une douzaine de civils auraient été tués lors de raids français dès le premier weekend de l'intervention, le 12 janvier dernier. La révélation est de THE INDEPENDENT, relayé en France par Arrêt sur Images. Le quotidien britannique est avare en détails, notamment sur ces sources. Jusqu'à lors, cette guerre était étonnamment propre. 

Guerre sale
Lundi, Hollande a réagi. La France n'ira pas débusquer Aqmi dans ses montagnes. « La France n'a pas vocation à rester au Mali. En revanche, notre devoir c'est de faire en sorte que nous puissions permettre aux forces africaines de donner au Mali une stabilité durable. » L'objectif est de reconquérir les villes.

Et après ?

Après, des actions terroristes sont à craindre, en ville ou ailleurs. Lundi soir, les autorités françaises ont précisé la chose. Des menaces du côté nigérian ont été reçues.

La guerre propre n'existe pas.

A gauche, certains aimeraient que la France plie bagages, immédiatement.

Et après ?

La diplomatie facile n'existe pas.






28 janvier 2013

Immigration ou Roms: stop aux caricatures... ou encore ?

La politique migratoire fait moins parler d'elle. Et c'est heureux. Certains y voient l'évidente trahison d'un gouvernement socialiste trop prompt à renier ses principes ou ses promesses. L'argument est un peu court, sans preuves et surchargé d'a priori accusatoires qui finissent par desservir ceux-là même qui voudraient que cela se passe différemment et surtout mieux.  

1. Quand la police de France avait des instructions chiffrées, appuyées par des discours bellicistes au plus haut sommet de l'Etat et des points presse réguliers d'un ministre de l'Identité nationale, la nécessité de rapporter cette politique glaçante pour notre République était évidente et irréfléchie. Depuis mai 2012, nous sommes dans un autre monde.

N'en déplaise à cette actrice Josiane Balasko qui râlait contre Manuel Valls, la politique migratoire n'est plus la même depuis mai dernier. Caricaturer ses insuffisances ne fait pas avancer le débat puisque ce dernier doit se conduire à gauche. A la fois, rien n'a changé et tout a changé.

Sur le terrain des promesses, d'abord, le candidat Hollande n'avait fixé aucun objectif de régularisation de clandestins, mais simplement une clarification des critères, et un assouplissement des conditions de naturalisation. Pour certains associatifs, même si ces deux dernières promesses ont été satisfaites sur le papier, c'est encore insuffisant.

2. Quand le chef de l'Etat lui-même lançait la charge contre les Roms, circulaire ciblée à l'appui, un jour de fin juillet à Grenoble, il fallait réagir. Cet homme, Nicolas Sarkozy, s'était choisi un épouvantail. Aujourd'hui, nulle autorité n'a convoqué de caméras pour instrumentaliser une quelconque "chasse aux Roms". Quelle tristesse de constater que certains ne voient pas cette différence. Concernant les Roms, la dernière séquence estivale a fait des ravages. Le gouvernement s'est empêtré dans une mauvaise affaire - la destruction de camps sauvages, l'expulsion de ceux qui n'étaient ni français ni régularisés, et l'absence de relogements adéquats.

3. L'immigration ne doit plus être un sujet d'instrumentalisation politique. Facile à dire, difficile à faire. Mais le pays et la gauche ont trop souffert de cette instrumentalisation permanente. Ceux qui perdent à ce dernier jeu sont les immigrés eux-même. Il y a donc un délicat équilibre à trouver entre la dénonciation de ce qui ne va pas et la "pacification" du débat politique sur ces sujets.

4. Il y a toujours des immigrés clandestins. Certains, ô surprise, sont toujours expulsés. Le ministre de l'intérieur a reconnu que près de 36.000 de ces derniers avaient été renvoyés chez eux l'an dernier. C'est beaucoup plus que sous Sarkozy. Il était ridicule, en Sarkofrance, de fixer des objectifs d'expulsions. Cela légitimait toutes les dérives puisqu'il fallait trouver le clandestin. Dès l'automne 2007, nous eûmes donc droit à la mise en scène de rafles à la sortie d'écoles ou dans des squares. Il n'y a plus aucun objectif chiffré, seulement des critères et des expulsions quand ces derniers ne sont pas respectés. RESF - pour ne citer qu'elle - sensibilise encore ses soutiens à chaque cas d'expulsions litigieuses. Mais ces alertes semblent moins nombreuses depuis mai 2007 (5 en janvier 2013; 12 en décembre 2012; 15 en novembre 2012).

5. Il y a toujours des faits divers qui sont détestables, des situations humanitaires désastreuses, des cas individuels d'expulsions ou de destructions de camps de Roms (puisque les deux sujets sont régulièrement mélangés) qui nous font honte. Il faut les relater, sans se tromper de critiques, sans amalgamer tout et n'importe quoi.

 A Ris Orangis (Essonne), un maire socialiste a préféré installer treize élèves roms dans une classe séparée, dans un gymnase voisin, plutôt que de les scolariser dans l'établissement. Il a un bon argument, des classes surchargées. Mais le symbole est odieux, et la solution illégale.

Philippe Alain, sur son blog hébergé par Mediapart, rapporte la situation de cette classe spécialement créée pour des enfants Roms à Saint-Fons. Le symbole - une classe "ethnique" - est odieux. Mais Philippe Alain devient excessif quand il se réfère à l'Apartheid digne de l'Afrique du Sud pré-Mandela ("On a connu pire, c’est vrai, mais c’était en Afrique du Sud du temps de l’apartheid"). L'Apartheid était un régime qui refusait le droit de vote aux non-Blancs. Cette forme "godwinnesque" de la politique est contre-productive et détestable. Elle exprime une rage sincère mais se disqualifie par l'assimilation à des régimes odieux. Il est légitime, nécessaire, de rappeler, préciser, souligner combien la scolarisation de cette vingtaine d'enfants roms est inacceptable (pas de cantine, des locaux séparés, un hébergement dans une salle de commissariat). Il est absurde et malhonnête d'omettre de donner la parole à la défense - la municipalité où sont logés ces Roms n'a plus de places scolaires.

La France est une démocratie. 

Il y a des recours, comme le Défenseur des Droits.

Les associations ont l'expression libre, voire même financièrement aidées par des organismes publiques.

La France devrait savoir traiter de ces sujets sans heurts ni violences, sans amalgames ni caricature. 

A suivre.



Lire aussi:



26 janvier 2013

Hollande a besoin de journalistes utiles [299ème semaine politique]

Les deux fondateurs d'un magazine hors du temps mais baptisé XXI avaient choisi de fêter le cinquième anniversaire de leur profitable revue par un joli manifeste, une ode au travail journalistique réfléchi, au journalisme utile.

Cette semaine, 299ème de nos chroniques, illustrait trop parfaitement leur propos.

Jeudi, un journaliste est persuadé qu'Hollande a décidé d'abandonner sa taxe à 75%, celle-là même retoquée par le Conseil Constitutionnel. L'Elysée dément mais qu'importe. Ceux qui critiquaient cette taxe critiquent aujourd'hui son abandon. Le Figaro évoque l'embarras du gouvernement. Vendredi, Matignon annonce un texte d'ici un mois.

Polémique inutile, concentration médiatique anecdotique. Où est passé le journalisme utile ?

Divertir
Fessenheim sera fermée d'ici la fin du quinquennat. Pourquoi donc s'interroger ? La Fabrique de l'Opinion cherche des sujets, le JDD évoque ainsi des doutes sur les intentions gouvernementales, citant le Monde qui publie des extraits de rapports ministériels rassurants sur la sécurité de la centrale. Du coup, l'Elysée et la ministre de l'Ecologie Delphine Batho reconfirment la promesse.

Polémique éteinte, distraction médiatique

Des députés fourbissent leurs arguments contre le mariage pour tous. Cette affaire finit par agacer, elle occulte de plus graves sujets. La presse invite encore l'excentrique neo-réac Frigide Barjot. Un contigent d'UMPistes est allé exiger devant l'Elysée d'être reçus par le président lui-même. Hollande refuse. L'UMP est en vrac.  Elle organise une journée thématique sur la famille. Jean-François Copé revient d'Allemagne. Il suivait François Hollande parti là-bas célébrer le 50ème anniversaire du Traité de l'Elysée pour dire combien la France était mal partie. Vendredi, Hollande reçoit trois représentants auto-proclamés de la cause anti-mariage gay pendant quelques minutes. A la sortie, il balance un communiqué rappelant que le texte sera voté.

Il est à Lille, pour des voeux au monde associatif. Il fait l'aller-et-retour en avion... Voici quelques articles gâchés pour savoir si sa promesse de campagne de voyager en train serait enterrée. Non, mais Hollande doit pouvoir rentrer rapidement pour cause d'opération malienne.

Il faut rappeler que nous sommes en guerre. Les mots ont un sens.

Au Mali, les troupes franco-maliennes progressent vers le Nord, prudemment. L'une des organisations islamistes, Mujao, est d'accord pour négocier la libération d'un otage français qu'elle détient. En métropole, le Point fait sa une sur trois leaders d'Al Qaïda. On dirait les Dalton. Barack Obama, intronisé lundi pour son second mandat, passe un coup de fil de soutien à Hollande. Le Royaume Uni envoie des avions. Des renforts togolais sont arrivés. A Paris, on fait mine de découvrir que la France a des intérêts en Afrique, et notamment en uranium dans le Niger voisin. Jean-Luc Mélenchon continue son opposition, sans clarifier s'il est aussi hostile à l'intervention elle-même. On regrette une plus grande intervention européenne, mais l'Europe reste un nain politique. David Cameron promet à ses concitoyens un référendum sur une sortie de l'Union...

Des enseignants parisiens, nombreux, font grève contre un réaménagement d'horaires. En Sarkofrance, on aurait dit qu'ils défendent leurs avantages acquis. En Hollandie, comment appeler cela ? Jeudi, l'animateur de France Inter lâche cette improbable question: y-a-t-il un problème Peillon ? Le même animateur s'abstenait bien de décrire dans le détail la dite réformette qui suscitait cette grogne. Non, ce fichu journal radiophonique de 8 heures, ce jeudi matin hivernal, ne nous livrait qu'un prédécesseur (de droite) de Peillon confier combien l'Education est difficile à réformer, et quelques témoignages d'enseignants combien ils étaient déçus, déçus, déçus.  

D'ailleurs, les médias sont peu prolixes sur le sujet. La France manque d'enseignants.

Expliquer
Le même jour, Jean-Marc Ayrault corrige une injustice: il annonce au Sénat le rétablissement de l'Allocation Equivalent Retraite, supprimée par la droite en 2011. C'est une excellente nouvelle. Mais insuffisante. Quelque 200.000 chômeurs arrivent en fin de droit chaque mois, et sont précipités vers les minima sociaux.

Mardi, des ouvriers en colère de PSA et de Renault se retrouvent devant les caméras. Cette solidarité ouvrière fait plaisir. Les deux constructeurs automobiles ont annoncé des suppressions de postes. Depuis 2008, ouvriers et employés ont payé le plus lourd tribu lors des grosses vagues de licenciements. La Cour des Comptes le rappelle, mais la Fabrique de l'Opinion préfère s'attarder sur autre chose, la prétendue trop généreuse indemnisation des chômeurs. Ce n'est pourtant pas ce que dit la Cour des Comptes.

Justement, sur les politiques de l'emploi, la Cour critique, dénonce, fustige. C'est son rôle, malgré ses partis-pris. La presse (libérale) retient d'abord que le système va craquer. Quelques éditocrates s'en délectent. Jean-Pierre Elkabach, vendredi matin sur Europe1, demande à Michel Sapin, ministre du travail, comment il compte remédier aux 15 milliards d'euros d'abus qui déséquilibrent les comptes de l'UNEDIC. Sapin s'étrangle avec  raison.

Nulle part la Cour n'évoque des abus. Elkabach est quelqu'un d'éminemment grossier avec la vérité.

La Cour s'inquiète de la soutenabilité du régime d'assurance chômage. Elle regrette que le gouvernement Sarkozy ait tant tardé à répondre à la crise, que ses premières lois sur le travail ait aggravé le problème (offre raisonnable d'emploi, rupture conventionnelle, etc) plutôt qu'améliorer des dispositifs existants. Elle ne comprend pas pourquoi la formation professionnelle ne cible pas les plus précaires. Elle s'interroge sur l'inefficacité des contrats aidés version Sarkozy - mal ciblés, trop courts et avec trop d'accompagnement.

En décembre, le chômage est resté stable à 3,39 millions de sans-emplois (+272.000 sur un an !), sur un total de 4,6 millions d'inscrits à Pôle Emploi. Mercredi, le dispositif de contrat de génération - l'une des promesses phares du candidat Hollande - est voté à l'Assemblée par la gauche réunie. Environ 500.000 embauches sont espérées dans les 5 ans. Les députés ont ajouté une application immédiate pour les petites entreprises. L'UMP a voté contre, à quatre exceptions près. L'UDI s'est retranchée derrière l'abstention. 

Les votes ont un sens.

Rappeler
Le gouvernement supprime l'aide à la scolarité des enfants d'expatriés fortunés. Des critères de revenus ont été (enfin) instaurés pour décider de l'octroi des bourses aux quelque 115.000 élèves concernés. Il faut bien détricoter ces aberrations sarkozystes. Car l'ancien monarque avait parachevé le système en décidant le remboursement intégral des frais de scolarité des lycéens alors que son fils Louis entrait justement au lycée à New-York...

Sarkozy chercherait un milliard d'euros, la somme est gigantesque, la révélation est de Laurent Mauduit, chez Mediapart. L'ancien monarque voudrait diriger un fond d'investissements. Il aurait sollicité quelques grandes banques et même des fonds souverains (Qatar, Singapour). Le journaliste cite des preuves obtenues par les enquêteurs de l'instruction sur l'affaire Bettencourt, lors de leur perquisition du domicile et du bureau de Sarkozy l'an dernier. Mauduit ne dit pas s'il a des preuves. Le journalisme utile est aussi celui qui sait s'appuyer, de temps à autre, sur des faits différents de la seule bonne foi de son auteur.

La libération de Florence Cassez, cette Française emprisonnée au Mexique depuis 7 ans et condamnée à 60 ans de prison pour enlèvement, attire toutes les attentions. De l'émotion sur tous les écrans, un vrai bonheur, mais on dépasse la surdose. Pire, quelques sarkozystes tentent de défendre que la manière forte de leur mentor a porté ses fruits. Quelle curieuse réécriture de l'histoire !  Dans les médias, on tend son micro pour relater les petites phrases, mais on ne rappelle pas les faits, les déclarations. On ne re-publie rien. Et pourtant, rappelez-vous cette provocation suprême, en février 2011. Sarkozy déclarait « maintenir, en accord avec Florence Cassez, l'année France/Mexique. La supprimer serait une offense au peuple mexicain. » Mais il décidait dans le même couplet de la dédier à ... Florence Cassez... Et un mois plus tard, il annulait l'ensemble... Fichtre... Ni fermeté, ni diplomatie, des valses-hésitations et un grand fiasco à l'arrivée...




A suivre....



25 janvier 2013

Chômage: tout revoir, mais pour qui ?

Il paraît que le rapport était choquant. Tour à tour, notre presse nationale et même radiophonique ou audiovisuelle s'est emparée des dernières révélations de la Cour des Comptes sur l'assurance chômage.

Régulièrement, une certaine presse s'affole. Plutôt libérale ou franchement ultraconservatrice, elle s'effarouche régulièrement quant à la dépense publique fut-elle sociale. Elle traite de . En octobre dernier, un (apprenti) éditocrate du JDD est péremptoire: « Chaque mois, 30.000 Français basculent dans le chômage. Et notre système est généreux. » Il osait même la comparaison rapide des maxima d'indemnités d'un pays à l'autre (6.160 € par mois en France contre 2.215 euros en Allemagne, 1.422 euros en Belgique, 1.119 euros en Italie), sans rappeler qu'en France, l'indemnité moyenne en France est en fait de 1.100 euros. Et les chômeurs concernés par cet heureux plafond de plus de 6.000 euros n'étaient que deux milliers.

L'assurance sociale est un objet de fixation. Déficits, assistanat, les mots sont vite lâchés. Cette fois-ci pourtant, le rapport de la Cour des Comptes ne traite pas seulement de l'indemnisation des chômeurs. Mais c'est ce sujet-là qui déboule en pleine page ou en couverture de nos quotidiens nationaux (Le Figaro, Les Echos, Le Monde).

Il fallait donc lire le dit rapport pour comprendre que la Cour avait d'autres conclusions, et que certaines de ces révélations n'en étaient pas. L'étude couvrait certes l’indemnisation du chômage, mais aussi les dispositifs visant à l’incitation ou à la création d’emplois et la formation professionnelle continue.

1. La Cour rappelle que l'ensemble des politiques de l'emploi coûtent 50 milliards d'euros par an. Elle souligne, sans surprise, combien la crise a aggravé le marché du travail en France. Seulement, en France, et l’évolution du chômage depuis 2008 a été « plus défavorable que dans plusieurs pays européens ». Plus intéressant, elle relève deux tendances bien connues et sous-traitées par nos médias habituels, deux« spécificités françaises ».

2. Les employeurs ont préféré la flexibilité externe (i.e. le licenciement) à la flexibilité interne (i.e. la réduction du nombre d’heures travaillées via, par exemple, le chômage partiel): « la quasi-totalité de la baisse du nombre total d’heures travaillées a été absorbée par la baisse de l’emploi, le nombre d’heures travaillées par salarié étant resté relativement constant pendant la période observée. » En d'autres termes, les entreprises ne souffrent pas d'un handicap de flexibilité à licencier, elles l'ont fait massivement depuis 2008. Mais, a contrario, le manque de flexibilité interne est un vrai sujet.

3. Autre constat de la Cour, quasiment occulté, « la dégradation de la situation des salariés les plus précaires ». Ce sont les personnes les plus fragilisées de la population active qui apparaissent comme « les principales victimes de la crise »: les sorties d'emplois, toutes causes confondues, ont respectivement bondi de 28% et 17% pour les ouvriers et les employés entre 2008 et 2009, alors que ce nombre restait stable pour les autres catégories. La Cour a identifié les victimes, les salariés en emploi précaire « qui voient se succéder des séquences d’activité courtes entrecoupées de périodes de chômage », les chômeurs qui, « après une rupture professionnelle ne parviennent pas à retrouver un emploi en raison de l’obsolescence de leurs qualifications.»En conséquence, le « dualisme du marché du travail » s'est également aggravé, entre, d’une part, des « travailleurs relativement protégés à l’emploi plutôt stable et, d’autre part, des travailleurs plus exposés, à l’emploi temporaire et aux mobilités fréquentes et non volontaires.» En d'autres termes, la France connaît la même précarisation croissante des travailleurs qu'Outre-Rhin. L'emploi temporaire représente 15% des actifs en France, comme en Allemagne (contre 12% en moyenne dans l'OCDE). La DARES estime qu’en 2009, environ 1,7 million de personnes ont été intérimaires un jour au moins dans l’année.

4. Cette précarisation des chômeurs se détecte aussi dans les « ruptures » dans l'indemnisation subies par les mêmes chômeurs les plus précaires. Indemnité chômage, RSA ou RMI, ces prestations sont « attribuées selon des paramètres et des logiques différents, alors qu’elles sont susceptibles de concerner les mêmes populations au cours du temps.» Du coup, souligne la Cour, ce système conduit à des « ruptures dans la prise en charge des demandeurs d’emploi, l’allocation de solidarité spécifique (ASS) ne prenant pas systématiquement le relais de l’assurance chômage et la prise en charge par le revenu de solidarité active n’étant ni automatique ni toujours possible.»

5. Pour les chômeurs, l'indemnisation est plus généreuse qu'ailleurs... quand elle existe. Mais la Cour est précise: le régime est plus protecteur parce qu'il se déclenche avec peu de cotisations (depuis 2009, 4 mois dans les 28 derniers mois); ses extrémités (indemnités minimale et maximales sont plus élevées; la durée d'indemnisation est plus longue qu'ailleurs en Europe (mais sauf en Allemagne, en Espagne, et au Danemark). Pour mémoire, comme nous le rappelions en octobre dernier, le taux d'indemnisation est en France dans la moyenne européenne:  1.121 euros. Et 50% des indemnisés reçoivent moins 980 euros mensuels bruts. 

6. De moins en moins de chômeurs sont indemnisés. Ils sont moins de la moitié à touché quelque chose de l'UNDEIC: « le régime a perdu de son efficacité en termes de couverture des demandeurs d’emplois. Le nombre de personnes indemnisées rapporté aux demandeurs d’emplois (44,8 % en 2011) s’est réduit, en raison notamment de l’arrivée en fin de droits d’un part élevée de chômeurs. »

7. Le financement du système n'est pas tenable en cas de crise longue, ce que nous connaissons: 19 milliards d'euros de déficit sont attendus pour 2013 ! En d'autres termes, on ne collecte pas assez pour soutenir les versements exigibles aux bénéficiaires, qui eux-même sont déjà de moins en moins nombreux !

8. Le soutien au chômage partiel déclenché en 2009 par Nicolas Sarkozy a échoué car le gouvernement Sarkozy a agi trop tard: la « faible mobilisation du chômage partiel s’explique par une modernisation trop tardive du dispositif au regard de la conjoncture, par sa complexité et par son caractère financièrement peu attractif pour les entreprises.» La Cour rappelle la séquence passée.

Alors que la crise a démarré aux Etats-Unis, le gouvernement de l'époque empile les mesures qui favorisent le licenciement (loi du 25 juin 2008 qui créé la rupture conventionnelle du contrat de travail), désorganise les agences de l'emploi (loi du 13 février 2008 pour créer de Pôle emploi), et fragilise les chômeurs (loi du 1er août 2008 relative aux droits et devoirs des demandeurs d’emploi avec l'introduction de la notion d’ « offre raisonnable » d’emploi). En parallèle, le gouvernement a réduit la part des aides à la création directe d'emploi (0,21% du PIB en 2007 à 0,15% du PIB en 2008)

Il faut attendre le sommet social du 18 février 2009 pour l'annonce de mesures « en faveur des principales victimes » de la crise économique: prime de 500 € aux chômeurs; augmentation de l’indemnisation du chômage partiel ; ciblage de la formation professionnelle, augmentation du nombre de contrats aidés, etc.) qui enchaîne avec un accord du 19 février 2009 relatif à la convention d’assurance chômage 2009-2011, un « plan d’urgence pour l’emploi des jeunes » en avril 2009, et un décret du 29 avril 2009 relatif à la création de l’activité partielle de longue durée (nouveau dispositif de chômage partiel).

9. La Cour des Comptes s'annonce sceptique sur l'efficacité et l'équité des contrats aidés - une autre spécificité française - en matière d'insertion durable dans l'emploi. En cause, « ces résultats médiocres tiennent à un ciblage défaillant, des durées de contrat trop courtes et un accompagnement insuffisant des bénéficiaires». En particulier,  ces contrats aidés, comme les contrats de professionnalisation (contrats de travail prévoyant une formation en alternance), « ont été trop peu orientés vers les moins diplômés, en contradiction avec les objectifs poursuivis.» Les nouveaux contrats d'avenir éviteront-ils l'écueil ?

10. La Cour  recommande que les CSP soient élargis au bénéfice de « certains salariés arrivant en fin de contrat à durée déterminée ou de mission d’intérim devraient avoir accès au CSP ou à un accompagnement comparable.»

11. La formation professionnelle - 31 milliards d'euros par an sur le total de 50 identifié pour l'ensemble des politiques de l'emploi - est trop concentrée sur les « salariés déjà les mieux formés. » Pire, la Cour dénonce: « L’effort de formation des demandeurs d’emploi est particulièrement insuffisant.»

12. La Cour pointe, sans surprise, le régime des intermittents du spectacle (200 millions d'euros de cotisations collectées, pour un milliard d'euros de déficit annuel et structurel). Sans surprise également, une certaine presse se jette donc sur cette prétendue infâme subvention de la culture. Fallait-il laisser BFM ou Atlantico traiter de culture ?


A suivre


24 janvier 2013

Scandale au CSA... d'avant.

Il est parti lui aussi. Michel Boyon a laissé les clés du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel, l'instance chargée de contrôler le paysage audiovisuel français à Olivier Schrameck.

Pour l'occasion, le site LyonCapitale publie une séquence acide sur les us et coutumes de l'ancien régime et ce système en général. C'est assez facile, très cinglant, mais très révélateur.

En particulier, l'un de ces articles est assez stupéfiant. Cette affaire, quand elle sera vérifiée, est un scandale. Un immense scandale très peu, trop peu commenté.

Didier Maïsto, directeur de la publication de Lyon Capital, est l'auteur de ces révélations.

Il explique qu'il souhaitait, pour le compte de son actionnaire Fiducial Medias, déposer un projet de chaîne de télévision numérique terrestre à l'ancien CSA dirigé par Michel Boyon, début 2012. Econduit, il a choisi de balancer son histoire, qui s'est déroulée il y a un an. C'est une stupéfiante mise en abîme au coeur d'un processus par ailleurs décisif, l'attribution par une autorité indépendante de 6 canaux de diffusion télévisuelle terrestre. Les 6 heureuses élues ont débuté leurs émissions le 12 décembre dernier.

L'affaire débute quand Michel Boyon, l'actuel président du CSA qui termine son mandat le 24 janvier prochain, lui donne conseil de se faire aider par des professionnels du secteur. Le candidat prend donc contact avec l'un des quatre noms qui lui sont proposés, Norbert Balit.

Le récit est stupéfiant.

Début janvier 2012, je rencontre donc Norbert Balit (ici) à mon bureau parisien. L’homme est obséquieux, d’une allure très soignée, ongles impeccables et manières apprêtées. Je n’en ai jamais entendu parler avant. "Comme vous le savez, à une voix près j’étais élu président de France Télévisions" est l’une des premières phrases qu’il prononce en me serrant la main, ajoutant aussitôt "j’ai aussi été otage au Liban, quand j’étais grand reporter de guerre pour TF1". D’emblée, cette présentation me paraît suspecte, mais je sais bien que dans ce petit monde de la télé, les egos sont surdimensionnés…
Lire la suite.






23 janvier 2013

Qui veut confier un milliard d'euros à Sarkozy ?

Dans un article mis en ligne lundi 21 janvier 2013, Laurent Mauduit de Mediapart affirme que Nicolas Sarkozy cherche un constituer un fond d'investissement en private equity aux ambitions gigantesques, un milliard d'euros.


Avant, déjà...
Nous pouvions rappeler d'autres appétences de l'actuel ex-président pour ces affaires. Quand il était monarque, Nicolas Sarkozy aimait personnaliser la conclusion de certains contrats, sans qu'on sache finalement quelle était sa réelle importance. Il fanfaronna ainsi trop tôt sur la vente de Rafales à son ami Lula, président en fin d'exercice au Brésil. Une vente qui n'eut jamais lieu. Il fanfaronna tout autant sur le sauvetage des chantiers navals de Saint-Nazaire, avec une commandes russe qui signifiait surtout trop de délocalisations de savoir-faire, technologie, et... d'heures de main d'oeuvre.

Finalement, la question est peut-être d'abord celle-ci: Nicolas Sarkozy est-il un bon apporteur d'affaires ?

Il y eut d'autres deals, plus fumeux, plus discrets, partiellement révélés par quelques journalistes d'investigations et des enquêteurs persévérants. On a déjà rappelé les affaires libyennes. Elles ont valu une plainte d'entre-deux-tours contre Mediapart dont nous n'eûmes finalement aucune nouvelle. Quand il était ministre de l'intérieur, Nicolas Sarkozy avait largement travaillé pour vendre du matériel de surveillance au régime du colonel. La raison était commerciale. En Sarkofrance, tout était possible. Sarkozy avait la morale chancelante mais il ne fallait rien dire.

Nicolas était donc simplement ministre mais de l'intérieur. Pourtant, il voulait faire des affaires à l'export, et surtout en Libye. Son ancien vizir Claude Guéant - directeur de cabinet à l'Intérieur - jouait les intermédiaires. Il justifia voici quelques jours qu'il ne s'agissait que de nouer des contacts avec des chefs d'Etat étrangers tel le colonel Kadhafi pour un ministre qui aspirait à devenir président.

Sans rire.

Ses anciens rivaux à droite n'avaient d'ailleurs pas compris pourquoi il cherchait tant à faire d'autres affaires, plus loin, en Arabie Saoudite, quand il n'était que ministre de l'Intérieur de Jacques Chirac. L'intérieur, c'était bien la France, non ? Pourtant, Sarkozy était actif pour conclure ce contrat Miksa, en 2003, annulé par Chirac ensuite.

Bref, Nicolas Sarkozy cherche des sous depuis longtemps.

Maintenant, encore.
La thèse de Laurent Mauduit est séduisante. Que Sarkozy cherche à réaliser un telle opération, c'est bien possible et d'ailleurs Mauduit avance des preuves. Il rappelle les 5 déplacements d'affaires de l'ancien monarque. Ils auraient tous eu pour objectif second ou caché de nouer les contacts adéquats à cette entreprise paradoxale pour un ancien président. La source de cette révélation serait quelques documents saisis par la police lors des trois perquisitions intervenues l'été dernier aux bureaux et au domicile de Nicolas Sarkozy: « dans les données informatiques qui ont été saisies, les policiers ont trouvé des indications qui les ont surpris et qui étaient en fait les premières ébauches du projet.» Selon l'éditorialiste du site d'informations, Sarkozy serait conseillé par Alain Minc.

Voici donc Sarkozy repris par ses anciens démons.

NewYork, le 11 octobre 2012
Sarkozy tient une conférence à huis clos devant un parterre de clients de la banque d’affaires brésilienne BTG Pactual, rassemblés dans les salons de l’hôtel Waldorf Astoria. Cette banque s'est faite une spécialité du placement offshore.

Sao Paulo, 22 octobre 2012
Nicolas Sarkozy passe deux jours, à nouveau auprès de BTG Pactual.

Moscou, le 13 novembre 2012. 
Mediapart reprend une information révélée par l'Express. L'ancien candidat du peuple était invité par un milliardaire russe.

Singapour, le 6 novembre 2012. 
Sarkozy rencontre des représentants de Temasek, l’un des deux fonds souverains du micro-Etat également spécialisé dans le « private equity ». Mauduit est plus spécifique dans ses révélations: «Selon des informations très précises que nous avons pu recueillir, Nicolas Sarkozy aurait ainsi demandé aux dirigeants de Temasek d'investir dans le fonds qu’il veut créer. Le schéma qu'il leur a présenté prévoit que de gros investisseurs entrent dans son fonds d'investissement, en souscrivant chacun un "ticket" si possible d'environ 200 millions d'euros. »Fichtre !

Doha, 11 décembre 2012
Nicolas croise Cécilia, l'occasion est prestigieuse, un forum du sport. On pensait à Carla qui allait donc sortir encore un album. Le passage élyséen a failli lui coûter trop cher. 
A Doha, on se souvenait des amitiés qatari si précieuses et personnelles de Nicolas.

En France, Nicolas Sarkozy chercherait une centaine de millions d'euros auprès d'hommes d'affaires jugés amis. Ziad Takkiedine, cet ancien apporteur de fonds de la Chiraquie passé en Sarkofrance, a accusé son ancien mentor d'avoir reçu quelque 50 millions d'euros en 2007. C'est une belle réserve, mais la somme est d'un montant improbable et non confirmée. Mais Mauduit n'apporte aucun élément de preuve quant à l'implication réelle de ces amis patrons cités. Ce sont toujours les mêmes noms qui circulent, une liste raccourcie de celle du Fouquet's 2007, composée de gens qui n'ont absolument pas besoin de l'ancien monarque pour conduire leurs affaires.

A suivre.


22 janvier 2013

Pourquoi les critiques contre la guerre au Mali sont si courtes ?

A cause de la guerre libyenne de 2011, nous aurions la guerre malienne de 2013. La thèse est séduisante. Et non sans fondement.

A cause de la guerre malienne, nous re-découvrions quelques attitudes prévisibles: la trouille, la critique, la posture. Fallait-il intervenir au Mali ? Personne, parmi tous ceux qui critiquaient (enfin et sans surprise) l'intervention française, n'osait répondre.

Libye, les prémisses
Nous l'exposions il y a quelques jours. Après tout, l'ineffable séquence libyenne fut salvatrice et désastreuse. Salvatrice, car qui peut regretter que l'offensive kadhafienne contre Benghazi fut stoppée net ? Qui peut regretter que Kadhafi ait été par la suite destitué ? Mais désastreuse car qui peut louer le diletantisme avec lequel la chose fut traitée ? La guerre en Libye servait aussi à faire oublier de sales compromissions sarkofrançaises.

Entre 2005 et 2007, Nicolas Sarkozy alors ministre de l'intérieur s'était rapproché du colonel Kadhafi. Son grand vizir Claude Guéant expliquera plus tard qu'il s'agissait de préparer les relations internationales qu'un futur grand homme comme Sarko devait avoir. On sait qu'il s'agissait surtout de vendre quelques équipements militaires voire de surveillance générale avec à la clé de juteux contrats et, probablement, des rétrocommissions. Les sites Mediapart et Reflet avaient affranchi le public de ces affres. On avait découvert comment une société française filiale de Bull avait fourni la Libye d'un gigantesque système de surveillance.

Pour Sarkozy la guerre en Libye de 2011 était une affaire humanitaire et un enjeu de réhabilitation personnelle.

La désinvolture avec laquelle le nouvel État libyen fut laissé avec des trafics d'armes lourdes et modernes à gérer ne lasse pas de surprendre.

Mali, retour des trouillards
Nous voici donc au Mali. A peine 8 jours de guerre et quelques ténors de l'UMP montrent une fois de plus ce qu'ils sont: des trouillards. Notre confrère Nicolas s'exerça à noter la chose dès lundi matin.

Juppé fait mine de ne pas comprendre les objectifs de l'intervention. Lundi 21 janvier, on l'entend encore sur Europe1. Espérait-il un appel personnalisé du chef de l'Etat ? Il s'inquiète donc des affrontements au sol. Wauquiez, qui n'y connait rien au point d'avoir échappé au service militaire, préférait, comme Copé dont il répétait les éléments de langage, que la France attende une plus grande coalition.

Même Valérie Pécresse avait son mot à dire, le même que les autres. L'UMP tente de se refaire une virginité version sabotage de l'intérieur sur le dos de cette guerre. Car que retient-on ? Alain Juppé, ancien éphémère ministre de la Défense puis des Affaires Etrangères du Sarkozy 1er nous explique que nos armées ne seraient pas suffisamment fortes pour bouter ces radicaux islamistes du Mali.

Il y eut, dans ce concert cancéreux, quelques Républicains. François Fillon supportait ainsi assez mal le sabotage critique et vain de son propre camp. Jean-Pierre Raffarin, habituellement odieux quand il s'agit de son pré-carré perdu en Poitou Charentes, recouvrait un peu de distance. Il fallait se dire qu'Hollande l'avait missionné sur on-ne-sait-quelle-mission d'intérêt générale.

A gauche, d'autres avaient la critique plus normale, prévisible, mais truffée de jolis non-dits.

Il y avait aussi ces médias enfin intéressés à la situation malienne. Libération , toujours sceptique, à la recherche de cet (é)lectorat de gauche à critiquer la gauche de gouvernement. Il est plus facile de critiquer que de soutenir pour vendre un peu de papier.
 
Jean-Luc Mélenchon, invité de Tous Politiques ce dimanche neigeux du 20 janvier, se refusait à dire s'il désapprouvait sur le fond l'intervention militaire. Il se posait des questions. L'alerte citoyenne quand nos soldats sont engagés est toujours nécessaire. Melenchon voulait rappeler qu'une intervention militaire est quelque chose grave qui mérite interrogation et réflexion. C'était évident. mais sur le fond, est-il pour ou contre l'intervention au Mali ? Nous pouvions lire le texte de François Asensi, député communiste de Seine-Saint-Denis:  « La non-intervention aurait été la pire des lâchetés. ».  Ah... Bon... donc finalement, il s'agissait de posture et/ou d'alerte...

Avaient-ils tous pris peur après cette prise d'otages en Algérie qui coûta la vie a deux Français (un otage et ... Un terroriste) ?

Allez savoir...




21 janvier 2013

L'exil fiscal n'est plus discret.


C'est une publicité de trop, malheureusement lue dans ce journal économique dénommé Les Échos, vendredi 18 janvier, 13ème année du 21ème siècle.

Nous pouvions imaginer ce qu'un tel appel promotionnel à l'exil aurait donné en d'autres temps, par exemple il y a une quarantaine d'années, ou, pire, au lendemain de la guerre quand il fallait reconstruire. Comment aurions nous qualifié une entreprise de placements défiscalisés en plein redressement national ?

Voici donc Knokke-le-Zoute, jolie bourgade si fiscalement loin mais si géographiquement proche. Heeren Hillewaere est le promoteur qui vous attend. Depuis plusieurs mois déjà, nous pouvions noter cette curieuse propension publicitaire à prendre politiquement parti dans nos débats du moment par des acteurs économiques.

En juillet déjà, un gestionnaire de fortune s'indignait du matraquage fiscal qu'il ne connaissait pourtant pas. Il dénonçait la tonte qu'il devait subir à renfort de pleine page publicitaire dans quelques quotidiens nationaux. En novembre, MacDo lance la charge contre un député socialiste qui recommande de lui supprimer l'avantage de la TVA réduite

Et puis, donc, il y a ces appels à l'exil, pas même discrets. Ils sont voyants, ils ne se cachent plus. La lutte des classes s'incarne aussi par ces publicités.

Le 17 janvier dernier, les Echos - encore lui - s'inquiètent de cette conséquence inattendue de l'augmentation de cet exil fiscal qui le soucie tant: l'effondrement du marché des résidences secondaires... Oh mon dieu... « le haut de gamme est touché de plein fouet sans trop de conséquences pour les propriétaires assez fortunés pour conserver leurs biens. Les autres voient les prix s'effondrer, parfois de 50 %. » Quelle catastrophe industrielle !

« Les luxueuses maisons de campagne rencontrent les mêmes difficultés que les petites : il faut les mettre aux normes, les entretenir, y aller et y retourner. Au-delà de 400 mètres carrés toute surface supplémentaire est considérée comme un défaut coûteux. » Quel drame ! Le même journal révélait en mode confidentiel que deux groupes français avait décidé de discrètement délocaliser leurs cadres dirigeants à Londres, puisque ces derniers y travaillaient déjà souvent. Les noms des deux fautifs restaient cachés. Finalement, chez certains, l'exil fiscal était encore honteux.

Le Figaro nous alertait autrement: ce sont des jeunes actifs qui quittent le pays. Les forces vives de la nation, le talent mesuré à l'aune de l'épaisseur du portefeuille. « Les exilés fiscaux sont actifs, assez jeunes et fortunés. Voici ce qui ressort des dernières données sur l'ISF fournies par Bercy à Gilles Carrez, le président UMP de la commission des finances à l'Assemblée et que Le Figaro s'est procurées.  » Le plus drôle était ailleurs: ces données dataient de ... 2010.



A suivre ...



19 janvier 2013

Hollande: le leadership batave [298ème semaine politique]

Première semaine de guerre, des soldats français sont au sol au Mali. A Paris, Hollande change de stature pour le microcosme médiatico-politique. Laissons ce dernier à cette vacuité. Hollande fait le job, comme on dit parfois. Mais la guerre en cours imprime quelque chose de nouveau.

Cette escapade militaire, en quelques jours, a changé sa présidence. Car Hollande ne jouait pas au petit soldat à la moindre occasion.

Nous pouvions enfin disséquer, analyser, critiquer l'accord intervenu entre le MEDEF et trois syndicats dont la CFDT. Les commentaires sont allés bon train. A gauche, le compte n'y est pas. S'il n'y avait pas eu d'accord, notent certains, les critiques auraient été aussi virulentes. La France, qu'elle soit sociale ou politique, a fort à faire pour récupérer un peu de sens du dialogue. La négociation n'est pas un exercice solitaire ni de salon. L'accord, donc, n'était pas bon. Il ouvre la porte à la renégociation collective, par entreprise, des conditions de travail pour sauvegarder l'emploi en cas de
«en cas de graves difficultés conjoncturelles rencontrées par une entreprise». Certes, il y a des droits nouveaux qui ne sont pas rien, surtout en pleine Grande Crise: un relèvement des cotisations chômage sur quelques 17 millions de contrats courts et précaires, un élargissement de la couverture santé (avant 2016), la création d'un compte personnel et transférable de formation, etc.

Devant ceux-là même qui ont participé à cette épreuve du dialogue social (MEDEF, CGT, CFDT, FO, et les autres), Hollande répète cette curieuse formule de Laurence Parisot, que nous ne faisons pas nôtre: « Il faut conjurer la peur du licenciement des travailleurs et la peur de l'embauche des employeurs. » Mais devant les partenaires sociaux, jeudi 17 janvier, il confirme: cet accord est «une étape, encore insuffisante, contre la précarité». Il tend la main aux non-signataires. A l'Assemblée, il faudra l'améliorer. En mars, le texte sera transcrit dans la loi. Mais il y aura aussi cette fameuse loi sur la cession des sites rentables. Une promesse de campagne faite par le candidat Hollande à Florange, tout le monde s'en souvient.

Notre chef de guerre a tranché dans le vif. Mercredi, certains sont revenus sonnés.

Aux opposants du mariage gay, le président a récusé tout référendum. L'élection a eu lieu. Le débat se poursuivra au Parlement. C'est une loi qui accorde des droits nouveaux sans en retirer à personne. Quelques centaines de milliers de catholiques ont eu quelques peines à remplir l'esplanade du Champs de Mars dimanche dernier, comme en témoignent toutes les photos aériennes de l'évènement. Cette France-là nous rappelait que la laïcité restait un concept vain pour ceux-là même si préoccupés par la progression de l'Islam dans nos campagnes.

Triste spectacle !

Notre chef de guerre a tranché dans le vif. Quelques parlementaires, y compris à gauche, ont le sourire gris ou jaune lorsqu'ils entendent Hollande leur promettre l'interdiction du cumul des mandats nationaux et locaux. On lui faisait le procès d'intention de céder aux pressions de ses amis. Il n'en est rien. Il y aura une loi avant la fin du quinquennat. Amis cumulards, serrez les fesses !

Jeudi, Hollande promet une réforme des retraites pour le printemps, c'est-à-dire demain: « la question de l'équilibre de nos régimes d'ici à 2020 dont on nous expliquait, il y a à peine trois ans, qu'il était assuré » est posée. Le déficit prévu cette année devrait atteindre 20 milliards d'euros. La réforme Sarkozy de 2010 était injuste et inefficace.

Cette soudaine gravité du leadership batave a permis d'évacuer une fraction du vacarme ambiant. L'auto-dissolution du RUMP nous fait encore rire. Tout comme ces polémiques qui agitent encore le milieu culturel et quelques journalistes sur le cachet des stars, ou cette focalisation rituelle sur des faits divers telles l'expulsion d'une vieille dame de son établissement de retraite ou des factures de cantine impayées. Ce n'est pas du vacarme inutile, la récente livraison des chiffres de la délinquance. Nous avions enfin l'explication d'une anomalie statistique. La gendarmerie ne publiait pas tous les délits dans ses remontées d'informations ! La direction de la gendarmerie s'oblige à confirmer la chose: depuis 2002, des index « ne font partie d'aucun des quatre grands regroupements créés par l'ONDRP et utilisés pour évaluer officiellement la délinquance ». On aimerait le témoignage des Sarkozy, Guéant et Hortefeux, prédécesseurs de M. Valls au même poste...

Au Mali, le conflit se poursuit. L'offensive islamiste vers le Sud a été stoppée. La presse africaine applaudit. En France, les vraies critiques sont venues d'une fraction de la gauche: selon elle, il aurait fallu un vote des parlementaires, le sujet n'aurait pas suffisamment été débattu (faux), il y aurait des intérêts cachés (et alors ?), les alliés locaux n'ont pas les propres (on le sait), ce serait le retour de la Françafrique. Jamais la réponse à la question suivante n'était clairement assurée: assumerions-nous l'installation d'un Etat al-qaidesque à trois heures de vols de Paris ?

Une prise d'otages massive dans un site gazier algérien stupéfait jusqu'au Japon, au Royaume Uni et en Norvège. Ces pays ont des ressortissants sur place. Malgré l'importance de l'affaire, les autorités du pays ne font pas dans la demi-mesure. L'assaut fut lancé dans les 24 heures. Il y avait pourtant quelques centaines d'otages. L'opération dure, les morts s'accumulent. On mentionne une vingtaine de terroristes et autant d'otages tués dans les premières ving-quatre heures. Des médias se régalent. C'est plus fort que la neige en hiver ou le cachet des stars. Un éditorialiste du Figaro évoque un choc des civilisations. « C’est l’éternel et sanglant retour du djihad sur son sol natal » commente Martine Gozlan pour Marianne.  A l'UMP, certains grognent sans conviction. L'ancien parti sarkozyste est défait. Copé est inaudible et Fillon se tait.  Hollande redresse sa cote.

Chaque jour, Hollande tient désormais un conseil de guerre.

Forcément, ça déteint sur l'homme et la gouvernance.



A suivre...





Crédit photo: Présidence de la République.

18 janvier 2013

Mali: peut-on accuser Sarkozy ?

La question est provocatrice, elle frise l'acharnement. Elle est surtout là pour rappeler d'où nous venons. Bien sûr que Nicolas Sarkozy n'est pas seul responsable de cette situation. Il est seulement complice.

1. A peine élu, Nicolas Sarkozy fait tout un cirque autour de l'évidente importance du renseignement dans notre défense nationale. Depuis, il y eut le désastre de l'affaire Merah. Un attentat à séquence commis par un garçon dégivré que la DCRI pourtant surveillait. Bernard Squarcini, l'homme fort et damné de cette DCRI qu'il fonda pour le compte de son patron élyséen en 2008, fut limogé par Manuel Valls. Il était visiblement plus efficace pour débusquer les sources de rumeur d'adultère sur le couple Carla/Nicolas. Nous voici en 2012 pour constater combien nos armées sont fragiles.

2.  Jeudi soir, le journal télévisé de France 2 s'échappait quelques instants des dernières opérations au Mali et en Algérie pour consacrer quelques-unes de ses précieuses minutes à investiguer le curieux retard français en matière de drones. Notre armée en a bien quelques-uns. Deux d'entre eux viendraient d'ailleurs de Belfort. Notre confrère Jean-Dominique Merchet, expert de la chose militaire chez Marianne, s'en est fait l'écho. Visiblement, c'est insuffisant, largement insuffisant. Que s'est-il donc passé depuis 2008 ? Un sous-investissement de nos armées dans ces technologies de renseignement dans lesquelles notre ancien Monarque plaçait tous ses espoirs ?

La question de l'équipement en drones de nos armées avait suscité l'étonnement de certains professionnels l'an dernier, quand en août 2011, le choix du ministère, tardif, se porta sur Dassault contre EADS. L'ancien monarque voulut ensuite réconcilier les deux concurrents. Que de temps perdu pour un prétendu volontarisme industriel !

3. Depuis près d'un an, on s'interrogeait également sur la propagation d'armements en tous genres dans la zone, après la guerre en Libye. Aqmi, ou les différentes factions qui s'en réclament, se sont régalés. A en croire les spécialistes et autres experts, la chose est grave, mais, en Sarkofrance, tout le monde s'en fichait. La guerre en Libye fut chirurgicale. Le courage sarkofrançais s'est déployé à distance de missiles. Quelques troupes furent infiltrées en support des rebelles libyens pour déloger l'ancien régime. Mais après ? Après, Nicolas Sarkozy est venu faire le brave une fois le colonel Kadhafi exécuté sans procès par on-ne-sait-qui. Pour ce qui concerne les armes récupérées par les combattants de tous bords, aucun mot, nulle consigne. Le silence était assourdissant.

4. La gigantesque prise d'otage dans un site gazier d'Algérie rappelait combien nous étions encore fragile. Les autorités ont répliqué sans nuance, par l'assaut du site. Des dizaines d'otages auraient été tués. Ce seul site représente 18% des exportations de gaz algériens. La real-politik est partout. En fin de soirée jeudi soir, l'offensive des autorités était terminée, et quelque 600 otages libérés.

5. Il y eut quelques crétins plus bellicistes que les bellicistes d'entre nous pour donner des leçons depuis leur salons. Jugez donc cette députée européenne UMP, Françoise Grossetête, élue du Grand Sud-Est. Elle n'y connaît pas grand chose, n'a pas fait grand chose non plus, mais a de grandes leçons: « Je ne peux m'empêcher de penser quelle aurait été l'action de Nicolas Sarkozy ? Il n'aurait sûrement pas laissé la France isolée dans cette guerre. Toute son énergie aurait été consacrée à s'assurer du soutien effectif de nos alliés européens pour lutter ensemble contre le terrorisme ».
Au passage, elle flingue la ministre européenne des affaires étrangères nommée dans l'indifférence générale par le couple Sarkozy/Merkel voici 3 ans: «à quoi sert Mme Ashton nommée, il y a 3 ans déjà, au poste de Haut Représentant de l'Union aux Affaires étrangères et à la Politique de Sécurité ? » A rien. Cela fait 3 ans qu'on vous le dit.

Ce jeudi au Mali, les premières forces africaines s'installaient en renfort et support de l'armée française.



17 janvier 2013

Choisis ton beauf misogyne chez nos parlementaires

Il faut écouter, lire ou voir certains échanges à l'Assemblée. Nous vous y invitons sur ce blog et ailleurs très régulièrement.

Parfois, ou souvent, nous avons honte.



« Misogyne beauf », « nana » : échanges... par publicsenat


Merci à Rue89

Mali: la guerre, c'est sale.

Les voeux du président Hollande ont été perturbés  par une gigantesque prise d'otage en Algérie par un commando qui se revendique islamiste. Mercredi 16 janvier, il s'adresse à la presse puis aux parlementaires.

Nulle bonne année en perspective.

La guerre, c'est sale. 

A Diabali, les combats se déroulent au corps à corps, dans les rues et les maison. Nous ne sommes plus en guerre propre. Ce n'est même pas le simple bombardement aérien, le tapis de bombe version guerre prétendument propre en Libye avec BHL en costard et Sarkozy. Cette fois-ci, au 6ème jour de guerre, les soldats sont dans les rues. Il y aura des morts.

1. Au Mali, nos alliés ne sont pas propres, loin de là. Ce n'est pas encore Inglorious Basterds, mais on s'en rapproche. Les exactions existent, à en croire des témoignages dignes de fois. Non, nos alliés ne sont pas propres de la culotte. La liste est longue. On s'interroge de savoir pourquoi la France ne devrait se bouger que pour des causes immaculées.

La guerre, c'est sale. 

2. A-t-on choisi entre la peste ou le choléra ? Le CPI a ouvert une enquête contre ceux qui contrôlent le Nord du pays. Les options étaient simples: ne rien faire faisait précipiter une zone plus grande encore vers une improbable charia et installait une large base de criminels délinquants à prétention islamiste. Pouvons-nous assumer d'être satisfait quand nous osons combattre ceux qui nous combattent ?

3.  Il y avait une demande internationale, la résolution 2085 des Nations Unies. Le Mali appelle à l'aide. Qu'est-ce que le Mali ? Le président Touré a été renversé par un coup d'Etat il y a un an. A l'époque, notre président n'a rien fait. Il s'appelait Nicolas Sarkozy. Un autre président, Traoré, est en poste depuis avril dernier. Qui préfère quoi ? Un président issu d'un coup d'Etat ou un régime islamiste ?

4. Cette guerre créé des risques. Raison de plus pour correctement qualifier l'ennemi, ce que la diplomatie hollandaise a imparfaitement fait au lancement des opérations. Mercredi vers 4 heures du matin, un site pétrolier dans l'Algérie voisine, mais à 1200 kilomètres du Nord du Mali, a été pris en otage. Plus de 150 personnes retenues en otages, une quarantaine d'Occidentaux. Le commando se dénomme les signataires par le sang, quelle promesse ! Ils sont dirigés par Mokhtar Bel-Mokhtar, alias Khaled Aboul Abbas. L'action serait concertée avec les autres troupes d'Aqmi engagées au Mali. En fait, à ce stade, on n'en sait rien et qu'importe.

5. Il aurait été excessivement confortable de ne rien faire. En France, les traditionnels opposants à la guerre... s'opposent. Comme pour la Libye, on retrouve les mêmes, moins quelques autres. En vrac, on accuse la démarche d'être impérialiste, ce serait une survivance de la Françafrique. Nous aurions besoin de sécuriser notre approvisionnement en uranium pour ces/ses sales centrales nucléaires. En soi, le Mali n'a aucun intérêt, trop riche en coton, trop pauvre en tout le reste.

6. S'opposer à cette guerre est une position largement respectable. Le véritable argument serait ailleurs: défendre le régime actuel, lui-même issu d'un coup d'Etat voici un an contre la menace islamiste serait la même mauvaise position que celle sarkozyste ou françafricaine qui défendait hier les Moubarak ou Ben Ali lors des printemps arabes. Curieuse argumentation: qui a vu un soulèvement potentiellement démocratique ou populaire contre une dictature séculaire ? Précisons que si les révolutionnaires du printemps arabe étaient aussi des kidnappeurs de citoyens français, l'enthousiasme en métropole eut été bien refroidi.

7. La critique contre ce conflit la plus indigne fut l'oeuvre de Jean-François Copé: le président provisoire de l'UMP soutient le principe de l'intervention mais fustige dès mercredi le prétendu isolement de la France. Quelle solidarité républicaine ! Quelle éthique épique ! On attend quelque 2.000 soldats africains d'ici 10 jours. Sans doute certains préféraient-ils que la France laisse ce joli monde se débrouiller seul.

8. C'est un choc en Hollandie.  « Il n'y a rien à cacher» , explique François Hollande ce mercredi. Cette guerre, paraît-il, l'a changé. Même le Figaro en est surpris: « Il a endossé son rôle de chef des armées comme celui de président, sans crier gare. Sans qu'on s'en aperçoive, sans qu'on réalise, sans chercher à incarner quoi que ce soit. ». Que le Figaro ou la droite approuve d'un air gêné la détermination de l'actuel locataire de l'Elysée si décrié pour un procès en indécision depuis des lustres suffisait L'ancien monarque jouait au soldat depuis près d'une décennie déjà. Ministre de l'intérieur, la lutte contre les délinquants de France était son ADN politique. Devenu monarque en 2007, Sarkozy adorait la présence militaire. Belle arnarque de la part d'un ancien ministre coupable d'être allé personnellement vendre de l'équipement de surveillance au colonel Kadhafi, ou d'avoir personnellement scellé la réconciliation franco-syrienne avant que Bachar el-Assad ne rappelle combien il pouvait être boucher.

9. Hollande a respecté la Constitution, c'est la moindre des choses. Certains ont cru bon dénoncer l'absence de vote avant l'intervention militaire de vendredi. Le sujet, pourtant, n'avait cessé d'être abordé au Parlement depuis que la zone est en crise. Qui peut dire qu'il découvre le bordel local ? La France n'a pas vocation à rester au Mali, a prévenu Hollande. Cela rappelle un cadre, sans doute incertain. Il a aussi prévenu qu' « un vote du Parlement interviendra si l'opération devait durer plus de 4 mois. C'est la lettre de notre Constitution

La guerre, c'est sale.

A suivre.

Ou pas.




Mali : 10 mois d'instabilité qui ont mené au... par lemondefr