26 janvier 2013

Hollande a besoin de journalistes utiles [299ème semaine politique]

Les deux fondateurs d'un magazine hors du temps mais baptisé XXI avaient choisi de fêter le cinquième anniversaire de leur profitable revue par un joli manifeste, une ode au travail journalistique réfléchi, au journalisme utile.

Cette semaine, 299ème de nos chroniques, illustrait trop parfaitement leur propos.

Jeudi, un journaliste est persuadé qu'Hollande a décidé d'abandonner sa taxe à 75%, celle-là même retoquée par le Conseil Constitutionnel. L'Elysée dément mais qu'importe. Ceux qui critiquaient cette taxe critiquent aujourd'hui son abandon. Le Figaro évoque l'embarras du gouvernement. Vendredi, Matignon annonce un texte d'ici un mois.

Polémique inutile, concentration médiatique anecdotique. Où est passé le journalisme utile ?

Divertir
Fessenheim sera fermée d'ici la fin du quinquennat. Pourquoi donc s'interroger ? La Fabrique de l'Opinion cherche des sujets, le JDD évoque ainsi des doutes sur les intentions gouvernementales, citant le Monde qui publie des extraits de rapports ministériels rassurants sur la sécurité de la centrale. Du coup, l'Elysée et la ministre de l'Ecologie Delphine Batho reconfirment la promesse.

Polémique éteinte, distraction médiatique

Des députés fourbissent leurs arguments contre le mariage pour tous. Cette affaire finit par agacer, elle occulte de plus graves sujets. La presse invite encore l'excentrique neo-réac Frigide Barjot. Un contigent d'UMPistes est allé exiger devant l'Elysée d'être reçus par le président lui-même. Hollande refuse. L'UMP est en vrac.  Elle organise une journée thématique sur la famille. Jean-François Copé revient d'Allemagne. Il suivait François Hollande parti là-bas célébrer le 50ème anniversaire du Traité de l'Elysée pour dire combien la France était mal partie. Vendredi, Hollande reçoit trois représentants auto-proclamés de la cause anti-mariage gay pendant quelques minutes. A la sortie, il balance un communiqué rappelant que le texte sera voté.

Il est à Lille, pour des voeux au monde associatif. Il fait l'aller-et-retour en avion... Voici quelques articles gâchés pour savoir si sa promesse de campagne de voyager en train serait enterrée. Non, mais Hollande doit pouvoir rentrer rapidement pour cause d'opération malienne.

Il faut rappeler que nous sommes en guerre. Les mots ont un sens.

Au Mali, les troupes franco-maliennes progressent vers le Nord, prudemment. L'une des organisations islamistes, Mujao, est d'accord pour négocier la libération d'un otage français qu'elle détient. En métropole, le Point fait sa une sur trois leaders d'Al Qaïda. On dirait les Dalton. Barack Obama, intronisé lundi pour son second mandat, passe un coup de fil de soutien à Hollande. Le Royaume Uni envoie des avions. Des renforts togolais sont arrivés. A Paris, on fait mine de découvrir que la France a des intérêts en Afrique, et notamment en uranium dans le Niger voisin. Jean-Luc Mélenchon continue son opposition, sans clarifier s'il est aussi hostile à l'intervention elle-même. On regrette une plus grande intervention européenne, mais l'Europe reste un nain politique. David Cameron promet à ses concitoyens un référendum sur une sortie de l'Union...

Des enseignants parisiens, nombreux, font grève contre un réaménagement d'horaires. En Sarkofrance, on aurait dit qu'ils défendent leurs avantages acquis. En Hollandie, comment appeler cela ? Jeudi, l'animateur de France Inter lâche cette improbable question: y-a-t-il un problème Peillon ? Le même animateur s'abstenait bien de décrire dans le détail la dite réformette qui suscitait cette grogne. Non, ce fichu journal radiophonique de 8 heures, ce jeudi matin hivernal, ne nous livrait qu'un prédécesseur (de droite) de Peillon confier combien l'Education est difficile à réformer, et quelques témoignages d'enseignants combien ils étaient déçus, déçus, déçus.  

D'ailleurs, les médias sont peu prolixes sur le sujet. La France manque d'enseignants.

Expliquer
Le même jour, Jean-Marc Ayrault corrige une injustice: il annonce au Sénat le rétablissement de l'Allocation Equivalent Retraite, supprimée par la droite en 2011. C'est une excellente nouvelle. Mais insuffisante. Quelque 200.000 chômeurs arrivent en fin de droit chaque mois, et sont précipités vers les minima sociaux.

Mardi, des ouvriers en colère de PSA et de Renault se retrouvent devant les caméras. Cette solidarité ouvrière fait plaisir. Les deux constructeurs automobiles ont annoncé des suppressions de postes. Depuis 2008, ouvriers et employés ont payé le plus lourd tribu lors des grosses vagues de licenciements. La Cour des Comptes le rappelle, mais la Fabrique de l'Opinion préfère s'attarder sur autre chose, la prétendue trop généreuse indemnisation des chômeurs. Ce n'est pourtant pas ce que dit la Cour des Comptes.

Justement, sur les politiques de l'emploi, la Cour critique, dénonce, fustige. C'est son rôle, malgré ses partis-pris. La presse (libérale) retient d'abord que le système va craquer. Quelques éditocrates s'en délectent. Jean-Pierre Elkabach, vendredi matin sur Europe1, demande à Michel Sapin, ministre du travail, comment il compte remédier aux 15 milliards d'euros d'abus qui déséquilibrent les comptes de l'UNEDIC. Sapin s'étrangle avec  raison.

Nulle part la Cour n'évoque des abus. Elkabach est quelqu'un d'éminemment grossier avec la vérité.

La Cour s'inquiète de la soutenabilité du régime d'assurance chômage. Elle regrette que le gouvernement Sarkozy ait tant tardé à répondre à la crise, que ses premières lois sur le travail ait aggravé le problème (offre raisonnable d'emploi, rupture conventionnelle, etc) plutôt qu'améliorer des dispositifs existants. Elle ne comprend pas pourquoi la formation professionnelle ne cible pas les plus précaires. Elle s'interroge sur l'inefficacité des contrats aidés version Sarkozy - mal ciblés, trop courts et avec trop d'accompagnement.

En décembre, le chômage est resté stable à 3,39 millions de sans-emplois (+272.000 sur un an !), sur un total de 4,6 millions d'inscrits à Pôle Emploi. Mercredi, le dispositif de contrat de génération - l'une des promesses phares du candidat Hollande - est voté à l'Assemblée par la gauche réunie. Environ 500.000 embauches sont espérées dans les 5 ans. Les députés ont ajouté une application immédiate pour les petites entreprises. L'UMP a voté contre, à quatre exceptions près. L'UDI s'est retranchée derrière l'abstention. 

Les votes ont un sens.

Rappeler
Le gouvernement supprime l'aide à la scolarité des enfants d'expatriés fortunés. Des critères de revenus ont été (enfin) instaurés pour décider de l'octroi des bourses aux quelque 115.000 élèves concernés. Il faut bien détricoter ces aberrations sarkozystes. Car l'ancien monarque avait parachevé le système en décidant le remboursement intégral des frais de scolarité des lycéens alors que son fils Louis entrait justement au lycée à New-York...

Sarkozy chercherait un milliard d'euros, la somme est gigantesque, la révélation est de Laurent Mauduit, chez Mediapart. L'ancien monarque voudrait diriger un fond d'investissements. Il aurait sollicité quelques grandes banques et même des fonds souverains (Qatar, Singapour). Le journaliste cite des preuves obtenues par les enquêteurs de l'instruction sur l'affaire Bettencourt, lors de leur perquisition du domicile et du bureau de Sarkozy l'an dernier. Mauduit ne dit pas s'il a des preuves. Le journalisme utile est aussi celui qui sait s'appuyer, de temps à autre, sur des faits différents de la seule bonne foi de son auteur.

La libération de Florence Cassez, cette Française emprisonnée au Mexique depuis 7 ans et condamnée à 60 ans de prison pour enlèvement, attire toutes les attentions. De l'émotion sur tous les écrans, un vrai bonheur, mais on dépasse la surdose. Pire, quelques sarkozystes tentent de défendre que la manière forte de leur mentor a porté ses fruits. Quelle curieuse réécriture de l'histoire !  Dans les médias, on tend son micro pour relater les petites phrases, mais on ne rappelle pas les faits, les déclarations. On ne re-publie rien. Et pourtant, rappelez-vous cette provocation suprême, en février 2011. Sarkozy déclarait « maintenir, en accord avec Florence Cassez, l'année France/Mexique. La supprimer serait une offense au peuple mexicain. » Mais il décidait dans le même couplet de la dédier à ... Florence Cassez... Et un mois plus tard, il annulait l'ensemble... Fichtre... Ni fermeté, ni diplomatie, des valses-hésitations et un grand fiasco à l'arrivée...




A suivre....



14 commentaires:

  1. "l'excentrique neo-réac" ainsi baptisée par les hystériques néo-progressistes auto-proclamés !

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  2. Samedi 26 janvier 2013 :

    Mali : Le Drian confirme la prise de l'aéroport de Gao.

    Après avoir repris trois localités dans le centre et l’ouest du Mali, les militaires français et maliens se sont lancés depuis vendredi dans la reconquête du Nord, occupé par les groupes islamistes depuis plus de neuf mois, se dirigeant vers les métropoles de Gao et Tombouctou.

    «Les forces maliennes et françaises sécurisent l’aéroport de Gao et le pont Wabary de Gao. Ces deux endroits stratégiques sont sous contrôle des forces malienne et française», a déclaré une source de sécurité malienne à l’AFP.

    Ces informations ont été confirmées par le ministère français de la Défense.

    L’aéroport de Gao se situe à environ 6 km à l’est de la ville. Le pont sur le Niger est lui placé à l’entrée sud de Gao, une des trois principales villes du Nord du Mali, située à 1.200 km au nord-est de Bamako.

    http://www.liberation.fr/monde/2013/01/26/mali-des-soldats-francais-et-maliens-controlent-l-aeroport-de-gao_876999

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  3. mélanchon va t il aller au mali pour haranguer les troupes et pour renforcer leur moral ?

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    1. Ah que oui, alors ! Avec Copé ou Fillon au choix, plus Virginie Merle, alias Frigide Barjot, et peut-être le cardinal de Paris, pour faire union nationale. Ca aurait de la gueule, non ? Si ça pouvait se terminer par une arrivée d'Hollande en parachute, ce serait magique !

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    2. "mélanchon va t il aller au mali...."
      monomaniaque?

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    3. entre celui qui rame et qui fait le job
      et l'autre qui tchatche sur tout , partout et juste pour le plaisir de critiquer j'ai fait mon choix

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    4. au temps pour moi si c'est un choix....
      très bel article par ailleurs

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  4. Notre travail est loin d'être fini ;-)

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  5. Comment le journalisme peut-il prendre du recul sur les événements, se donner le temps de la vérification de l'information et renoncer au sensationnel plus ou moins artificiellement fabriqué, à l'ère de la rapidité d'internet et du buzz?

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    1. Parce que si un journaliste prend du recul sur les évenements, il se retrouve à Pole-emploi.
      Tu vis dans quel monde toi ?


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    2. La dernière version de la charte d'éthique des journalistes précise que "le journalisme consiste à rechercher, vérifier, situer dans son contexte, hiérarchiser, mettre en forme, commenter et publier une information de qualité ; Il ne peut se confondre avec la communication. Son exercice demande du temps et des moyens, quel que soit le support".

      Ceci dit, il existe des journalistes libres et de qualité, mais il ne faut évidemment pas s'attendre à les retrouver dans les grands médias. Pourquoi ? Parce que tout système, quel qu'il soit, en tout cas dans notre beau pays, présuppose qu'il a tout intérêt à recruter et à promouvoir des béni-oui-oui.

      Il serait par ailleurs plus opportun de se poser des questions sur l'éthique des politiques, dont le rôle est bien plus déterminant que celui des journalistes.

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    3. "...l'éthique des politiques..."

      Tu te fous de notre gueule là ?

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    4. J'aurais confondu politique et monde des bisounours d'après toi ? Si t'as raison, je vois vraiment pas l'intérêt d'écrire la moindre ligne sur le sujet politique, non ? J' me trompe ?

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