8 janvier 2013

Enfance: les crèches oubliées... ou sacrifiées ?

Ce sera notre étude de la semaine, l'un de ses rapports vite oubliés. Le ministère de la Santé et des affaires sociales vient de publier une étude sur l'accueil des enfants de moins de 3 ans. Allez comprendre pourquoi, l'enquête de terrain a été réalisée en ... 2007, mais les résultats ne sont communiqués que 5 ans plus tard.

Quelques conclusions attirent l'attention: malgré les avantages fiscaux, ce mode de garde privilégié par les ménages aux revenus les plus élevés reste cher, et ne concerne que très peu d'enfants.

Ces résultats sont à rapprocher d'une autre étude sur le personnel salariés de ces établissements. Où il ressort que leur gestion des effectifs est sous tension.

Ces études complètent l'évaluation du paysage socio-éducatif français. On savait que la décennie écoulée avait été dramatique. En particulier, la scolarisation des enfants de 2 ans a chuté de 34% en 2000/2001 à 15% en 2009/2010. Et la promesse du candidat Sarkozy de 2007 de créer 200.000 places en crèches est finalement restée lettre morte. Lors de la précédente campagne, le candidat Hollande était plus prudent. A l'automne 2011, le projet du PS prévoyait bien la création de 500.000 places de crèche. Mais François Hollande avait indiqué en janvier 2012 qu'il se refusait à toute promesse chiffrée compte tenu de la situation budgétaire du pays.

Bref, l'accueil des enfants avant 3 ans repose encore largement sur le bénévolat et la débrouille.


1. En 2007, en France métropolitaine, seuls 20 % des enfants de moins de 3 ans fréquentent un établissement d’accueil du jeune enfant (EAJE) au moins une fois dans la semaine , soit 475.000 gamins. Ces établissements regroupent les crèches collectives, les crèches de personnel, les crèches familiales, les crèches parentales, ainsi que les haltes-garderies et les jardins d’enfants.

A contrario, on comprend donc que 80% des enfants sont gardés autrement, à domicile par un parent ou un proche, ou par une assistante maternelle.

2. Moins de la moitié de ces jeunes enfants accueillis en EAJE y restent la majorité de la semaine (i.e. du lundi au vendredi entre 8 et 19 heures). Pire, seuls 10% y sont gardés à titre principal. En d'autres termes, une cinquantaine de milliers d'enfants de moins de trois ans sont gardés en établissement collectif de manière permanente. Le chiffre est dérisoire !

3. Les crèches sont davantage utilisées en ville (« les familles ont plus souvent recours aux EAJE en zones urbaines où l’offre de place est plus importante »). Les familles franciliennes recourent 3 fois plus souvent aux EAJE que la moyenne nationale. Mais les auteurs de l'étude complètent d'un constat sur les bénéficiaires de ce mode de garde: si les modes de gardes payants sont sans surprise privilégiés par les ménages aux niveaux de vie les plus élevés (assistante maternelle, EAJE ou garde à domicile), « les enfants gardés en EAJE sont d’origine plus modeste que ceux accueillis dans les autres modes de garde payants. »

4. La crèche reste chère: environ 1,70 euros l'heure de garde, un coût qui est réduit à 1,0 euro l'heure, en moyenne, après réduction d'impôt.

5. Le personnel en EAJE souffre d'un gros turnover. L'ancienneté des salariés est faible, d'après une étude sur 2011 publiée en décembre dernier. Quelque 80% d'entre eux sont des CDI ou des fonctionnaires.

6. L'encadrement adulte en crèche n'est pas mieux fourni que pour l'assistance maternelle à domicile. Cette dernière ne peut accueillir (légalement) plus de 3 enfants. Début 2011, les EAJE « comptent en moyenne onze salariés correspondant à 8,9 équivalents temps plein (ETP) soit environ 1 ETP pour 3,6 places ».

7. Le temps partiel est plus développé qu'ailleurs: il concerne plus du tiers des effectifs (contre 18% en moyenne nationale) !

8. Les directeurs interrogés dans le cadre de l'étude, les directeurs d'établissement ont évoqué deux freins au recrutement: le manque de personnel qualifié et les faibles rémunérations proposées...

Références:

6 commentaires:

  1. Ah les grandes études de Juan que du bonheur.
    L'INSEE vient de sortir une grande étude, elle aussi, dont le résultat est sans appel - l'argent ne fait le bonheur.
    On a eu chaud, on a échappé à l'eau çà mouille. Ouf...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. formidable anonyme (trouve-toi un pseudo la prochaine fois).

      Supprimer
    2. C'est en se posant la question "pourquoi l'eau mouille-t-elle?" que Jean-Luc de Gennes est arrivé à son prix Nobel de physique.

      Supprimer
    3. bien vu ;-)
      Il est toujours dommage de constater que lorsqu'on ne "buzze" pas sur la dernière bêtise médiatique, certains prennent la peine de venir vous le reprocher dans les commentaires...

      Supprimer
    4. Anonyme doit être abonné au Figaro car il n'a pas su nous dire dans son message si l'étude de l'INSEE consiste à dire si l'argent fait le bonheur (http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2013/01/08/20002-20130108ARTFIG00479-l-argent-fait-largement-le-bonheur-demontre-l-insee.php) ou s'il ne le fait pas (http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2013/01/08/97002-20130108FILWWW00334-l-argent-ne-fait-pas-le-bonheur-insee.php).

      J'aurais donc envie de lui demander: alors ? l'eau ça mouille ou ça ne mouille pas ?

      Supprimer
    5. Ah d'accord je vois...

      La brève de comptoir est à la mode, tenez bande de baltringues :
      "Roland Moreno c'est en regardant son chien se gratter qu'il a inventé la carte à puce."

      Supprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.