28 janvier 2013

Immigration ou Roms: stop aux caricatures... ou encore ?

La politique migratoire fait moins parler d'elle. Et c'est heureux. Certains y voient l'évidente trahison d'un gouvernement socialiste trop prompt à renier ses principes ou ses promesses. L'argument est un peu court, sans preuves et surchargé d'a priori accusatoires qui finissent par desservir ceux-là même qui voudraient que cela se passe différemment et surtout mieux.  

1. Quand la police de France avait des instructions chiffrées, appuyées par des discours bellicistes au plus haut sommet de l'Etat et des points presse réguliers d'un ministre de l'Identité nationale, la nécessité de rapporter cette politique glaçante pour notre République était évidente et irréfléchie. Depuis mai 2012, nous sommes dans un autre monde.

N'en déplaise à cette actrice Josiane Balasko qui râlait contre Manuel Valls, la politique migratoire n'est plus la même depuis mai dernier. Caricaturer ses insuffisances ne fait pas avancer le débat puisque ce dernier doit se conduire à gauche. A la fois, rien n'a changé et tout a changé.

Sur le terrain des promesses, d'abord, le candidat Hollande n'avait fixé aucun objectif de régularisation de clandestins, mais simplement une clarification des critères, et un assouplissement des conditions de naturalisation. Pour certains associatifs, même si ces deux dernières promesses ont été satisfaites sur le papier, c'est encore insuffisant.

2. Quand le chef de l'Etat lui-même lançait la charge contre les Roms, circulaire ciblée à l'appui, un jour de fin juillet à Grenoble, il fallait réagir. Cet homme, Nicolas Sarkozy, s'était choisi un épouvantail. Aujourd'hui, nulle autorité n'a convoqué de caméras pour instrumentaliser une quelconque "chasse aux Roms". Quelle tristesse de constater que certains ne voient pas cette différence. Concernant les Roms, la dernière séquence estivale a fait des ravages. Le gouvernement s'est empêtré dans une mauvaise affaire - la destruction de camps sauvages, l'expulsion de ceux qui n'étaient ni français ni régularisés, et l'absence de relogements adéquats.

3. L'immigration ne doit plus être un sujet d'instrumentalisation politique. Facile à dire, difficile à faire. Mais le pays et la gauche ont trop souffert de cette instrumentalisation permanente. Ceux qui perdent à ce dernier jeu sont les immigrés eux-même. Il y a donc un délicat équilibre à trouver entre la dénonciation de ce qui ne va pas et la "pacification" du débat politique sur ces sujets.

4. Il y a toujours des immigrés clandestins. Certains, ô surprise, sont toujours expulsés. Le ministre de l'intérieur a reconnu que près de 36.000 de ces derniers avaient été renvoyés chez eux l'an dernier. C'est beaucoup plus que sous Sarkozy. Il était ridicule, en Sarkofrance, de fixer des objectifs d'expulsions. Cela légitimait toutes les dérives puisqu'il fallait trouver le clandestin. Dès l'automne 2007, nous eûmes donc droit à la mise en scène de rafles à la sortie d'écoles ou dans des squares. Il n'y a plus aucun objectif chiffré, seulement des critères et des expulsions quand ces derniers ne sont pas respectés. RESF - pour ne citer qu'elle - sensibilise encore ses soutiens à chaque cas d'expulsions litigieuses. Mais ces alertes semblent moins nombreuses depuis mai 2007 (5 en janvier 2013; 12 en décembre 2012; 15 en novembre 2012).

5. Il y a toujours des faits divers qui sont détestables, des situations humanitaires désastreuses, des cas individuels d'expulsions ou de destructions de camps de Roms (puisque les deux sujets sont régulièrement mélangés) qui nous font honte. Il faut les relater, sans se tromper de critiques, sans amalgamer tout et n'importe quoi.

 A Ris Orangis (Essonne), un maire socialiste a préféré installer treize élèves roms dans une classe séparée, dans un gymnase voisin, plutôt que de les scolariser dans l'établissement. Il a un bon argument, des classes surchargées. Mais le symbole est odieux, et la solution illégale.

Philippe Alain, sur son blog hébergé par Mediapart, rapporte la situation de cette classe spécialement créée pour des enfants Roms à Saint-Fons. Le symbole - une classe "ethnique" - est odieux. Mais Philippe Alain devient excessif quand il se réfère à l'Apartheid digne de l'Afrique du Sud pré-Mandela ("On a connu pire, c’est vrai, mais c’était en Afrique du Sud du temps de l’apartheid"). L'Apartheid était un régime qui refusait le droit de vote aux non-Blancs. Cette forme "godwinnesque" de la politique est contre-productive et détestable. Elle exprime une rage sincère mais se disqualifie par l'assimilation à des régimes odieux. Il est légitime, nécessaire, de rappeler, préciser, souligner combien la scolarisation de cette vingtaine d'enfants roms est inacceptable (pas de cantine, des locaux séparés, un hébergement dans une salle de commissariat). Il est absurde et malhonnête d'omettre de donner la parole à la défense - la municipalité où sont logés ces Roms n'a plus de places scolaires.

La France est une démocratie. 

Il y a des recours, comme le Défenseur des Droits.

Les associations ont l'expression libre, voire même financièrement aidées par des organismes publiques.

La France devrait savoir traiter de ces sujets sans heurts ni violences, sans amalgames ni caricature. 

A suivre.



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21 commentaires:

  1. Cher Juan,
    Je ne partage pas nécessairement le point de vue de Balasko. A vrai dire je ne sais pas exactement ce qu'elle a déclaré et je m'en moque comme de ma première chemise. Je n'aime pas l'actu people. Mais venons en au fait. Je ne sais pas si elle est surpayée ou non. Le fait est que ça n'a rien à voir avec le sujet et qu'il est injuste de lui faire ce procès. Qu'on soit riche ou pas, on a parfaitement le droit d'avoir un point de vue différent de son intérêt de classe. C'est précisément ce que je reproche à des gens comme Depardieu par exemple. Le fait de faire la promotion d'un point de vue politique dans le but de servir des intérêts individuels.




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    1. vu ! Et d'accord. C'était un mouvement d'humeur de ma part dans un billet trop sage.

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  2. Post beaucoup trop indulgent par rapport à un gouvernement qui poursuit la politique sarkozyste, l'outrance verbale en moins.

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    1. moi aussi l'outrange verbale me manque, personne ne me vole mon pain au chocolat, je suis très très inquiet...

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  3. Je ne lis presque plus Juan. J'aimais Sarkofrance autant que je déteste ce qu'il est devenu. Un soutient inconditionnel d'une politique pourtant dans bien des points semblable à celle qu'il combattait jadis.

    Mais le nez dans le guidon, entêté, obstiné, (drogué ?), convaincu de détenir à lui seul la vérité ("Il s'agit d'éclaircir un débat politique" sic. = les autres l'obscurcissent et je suis le divin qui va vous éclairer de ma bonne parole) il devient méprisant envers tous et n'importe qui.

    Balasko serait donc râleuse et "surpayée". Connait-il seulement les revenus de cette actrice ? Ce qu'elle en fait ? A partir de combien un acteur est-il "surpayé" ? Ne paie-t-elle pas régulièrement ses impôts ? En quoi peut-on juger qu'un acteur est "surpayé" (jugement de valeur) à moins qu'il ou elle ne le soit que dès lors qu'il ou elle ne partage pas vos idées politiques et l'exprime ouvertement ?
    Et puis s'il trouve des gens trop payés, il lui suffisait de voter Front de Gauche qui, contrairement au PS improvisant de manière grotesque et avec un amateurisme tendant au ridicule sa mesurette à 75% qui fit vite pshitt, avait un plan très précis et concret de remodelage des tranches de l'impôt que le conseil constitutionnel n'aurait pu retoquer.

    Bref, ce genre de petite mesquinerie est tout simplement ridicule et indigne d'un blogueur qui se prétend vouloir "éclaircir un débat politique". Ces arguments sont juste des coulées de fiel et de méchanceté gratuite pas du tout constructive.

    Pour le reste, on a là une défense qui aurait pu être celle de n'importe quel gouvernement de droite justifiant l'injustifiable à coups de rhétorique politicienne mi langue de bois mi enfumage.

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    1. Je ne partage pas nécessairement vos critiques. J'ai le sentiment que les chroniques de juan sont plutôt raisonnées et argumentées en général. Au contraire de certains blogueurs il n'est pas convaincu de "détenir la vérité" et c'est ce qui fait l'intérêt de ce blog à mes yeux par rapport à d'autres. A mon sens, il n'est ni dans la critique systématique, ni dans le soutient inconditionnel. Je partage jusqu'à présent cette forme de "neutralité bienveillante" -comme disent les psys- vis à vis du gouvernement. En ce qui concerne Balasko, je faisais juste remarquer que l'adjectif "surpayé" était sans doute en trop. Il a écrit une connerie mais il est évident que ça arrive à tout le monde. Fin de l'histoire. Je continuerai à consulter Sarkofrance avec toujours autant de plaisir.

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    2. je ne pense que pas que retirer le terme "surpayée" à ce billet changera l'avis d'Odysseum, mais je le retire quand même.
      Sur le fond, chacun pense ce qu'il veut. Et j'écris avec sincérité ce que je crois. Adieu.

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    3. La neutralité bienveillante, c'est parfait quand on est Suisse ou Luxembourgeois. Pour les autres, tout va bien tant qu'ils dorment ou qu'on les endort à coup de potions apaisantes, mais le problème commence quand ils se réveillent. Là, boum, c'est la remontée brutale, sans paliers de décompression, comme disait le Commandant Cousteau et là, i' se prennent la réalité en pleine poire et ça fait maaaal ....

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  4. Je suis en total accord avec ce billet.
    Dans une dernière discussion que j'ai eu sur le sujet, on m'a répondu "pourquoi doit-on expulser des sans-papiers ?". J'ai pas trouvé de réponse...

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  5. Avant on pouvait reprocher au président la manière dont le gouvernement ou la police traitent les clandestins mais plus maintenant ? Ce serait hypocrite. Si un Torreton critique Depardieu c'est un héros du Peuple, mais si Balasko critique Valls c'est une riche qui devrait fermer sa gueule, c'est ça ?

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  6. Oh lui, Artur, il est pas pour les 35 heures !

    hein neuneu ?

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    1. Il dit qu'il voit pas le rapport... Mais puisque tu demandes, la dernière fois que j'ai bossé 35h c'était avant de rentrer au lycée. Y'a pas les 35h dans le pays où je vis, et je ne me plains pas. Tu devrais garder tes insultes, ça nuit à ton image et à l'éventuelle pertinence de tes commentaires.

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  7. Pas très convaincante, cette démonstration de la différence des politiques de Sarkozy et Hollande vis-à-vis des immigrés en situation illégale...Les associations ont toujours été libres de s'exprimer, il y a toujours eu des recours, il n'y a plus d'"objectifs chiffrés" d'expulsions mais les chiffres sont à la hausse, les Roms qui ont la nationalité d'un Etat membre de l'UE et auront bientôt le droit de s'installer librement en France se transformeront automatiquement tous en immigrants en situation légale...

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    1. Seul Brucolaque était capable de sortir des banalités avec autant d'assise, ou es tu Brucolaque ?

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    2. Ce qui n'était pas convaincant, c'était de tout mettre sur le dos de Sarko. Exemples: un clochard meurt dans la rue, voilà ce qui se passe dans la France de Sarko. Il n'y a pas de place en établissement pour mon fils autiste, c'est la faute à Sarko. On construit des maisons en zone inondable, c'est comme ça dans la France à Sarko.
      Il n'y avait plus de place dans l'école, d'accord. Aucune école n'est heureuse de voir arriver des enfants roms, surtout en nombre. C'est le présage de sédentarisation de familles qu'on préférerait voir s'installer dans la commune d'à côté. Et ça... ce n'était pas pire ou mieux sous Sarko que sous Hollande.
      Qu'eut pu faire le maire, dans l'urgence ? Surcharger ses classes, sans doute. D'autres le font. Il n'aurait pas eu de médaille pour cela.

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  8. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  9. D'un côté la dette et les intérêts monstrueux servis aux copains financiers. De l'autre l'appauvrissement par les néolibéraux des citoyens européens avancés, (pas les bulgares et j'en oublie) et des dizaines de millions de personnes qui veulent venir dans les pays occidentaux, paradis promis mais non avenu. Au milieu le PS qui ne veut pas faire de vagues, l'Europe est tenue d'une main de fer par les lobbies à pognon. Le pourrissement augmente chaque jour. Vals danse avec les loups.

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  10. Vu les hordes sauvages de milliers de sarrazins surarmés, drogués et très determinés, le déployement de force sans précédent, 4 rafales, 1 drone, 3 jeep et une estafette a toit ouvrant est il suffisant ?
    Faudrait pas rajouter un bus ?

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    1. Erreur, y a plus de drone. Il était loué et on a dû le rendre à son propriétaire, mais pas de panique, man, ici on travaille dur pour en fabriquer quelques exemplaires.

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    2. Et j'viens d'apprendre que la Jeep était en révision. Un vrai coup dur pour not'Président, qui remontait dans les sondages.

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    3. il reste une 4L Renault sur la base aérienne de Dijon, bon l'embrayage est fatigué, mais elle roule. Besançenot veut pas prêter son 4x4 Porsche Cayenne.

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