2 janvier 2013

2013: les médias ont-ils déjà raté leur rentrée ?

Deuxième jour d'une année 13, les voeux de François Hollande sont déjà loin. Il avait l'air grave et détendu, concentré et proche.  Lutte contre le chômage, pacte social et pacte de compétitivité, trois priorités.

Dont acte.

Sa compagne livre ses voeux sur Twitter, c'est plus court et instantané.

Passés les ineffables bilans de fin d'année, on parcourt distraitement les commentaires et analyses politico-médiatiques.

Où est donc passé le respect du lectorat ? Chez certains, on s'interroge.

Niveau zéro du commentaire politique
Le lendemain mardi, c'est l'avalanche de commentaires. Le JDD a convoqué une sémiologue prénommée Elodie pour titrer sur Hollande qui « ne parvient pas à incarner suffisamment le présent. » La Fabrique de l'opinion ne s'arrête jamais, elle est parfois amusante. La dame experte cherche la bébête, la ficelle est grosse comme un poing. Elle est là pour apporter l'argumentaire qui fait défaut à l'éditocrate qui gouverne ce canard en manque de ventes dominicales. Elle note les secondes, s'attarde sur le regard, sur-interprête les expressions, autopsie la mise en scène du réalisateur Jérôme Revon. Elle dénonce aussi ces « oxymores, associant "la compétitivité et la solidarité", "la réussite et le partage" » qu'a utilisé Hollande. La dame experte serait-elle l'une de ces affreux gauchistes qui pensent donc que la réussite et le partage sont antagonistes ? Je vous laisse sa conclusion:
« La caméra se rapproche du chef de l'Etat, qui, après avoir évoqué l'action du gouvernement, parle à la première personne du singulier. Il utilise alors un "je" fédérateur. La logique sous-jacente est de créer du relationnel avec les Français. En début d'allocution, François Hollande est distant et expose la situation. Au bout de 8 minutes, il s'adresse directement à ses citoyens.»
 Elodie est sans doute une sommité de son secteur. Elle a même un blog.

Lui consacrer une pleine page d'entretien et commentaire dans un hebdomadaire prétendument de référence pour inaugurer l'année était suffisamment pitoyable pour ne plus être désespérant.

Grosse chamaillerie
Il y en a deux qui ne se sont pas souhaités des voeux de bonnes année. Edwy Plenel patron de Mediapart et Jean-Michel Aphatie, éditocrate de RTL/Canal+, n'en finissent plus de se disputer publiquement. Le second pratique le commentaire de salon. Le premier pense qu'il est le nouvel Albert Londres des enquêtes fiscales parisiennes.

La veille de la Saint Sylvestre, Aphatie a encore raillé les prétendues preuves de Mediapart contre Jérôme Cahuzac: « Lisez cette itv de M° Mignard et vous comprendrez que ne possède aucune preuve du compte de mediapart.fr/journal/france… ». Et le patron du site a répliqué usant le même média: « Soit vous ne l’avez pas lu, soit vous ne savez pas lire ce qui vous dérange. Votre mauvaise foi n’a d’égale que votre prétention. » Malheureusement, Aphatie disait presque vrai. Dans cette fameuse interview de l'avocat de Mediapart, l'estimé Mignard explique qu'il est inutile de disposer de preuves à ce stade de l'affaire (sic!):  « J’entends cependant des confrères journalistes vous demander des preuves comme Harpagon sa cassette. Mais, comme je l’ai indiqué, ce n’est souvent qu’au stade des indices que les affaires commencent, rarement au niveau des preuves. Or ce n’est pas à Mediapart ou à quelque journaliste de rapporter des preuves – il ne manquerait plus que cela ! –, c’est à la justice. ».

Nous attendons avec impatience la confrontation télévisuelle de ces deux journalistes. Elle sera aussi croustillante que désespérant est leur débat.

Et l'Express ? 
Les journalistes politiques de l'Express se sont livrés à l'exercice des voeux. Venant de ces collaborateurs de l'hebdomadaire qui aura fait les couvertures les plus outrancières de la presse dite classique, l'exercice valait le détour.

Ainsi Benjamin Sportouch veut-il une « droite qui se trouve - elle n'a plus de colonne vertébrale idéologique- et une gauche façon Hollande qui ne se perde pas » (on est avancé). Son collègue Denis Tugdual, sans rire, espère que « la classe politique ait de la classe.» Et Eric Mandonnet voudrait une « vraie rénovation de la vie politique, sans démagogie ni faux semblant

Avec l'Express ?

Ils sont encore là
Car ils sont tous encore là, évidemment. Sur France Inter, deuxième jour de l'année, François Beytout, l'ancien dirigeant conservateur des Echos et du Figaro, réalise l'édito politique de 7h44, dans la Matinale de Patrick Cohen. Il nous promet une année exécrable à cause des mesures fiscales hollandaises qui vont, dit-il, décourager l'investissement et l'embauche par les entreprises. On croit rêver, on se pince.

L'année 2013 reprend à droite le matin sur France Inter.

Les chaînes iTélé et BFM tournent en boucle sur un incendie à Gennevilliers, ou les dernières accusations de Ziad Takieddine contre Nicolas Sarkozy. La résolution américaine du 31 décembre, qui a permis de franchir le fiscal cliff (*) à la dernière minute, est presque de l'histoire ancienne.

Il fallait se réfugier ailleurs, dans les blogs, ou chez quelques médias plus alternatifs.

Marianne.net publiait une chronique d'Elie Arié sur la pression socio-économique qui frappe nos seniors. Ragemag vous livre quelques doses de rage pour ce nouvel exercice fiscal qui démarre. Evitez Contrepoints et ses appels à l'exil. Attardez-vous sur le décryptage de la polémique Depardieu sur Arrêt sur Images.


A suivre



(*) falaise fiscale, expression qui désigne l'augmentation mécanique des impôts à défaut de budget voté par le parlement, avant le 31 décembre.

2 commentaires:

  1. Très bon sur la "sémiologue"!
    Copé et son "champs lexical"...Faire une analyse littéraire des politiques, fallait oser! C'est normal que ce soit drôle mais du coup, on n'y reste pas...un charabia fatiguant...oups...
    Tout va bien alors....
    Très bon article, à part une fausse note mais la perfection n'existe pas. Biz et encore bonne année!

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    1. La "fausse note" vos souhaite une bonne année, avec plein de jolies censures de commentaires sur votre blog.

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