15 janvier 2013

Exil fiscal: faudra-t-il aussi les tondre ?

L'affaire est grave, ridicule et honteuse.

La désertion fiscale, chez certains, est réelle et dérisoire.

La France et le monde sont en crise mais certains pensent encore qu'ils n'ont pas à contribuer. 

1. Il y a peu, un éminent quotidien du soir s'inquiétait de voir davantage de Français s'exiler en Belgique. A lire l'article, on comprenait que ces derniers ne se comptaient pas en milliers, mais à peine en quelques centaines. L'an passé, ils n'étaient que 126 petits malfrats de la solidarité à avoir quitté notre beau pays, contre 63 l'année précédente... C'est-à-dire franchement rien.

2. La complaisance d'une certaine presse à l'encontre de ces déserteurs est édifiante. Puisqu'ils sont riches (surtout en patrimoine), on les appellent des talents, ou créateurs de richesse. Cette certaine presse pleure de voir partir. Les mêmes s'indignent pourtant contre ces entreprises, y compris ces géants si modernes et cools que sont Starbuck ou Google, qui délocalisent leurs revenus. Après tout, l'évasion fiscale, c'est le capitalisme, comme l'expliquait joyeusement le patron de Google France.

3. Cette polémique interroge. Une belle frange à gauche du gouvernement actuel s'énerve et s'étrangle de le trouver trop mou, trop faible, voire franchement traître à la Grande Cause de l'Egalité des Revenus. Faudrait-il se contenter de lire Laurent Mauduit, expert ès gauchitude économique exilé chez Médiapart pour tout comprendre combien cette équipe batave a trahi les grandes envies de Grand Soir fiscal ?Non, le sujet est plus vaste. Nous n'avons pas eu le Grand Soir fiscal tant attendu. Point de nuit du 4 août. On nous rétorquera qu'elle n'était pas dans le programme hollandais. Nous répliquerons que la déception remonte à ce programme mais qu'elle est réelle. Il y a bien de petites satisfaction - le réalignement général de l'imposition des revenus du capital sur ceux du travail. C'était la moindre des choses. Mais il y avait encore fort à faire.

4. Quelque 2.000 Français seraient installés en Suisse. Qu'ils y restent ! Il y a deux ans, nos voisins helvétiques accueillaient 2.000 Français millionnaires...  On se souvient qu'en 2007, l'UMP sarkozyste comptait 150.000 adhérents là-bas, un vrai bonheur. Depuis le 1er janvier 2013, la France n'accorde plus le bénéfice de la convention de double-imposition aux Français qui se planquent en Suisse. Mon dieu que la vie sera rude !

5. La Russie semble aussi attirer les faveurs de quelques vedettes déchues. Gérard Depardieu, d'abord Belge puis maintenant Russe, a été suivi par Lara Fabian, une chanteuse morte dans nos coeurs et notre mémoire depuis belle lurette. Il paraît que Brigitte Bardot a menacé d'y partir également si on tuait deux éléphants. Mon dieu que notre pays devient ridicule. Est-ce cette incapacité française à gérer sa solidarité ? Là encore, certains s'émeuvent moins de ces exils que de leurs causes... On croit rêver... Lisez l'Express, sous la plume d'une certaine Cécile, qui rapportait quelques tweets ou commentaires édifiants...

6. Pourrions-nous imaginer les tondre, ces déserteurs ? C'est-à-dire les marquer à vie, jusqu'à repentance ? Leur interdire de revenir se faire enterrer sur le sol de leur patrie d'origine puisqu'ils nous ont quitté. Ils sont peu nombreux, presque honteux. Voyez Jean-Michel Jarre contraint à la dénégation dès le premier soupçon d'un exil londonien. Un expert syndical des Impôts les estiment à quelques centaines par an. Qu'ils partent donc, ces damnés de la Thune, comme les appelle Seb Musset. Ils ravivent la lutte des classes, comme l'explique un autre confrère.

C'est tant mieux.

C'est heureux.

La lutte des classes est insuffisante dans notre vieux pays. Une seule classe a conscience de son existence.

Plus elle est contrainte à se dévoiler, mieux se portera le combat.





Billet publié chez RAGEMAG.


7 commentaires:

  1. Excellent billet qui ravigote ou revigore ! Mais je trouvais le ton un peu trop revIndicatif par rapport à d'habitude ; ct avant de découvrir qu'il fut rédigé pour paraitre chez Ragemag !

    Il est à noter qu'à ma connaissance, la lutte des classes débarque ostensiblementsur sarkofrance : puisse-t-il faire des émules par dizaines puis par centaines.

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  2. lutter pour arriver à quoi ? quelle est la guerre qui est menée ?

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    1. @ Le Parisien Lepic

      Lutter c'était pas au programme de Sup de Co de Caen ?

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  3. Avec la nouvelle méthode de filtrage des commentaires ceux-ci tarissent sévère !

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  4. Les tondre ? Y a plein de propositions sur la table. taxation différentielle, exit tax, réquisition de l'immobilier etc.
    Plus médiatiquement, reprendre l'avantage culturel : parler de déserteurs plutôt que d'exilés ou de réfugiés, susciter et afficher leur culpabilité (ces médiocres dénégations que les fait passer pour des cons en plus d'être des lâches).

    Merci et bravo, donc, pour ce billet.

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  5. Salut Juan,

    Ma dernière chronique cause de Marcel que je croise toutes les semaines. Finalement nous traitons le même thème... juste avec des angles différents. Je me demande parfois comment on a pu autant régresser depuis la préhistoire pour sombrer dans une telle bassesse. L'absence de civilisation, ce n'était pas à l'âge de la pierre polie mais c'est aujourd'hui.

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  6. On peut lutter sans faire la guerre, camarade libéral, mais peut-être que Monsieur redoute les confrontations, ne serait-ce que celles qui sont idéologiques ou manifestantes avec le peuple crassouille et mal élevé, non ?
    Monseigneur est probablement "né avec une cuillère en argent dans la bouche".

    Alors, mon bon, si tu vois pas pourquoi il faut lutter, renonce à tes biens superflus, fais une demande de RSA ou va faire un sale boulot sous-payé pendant quelques mois et après reviens nous en parler. T'auras p'tête compris ou, qui sait, t'auras la haine envers ces "salauds de pauvres".
    Qui sait ? Regarde les tartuffes Wauqiez ou Copé et écoute ce qu'ils disent sur les "assistés", qui lutteraient pas, eux.

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