15 janvier 2013

Filippetti: comment les blogs politiques servent à clarifier le débat

La polémique née de quelques déclarations de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti est une belle illustration de l'éclaircissement des sujets du moment que la période appelle.

Jugez plutôt, à travers quelques exemples malheureusement choisis avec la partialité coutumière de l'auteur de ce blog.

Car cette polémique est bien fragile.

De l'obscurité du buzz...
Appeler à commenter la cessation de paiement du groupe Virgin Megastore en France, voici donc qu'elle cible la concurrence déloyale des sites en ligne basés à l'étranger, qui ne sont « pas à la même fiscalité que les entreprises localisées physiquement en France». La ministre a factuellement raison sur les écarts de fiscalité et, en visant des sites en ligne, elle embrasse également un autre sujet - le passage du commerce physique vers le commerce en ligne.

Il ne fallait pas lire Twitter ce jour-là, ce fut l'hallali. Il y avait aussi quelques rapides billets, trop rapidement écrits.  Il fallait même une jolie dose de mauvaise foi pour accuser la ministre de faire le procès du e-commerce en général. Pour la plupart, les auteurs surfaient sur le court extrait publié dans une dépêche d'agence. Car peu d'entre eux avaient eux réellement écouté la ministre à la télévision. Mais bon, il fallait s'y résoudre. La vigilance mérite un effort que certains n'osent plus faire. C'est l'ère du buzz facile...

Il fallait donc lire d'autres blogs, critiques ou pas, politiques toujours, pour comprendre les enjeux de cette affaire, prolonger la réflexions. Des blogs qui pouvaient se contredire ou se répondre, et alimenter le débat.

Et voici quelques réponses complémentaires à ce débat.

... à la lumière des blogs
Politeeks a lâché un long billet mais furieux. Il se désole que Filippetti soit d'après lui « intoxiquée par le lobby culturel Français ». La ministre ne l'est pas. Elle a simplement lâché une phrase. Pour être complet, son commentaire aurait nécessité de longues heures. Que fallait-il faire ? Ne pas répondre à la question d'un journaliste lors d'une émission en direct ?

Politeeks élargit donc ce débat qui n'a pas eu lieu. Il accuse le lobby culturel français qui serait constitué par des « dinosaures qui vivent de taxes ». Il est vrai que la Culture s'est efforcée de ponctionner tous les nouveaux supports de diffusion des oeuvres qu'elle produit. Pourquoi la taxation ? Parce que la Culture a souvent du mal avec la simple loi de l'offre et de la demande qui régit habituellement l'allocation des recettes dans d'autres secteurs. Mon confrère Nicolas évoque aussi la chose: « il nous faudrait aussi évoquer les spécificités culturelles françaises ».

Chez Politeeks, la charge est donc rude mais trop globalisante. L'industrie des biens culturels est vaste (spectacle vivant, musique, cinéma, livre, etc), et recouvre des réalités diverses. La concentration des producteurs et distributeurs est devenue réelle et incroyable dans la musique, et reste très faible dans  le cinéma ou la littérature.

Comme d'autres, Politeeks pointe l'actionnariat de Virgin, un fond d'investissement qui cherche à rentabiliser sa mise de départ. Il a raison.

Comme Nicolas ou el Camino, il rappelle un point essentiel: Amazon est un supermarché qui vend tout et n'importe quoi. Mais Amazon est un concurrent de Virgin. C'est une évidence que même les salariés de l'entreprise ont soulevé. Cyril Marcant revient lui aussi sur les trois suspects mis en cause dans cette fermeture programmée (le commerce en ligne, les gros revendeurs, et le client lui-même qui semble considérer que la culture doit nécessairement être gratuite).

Romain Blachier a complété d'autres points. La ministre a pointé sur un écart de TVA évident et connu entre des commerces français et des sites de commerce basés à l'étranger, par exemple au Luxembourg. Un DVD se vend avec 10% d'écart ! Et il ne s'agissait pas de résumer les problèmes de Virgin à cette concurrence-là. Ni d'attaquer « le modèle du e-commerce en particulier et du progrès technologique en général. » Le choc du passage «brick and mortar » au numérique a fait et fera des morts. SebMusset a détaillé combien la guerre en ligne était perdue d'avance pour certains autistes: « Virgin a mal négocié le virage de la musique en ligne, mais surtout raté celui de la vente physique par correspondance alors qu'il avait l'obligation d'anticiper et les moyens de mettre en place des offres et services dans le domaine ». Le commerce en ligne est souvent plus souple, moins cher, plus accessible, plus riche en inventaire. Comme hier les grandes surfaces en pleine banlieue, il contribue aussi à désertifier les zones urbaines ou semi-urbaines.

Nous pouvions ajouter que les causes de la faillite d'une entreprise sont souvent nombreuses. On peut accuser les patrons d'avoir mal gérés, les actionnaires d'être trop gourmands. Mais je suis surpris que les ravages de e-commerce mondialisé ne suscitent que peu de troubles à gauche. C'est aussi un sujet politique. Cet e-commerce-là n'affectent pas que les méchants dinosaures qui commercialisent des bien culturels. D'autres secteurs est en passe de souffrir à défaut de disparaître. En ces temps de soldes en tous genres, ces dernières sont plus radicales chez quelques-uns de ces géants fiscalement protégés.

A suivre.







PS: billet rédigé sous l'emprise de conflit d'intérêt.

5 commentaires:

  1. Et Cyril Marcant? J'ai adoré ce billet!
    Il y a un moment, personne n'en parlait, j'avais posé ce problème-là:
    http://spartakiste.blogspot.fr/2012/07/recherche-exception-culturelle.html
    bonne journée!

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    1. Tu as raison, je l'ai ajouté ! Cette revue n'est pas exhaustive ;-)

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  2. Etrange, cette inertie,cette difficulté de notre société à comprendre qu'il y a certains changements qui sont inévitables, qu'ils nous plaisent ou pas:

    -la dématérialisation de la culture (musique, lecture, info), qui se fera de plus en plus par internet, par le téléchargement et par le e-commerce, aux dépens des CD, des DVD, des livres-papier, des journaux-papier, des points de vente petits ou grands (Virgin)

    -la filiation, qui est déjà bouleversée (mariage homo ou pas) par le divorce et les familles recomposées, et par la PMA,

    -le code du travail, qui ira vers plus de flexibilité pour laquelle il faudra inventer de nouveaux types de sécurité,

    -la mondialisation, qui réduit beaucoup la marge de manœuvre des politiques nationales.

    Le refus d'accepter les changements inéluctables, aussi désagréables soient-ils, joue un grand rôle dans le malheur des hommes.

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  3. Ce type de raisonnement est une excellente illustration de ce qui s'écrit, se lit et veut s'imposer dans nos esprits depuis plusieurs dizaines d'années sans avoir aucune chance de le faire autrement que par la contrainte.

    Vous exposez vos a prioris, vous regroupez arbitrairement des thèmes qui n'ont rien à voir entre eux par leurs enjeux, leurs dimensions humaine, sociale, culturelle ... Comment pouvez-vous mettre sur le même plan la dématérialisation de la culture et le code du travail ou la mondialisation ? Vos remarques devraient être, pour le moins, beaucoup plus nuancées.
    Pour chacun des exemples que vous prenez, il existe des choix, des modalités d'adaptation, d'organisation, voire des alternatives.

    Rien ne nous contraignait en effet à libéraliser la finance mondiale, à faire tomber toutes les barrières douanières, à précariser à ce point le marché du travail en France, à renoncer à contrôler les banques trop grosses pour faire faillite, à renoncer à notre souveraineté, à adopter l'euro et à continuer encore et encore à ne rien changer dans tout ce qui ne marche pas et qui ruine notre pays.

    Rien ne nous oblige à subir, citoyens et gouvernements compris, sans agir. Rien ne nous empêche de réguler. Je précise que "réguler" n'est pas un "gros mot", ni une expression stalinienne, ce qui n'est pas le cas de déréguler qui renvoie bien au discours ultralibéral, qu'on nous sert en France depuis la fin des années 80, socialistes compris. La propagande y a été omniprésente, aussi forte que mensongère sur les bénéfices de la dérégulation.

    Alors, arrêtez de prendre les gens pour des imbéciles qui ne comprendraient rien, qui seraient des arrièrés, des conservateurs corporatistes. En Grèce, en Espagne, en France ou ailleurs, les citoyens sont entièrement et seuls responsables.
    On est nombreux à en avoir marre de ces poncifs, plus nombreux que tous ces "hauts" fonctionnaires français si dévoués, qui se sont rendus complices, y compris sous les gouvernements socialistes, de la privatisation de pans entiers de notre économie pour s'en mettre plein les poches, tout en étant capables de conduire leur entreprise à la faillite. On a presque oublié leur nom, mais ni de leur verser des bonus, des stock options ou des retraites chapeau. L'espace laissé libre pour ce commentaire ne me permet pas d'en citer quelqus-uns des plus méritants.
    Pour faire la part des choses, je vous invite donc à ouvrir les yeux un instant et à vous documenter sur des sujets que vous ne verrez jamais au journal de 20h, ni dans votre quotidien régional, qui sert si bien à emballer les épluchures de vos pommes de terre : TINA de Mrs Thatcher (do you know Maggie and Ronnie or Friedman ?) la Trilatérale, le Forum de Davos. Des organismes de bienfaisance, peut-être ? Oui d'une certaine façon et avec des membres actifs ayant des intérêts communs. Chez nous, nous avions le comité des forges à l'époque de ces vilains ouvriers qui avaient des prétentions exorbitantes au siècle dernier.

    Alors, si quelque chose est aujourd'hui inéluctable, ce sont les effets dévastatateurs d'une politique menée par des dirigeants
    "de gauche" après l'avoir été par des dirigeants sarkozystes, au service des multinationales et privilégiés.

    Je vais vous une confidence, mais ne le répétez pas.
    Pour beaucoup de Français, être roulé dans la farine par des socialistes ou par des sarkozystes laisse exactement le même arrière-goût. Celui de la colère.





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  4. On pouvait effectivement ne pas déréguler, mais, maintenant, personne ne sait comment re-réguler à nouveau, car ce ne peut être fait qu'à l'échelle mondiale, pas à l'échelle nationale: aucun pays ne peut se retirer de la globalisation de l'économie (et beaucoup ne le souhaitent pas, notamment tous les émergents).

    La richesse et l'emploi sont en train de basculer d'Europe en Asie, on est en train de changer de monde.

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