28 février 2013

Risques au travail: la vérité statistique contre les beaux discours.

On aime parler de la juste rémunération du risque. Le MEDEF et quelques néo-pigeons la réclament. On célèbre un nouveau mythe: d'un côté, ces entrepreneurs forcément partis de rien, qui ont pris des risques qui méritent rémunérations et fortunes. De l'autre, ces innombrables salariés forcément passifs, exécutants et trop protégés.

Et si l'on parlait des risques du travail, ceux qui vous font perdre autre chose que quelques milliers d'euros ? Et si l'on rééquilibrait un peu l'image d'Epinal ?

Car ils sont quelques autres millions à prendre des risques, des vrais. La pénibilité ou l'exposition au risque professionnel, ils connaissent. Elles sont parfois diffuses. Elles s'accumulent. Elles se mesurent difficilement. Les études sont rares ou parcellaires. Voici donc l'un des résultats édifiants d'une évaluation qui nous permet de mieux saisir cette improbable réalité des conditions de travail. Des cadences aléatoires aux horaires variables, de l'urgence permanente aux horaires décalés, de l'exposition au risque d'accidents aux manutentions manuelles répétées. Ce sont des petites choses, des constats parfois évidents, qui mis bout à bout décrivent statistiquement la pénibilité d'un boulot.

Enfin des chiffres
Le ministère du travail a publié une étude sur ces salariés exposés à des risques professionnels. On se souvient de la triste manoeuvre de l'ancienne majorité. Le clan sarkozyste avait d'abord masqué les chiffres, reportant à une publication ultérieure nombre d'études pourtant fort intéressantes sur les conditions de travail. Il avait ensuite grossièrement assimilé l'invalidité à la pénibilité dans la prise de retraite dès 60 ans.

L'actuelle équipe est contrainte de se remettre à l'ouvrage. Le régime des retraites n'est toujours pas sauvé. Notons au moins la différence de méthode. Les études et évaluations vont pleuvoir. En voici une, périphérique au sujet mais essentielle.

La DARES a tenté d'évaluer les "contraintes physiques intenses" au travail. Le sujet tombe également à pic dans cette sale affaire de l'amiante. Voici donc quelques résultats exemplaires, mesurés en 2010 - trois ans déjà - mais estimés pour 22 millions de salariés du public comme du privé. Cette fois-ci, "les expositions aux risques professionnels sont décrites pour chacun des trois versants de la fonction publique et par grands secteurs du privé : l’agriculture, l’industrie, la construction, le commerce et les transports, et les autres services."

La réalité statistique
L'étude, très complète, prend un à un ce que d'aucuns appellent les risques du métier. La lecture du document original est vivement conseillée. Ces données percutent un autre discours, néo-libéral et connue, qui réclame flexibilité et assouplissement et encense le Patron-Entrepreneur qui serait seul en risque.

1. La pénibilité ignore les statuts publics ou privés. "Au-delà des statuts public ou privé de l’employeur, certains risques professionnels sont caractéristiques de métiers, ou de familles professionnelles". Les auteurs identifient ainsi les secteurs concernés: Fédération Publique Hospitalière, commerce et transports concentrent ainsi les horaires atypiques.

2. Tous secteurs confondus, 15% des salariés travaillent la nuit,  un tiers le dimanche. 23% ont des horaires variables. 10% des salariés ne connaissent pas leurs horaires de travail la semaine suivante.

3. Quelque 39% des salariés français subissent au moins trois contraintes de rythme de travail (déplacement automatique d’un produit ou d’une pièce, cadence d’une machine ou autres contraintes technique). Ce taux atteint 50% pour l'industrie. Près d'un salarié sur deux (46%) dans la FPH, le commerce et les transports déclarent devoir se dépêcher pour faire leur travail.

4. La santé concentre nombre de situations extrêmes. Pire, la plus grande pénibilité se trouve ... dans le secteur public. En effet, les activités hospitalières ne concernent "que 20% des effectifs du secteur privé de la santé dans Sumer alors qu’elles concernent 91% des effectifs de la FPH."

5. Les femmes sont moins bien traitées que les hommes. "Dans tous les secteurs, les femmes signalent une moindre latitude décisionnelle que les hommes; elles ont moins d’occasions d’influer sur leur travail et de développer de nouvelles compétences." Et l'étude de conclure: "Ceci est confirmé par des études aussi bien quantitatives que qualitatives sur les différences sexuées du travail" ([1] [2] [3]). Il y a pire: "Dans tous les secteurs du privé, les femmes déclarent plus souvent subir des agressions verbales de la part du public dans le cadre de leur travail (17% pour les femmes dans le secteur privé contre 11 % pour les hommes).

6. Il y a le bruit, évidemment une souffrance dans l'industrie. L'étude livre quelques chiffres sur l'exposition à un bruit supérieur à 85 dB(A) "pendant 20 heures par semaine ou davantage", un dosage "particulièrement nocif" pour l’audition. Or, soulignent les auteurs, cette situation frappe 17% des salariés de l’industrie (17%) et, dans une moindre mesure, 11% dans la construction, 10% dans l'agriculture (contre 5% pour l’ensemble des salariés).

7. "10% des salariés effectuent des manutentions manuelles de charges dix heures ou plus par semaine." Rien que ça.

8. Un salarié sur trois de la construction restent debout plus de 20 heures par semaine. 

9. La répétition des mêmes gestes à une cadence élevées plus de 20 heures par semaine concerne 8% des salariés en moyenne, mais 16% dans l'agriculture, et 12% dans l'industrie.

10. Près d'un tiers des salariés de la construction et un quart des hospitaliers sont exposés à au moins trois produits chimiques dans l'exercice de leur activité. Dans la FPH, plus des trois quarts des salariés sont confrontés à des agents biologiques.








[1] Amira S. (2010), « Les femmes occupent des emplois où le travail semble moins épanouissant », Dares Analyses n° 82, décembre.
[2] Dunezat X., Heinen J., Hirata H., Pfefferkorn R. (2010), Travail et rapports sociaux de sexe, Rencontres autour de Danièle Kergoat, L’Harmattan.
[3] Molinier P. (2003), L’énigme de la femme active. Égoïsme, sexe et compassion, Payot.

27 février 2013

Chomage: là où ça coince en France

Ce sera donc le 21ème mois de progression du chômage. Le ministère du Travail a publié sa dernière livraison sur le nombre d'inscrits à Pôle Emploi. Pouvions-nous préciser que le chômage n'a jamais baissé depuis ... 2007 ? Pouvions-nous ? Oserions-nous ?

Nous avions pris l'habitude, en Sarkofrance, de la triste chronique de cette progression statistique. A la fin de cette dernière époque, l'ancien monarque avait pris l'habitude de nous promettre un quelconque retournement de tendance quasiment tous les mois, quatorze mois durant.

C'est au tour de François Hollande de subir le commentaire de cette souffrance statistique et humaine.

Chômage gonflé
Le nombre d'inscrits dans la fameuse catégorie A de pôle Emploi, ceux qui n'ont pas déclaré la moindre heure de travail rémunéré en janvier dernier, sont désormais 3,4 millions en France. Une belle et détestable progression un an. Certains étaient déçus. On avait raté de "quelques milliers" le record de février 1997 (Libération), à moins que ce fut celui de janvier 1997 (Le Monde). « Et de 21! Le nombre de chômeurs en France métropolitaine a progressé, en janvier 2013, pour le 21e mois d’affilée. » (Le Figaro). "En 48 heures, deux promesses de François Hollande se sont envolées " complétait Claire Guelaud pour Le Monde.

Car - diable ! - Hollande avait l'affreuse lucidité, la détestable franchise de dire ce qu'il en était. Inverser la courbe du chômage quand la croissance européenne disparaît ... Ahem... Comment nier la situation ? Fallait il jouer à Sarko ? Non, il fallait dire qu'inverser cette fichue courbe dans 11 mois serait difficile.

Plus grave que ces railleries médiatiques, l'inactivité de 3,4 millions adultes, à laquelle s'ajoute 1,5 millions chômeurs à temps partiel, sans compter celles et ceux qui ont disparu de ces statistiques - des formations au fameux halo - il y a donc encore près de 6 millions de nos concitoyens à chercher un emploi stable et complet. 

Certains se souviennent de ces précédentes années considérées comme record. 

Patron indécent
Quelques heures plus tard, sur une autre onde, celle de France Info, un patron candidat à la succession de Laurence Parisot au MEDEF, expliquait qu'il fallait dire la vérité aux Français. Que les allocations chômage étaient trop élevées. Cet homme, Geoffroy Roux de Bézieux, président fondateur d'Omea Telecom (Virgin Mobile) avait de brillantes idées, il veut "acter une vraie baisse du coût  du travail" et milite pour un transfert des cotisations familiales qui ne peuvent plus être financées par les entreprises." Il a raison sur un point essentiel: certains patrons méritent un discours de franchise; oui, il faut les mettre en risque, le vrai. Couper les ponts, les filets, les parachutes de certains de ces donneurs de leçons. Il faut leur expliquer combien leur prétendue prise de risque ne valent que par les sacrifices ou l'effort de leurs salariés. Qu'ils devraient cesser de couiner après la niche (fiscale) ou la subvention (publique). Qu'ils devaient accepter de perdre la rente ou l'héritage de leurs aînés, pour celles et ceux qui en ont.

Pourquoi aucun responsable du MEDEF n'assume-t-il pas cette remise à zéro des compteurs ? Ils s'abritent derrière quelques hérauts de l'entreprenariat pour mieux cacher la rente et l'héritage.

Vigilance retraite
Nous avions donc 6 millions de personnes à l'affut d'un vrai emploi, mais quelques sbires néo-libéraux pour expliquer qu'il faudrait travailler plus longtemps, plus vieux et plus fatigué.
Car imaginez-vous que le nouveau grand débat sur les retraites allait reprendre. La réforme Sarkozy, injuste, n'avait rien sauvé. Quelle déception pour certains Sarko-fans... Le même Geoffroy Roux de Bézieux explique encore que "l'allongement de l'espérance de vie implique d'augmenter la durée d'activité. C'est non négociable !" A gauche, on ne se disputera pas le sujet, sauf sur un point, la durée de cotisations. Son allongement est assumé par le Parti socialiste, jusqu'à Henri Emmanuelli. Il est récusé au Front de Gauche. Restera la hausse des cotisations sociales.

Ce mercredi, le premier ministre installe une commission sur le sujet. Le Conseil d'orientation des retraites (COR) a prévu un déficit à plus de 20 milliards d'euros d'ici à 2017 si rien ne change. L'âge de départ à la retraite - qui n'a jamais été à 60 ans en moyenne avant la réforme de 2010 - a encore reculé : 61,8 ans chez les hommes et 62,5 ans chez les femmes. Mais sans surprise, le nombre de retraités progresse quand même, +1% l'an dernier, pour atteindre 13,2 millions.

Le pays vieillit, un scoop. Préférait-on le modèle allemand ?

Qu'il est curieux de lire, d'entendre les mêmes arguments catastrophistes qu'en 2010. Comme si Sarkozy n'était jamais passé par là...







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26 février 2013

La défaite de Mario Monti est-elle prémonitoire ?

Jusqu'au bout, les différents camps se sont disputés la victoire législative en Italie. Mais il y a une certitude.

Mario Monti, le président du Conseil sortant, est gravement défait.

L'homme, présenté comme le technocrate qui allait sauver l'Italie de son marasme quand il succéda à l'exécrable Silvio Berlusconi en 2011, a lamentablement échoué à convaincre l'électorat italien. Moins de deux années d'austère gestion pour redresser les comptes publics et la cote de crédibilité du pays plus tard, Mario Monti va quitter le pouvoir.

1. Le message démocratique est clair et sans ombrage. La liste de Monti est bon quatrième, aux alentours des 10% des suffrages. L'austérité est impopulaire. Qui en douterait ? Qui peut penser qu'un tel programme puisse fédérer une majorité des suffrages dans les urnes ? Rappelons que la potion Monti n'avait rien d'agréable, même si une fraction du bilan était imputable à son prédécesseur: 80 milliards d'euros de coupes depuis l'été 2011, une petite réforme du travail (suppression des contrats précaires mais assouplissement des procédures de licenciement), une autre pour les retraites (allongement de la durée des cotisations, recul de l’âge de départ en retraite, à 70 ans en 2015), pour déboucher sur une récession en 2012 et en 2013 (-2,3% du PIB prévus). Pire, elle n'a pas produit de résultats positifs perceptibles. Certes l'Italie se finance moins cher que l'Espagne (quelle performance!), mais la dette est encore phénoménale (2.000 milliards d'euros). Et Monti n'a enclenché aucune réforme bancaire.

2. Marion Monti était aussi l'homme de l'élite européenne, le favori de nos éditocrates néo-libéraux, un rêve technique contre l'ambition démocratique. Il est arrivé au pouvoir parce que le clown populiste adepte de Bounga-Bounga nocturnes avec des demoiselles parfois mineures avait dépassé les bornes de l'inefficacité. L'Italie n'inspirait plus confiance pour financer sa dette. Monti est arrivé au pouvoir sans légitimité démocratique, propulsé à la tête du gouvernement sans élection, mais avec le seul assentiment des forces politiques en présence. Monti, ex-associé de Goldman Sachs, avait le soutien de la Banque Centrale Européenne (BCE), le fonds monétaire international (FMI) et la Commission européenne.

3. En novembre 2011, Silvio Berlusconi est tombé sous la pression des marchés financiers, d'une perte de confiance politique et d'une fragilité institutionnelle. On aurait tort de croire que le scenario qui se déroule sous nos yeux est une mauvaise nouvelle pour les créanciers du pays et leurs porte-parole. C'est un paysage éclaté qui sort des urnes, plus éclaté encore qu'en Grèce en juin dernier. La gauche tient péniblement la Chambre des députés, mais la droite berlusconienne conserve le Sénat. Lundi, il était curieux d'observer le comportement spéculatif des marchés pendant la journée de lundi. Quand les premiers décomptes donnaient la gauche vainqueur dans les deux chambres, les indices de la Bourse de Milan montaient, pour mieux reculer dès la publication d'informations contradictoires sur le Sénat - où la coalition berlusconienne était alors donnée en tête avec un gros tiers des suffrages. L'anxiété était manifeste. Une fois passée cette phase d'incertitude, la messe sera dite. Faute de majorité, le pays sera dans les mêmes mains qu'avant - celles de ses créanciers.

4. D'aucuns trouveront dans cet échec la preuve que l'austérité a été rejetée, au moins en Italie. Soit. Mais faut-il se réjouir qu'un autre clown -  l'ex-comique Beppe Grillo et son Mouvement cinq étoiles (M5S) - soit parvenu à créer la surprise ? On le créditait, lundi en fin de journée, d'environ 20% des votes à la Chambre haute du Parlement. Faut-il se réjouir que l'alternance prenne peut-être la forme d'un retour aux affaires gouvernementales d'il Cavaliere ? Ce résultat doit être considéré comme désespérant, même pour celles et ceux qui croient à une autre voie que l'austérité budgétaire.

5. Le vote italien comporte certainement quelques messages utiles pour la France. Le premier est politique. Le gouvernement sortant a été pulvérisé par trois assauts simultanés - sur sa gauche, sur sa droite, et par le M5S de Grillon. En France aussi, l'actuelle majorité est potentiellement exposée à trois menaces - gauche, droite et extrême-droite. Deuxièmement, le redressement des comptes publics est une ambition terne, douloureuse, insupportable si une autre trajectoire politique plus aspirante n'est pas communiquée, défendue, expliquée. Il assure même la mort politique rapide si aucun résultat positif n'est rapidement tangible - une contradiction avec ce que le temps politique réclame parfois. Avec Monti, l'Italie a ramené son déficit budgétaire sous le seuil fatidique des 3% du PIB. Ce dernier partait de moins haut - 3,9% en 2011, dernière année berlusconienne. Mais l'Italie en récession reste surendettée à 127% de son PIB !

Pour la France, voici toute l'ambiguïté du message italien: il n'y a nulle majorité de rupture (à gauche), mais une urgence pour le gouvernement Hollande à tracer autre chose qu'une simple perspective de rigueur.



25 février 2013

Ceux qui ne comprennent pas Hollande.

Hollande fait un bon mot sur Sarkozy, l'homme qui n'aimait que les bons mots contre ses critiques ou opposants. Fillon fait une rentrée ratée sur un plateau télévisuel sans surprise. Le plus important était dans cette mise en garde à l'encontre de l'actuel président: oublie-t-il celles et ceux qui l'ont élu ?

Nous avions une réponse. Pourrait-on se poser la question sur la durée d'un quinquennat ?

Le dossier de la semaine de l'hebdomadaire Marianne devrait sonner comme une alerte, ou pas. Samedi dernier, le journal s'est fendu d'un sondage sur les classes moyennes et leur appréciation des premiers mois du quinquennat Hollande. Puis de quelques idées et grosses critiques contre les mesures fiscales décidées. Nul recours à un statisticien ou un fonctionnaire des Impôts pour définir les classes moyennes, les sondeurs pour une fois avaient eu la bonne idée de se baser sur la chose qui vaille en matière de classement social - la perception des intéressés eux-mêmes.

Globalement, ces Français sondés sont très mécontents de subir davantage de taxes. Sans surprise, la re-fiscalisation des heures supplémentaires passe très mal. De toutes façons, les auteurs du dossier le reconnaissent bien volontiers - qui aime payer davantage d'impôts ?

Mais le bas blesse ailleurs: les impôts supplémentaires en cause - 20 milliards d'euros sur 2 ans - sont finalement bien modestes non seulement au regard de l'effort général (20% des 100 milliards de redressement budgétaire prévus sur  2012 et 2013), mais aussi de l'imposition générale - cotisations incluses: près de 300 milliards d'euros annuels.

Mais de quoi parle-t-on ?

Hollande aurait raté une belle occasion de faire une réforme fiscale. On notera cependant combien il semble curieux d'envisager que le quinquennat est déjà clos, moins d'un an après son commencement. On devrait aussi s'interroger sur la séquence passée.  Hollande a agi à l'inverse de Sarkozy. Le premier a rapidement déçu celles et ceux qui pensaient à des changements plus graves et - pour eux - plus profitables (réforme fiscale notamment). Sarkozy s'est empressé de faire voter un paquet fiscal dont la seule composante populaire était la défiscalisation des heures sup susmentionnées. Bref, outre la faiblesse des marges de manoeuvre budgétaires et européennes, la meilleure tactique politique ne consistait-elle pas à commencer par "la douloureuse" ?

Il était drôle de voir Hollande au Salon de l'agriculture, plusieurs heures durant. Le président n'avait que peu à gagner. L'électorat local ne lui a jamais été favorable, et encore moins cette année. Pourtant, il y est allé. Les ex-Sarkofans n'ont pas apprécié que Nicolas Sarkozy soit ainsi moqué. Les mêmes se taisaient, se couchaient devant chacune des (mauvaises) blagues de leur ancien mentor à propos de l'opposition d'antan. "C'est une mauvaise blague donc c'est un dérapage" déclara sans surprise Nathalie Kosciusco-Morizet.

L'enfant: "Ah mais j'ai jamais vu Nicolas Sarkozy !"
François Hollande, souriant : "Ah, bah, tu ne le verras plus".
L'UMP est en rade. C'est confirmé. François Fillon s'est montré à la télévision pour expliquer combien il était présidentiable pour 2017. Il veut être "utile". Après cinq années de silence sado-masochiste sous Sarkozy, puis une campagne interne ratée contre l'ineffable Copé pour la conquête de l'UMP, il aimerait nous imposer l'image d'un présidentiable crédible pour 2017. Avec 4 années d'avance, rien n'est perdu. Le voici sur TF1, dimanche 24 février au soir, sourire aux lèvres.
"La France est au bord de la récession, toutes les promesses ont quasiment volé en éclat, on est en face d'un gouvernement qui semble aujourd'hui impuissant, qui n'a pas de cap, qui n'a pas d'objectif".
Après cinq années de coucheries sarkozystes, le même appelle au rassemblement des Français, sans rire ni honte: "Les Français sont de plus en plus divisés, sont tentés de se dresser les uns contre les autres. La France est dans une situation tellement difficile qu'on ne pourra pas la redresser sans la rassembler". La France est en faillite à cause de lui, de son mentor, de la crise, de Jacques Chirac, de l'inefficacité d'une droite aux abois.
"L'ump est paralysée dans son action. "

Ce n'est pas nous qui le disons, mais Xavier Bertrand.

L'UMP est en rade. Et la meilleure façon qu'elle a de s'en sortir est de tirer un trait sur l'ancien Sarkozy.

Définitivement.
 
 

Crédit illustration: Do-Zone Party 

24 février 2013

"Vis ma vie de Hollandiste inquiet"

C'était un jour de manque d'inspiration comme un autre. Puis le conseil est venu du patron-fondateur de Ragemag. Tu veux que je t'aide à trouver un sujet ? Pourquoi pas. Tiens, en voilà un: "Vis ma vie de Hollandiste inquiet".

Inquiet ? Il y avait de quoi. Hollandiste ? Sans doute.

Il est très difficile de tenir la chronique d'une présidence. Cela n'a de sens que dans deux cas de figures: l'opposition ou le soutien. La simple chronique distanciée et sans parti pris est quelque chose de profondément ennuyeux, ou que l'on réserve aux historiens. Même ces derniers défendent un agenda implicite. L'histoire n'est jamais neutre. Il faut, pour intéresser et s'intéresser, une intensité dans l'argument et la rage qui se prête mal à la chronique positive. A l'inverse, l'opposition se prête mieux à l'exercice. Mais, idéalement, elle doit être systématique. C'est plus simple et plus cinglant.

Le soutien peut être critique, mais il lui faut un surcroît d'inside intelligence, comme disent certains Américains, du renseignement d'initiés qui n'est pas donné à tout le monde. Votre serviteur, Hollandiste par nécessité, en dispose parfois, comme ces autres blogueuses et blogueurs qui ont conservé des liens confraternels avec des camarades de campagne. Mais c'est largement insuffisant et excessivement risqué. Le story-telling permanent épuise lecteurs et contributeurs.
Batave
  1. (Histoire) Relatif à la région ou à la population germanique de Batavie, région de la Germanie inférieure située au nord du Rhin à l'époque romaine.
  2. Relatif aux Pays-Bas et à ses habitants.
  3. Par extension, le blogueur batave désigne un soutien du président Hollande (autrement appelé blogueur du gouvernement).
source: Wiktionary

Le blogueur batave doit avoir de la mémoire.

Hollande part en guerre au Mali, et vous vous sentez pacifiste. Damned ! Il faut alors relire ce qu'on écrivait quand l'Elysée était prise en otage par le clan sarkofrançais. On se souvient que la guerre en Libye nous avait semblé nécessaire et horripilante. Nécessaire car pourquoi faire la fine bouche quand une troupe de gangsters corrompus et sanguinaires se prend une raclée à Benghazi ? Les incantations pacifistes contre la guerre forcément sale, nos alliés forcément gris, nos intérêts forcément bien compris, sont d'une tristesse amnésique ou inculte qui fait peine. Cette guerre libyenne était horripilante puisque l'ancien Monarque, notre adversaire politique de toujours en était le leader. Il jouait sa partition bushiste, et pouvait taper du pied avec ses talons trop grands.

Quand Hollande prend la grave décision de secourir un régime malien chancelant, il part en guerre contre une menace évidente, l'établissement définitif d'un Etat islamiste, géré par des preneurs d'otages occidentaux et français, à trois de vol de la France. Et donc, on applaudit même si d'aucuns soulignent - encore - les intérêts économiques en jeu. Le blogueur batave aurait aimé qu'on rappelle assez vite combien la zone est aussi gangrénée par le trafic de coke.

Le blogueur batave est un chirurgien.

Parfois, on se croirait dans une mauvaise séquence des Experts Miami. Le cadavre - une promesse trahie ou une mesure présentée comme telle - est souvent encore chaud. Les entrailles sont fumantes. Il faut rapidement disséquer pour comprendre. Sinon, le buzz énervé prend le dessus, l'hystérie maladive nous emporte.

Prenez cet accord sur la flexi-sécurité signé par la MEDEF et trois syndicats. On a failli louper le sujet: quand le dialogue social produit de mauvais compromis, doit-on aimer le dialogue social ? Personne ne s'est posé cette question, la seule qui vaille. Le blogueur batave vous répondra par l'affirmative. Il préfère le dialogue social aux référendums, il aime les corps intermédiaires. Rien ne servait d'accuser Hollande d'endosser un accord social qu'il n'avait pas négocié. Il fallait aussi lire le texte, entendre les arguments des uns et des autres pour comprendre combien il pouvait être mauvais ou bon. Car il y avait du bon dans cet accord, mais trop peu. Et il y avait du mauvais, parfois caché: il fallait attendre quelques semaines pour découvrir que Laurence Parisot ne voulait même pas que la loi intègre la généralisation des mutuelles complémentaires santé ni la création des droits rechargeables d'indemnisation chômage.

Qui à gauche a encore une quelconque illusion sur le Medef ?

Bref, l'autopsie est parfois douloureuse. 

Le blogueur batave doit être schizophrène.

L'exercice du pouvoir de son mentor contraint à supporter la chose. Prenez Manuel Valls. Quelle réjouissance depuis mai dernier ! Le jeune ministre a l'allure fière, le discours droit et sans complaisance. A gauche, certains couinent, ou souffrent. Le blogueur batave voit bien qu'il s'agit de retirer un à un les arguments sécuritaires de la droite. Il se réjouit à l'avance que la lutte contre la délinquance ou l'immigration ne soit plus l'objet central du débat politique. Mais cette médaille, provisoire, a son revers, définitif. Manuel Valls expulse plus et mieux qu'Hortefeux ou Guéant. Les anecdotes de drames humanitaires sont encore là, moins nombreuses, certes, mais toujours là. C'est détestable.


Combien de temps encore le blogueur batave devra-t-il encore travailler ? Sans doute cinq ans, peut être moins.

Tout est question de rapport de forces.


Lire aussi:



Billet publié chez RageMag

23 février 2013

303ème semaine politique: ces libéraux qui se croient tout permis.

Ils sont encore là. Ils n'ont rien appris. Ils aimeraient qu'on oublie. Ils donnent même des leçons.

Des libéraux plus ou moins pur sang, partisans de la Grande Dérégulation et de la Main Invisible du marché, s'expriment encore.

Cette semaine, ils s'appelaient Hervé Novelli, Grizzly Taylor, Pierre Chapaz ou Jean Arthuis.

Perestroïka
"La France, pays complètement étatisé, fera-t-il un jour sa perestroïka?" La formule émane de Pierre Chapaz, fondateur de la plate-forme Wikio, Net-entrepreneur exilé en Suisse. Il blogue parfois, souvent pour "basher" la France.

Jeudi 21 février dans la soirée, il a commis un nouveau billet pour se lamenter de combien la France lui paraissait foutue: "le spectacle de sa déchéance me fait mal", écrit-il. Suivait une accumulation étrange de faits divers (deux policiers tués par un chauffard récidiviste, un nouveau livre sur les affres sexuels de DSK en 2012) et de faits politiques (nomination de Ségolène Royal, suppression de la journée de carence maladie des fonctionnaires) ou d'évènements macro-économiques (croissance zéro, déficit aggravé à 3,6% du PIB). Le même exilé autoproclamé libertarien s'indigne aussi du prétendu laxisme judiciaire de Christiane Taubira car la Garde des Sceaux souhaite alléger les recours à l'emprisonnement. Il fulmine contre les 450 euros du nouveau contrat d'insertion ("une nouvelle allocation pour 100.000 jeunes par an").

Travail
Pierre Chappaz choisit mal ses inspirations. Il devrait s'interroger sur les choix éditoriaux de nos médias nationaux - par exemple sur leur délirante agitation sur tous les fait divers, un vestige assuré du sarkozysme médiatique.

Leur aveuglement quasi-collectif sur l'impasse reste en effet surprenante. Certains agissent ou commentent comme si ni le Krach boursier de 2008, ni l'overdose de surendettement privé, ni la crise du pouvoir d'achat, ni l'épuisement des énergies fossiles (et donc l'envolée de leur prix) n'existaient pas; comme si les banksters et autres dealers mondialisés n'étaient qu'une vue de l'esprit gauchiste.

D'autres participent de cette intoxication collective et massive sur la nécessaire réduction des dépenses publiques et la flexibilisation accélérée du code du travail. Le poids de l'endettement nous interroge évidemment. Rembourser plus de 50 milliards d'euros par an à toutes sortes de créanciers publics ou privés est une ineptie. Remplacer l'emprunt par l'impôt, une sombre manipulation. Mais, comme le rappelle Sylvain Gouz sur son blog, "la France n’a jamais été aussi riche de son histoire… et n’a jamais été aussi inégalitaire !"

L'expatrié Chappaz ressemble à un autre néo-libéral, le bruyant patron du groupe Titan, repreneur de fabriques de pneus qui a lâché un premier courrier à Arnaud Montebourg pour traiter les salariés de l'usine Goodyear d'Amiens de fainéants. Puis, après la cinglante réponse du ministre, une seconde lettre. La violence de l'échange trouble même quelques éditocrates.

Le "Grizzly" de Titan (*) ou la France des exilés ont-ils des leçons à nous donner ?

En France, l'actualité restait plus sérieuse que ces élucubrations. Mardi, la loi de régulation bancaire était adoptée en première lecture par une large assemblée aux contours parfois inattendus: vote favorable des socialistes, radicaux de gauche, écologistes et ... des UMPistes de la Droite populaire; opposition de l'UMP; abstention du Front de Gauche et des centristes...

Cette loi, on le sait, ne résoudra pas les travers de la finance. Mais quelle surprise de constater l'hostilité des plus libéraux de l'Assemblée.

Cauchemars
La bataille des arguments fait également rage à propos d'une proposition du président de la Cour des Comptes Didier Migaud - la fiscalisation des allocations familiales. Nouvelle curieuse alliance "objective" sur ce sujet lancé un dimanche hivernal, Front de gauche et UMP dénonce cette "attaque" contre la politique familiale. Mais pourquoi les 250 euros d'allocations familiales seraient indifféremment distribués chaque mois aux familles pauvres et riches ?

Hervé Novelli, un autre libéral, resté en France celui-là, confie qu'il préfère être "travailleur même pauvre en Allemagne"  qu' "assisté en France" Quelle comparaison ! Quelle ambition !

Hervé Novelli est rejoint par Jean Arthuis, ancien ministre des finances sous Chirac, sénateur de centre-droit qui se permet d'hurler à davantage de flexibilité et la suppression de la durée légale du travail.

Jeudi, 47 mesures pour la jeunesse sont mises en perspective par le premier ministre. Depuis octobre, 24 ministères se sont régulièrement réunis pour plancher sur la chose. Certaines décisions avaient été déjà annoncées. Contrairement à l'agité précédent, Hollande ne promet aucun Plan Marshall. La jeunesse, priorité du quinquennat, se voyait offrir une feuille de route. Pour nos néo-libéraux, c'est du quasi-cauchemar. Pourquoi donc s'embarrasser ? 450 euros d'allocation d'insertion par mois ? De l'assistanat ! La création d'un service public d'information professionnelle et éducatif ? De la dépense publique inutile ! Les emplois d'avenir ? Qu'on supprime les charges sociales et la Sécu avec ! La création d'une garantie Jeunes pour la location de logements ? Qu'ils restent chez leurs parents !

Zéro Europe
Vendredi, les libéraux devaient-ils se réjouir ? La France allait-elle être à genoux après les déclamations bruxelloises ? Car la Commission livre son verdict, la croissance française sera quasi-nulle cette année (0,1% du PIB), insuffisante l'an prochain (1,2%); et la France doit donc subir souffrir un remède de cheval pour éviter les 3,9% de déficit budgétaire l'an prochain.

Mais le ministre des finances saute sur les micros pour rassurer tout le monde. Les deux-tiers de la réduction du déficit structurel ont été acquis par les lois de finances (correctif 2012 puis LOF 2013) votées depuis mai dernier. Et Moscovici prévient: il n'y aura pas de mesures supplémentaires, « au-delà de celles qui sont déjà mises en œuvre

Et il se réjouit... du report de l'échéance pour ramener le déficit français à 3%. Il a mis le temps. Cela fait plusieurs jours que nous nous réjouissions de cet accès soudain de lucidité.

François Fillon, l'ancien mutique collaborateur de Nicolas Sarkozy, sort de sa réserve pour oser donner quelques leçons de rigueur budgétaire. Lui qui se donnait l'image d'un gaulliste social nous sort la même antienne que ses copains libéraux cités plus haut: « Il est urgent de mettre fin aux erreurs de politique économique qui étouffent la croissance à force d’impôts.» Que diable ! « Il peut dénoncer mais pendant les cinq ans qu'il a passés à Matignon, la dette est montée de 600 milliards » rappelle notre confrère blogueur Nicolas.

A Londres, l'agence Moody's retire son triple A au Royaume Uni... Après trois ans d'austérité neolib via une réduction drastique des dépenses publiques, l'agence de notation s'inquiète des perspectives de croissance... Pourtant David Cameron s'obstine, et promet pire encore: « Nous avons droit à un sévère rappel des problèmes de la dette auxquels est confronté notre pays (...). Nous n'allons pas tourner le dos à nos problèmes, nous allons les surmonter. »


Alors... Stop ou encore ?









Crédit Illustration: merci à Do-Zone Parody !
(*) surnom de Maurice M. Taylor

22 février 2013

Hollande dans une journée de crise

Mauvaise journée, une de plus, une comme une autre. François Hollande, jeudi 21 février, avait une polémique sur sa droite - la journée de carence des fonctionnaires -, une nouvelle prise d'otages en Afrique, un regain de guerre à Gao, et des banques en plein bin's. 

Otages
Il a dû s'exprimer. François Hollande a déboulé dans le salon Murat de l'Elysée pour s'exprimer quelques instants à propos des sept nouveaux otages français prisonniers au Cameroun depuis la veille.

Une mauvaise rumeur avait surgit sur tous les téléscripteurs des chasseurs de scoops. L'information était malheureusement fausse, les otages n'avaient pas été libérés. Ce jeudi 21 février, François Hollande endossait donc un mauvais costume, confirmant des mauvaises nouvelles. "Nous avons un certain nombre de forces qui ne sont pas loin. (...) Mais pour le moment, il vaut mieux travailler dans la discrétion." Tout juste confie-t-il que les otages auraient été séparés en deux groupes.

Un peu plus tôt, il rencontrait le premier ministre roumain, Victor Ponta. Avaient-ils parlé des Roms de nationalité roumaine, puisque le sujet s'était invité dans notre actualité nationale ?  Et bien oui, à en croire le communiqué officiel: les deux ont "évoqué les perspectives ouvertes par la signature cet après-midi entre les deux Premiers ministres d’un programme de travail intergouvernemental pour la période 2013-2018 et qui a pour priorité la croissance et l’emploi, la gestion des fonds structurels européens, l’inclusion des Roms, l’agriculture, la santé et les questions de défense."

Banques
Le Crédit Agricole affiche des pertes que l'on croit record.

La réforme bancaire a été adoptée, en première lecture, mardi soir, par 315 voix contre 161. Qui a voté quoi ? Le parti socialiste a fait le plein de ses suffrages. Les députés affiliés au Front de Gauche se sont abstenus. Quinze élus UMP, pour l'essentiel de la Droite Populaire, ont également voté pour le texte. Tout comme Nicolas Dupont-Aignan, malgré l'hostilité affichée de l'un de ses proches soutiens (et blogueur associé à Marianne).  Une autre quinzaine s'est abstenue. L'essentiel des députés de droite ont voté contre.

Un banquier, et non des moindres, s'était félicité du texte. François Pérol, actuel président du directoire de BPCE (Banques populaires Caisses d'épargne), renouvelé en novembre dernier pour quatre ans, cet ancien conseiller de Nicolas Sarkozy avait  étépropulsé à cette présidence avec une légèreté éthique assez incroyable. Il n'a pas caché sa satisfaction. Une disposition lui sied particulièrement: grâce à un amendement qu'il a discrètement soutenu, il pourra révoquer les barons de ces Caisses d'Epargne.

Bin's
La véritable actu était dans cet immense scandale pour les néo-libéraux du pays. Marylise Lebranchu, ministre de la Fonction publique, confirmait la suppression de la journée de carence imposée par l'ancien gouvernement Sarkozy aux congés maladies des Fonctionnaires. On oublierait presque que la même ministre - caisses vides obligent - avait annoncé un nouveau gel des salaires des fonctionnaires. Mais cette décision du gouvernement fait évidemment polémique là où on s'y attend.
Le président de la Fédération hospitalière de France (FHF) exhibe d'inédites révélations -  le jour de carence aurait produit « des effets immédiats » sur l'absentéisme. Car, évidemment, il valait mieux empiler les clichés. Laurence Parisot, du MEDEF, ose l'expression, « La France est « addict » à la dépense publique et il faut qu'on sorte de cette logique là ». Après le « racisme anti-entreprise »...on aura donc tout entendu en si peu de temps.

De combien parle-t-on ? 70 millions d'euros par an. La droite nous avait promis 240 millions. L'affaire était une affaire d'équité, nous expliquait-on aussi. C'était faux, et archi-faux. Un tiers des salariés du privés ont effectivement 3 jours de carence. Mais deux tiers des salariés du privé n'en ont aucun, car ils sont couverts par leurs accords d'entreprises. Et les commerçants et artisans n'ont aucune compensation, sauf (rare) assurance privée.

Ce jeudi, la guerre n'était pas finie au Mali. Le soir sur France 2, Marine Le Pen osait le compliment - il fallait intervenir au Mali. Mais elle attendait plus de moyens pour l'armée. La veille, des islamistes avaient attaqué quelques bâtiments au Nord du pays, à Gao.

Hollande avait une chance, une seule.

Il n'était pas obligé de commenter les quelques bonnes feuilles d'un ouvrage inutile sur DSK. Une chroniqueuse de Libé avait couché ses coucheries de l'an dernier sur un improbable papier. La plume avait l'air efficace. Mais à quoi bon ?


21 février 2013

Des sarkozystes dégrisés.

Un géographe, dans le Monde, qui témoigne des stratégies de survie de nos exclus. Un PDG prénommé Grizzly, dans les Echos, qui témoigne de l'ordurière posture de certains prédateurs du capitalisme. Un homme politique français, égaré dans son libéralisme.  D'autres qui célèbrent l'action internationale de l'ancien monarque...

Bienvenue.

Grizzly
Mercredi, nous pouvions nous régaler de ce courrier daté du 8 février et adressé par un patron anglo-saxon d'un groupe spécialisé dans la reprise d'usines de pneus en difficultés à Arnaud Montebourg. Après l'épisode Carlos Ghosn, voici un gars qui se surnomme Grizzly, cela ne s'invente pas. On dirait un nom de scène. Sa lettre est hallucinante, il faut la lire pour connaître l'ennemi. La lire et la relire.
"J'ai visité cette usine à plusieurs reprises. Les salariés français touchent des salaires élevés mais ne travaillent que trois heures. Ils ont une heure pour leurs pauses et leur déjeuner, discutent pendant trois heures et travaillent trois heures. Je l'ai dit en face aux syndicalistes français. Ils m'ont répondu que c'était comme ça en France ! Monsieur, votre lettre fait état de votre envie d'ouvrir des discussions avec Titan. Vous pensez que nous sommes si stupides que ça ? Titan possède l'argent et le savoir-faire pour produire des pneus. Qu'est-ce que possède le syndicat fou ? Il a le gouvernement français. Le fermier français veut des pneus à bon prix. Il se fiche de savoir si les pneus viennent de Chine ou d'Inde, et si ces pneus sont subventionnés. Titan va acheter un fabricant de pneus chinois ou indien, payer moins de 1 euro l'heure de salaire et exporter tous les pneus dont la France a besoin. Dans cinq ans, Michelin ne pourra plus produire de pneus en France. Vous pouvez garder les soi-disant ouvriers. Titan n'est pas intéressé par l'usine d'Amiens-Nord".
La réponse du ministre du redressement productif fut rapide, publique, et cinglante. "Vos propos aussi extrémistes qu'insultants témoignent d'une ignorance parfaite de ce qu'est notre pays". Montebourg lui rappela La Fayette. L'impétrant patron mériterait l'exclusion du territoire national, l'interdiction de passage en France. Qu'il voyage donc en jet hors de chez nous.

Malheureusement, il y en avait en France qui pensent comme ce Grizzly.

Gris
Hervé Novelli ne surprend plus. Le chantre de la faction néo-libérale de l'UMP a ressorti l'un de ses arguments préférés, mercredi 20 février sur le site Atlantico.
Aujourd’hui être travailleur même pauvre en Allemagne c’est largement préférable à être un assisté en France.
Car il est énervé, le neo-lib est énervé. Il devrait applaudir à la suppression envisagée des allocations familiales aux plus fortunés - via une fiscalisation ou tout autre moyen. Après tout, subventionner les familles, c'est de l'assistanat, n'est-ce-pas ? 

Et bien non... Novelli était agacé qu'on envisage de supprimer ces subsides. Le même hurlait déjà quand le gouvernement Hollande rabaissa de 2.300 à 2.000 euros l'avantage annuel du quotient familial dans la dernière loi de finances - en vigueur depuis janvier. Relisez l'argument, relisez-le soigneusement.
Je trouve que ce n’est pas la bonne solution. Les allocations familiales sont les indicateurs d’une politique familiale dans un pays. Si on les conditionne à des ressources, si on les fiscalise, on passe d’une politique familiale à une politique sociale. Pourtant, les solutions sont simples : il faut mieux regarder le bénéfice qu’en tire les allocataires. Il y a l’aspect "fraude" sur lequel il faut porter plus d’attention mais aussi revoir la multitude d’allocations sociales. Elles n’ont pas cessé d’augmenter et, dans une période comme celle-ci, auraient besoin d’être réservées à ceux qui en on le plus besoin.
Pour celles et ceux qui en doutaient, la messe est dite et archi-dite. Il s'agit bien d'une lutte de classes des plus mesquines. Car comment justifier qu'on s'épargne cette économie bienvenue en période de grande crise, quelques centaines d'euros à fiscaliser ? En 2013, nous rappelle le Monde, toute famille en France a droit à 127 euros par mois à partir de deux enfants, 290 euros pour trois enfants et jusqu'à 452 euros pour quatre enfants.

Hervé Novelli nous donne donc la réponse, sa réponse, terrifiante.

L'assistanat des riches, pour ces gens-là, se joue à 300 euros par mois.

Mesurez la mesquinerie.

Dégrisés
Les Amis de Sarkozy tenaient meeting. Mercredi matin sur France Inter, le "motodidacte" Christian Estrosi est presque sympathique face à Pascale Clark qui l'interroge un peu avant 8 heures. Il s'égare toutefois quand il confie combien Nicolas Sarkozy fut ce grand "leader moral".

Quelques heures plus tard, ces quelques Sarko-fans étaient tels ces grognards du Napoléon post-Waterloo. Ils priaient pour son retour. Leur Monarque déchu s'était réfugié à Saint-Hélène, version hôtel particulier Villa Montmorency.  On murmure dans les dîners que l'homme enrage tellement de ne plus être aux commandes qu'il s'épuise en sport. Il ressemble à Guido, ce personnage joué par Jean-Pierre Bacri dans l'excellent film de Jean-Marie Poiré, Mes Meilleurs Copains. Guido compense par un cyclisme effréné son abstinence sexuelle.

Un petit millier de personnes se sont relayées, en pleine semaine, en pleine journée, pour écouter la bonne parole, une réécriture du précédent quinquennat. Nulle allusion au printemps arabe raté par l'administration Sarkozy, aux voyages touristiques de François Fillon et Michèle Alliot-Marie, aux troubles relations avec le colonel Kadhafi avant 2011. Rien non plus sur les agitations dans trop d'inutiles G-vains, ni le discours de Dakar.

Cette première réunion fut un rafraîchissant souvenir. L'organisation était "artisanale" aux dires de l'un des patrons de l'évènement. Nicolas Sarkozy conservait-il pour lui les millions engrangés par son métier de consultant ? En tout cas, il s'est renseigné tout au long de la journée sur l'affluence de la manifestation. 

Jean-Pierre Raffarin avait même pourri la fête. L'ancien premier ministre, centriste introverti, a lâché sa bombinette, quelques pages pour énumérer les cinq erreurs majeures de Nicolas Sarkozy.

Cinq, seulement.

Hors système. 
"Pour la première fois dans l'histoire, les classes populaires ne sont pas intégrées au projet économique et social des classes dirigeantes." C'est une affirmation, ou plutôt un constat, sacrément troublant, connu de certains d'entre nous. Il émane d'un géographe qui, ce mercredi, publie une longue analyse dans le Monde. La France est d'abord périphérique. Quelque 60% du pays vit dans cette partie à quelques kilomètres de nos centres urbains. Cette France-là trouve peu à peu d'autres voies de survie. Elle surinvestit "le territoire, le local, le quartier, le village, la maison." Loin de l'agitation médiatique, loin du reste national.
"Cette France des fragilités sociales, qui se confond avec celle des plans sociaux, cumule les effets de la récession économique mais aussi ceux de la raréfaction de l'argent public."


La France est-elle finie ?


20 février 2013

La précarité massive des femmes. What else ?

 C'est l'une de ces études utiles et désespérantes. Une tentative de recentrer le focus sur un phénomène si éparpillé dans les enquêtes sociologiques et le traitement médiatique qu'on en perd de vue l'importance. Les femmes sont davantage frappées par la précarité que les hommes.

Le Conseil économique, social et environnemental (CESE) a publié mardi 19 février un rapport sur le sujet, établi par les services de l'INSEE. C'est d'ailleurs l'une de ses premières missions, rappelée sur le fronton de son site: Informez-vous !

Edifiant, mais sans surprise.

Distractions...
Il y avait des femmes sans domicile fixe, parfois célèbres et ridicules.

Le hasard faisait aussi bien mal les choses. On apprenait le même jour qu'une chercheuse de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale terminait... onze années de CDD. Merveilleuse institution publique !

Il y avait enfin ces affaires de pères accrochés à des grues pour protester en faveur de la garde de leurs enfants après un mauvais divorce. Ce dernier fait divers avait occupé les ondes et certains de nos blogs.

Mais le CESE nous livrait d'autres résultats, plus sérieux, plus profonds: dans près de 9 cas de divorce sur 10, la mère hérite de la charge principale de l’enfant. Faudrait-il s'en féliciter ? Quelque 52% des enfants en situation de précarité vivent au sein d’une famille monoparentale. Le CESE ajoute ceci: "les mères isolées représentent la quasi-totalité des 190 000 allocataires du RSA socle majoré (ex API)."

... contre réalités
Dans cette même étude de la Délégation aux droits des femmes et à l'égalité du CESE, commandée voici un an, on pouvait mesurer d'autres signes de cette dislocation sociale et sociétale qui nous menace. La situation de nos dames ne s'améliore pas, bien au contraire. Elle s'aggrave.

En novembre dernier, le Secours Catholique avait déjà poussé un cri d'alerte. 57% des adultes accueillis par l'association en 2011 étaient des femmes, contre 50% en 2001.

Il y a davantage de femmes pauvres que d'hommes pauvres: 4,7 millions gagnaient moins de 964 euros par mois, sur un total de 8,6 millions de pauvres estimé pour 2010. Nous nous en doutions. Mais ce n'est pas tout.
  • 57% des allocataires du Revenu de Solidarité Active sont des femmes.
  • Un quart des locataires de logement social sont des mères seules.
  • Une mère vivant seule avec ses enfants sur trois vit sous le seuil de pauvreté.
  • 57 % des bénéficiaires du minimum vieillesse (soit 777 euros mensuels). 
  • 70% des « travailleurs pauvres » sont des femmes. 
  • 82% du temps partiel est féminin. Il est déclaré comme subi dans un tiers des cas.
  • Le taux de féminisation de l’emploi non-qualifié est de 62 %. Pire, il a progressé en deux décennies (56% en 1990).
  • 18,5% des femmes ne se soignent pas faute d'argent, contre 12,3% des hommes. 
Cette précarité a des explications. La Grande Crise aurait bon dos pour concentrer l'attention. La délégation insiste sur "les facteurs cumulatifs de précarité auxquels de nombreuses femmes sont exposées". Elle pointe, désigne et accuse: ces facteurs "trouvent leur origine dans le fondement culturel du rôle qui leur est assigné dans la société, y compris au regard de l’emploi."Scandale ! Excepté ce bref article dans Libération et quelques reprises, les retombées de l'étude furent incroyablement anémiques.

Changer les mentalités ? Et oui. Il faudrait s'y résoudre. Le chemin est encore long. Un ministère n'y suffira pas.

Le 14 février dernier, le ministère des droits des femmes dirigé par Najat Vallaud-Belkacem pointait notre attention sur l'égalité hommes/femmes au plus près de la réalité de nos gamins. Il s'agissait de souligner les efforts d'une association féminine toulousaine, pour illustrer le programme « ABCD de l’égalité », lancé avec le Ministre de l’Education, Vincent Peillon . "Dès l’école, les stéréotypes se forgent et enferment chaque sexe dans un rôle préétabli" justifiait le ministère... à raison. 



A suivre...

Vraiment ?




19 février 2013

Fin des 3%: pourquoi il faut se réjouir.

Hollande, comme Sarkozy, Chirac, Jospin, et même Mitterrand avant lui, espérait une timide croissance pour sauver son pari de ramener le déficit budgétaire du pays à 3% durant le quinquennat.

Peine perdue.

Applaudit-on ?

Finis les 3% ?
La révision à la baisse des prévisions de croissance, et la confirmation que 2012 fut une année atone (*), ont achevé les espoirs présidentiels. Pour atteindre les sacro-saints 3%, il faudrait de l'austérité, et plus seulement de la rigueur. Donc le gouvernement a admis que cet objectif ne serait pas tenu. 

La belle affaire !

Pourquoi s'en inquiéter ? Pourquoi se lamenter ? On devrait se réjouir que cette lucidité ! Que nenni ! C'est presque tout l'inverse.

Lundi matin, l'éditorialiste Dominique Seux, des Echos, s'indigne sur France Inter, à une heure trop matinale, que François Hollande n'ait plus d'objectif de réduction des déficits. C'est complètement faux, mais en quelques poignées de secondes radiophoniques, il faut bien caricaturer. 

A droite, on est à peine mieux loti. dit que c'est déjà la faute de Hollande. Brice Hortefeux, dimanche dernier sur CANAL+, a même osé imputer la "dette abyssale" à l'actuelle équipe. Il ferait mieux de relire ses classiques, tel le programme 2012 de son ancien mentor. Nicolas Sarkozy promettait 125 milliards d'euros « d'effort» entre 2013 et 2016, décomposés en 75 milliards d'économies et 40 milliards d'impôts supplémentaires ! On objectera également que les hausses d'impôts récemment décidées par l'équipe batave... n'ont rien produit pour l'instant. D'ailleurs, la consommation des ménages s'est moins mal portée en fin d'année qu'en début d'année.

Le Figaro tente de livrer une explication, du vrai story-telling concocté quelque part rue de Miromesnil. Ainsi, la majorité serait "sous le choc de la rigueur". La Pravda Umpiste cite un anonyme "haut responsable socialiste":  
«C'est indéniablement un trou d'air, s'inquiète un haut responsable socialiste. François Hollande avait fait la promesse aux socialistes pendant la primaire qu'il tiendrait les 3%. Il ne pourra pas tenir cet engagement. Dans le même temps, le chômage qu'il a promis de baisser avant la fin de l'année explose. Ça devient compliqué… Face à cette situation catastrophique, on ne sent pas la révolte, même plus l'inquiétude. On sent la fatalité.»
En d'autres termes, ceux-là même qui ne voyaient pas la crise des subprimes prononcent déjà l'échec hollandais sur le front budgétaire avec cinq années d'avance, formidable prédiction ! D'autres ou les mêmes tentent de dépeindre une démoralisation massive de cohortes socialistes suite à ce "reniement".

Rebelles de ministres ?
A gauche, nombreux son ceux qui ont haussé le ton pour éviter tout nouveau tour de vis. Peut-on y voir là une raison supplémentaire dans l'abandon des 3% ? Sans doute. Mais ces réactions interviennent également dans un autre contexte - l'envoi des premières lettres de cadrage budgétaire aux ministres. Selon Les Echos, ces dernières sont sévères. Surtout, Bercy les envoie bien plus tôt qu'habituellement (février au lieu de juillet).

Pire, voici qu'on nous parle de nouvelles idées: Didier Migaud, président de la Cour des Comptes, s'interroge ainsi à voix haute sur l'opportunité de fiscaliser les allocations familiales... Le Figaro dégaine le sondage qui tue, des économistes se saisissent de l'idée, des associations crient préventivement. Le Monde rappelle que des sarkozystes à bout avaient envisagé l'exact même mesure. Mais Hollande est hostile, nous murmure-t-on...

Dimanche, Cécile Duflot, ministre écolo du Logement, affiche ses doutes: "Il y a un impératif de désendettement public, c’est certain. Mais la réponse à la situation financière de la France ne peut se réduire uniquement à tailler dans les dépenses. Personne ne peut croire que de l’austérité naîtra le retour des temps meilleurs." Sa collègue socialiste et ministre de l'Environnement, Delphine Batho, renchérit: "On est au maximum de ce qu'on peut faire en termes d'économie et de réduction des dépenses. (...) Je pense qu'il faut avoir conscience que la sortie de crise, ce n'est pas qu'une question de bonne gestion du budget."

L'aile dite "gauche" du PS, par la voix d'Emmanuel Maurel, ne dit pas autre chose: "Il y a eu une prise de conscience chez les socialistes que ces politiques de rigueur risquaient de nous mener dans le mur."

Notre confrère Politeeks a évalué quelques-unes des grandes idées de rigueur, habilement fuitées par quelques taupes de Bercy. Attardons-nous sur l'une d'entre elles, potentiellement polémiques si l'on n'y prend garde: la formation professionnelle des chômeurs ? Rappelez-vous comment l'ancien monarque redevenu candidat nous avait salopé le sujet - osons le terme. Son entrée en campagne, il y a tout juste un an, s'était faite sur ce thème - obliger les chômeurs à prendre une formation dans les secteurs en besoin, sous peine d'exclusion. Un an et quelques suicidés plus tard, on mesure la rudesse du propos. Le sujet méritait mieux.

Lundi matin, en huit minutes devant l'ineffable Jean-Michel Aphatie de RTL, Pierre Moscovici sort sa grosse voix: la "réduction des dépenses doit être privilégiée". Il s'accroche à ses 3%. Le ministre de l'Economie stresse un bon coup à entendre ces collègues et camarades entonner le même refrain. Jérôme Cahuzac est caché, derrière. Ces lettres de cadrage, c'est son oeuvre.


A suivre...




(*) l'Allemagne a vu son PIB reculer de 0,6% au dernier trimestre, contre 0,3% en France

18 février 2013

La Firme a placé ses taupes à l'Elysée


C'est le titre d'un mauvais feuilleton.

Impossible de rater l'information. C'est pavlovien, disent les critiques. Il nous fallait donc décortiquer cet article de Denis Jeambar et Frédéric Ploquin publié dans la dernière édition de Marianne.

Les deux auteurs ne sont pas des novices, ni des gauchistes invétérés. Denis Jeambar a sa carrière derrière lui. Frédéric Ploquin est l'expert ès police du journal, et auteur de nombreux ouvrages sur le sujet.

L'argument est simple: Une décennie de contrôle de l'appareil policier a permis à la Firme(*) de placer nombre de fidèles dans tous les recoins importants des rouages de l'Etat.

Une droite s'inquiétait récemment d'une prétendue chasse aux sorcières. Qu'elle se rassure, la réalité est tout autre. C'est bien cela qui reste inquiétant.

La liste des taupes est édifiante. Mais nous l'avons complétée, plusieurs noms et pas des moindres manquaient à l'appel sarkozyste.

Placardisés
Il y a ceux qui sont au placard, mais toujours dans les parages.

Frédéric Péchenard, ancien directeur général de la police nationale, ami d'enfance de l'ancien monarque. Il bosse à la sécurité routière.

Christian Frémont, préfet. Ancien directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy à l'Elysée entre 2008 et 2012.

Michel Gaudin, ce préfet si sarkozyste qu'il rejoignit l'ancien monarque rue de Miromesnil pour chapeauter l'organisation de ces conférences.

... ou actifs
Il y a ceux qui sont encore actifs. Ils sont nombreux. Il paraît que le service de l'Etat exige de la neutralité. Espérons.

Ange Mancinicoordonnateur national du renseignement auprès de l’Élysée. Nommé par Sarkozy, conservé par Hollande.

Hugues Parant, préfet de la région PACA depuis 2010.

Frédéric Perrin, directeur central de la police des frontières.

Christian Lambert, préfet de Seine-Saint-Denis. Les auteurs de Marianne soulignent que Sarkozy serait déçu que cet ancien proche ait fait allégeance au nouveau pouvoir. Quelle curiosité...


Amaury de Hauteclocque, patron du RAID, à l'oeuvre lors de l'affaire Merah.

Christian Flaesch, directeur de la PJ parisienne, nommé par Sarkozy, maintenu par Valls.

Alain Bauer, président de l'ONDPR, également proche de Manuel Valls.

Pierre Lieutaud,  préfet et adjoint d'Ange Mancini. En 2007, il espérait la direction de la DGSE, en vain.

Jérôme Poirot, autre adjoint d'Ange Mancini, conseiller technique aux cabinets de Nicolas Sarkozy, ministre de l'Économie, des Finances et de l'Industrie, puis de Dominique Bussereau, secrétaire d'État au Budget sous Chirac, puis du cabinet de Rachida Dati quand elle officiait comme Garde des Sceaux de Sarkozy.

Renaud Vedel, ancien directeur de cabinet de Michel Gaudin, est passé au cabinet de Manuel Valls. Une incongruité ou une complicité...

Thomas Andrieu, directeur adjoint de cabinet de Manuel Valls. Son épouse a enchaîné les cabinets de Raymond Soubie (Elysée) puis Xavier Bertrand (ministre de la Santé de Sarkozy). Thomas Andrieu

Aux aguets
Qu'il est donc difficile de raccrocher. Nicolas Sarkozy, grâce à ces hommes qui sont aussi les siens, parvient donc à se tenir au courant des faits principaux de l'actualité du Château, notamment en matière de sécurité. A dire vrai, c'est effrayant.

Cela nous fait regretter qu'une purge - osons le terme - n'est pas eu lieu depuis mai dernier.

Depuis quelques jours, certains tentent de faire croire combien l'ancien Monarque est encore dans le coup. Les sondages persistent à lui être majoritairement hostiles. Nul état de grâce de popularité comme pour ses prédécesseurs après qu'ils aient quitté le pouvoir (Mitterrand, Chirac). Sarkozy demeure comme Giscard en son temps, un homme de parenthèse que les Français voulurent évacuer rapidement.

Pourtant, ses "Amis" font des efforts pour conserver Sarkozy en tête de gondole des préoccupations de nos concitoyens. Ces derniers jours, Brice Hortefeux ne cachait pas qu'il était en "promo" pour cette vieille soupe. Mercredi 20 février, le voici qu'il organise une journée de commémoration sur "le rôle et la place de la France dans le monde durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy" à Paris...




(*) La Firme désigne le cercle sarkozyste rapproché, un groupe de fidèles qui jusqu'en 2007 que l'on retrouve dans cette fumeuse association nostalgique baptisée les Amis de Sarkozy.

16 février 2013

302ème semaine politique: bidoche, brouzouf et bisbilles

L'actualité est ainsi faite que l'on consacrera davantage d'efforts de pédagogie sur le circuit de fabrication de lasagnes au boeuf où l'on a découvert du cheval qu'au circuit bancaire où nos découverts méritent des remèdes de cheval.

Bidoche
Bruxelles vient de ré-autoriser l'alimentation des poissons d'élevage avec de la farine animale. Mais le scandale est ailleurs. L'entreprise Findus, puis sa collègue Picard tombent dans l'effroi quand des analyses révèlent que le boeuf de leurs lasagnes surgelées n'était en fait que du cheval. Rapidement, la presse s'encombre d'incroyables graphiques géographiques où l'on découvre comment les ingrédients de nos plats cuisinés cumulent les "miles" à force de trading mondialisé et d'échanges aux quatre coins du continent. On s'esbaudit devant l'efficacité de nos contrôles. Yves Calvi, l'animateur "journaliste" de France2, laisse entendre que le cheval roumain trouvé dans nos assiettes serait victime d'une directive bruxelloise interdisant les charrettes. Benoit Hamon, ministre notamment en charge de la consommation, connaît enfin sa première guerre médiatique.

On est (à peine) surpris d'apprendre que ces plats multi-cuisinés tiraient leurs formules de la même filière. Les étiquettes changent, marketing oblige, mais les plats sont les mêmes. En l'occurrence, une entreprise familiale du Sud Ouest a été prise les mains dans le sac. Des factures d'achat de viande de cheval sont retrouvées. Dès vendredi, elle subit une interdiction sanitaire. Chômage technique et général pour les 300 salariés. 

Le cheval était-il de surcroît impropre à la consommation ? Emissions spéciales, pages triple, longs reportages et courts témoignages à l'appui, l'arnaque à la viande occupe tous les esprits.

Ou presque.

Brouzouf
Une bien plus grande pédagogie aurait pu se manifester sur la réforme bancaire. Le sujet est ardu, complexe, parfois technique. Pourtant, il faut être prudent, très prudent.

L'argument technique est l'ennemi de la politique.

Les opposants sont nombreux. Les trois députés du MRC confirment leur soutien, à regret. Jacques Sapir, Dominique Tadei et Jacques Généreux publient une énième tribune contre le texte, qui, selon eux, "laisse libre cours aux activités spéculatives des banques et sauvegarde leur pouvoir." D'autres écrivent que le gouvernement s'est "couché". Des économistes atterrés sont encore davantage atterrés.

Pourtant, à y regarder de plus près, personne - insistons sur le terme - personne n'explique en quoi tronçonner la séparation des activités bancaires procurerait davantage d'avantages que d'inconvénients.. Ni quels en seraient les conséquences sur le financement du crédit. On mesure bien les risques et périls de notre modèle universel. La loi isole le pire dans des filiales, prévoit une mécanique de scission supplémentaire en cas de problème, renforce les pouvoirs de contrôle.

Le débat débute, mais le texte est difficile. Les députés socialistes et écologistes l'ont durci.
Karine Berger, la députée qui "rapporte" a fait un gros boulot. Laurent Baumel, un socialiste de la Gauche populaire, se félicite modestement: " On ne l'a pas modifié radicalement comme l'auraient souhaité certaines ONG, mais on a trouvé un équilibre". Les banquiers, n'en déplaise aux critiques, se sont dévoilés. On leur impose de communiquer précisément leurs implantations dans les paradis fiscaux. L'ineffable Gilles Carrez (UMP), donneur de leçons de rigueur, s'agace de cette transparence qui affaiblirait nos banques... Que l'homme comme sa critique sont trop prévisibles !  On vote un plafonnement des frais bancaires, une avancée - peut-on le reconnaître ? Le projet initial du gouvernement - un plafond sur ces commissions d'interventions restreint aux foyers les plus modestes, est élargi. Le patron de la BNP s'inquiète "des frais bancaires considérables" que cette loi lui occasionnera.  On interdit aussi le trading à haute fréquence à partir d'ordinateurs.

Bisbilles
L'UMP a disparu. On la cherche. Balladur a été viré de ses bureaux au siège du Parti. Manque de place, il y a trop de sous-chefs. Et tous s'imaginent candidats en 2017. La baronne Kosciusko-Morizet de Longjumeau annonce son amour de Paris. Courageuse comme Jean-Louis Borloo, elle s'est abstenue sur la loi légalisant le mariage gay. Une abstention forcenée et de "conviction". On sourit. Jean-François Copé, lui, ne sait plus comment rebondir. François Fillon promet de belles annonces le 26 février. L'UMP est comme un terrain en jachère victime de la PAC. 

Alain Juppé sent que Nicolas Sarkozy a envie de revenir pour 2017... Pas nous. La page est tournée depuis des lustres. Qu'il reste là où il est là. La droite, avec ses éditocrates, est si désemparée, qu'elle se cherche des chefs dans le passé.

Manuel Valls, par ailleurs très inquiet des "dizaines de Merah potentiels" que compterait le pays, n'a pas fini de nous énerver. Il explique qu'il sera difficile d'appliquer le non-cumul des mandats dès l'an prochain. Hollande décide, Valls exécute. Et le premier a promis la règle.

D'autres libertés publiques progressent. Mardi 12 février fut un grand jour. La loi sur le mariage pour tous est enfin adoptée, après 109 heures de "débat".

Il y a ce chômeur, immolé devant une agence nantaise de Pôle emploi, qui décède. Il a prévenu; la police est là, mais le rate. Il y a cette autre tentative, le lendemain, un autre chômeur en flammes. La guerre du feu, ose écrire un confrère. Le malaise social, héritage d'une sale décennie, est évident. le drame est collectif. On grimace de rage quand un grand patron automobile propose de décaler le versement de quelques millions d'euros de son salaire.

La Cour des Comptes révèle combien la trajectoire budgétaire lui convient, mais fustige les prévisions de croissance. Hollande ajuste. En fait, dans le fatras de son habituel bilan annuel, la Cour nous confirme l'ineffable: certaines aides sociales comme le RSA sont sous-utilisées par leurs bénéficiaires.

On glose sur une autre nouvelle, une véritable bombinette hivernale. Jean-Marc Ayrault craque: l'objectif de réduction du déficit budgétaire à 3% ne sera pas respecté, reconnaît-il. C'est une sacrée et très belle nouvelle. Il faut la vendre à l'Europe.

On attendait des flambées de joies, des manifestations de citoyens joyeux célébrant la nouvelle. Il n'en est rien.

Pas un mot.

L'Humanité se satisfait à peine.



15 février 2013

Réforme bancaire, le débat continue dans la douleur

La réforme bancaire est au Parlement. Depuis trois jours, les députés en débattent, après le vote de la loi sur le mariage pour tous. Le ministre des finances a commencé par nous énerver, en déclarant, pour sa première journée de débat avec les députés: "en régulant la finance, j’ai le sentiment d’être dans mon rôle de ministre de l’économie et des finances".

Déminage
On a pu lire combien le gouvernement tentait de "déminer" le sujet auprès de sa propre majorité parlementaire. Dans une tribune publiée dans Libération, quelques éminents signataires revendiquent leur soutien au texte tout en reconnaissant qu'il n'est qu'une "première étape". Sans régulation européenne plus ample, cette loi sera insuffisante. Un député UMP s'est empressé, mercredi dans l'hémicycle, de s'inquiéter des "distorsions de concurrence entre notre système bancaire et les systèmes bancaires étrangers, et notamment européens." A l'inverse, l'un de ses collègue, Yves Censi, fustigeait l'insuffisance de la séparation des activités bancaires. Le dit député sert la même critique que les plus critiques du Front de gauche: "vous voulez séparer les activités de détail et les activités de marché, mais c’est une séparation a minima, truffée d’exceptions, qui portera sur à peine 1% des activités bancaires. Est-ce cela que vous appelez un projet ambitieux ?" Mais on peine à comprendre l'argument quand il ajoute quelques instants plus tard: "à l’heure où nos banques doivent s’adapter à une série de réglementations lourdes, notamment Bâle III, ce texte risque de leur apporter un certain nombre de contraintes supplémentaires." Pauvre homme...

Que pouvions nous comprendre ? Cette loi était-elle "trop" ou "pas assez" ?

Le point de désaccord, à gauche, sur son insuffisance par rapport à la promesse présidentielle de "séparer les activités bancaires", banques de marché versus banques de dépôts. On mesure bien que la séparation stricto sensu retenue par les auteurs de ce projet de loi est limitée. On comprend tout autant combien la mixité de nos établissements bancaires a posé et posera problème sans davantage de régulation.

L'ancien monarque excellait à brailler qu'il allait régler son compte à ce capitalisme financier qui nous avait fait tant de tort. On connait la fin de cette histoire.

Les Economistes Atterrés, sur leur blog de Rue89, détaillent pourquoi ils restent effrayés par cette loi. "Succombant à la pression des lobbies bancaires, les auteurs du projet de loi ont retenu des dispositions qui vont permettre aux banques… de continuer à fonctionner comme avant la crise !"
Les auteurs reconnaissent les efforts des parlementaires de gauche, incarnés par de multiples amendements. Mais ils persistent: il faut démanteler, démembrer, détruire nos banques nationales: "Le bilan cumulé des trois plus grandes banques françaises est supérieur à 2,5 fois le PIB ! Seule une séparation complète de la banque de détail et de la banque d’investissement permettrait de réduire la taille des banques".

Mosco se défend
Il n'a aucune chance. A gauche, Pierre Moscovici est étiqueté, marqué, condamné. C'est au mieux un ancien strauss-kahnien(*), au pire un néo-libéral. Sa réputation le précède. D'ailleurs, il se défend: "j’y ai réfléchi évidemment, que la séparation stricte était la solution à la crise financière dans le cas français, soyez certains que nous l’aurions appliquée ! Je n’avais pas, et je n’ai pas, d’a priori sur ce sujet."

Pierre Moscovici, mercredi 13 février 2013, était presque tout sourire, tout ouvert à tous les amendements... sur certains sujets: "Concernant les amendements socialistes relatifs à la tenue de marché, je veux dire, pour lever toute ambiguïté, qu’il n’y a pas d’un côté ceux qui cherchent à durcir le texte et de l’autre un ministre qui serait modéré. Ces amendements me conviennent absolument, totalement."

Le ministre avait même une défense sur le sujet du Glass Steagal Act, la loi iconique de FD Roosevelt des années trente... "Il suffit d’examiner la liste des institutions, banques ou autres, qui ont failli pendant la crise. Aucune de ces faillites, à ma connaissance, n’aurait pu être évitée par une séparation de type Glass-Steagall." Car, ajoute-t-il, "La vérité, malheureusement, est que l’étincelle de la crise est venue des subprimes ou encore des cajas espagnoles. L’expérience nous montre que, même une banque purement d’investissement peut avoir des effets systémiques si elle est trop liée au reste de l’économie."

Ah... mince...

Le ministre n'était pas content qu'on sous-estime le périmètre des activités bancaires de marché effectivement séparées du reste: "J’ajoute que les chiffres rendus publics par certains banquiers – je n’ai pas trouvé cela follement adroit – n’étaient pas les miens, et le sont encore moins maintenant. Après les décisions que nous avons prises, la taille des filiales, en fonction de la volonté du politique comme de la situation spéculative, pourra croître. On ne fait pas une loi pour un instant t. En 2006, nous aurions eu des filiales d’une taille beaucoup plus importante. Une autre année, si une spéculation exubérante réapparaissait, nous aurions évidemment autre chose."

Et le reste ?
Mais l'on est tenté d'insister sur deux autres questions: (1) la séparation est-elle techniquement faisable sans conséquence négative sur le financement de l'économie ? (2) N'accorde-t-on pas trop d'importance à la question des moyens (la séparation) aux détriments de la fin (la régulation) ?

On a peu commenter combien la réforme prévoyait comment se résoudrait les crises bancaires à venir. Qui va payer ? La loi prévoit d'imputer "les dépréciations sur les actions et sur tous les titres représentatifs d’une fraction de capital social". Autrement dit, voici donc les actionnaires qui seraient convoqués.

Autre sujet pas si connexe que cela, la réforme bancaire doit améliorer le sort des particuliers clients des banques. Jeudi 14 février, jour de Saint-Valentin, l'Assemblée nationale a ainsi adopté le "plafonnement pour tous", pour reprendre l'expression de notre confrère Bembelly. Une mesure qui fait grincer des dents chez les grandes banques. En l'occurence, le plafonnement du montant mensuel des commissions d’intervention pour les populations fragiles. Et pour les autres ?

Il y avait cette députée socialiste de l'Ariège, Frédérique Massat, mercredi dans l'hémicycle, pour s'inquiéter encore: "il faudra se pencher sur les frais bancaires, qui pèsent plus de 15 milliards d’euros et peuvent représenter plus de 40 % des revenus des banques de détail, mais dont la transparence problématique des tarifs et leur inégale augmentation soulèvent des questions." La même élue insistait sur une autre lacune du projet: "Il faudra aussi limiter, pour les publics fragiles, l’attribution des cartes bancaires à option paiement à crédit car la possibilité de déclencher un crédit renouvelable au moment du paiement sans aucune autre formalité est la porte ouverte à la spirale infernale du surendettement."

D'un autre député vient l'explication. Un autre texte sur la consommation complètera l'actuel projet de loi  qui traitera du surendettement, notamment des crédits renouvelables.

Bon.



(*) Une espèce disparue mais démembrée dans les colonnes de ce blog.