19 février 2013

Fin des 3%: pourquoi il faut se réjouir.

Hollande, comme Sarkozy, Chirac, Jospin, et même Mitterrand avant lui, espérait une timide croissance pour sauver son pari de ramener le déficit budgétaire du pays à 3% durant le quinquennat.

Peine perdue.

Applaudit-on ?

Finis les 3% ?
La révision à la baisse des prévisions de croissance, et la confirmation que 2012 fut une année atone (*), ont achevé les espoirs présidentiels. Pour atteindre les sacro-saints 3%, il faudrait de l'austérité, et plus seulement de la rigueur. Donc le gouvernement a admis que cet objectif ne serait pas tenu. 

La belle affaire !

Pourquoi s'en inquiéter ? Pourquoi se lamenter ? On devrait se réjouir que cette lucidité ! Que nenni ! C'est presque tout l'inverse.

Lundi matin, l'éditorialiste Dominique Seux, des Echos, s'indigne sur France Inter, à une heure trop matinale, que François Hollande n'ait plus d'objectif de réduction des déficits. C'est complètement faux, mais en quelques poignées de secondes radiophoniques, il faut bien caricaturer. 

A droite, on est à peine mieux loti. dit que c'est déjà la faute de Hollande. Brice Hortefeux, dimanche dernier sur CANAL+, a même osé imputer la "dette abyssale" à l'actuelle équipe. Il ferait mieux de relire ses classiques, tel le programme 2012 de son ancien mentor. Nicolas Sarkozy promettait 125 milliards d'euros « d'effort» entre 2013 et 2016, décomposés en 75 milliards d'économies et 40 milliards d'impôts supplémentaires ! On objectera également que les hausses d'impôts récemment décidées par l'équipe batave... n'ont rien produit pour l'instant. D'ailleurs, la consommation des ménages s'est moins mal portée en fin d'année qu'en début d'année.

Le Figaro tente de livrer une explication, du vrai story-telling concocté quelque part rue de Miromesnil. Ainsi, la majorité serait "sous le choc de la rigueur". La Pravda Umpiste cite un anonyme "haut responsable socialiste":  
«C'est indéniablement un trou d'air, s'inquiète un haut responsable socialiste. François Hollande avait fait la promesse aux socialistes pendant la primaire qu'il tiendrait les 3%. Il ne pourra pas tenir cet engagement. Dans le même temps, le chômage qu'il a promis de baisser avant la fin de l'année explose. Ça devient compliqué… Face à cette situation catastrophique, on ne sent pas la révolte, même plus l'inquiétude. On sent la fatalité.»
En d'autres termes, ceux-là même qui ne voyaient pas la crise des subprimes prononcent déjà l'échec hollandais sur le front budgétaire avec cinq années d'avance, formidable prédiction ! D'autres ou les mêmes tentent de dépeindre une démoralisation massive de cohortes socialistes suite à ce "reniement".

Rebelles de ministres ?
A gauche, nombreux son ceux qui ont haussé le ton pour éviter tout nouveau tour de vis. Peut-on y voir là une raison supplémentaire dans l'abandon des 3% ? Sans doute. Mais ces réactions interviennent également dans un autre contexte - l'envoi des premières lettres de cadrage budgétaire aux ministres. Selon Les Echos, ces dernières sont sévères. Surtout, Bercy les envoie bien plus tôt qu'habituellement (février au lieu de juillet).

Pire, voici qu'on nous parle de nouvelles idées: Didier Migaud, président de la Cour des Comptes, s'interroge ainsi à voix haute sur l'opportunité de fiscaliser les allocations familiales... Le Figaro dégaine le sondage qui tue, des économistes se saisissent de l'idée, des associations crient préventivement. Le Monde rappelle que des sarkozystes à bout avaient envisagé l'exact même mesure. Mais Hollande est hostile, nous murmure-t-on...

Dimanche, Cécile Duflot, ministre écolo du Logement, affiche ses doutes: "Il y a un impératif de désendettement public, c’est certain. Mais la réponse à la situation financière de la France ne peut se réduire uniquement à tailler dans les dépenses. Personne ne peut croire que de l’austérité naîtra le retour des temps meilleurs." Sa collègue socialiste et ministre de l'Environnement, Delphine Batho, renchérit: "On est au maximum de ce qu'on peut faire en termes d'économie et de réduction des dépenses. (...) Je pense qu'il faut avoir conscience que la sortie de crise, ce n'est pas qu'une question de bonne gestion du budget."

L'aile dite "gauche" du PS, par la voix d'Emmanuel Maurel, ne dit pas autre chose: "Il y a eu une prise de conscience chez les socialistes que ces politiques de rigueur risquaient de nous mener dans le mur."

Notre confrère Politeeks a évalué quelques-unes des grandes idées de rigueur, habilement fuitées par quelques taupes de Bercy. Attardons-nous sur l'une d'entre elles, potentiellement polémiques si l'on n'y prend garde: la formation professionnelle des chômeurs ? Rappelez-vous comment l'ancien monarque redevenu candidat nous avait salopé le sujet - osons le terme. Son entrée en campagne, il y a tout juste un an, s'était faite sur ce thème - obliger les chômeurs à prendre une formation dans les secteurs en besoin, sous peine d'exclusion. Un an et quelques suicidés plus tard, on mesure la rudesse du propos. Le sujet méritait mieux.

Lundi matin, en huit minutes devant l'ineffable Jean-Michel Aphatie de RTL, Pierre Moscovici sort sa grosse voix: la "réduction des dépenses doit être privilégiée". Il s'accroche à ses 3%. Le ministre de l'Economie stresse un bon coup à entendre ces collègues et camarades entonner le même refrain. Jérôme Cahuzac est caché, derrière. Ces lettres de cadrage, c'est son oeuvre.


A suivre...




(*) l'Allemagne a vu son PIB reculer de 0,6% au dernier trimestre, contre 0,3% en France

4 commentaires:

  1. On applaudit, assurément : perdre 9 mois à se foutre dans la m. à grands coup de TSCG, de compétitivité et autres marchés de dupes, alors que tous les partis du FdG, EELV et la gauche du PS le répètent depuis le début !

    Les écoutera-t-on désormais, plutôt que de poursuivre les jeux rhétoriques sur rigueur/austérité ? "A suivre" en effet. Je vois mal les tocards qui se sont planté (c'est admis ici) donner quitus au FdG ou à leur gauche au sein du parti ; les ministres rebelles ont en face d'eux des ministres régaliens et autres Migaud (Mosco, Cahu...) ; ceux qui nous ont vendu le TSCG (Commission, Merkel, oserai-je Sarko ?) ou ceux dont nous avons tenté d'acheter la neutralité (Medef) seraient bien con de ne pas pousser leur avantage face à notre faiblesse révélée.

    Donc en fait, avant d'applaudir, on attend les suites concrètes. Pour l'instant, c'est des mots.

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    1. De suites concrètes, il y en aura, mais probablement pas celles que tu attends, j'en prends le pari.

      Hollozy et les socialistes, même s'ils ont mis en place un dispositif de communication sophistiqué, ne peuvent pas continuer à nier les évidences. Jusqu'à preuve du contraire, reconnaître qu'on ne pourra pas atteindre l'objectif qu'on s'est fixé, ne signifie nullement qu'on renonce à sa ligne politique, libérale.

      Pendant ce temps-là, ils organisent une opération "portes ouvertes" en préparant la signature d'accords de libre-échange avec ... l'Inde et les Etats-Unis.

      L'économie de la France s'effondre et ces Messieurs s'entêtent. Ils ne devraient pas écouter Mme Bricq, qui dit avec l'Union européenne que l'accord avec les Etats-Unis va rapporter des milliards à l'UE. Le même discours que celui que les dirigeants et technocrates nous ont servi sur l'euro. On en voit aujourd'hui les résultats.

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  2. Alors ? Les choses se décantant, on applaudit, ou pas ?

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