28 février 2013

Risques au travail: la vérité statistique contre les beaux discours.

On aime parler de la juste rémunération du risque. Le MEDEF et quelques néo-pigeons la réclament. On célèbre un nouveau mythe: d'un côté, ces entrepreneurs forcément partis de rien, qui ont pris des risques qui méritent rémunérations et fortunes. De l'autre, ces innombrables salariés forcément passifs, exécutants et trop protégés.

Et si l'on parlait des risques du travail, ceux qui vous font perdre autre chose que quelques milliers d'euros ? Et si l'on rééquilibrait un peu l'image d'Epinal ?

Car ils sont quelques autres millions à prendre des risques, des vrais. La pénibilité ou l'exposition au risque professionnel, ils connaissent. Elles sont parfois diffuses. Elles s'accumulent. Elles se mesurent difficilement. Les études sont rares ou parcellaires. Voici donc l'un des résultats édifiants d'une évaluation qui nous permet de mieux saisir cette improbable réalité des conditions de travail. Des cadences aléatoires aux horaires variables, de l'urgence permanente aux horaires décalés, de l'exposition au risque d'accidents aux manutentions manuelles répétées. Ce sont des petites choses, des constats parfois évidents, qui mis bout à bout décrivent statistiquement la pénibilité d'un boulot.

Enfin des chiffres
Le ministère du travail a publié une étude sur ces salariés exposés à des risques professionnels. On se souvient de la triste manoeuvre de l'ancienne majorité. Le clan sarkozyste avait d'abord masqué les chiffres, reportant à une publication ultérieure nombre d'études pourtant fort intéressantes sur les conditions de travail. Il avait ensuite grossièrement assimilé l'invalidité à la pénibilité dans la prise de retraite dès 60 ans.

L'actuelle équipe est contrainte de se remettre à l'ouvrage. Le régime des retraites n'est toujours pas sauvé. Notons au moins la différence de méthode. Les études et évaluations vont pleuvoir. En voici une, périphérique au sujet mais essentielle.

La DARES a tenté d'évaluer les "contraintes physiques intenses" au travail. Le sujet tombe également à pic dans cette sale affaire de l'amiante. Voici donc quelques résultats exemplaires, mesurés en 2010 - trois ans déjà - mais estimés pour 22 millions de salariés du public comme du privé. Cette fois-ci, "les expositions aux risques professionnels sont décrites pour chacun des trois versants de la fonction publique et par grands secteurs du privé : l’agriculture, l’industrie, la construction, le commerce et les transports, et les autres services."

La réalité statistique
L'étude, très complète, prend un à un ce que d'aucuns appellent les risques du métier. La lecture du document original est vivement conseillée. Ces données percutent un autre discours, néo-libéral et connue, qui réclame flexibilité et assouplissement et encense le Patron-Entrepreneur qui serait seul en risque.

1. La pénibilité ignore les statuts publics ou privés. "Au-delà des statuts public ou privé de l’employeur, certains risques professionnels sont caractéristiques de métiers, ou de familles professionnelles". Les auteurs identifient ainsi les secteurs concernés: Fédération Publique Hospitalière, commerce et transports concentrent ainsi les horaires atypiques.

2. Tous secteurs confondus, 15% des salariés travaillent la nuit,  un tiers le dimanche. 23% ont des horaires variables. 10% des salariés ne connaissent pas leurs horaires de travail la semaine suivante.

3. Quelque 39% des salariés français subissent au moins trois contraintes de rythme de travail (déplacement automatique d’un produit ou d’une pièce, cadence d’une machine ou autres contraintes technique). Ce taux atteint 50% pour l'industrie. Près d'un salarié sur deux (46%) dans la FPH, le commerce et les transports déclarent devoir se dépêcher pour faire leur travail.

4. La santé concentre nombre de situations extrêmes. Pire, la plus grande pénibilité se trouve ... dans le secteur public. En effet, les activités hospitalières ne concernent "que 20% des effectifs du secteur privé de la santé dans Sumer alors qu’elles concernent 91% des effectifs de la FPH."

5. Les femmes sont moins bien traitées que les hommes. "Dans tous les secteurs, les femmes signalent une moindre latitude décisionnelle que les hommes; elles ont moins d’occasions d’influer sur leur travail et de développer de nouvelles compétences." Et l'étude de conclure: "Ceci est confirmé par des études aussi bien quantitatives que qualitatives sur les différences sexuées du travail" ([1] [2] [3]). Il y a pire: "Dans tous les secteurs du privé, les femmes déclarent plus souvent subir des agressions verbales de la part du public dans le cadre de leur travail (17% pour les femmes dans le secteur privé contre 11 % pour les hommes).

6. Il y a le bruit, évidemment une souffrance dans l'industrie. L'étude livre quelques chiffres sur l'exposition à un bruit supérieur à 85 dB(A) "pendant 20 heures par semaine ou davantage", un dosage "particulièrement nocif" pour l’audition. Or, soulignent les auteurs, cette situation frappe 17% des salariés de l’industrie (17%) et, dans une moindre mesure, 11% dans la construction, 10% dans l'agriculture (contre 5% pour l’ensemble des salariés).

7. "10% des salariés effectuent des manutentions manuelles de charges dix heures ou plus par semaine." Rien que ça.

8. Un salarié sur trois de la construction restent debout plus de 20 heures par semaine. 

9. La répétition des mêmes gestes à une cadence élevées plus de 20 heures par semaine concerne 8% des salariés en moyenne, mais 16% dans l'agriculture, et 12% dans l'industrie.

10. Près d'un tiers des salariés de la construction et un quart des hospitaliers sont exposés à au moins trois produits chimiques dans l'exercice de leur activité. Dans la FPH, plus des trois quarts des salariés sont confrontés à des agents biologiques.








[1] Amira S. (2010), « Les femmes occupent des emplois où le travail semble moins épanouissant », Dares Analyses n° 82, décembre.
[2] Dunezat X., Heinen J., Hirata H., Pfefferkorn R. (2010), Travail et rapports sociaux de sexe, Rencontres autour de Danièle Kergoat, L’Harmattan.
[3] Molinier P. (2003), L’énigme de la femme active. Égoïsme, sexe et compassion, Payot.

2 commentaires:

  1. Déclaration d'Harlem Désir, secrétaire du PS le 28 février 2013 à Marmande : "Le rôle d'un parti, c'est d'écouter les citoyens, de faire remonter les attentes et de faire des propositions pour la France de demain. Il faut qu'ensemble, nous pensions la France de l'après-crise». Ah bon, et pour la France d'aujourd'hui
    on fait quoi ?

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  2. Un excellent article sur un sujet peu glamour mais pourtant essentiel dans les discussions sur les retraites, la pénibilité, la flexibilité. Ça méritait d'être souligné.

    Dans l'industrie il n'y a pas une semaine qui passe sans qu'on me relate un accident, un défaut de sécurité. Ces jours-ci un jeune technicien de maintenance s'est tranché l'artère fémorale avec une pièce en acier qui a rebondi lors d'une réparation. S'il n'y avait pas eu ses collègues autour de lui pour prendre les bonnes décisions, aujourd'hui ce gars serait mort. À 20 ans...

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