6 février 2013

Hollande se moque de Sarkollande

Il est tombé à côté. Il est pourtant talentueux. Ce mardi 5 février, le chroniqueur du Grand Journal de Canal+ se surprenait à vouloir prendre en défaut François Hollande. En cause, un décalage d'image et de message: le Hollande volontariste était-il au Mali pour faire oublier l'actualité politico-sociale de la métropole ? Bruno Donet - c'est son nom - n'est d'ailleurs pas le seul au sein de la Fabrique de l'Opinion à poser la question qui tue: et si Hollande se sarkollandisait ?

Quelle misère. Nous avons sans doute les médias que nous méritons. 

Critiquer le pouvoir en place entre deux cotillons télévisuels dans une émission de divertissement d'avant-soirée, est certes facile, parfois légitime. Sauf quand la critique vient à contre-temps, ou permet d'éviter d'expliquer le monde qui nous entoure.

Les minutes médiatiques sont précieuses et malgré tout souvent gâchées.

Il était d'abord difficile d'accuser Hollande de diversion malienne. Nous avions déjà souligné combien ce déplacement présidentiel faisait ombrage à l'adoption du premier article d'une loi sociétale majeure - le mariage pour tous. Si Hollande avait voulu bien faire, il aurait attendu. 

Un autre journaliste, sous-directeur au Point, raillait aussi la «Sarkollandisation» du quinquennat. Il visait ces apparitions médiatiques plus répétées de l'actuel président. «D'où vient cette impression que le président, qui avait pourtant martelé, lors de son discours d'investiture, qu'il se démarquerait de l'hyperprésidence sarkozienne ("Je ne déciderai pas de tout, pour tout et partout"), semble marcher sur ses traces ?» écrit Christophe Ono-Dit-Bio. Quelle misère. N'ont-ils que cela à écrire, commenter, analyser ?


La rumeur prêtait même à Hollande l'envie de faire des déplacements hebdomadaires en province... comme son prédécesseur. Rassurez-vous ! Nous sommes rodés à l'exercice. On attend de voir comment Hollande choisira ses sujets, on s'amusera si la mise en scène apparaît similaire.

Cette nouvelle critique médiatique était aussi tardive. Car ce mardi 5 février justement, Hollande abordait d'autres sujets. Il est à Bruxelles, devant les députés européens.

Hollande contre l'austérité ?
A Bruxelles, Hollande est là deux heures et trente minutes pour échanger avec les parlementaires et la presse. Cette pratique est impossible en France, le monarque ne peut parler devant les parlementaires sauf s'ils sont réunis en Congrès à Versailles. Notez les symboles. Notre république monarchique tient à protéger l'exécutif de l'avantage législatif.

La scénographie bruxelloise reste originale. Le chef d'Etat, tout chef d'Etat qu'il est, est en bas, presque au centre du parlement, debout avec un petit pupitre.

Devant les parlementaires européens, Hollande est davantage applaudi sur sa gauche que sur sa droite. « Il nous définir une nouvelle ambition, (...) sans réduire la précédente

Même le Figaro dut reconnaître que Hollande fut convaincant. Fichtre ! Quelle trahison !

Pourtant, Hollande n'a fait que répéter ce que nous savions. Même Christine Lagarde, incompétente ministre sarkozyste (elle avait raté la crise des subprimes, tout anglophile qu'elle était) devenue patronne du FMI, s'inquiète de la course à l'équilibre budgétaire dans laquelle se sont jetés tous nos gouvernements européens. En France, il faut reconnaître que l'ardoise est lourde. A Bruxelles, Hollande a eu cette expression inattendue: «Je ne veux pas condamner l'Europe à une politique d'austérité sans fin. (...) Le désendettement, la compétitivité, c'est important, mais cette politique doit être appliquée avec discernement.» Est-ce le début d'une inflexion ?

Autre (fausse) révélation, Hollande fustige l'euro fort. Pierre Moscovici, son ministre des finances, avait commencé la charge trois jours avant. Il rappelle le besoin d'eurobonds, un sujet qui fait toujours grincer sa voisine chancelière. Devant ces députés, Hollande venait marteler ses messages. Il ne le ferait pas et on l'accuserait de silence coupable.

La politique se gagne aussi dans ce genre de prétoires.

Il aimerait une Europe qui assume sa différence. Nous aussi. L'Europe du Sud est au fond du gouffre depuis bientôt quatre ans. Angela Merkel soutient David Cameron qui plaide pour une Europe plus libérale. Hollande évoque la nécessaire harmonisation des politiques fiscales. La compétition fiscale fait des ravages. Que quelques riches indignes s'exilent avec leurs fortunes est une chose. Que des groupes excellent à jongler avec nos écarts de fiscalité en est une autre.
« Et je sais aussi que toute avancée européenne doit correspondre à une nouvelle étape de la démocratie. Mesdames et messieurs les députés, pour faire cette nouvelle étape, pour accomplir le projet européen, pour faire avancer la démocratie, c’est vous qui allez décider.» 

Tension sociale
Nous n'avions pas besoin de ces journalistes de salon pour connaître combien la tension sociale est forte. Même Manuel Valls s'en inquiète. « La colère sociale, avec les conséquences de la crise économique et financière, la précarité, le chômage, les plans de licenciements, elle est là, elle gronde depuis des années ».

En France encore, le ministre Montebourg tente de faire taire les YaKaFoCon. Le redressement productif est douloureux. Il est toujours secoué par des plans sociaux. Mais le ministre avance qund même. Il apprend. L'Expansion le croit résigné. Mardi martin, il a « lâché » le site PSA d'Aulnay, livrant un constat d'évidence: l'automobile française s'effondre sous nos yeux. L'éditocrate Aphatie chez qui il faisait cette confession matinale semblait triompher, trop heureux que la pensée low-cost l'emporte à l'usure.

Mardi, Montebourg annonce avoir reçu quatre propositions de reprise du site de Petroplus, « dont deux sérieuses ». 470 postes sont menacés. C'est le tribunal de commerce de Rouen qui décidera. Effectivement, un groupe égyptien a confirmé être sur les rangs.

Comme hier Florange, Petroplus est un symbole bizarre et sans rapport avec l'inéluctable déroute de l'automobile. Les besoins de raffinage pétrolier restent immenses, mais trop d'intérêts sont en jeu.

A suivre

10 commentaires:

  1. Mercredi 6 février 2013, je viens de lire cette phrase dans "Le Monde" :

    "Le Front national se banalise et plus d'un tiers des Français adhèrent à ses idées."

    Et ça m'a rappelé le score du Front National au premier tour de l'élection présidentielle de mai 2012 : Marine Le Pen avait obtenu 6 421 426 voix, soit 17,90 % des suffrages exprimés.

    Désindustrialisation de la France, usines qui ferment, effondrement de l’industrie en France, chômage qui explose, crise économique, crise financière, crise sociale, appauvrissement des classes populaires, appauvrissement des classes moyennes, "Le Front national se banalise et plus d'un tiers des Français adhèrent à ses idées", etc, etc.

    Alors continuons à répéter le slogan habituel pour nous rassurer :

    « L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. L’euro nous protège. »

    Continuons pendant que le bateau coule.

    Continuons pendant que l’euro coule la France.

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/02/06/le-fn-se-banalise-aux-yeux-des-francais_1827548_823448.html

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    1. Ba, le Titanic, ou le Costa coule, est au coeur de la tempête. Les passagers ont de plus en plus le mal de mer; mais le commandement bien installé dans le carré des VIP maitrise la situation et raconte à qui veut bien l'entendre qu'il s'agit-là d'un mal nécessaire, d'un passage incontournable.

      Et qu'au sortir de ces 40es Rugissants, les rivages du nouveau monde apparaîtront ! Faut juste se cramponner au bastingage et faire confiance au commandement et ses assesseurs. Les yeux fermés de préférence.

      Ne les ouvrir que pour regarder les programmes diffusés sur les nombreux écrans installés dans les moindre recoins du navire. Pour celles et ceux qui ont le coeur à ça.

      Remarquez, comme ils sont partout, vous ne pouvez y échapper complètement. Et même les yeux fermés, vous avez encore des hauts parleurs qui diffusent tout un tas de petits messages destinés à vos canaux auditifs. On veut être sûr que vous ne manquiez pas de lien avec le système. Et si ça ne suffit pas, les murs et l'espace public, voire privé, accueillent de très élégants panneaux d'affichage.

      A croire que l'on est dans une société où la communication est devenue un fait total. Total, totalisant, totalitaire ... Tiens donc, qu'est-ce que c'est qu'un phénomène totalitaire !! La communication totalitaire : serait-ce que nos cerveaux sont territoires colonisés ?

      C'est vrai j'y pense, nos cerveaux sont l'objet de beaucoup d'attention. Il se dit que des spécialistes appelés cognitivistes s'y intéressent de très près. Des psychologues, des neurobiologistes, entre autres. Des fonds considérables sont mobilisés au bénéfice de la recherche dans ce domaine.

      Bon j'arrête là ; le mal de mer me reprend ! Ca a ça de bien le mal de mer, c'est que ça dispense de se prendre la tête !

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  3. Sarkhollandisation : un terme des plus adaptés ! j'aurais aimé le trouver ! Mais rassurez-vous Juan, nous ne sommes pas surpris. La pression médiatique est telle que nul désormais ne pourra échapper, totalement, à cette déviance.

    La sphère médiatique, le quatrième pouvoir !, a horreur du vide car elle a des heures d'antenne à remplir et un système, qui la nourrit et dont elle est l'émanation nécessaire, à préserver : elle a besoin de spectacle.

    Si les artistes ne l'assurent pas, les critiques le font à sa place par chroniqueurs interposés et à leurs dépens. Histoire de forcer la bête à venir dans l'arène médiatique. The show must ...

    Sinon, là encore très bien essayé Juan le coup de l'occultation regrettable de l'adoption (scandaleusement illégitime) de l'article 1 pour conférer noblesse et dignité au déplacement malien ! Je salue-là un de vos plus beaux montages rhétoriques ! Tentative magistrale de coup double ! Ca flatte l'intelligence du lecteur. Si si je vous assure ; un peu comme un cruciverbiste satisfait d'être parvenu à résoudre une équation lexicale subtile :)

    Si j'étais responsable au PS, j'essaierais de m'attacher vos compétences pour le service après vente ! Remarquez pourquoi se donner cette peine puisque vous faites déjà très bien le job ;)

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  5. "Il s'agit d'éclaircir un débat politique, qui est devenu hystérique"

    ==> comprendre pourquoi ce débat est devenu hystérique, à vos yeux tout au moins, contribuerait très certainement à remédier au problème que vous soulevez ... Autrement dit traiter des causes et pas seulement des symptômes.

    Car au mieux vous éludez le problème ; au pire vous laissez entendre que le problème serait affaire de clarté. Mais dans le deux cas vous ne posez pas la question de ce qu'est devenu le politique. Car le politique si je ne m'abuse c'est l'art de cultiver le vivre ensemble selon des méthodes policées; dès lors l'hystérie serait plutôt une conséquence de l'échec du politique. Pas un mal nécessaire, ni une cause des dysfonctionnements du politique.
    Et si ce genre de question que vous posez, cette façon d'embrouiller les situations tout en prétendant les éclaircir, était le facteur de trouble conduisant à la longue à des manifestations d'hystérie ...

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  6. Hollande sourit à un tutoiement :

    http://videos.tf1.fr/infos/2013/video-cohn-bendit-tutoie-hollande-en-plein-parlement-europeen-7810315.html

    la classe !

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  7. C'est malin de parler de Bruxelles alors que c'était en Alsace.
    Pour info, le siège du parlement européen est à... STRASBOURG !!!
    (Strasbourg accueille le Parlement européen aux termes de l’article 341 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne qui prévoit justement son rôle comme capitale européenne - point également inscrit dans le protocole n° 6)

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    1. :-))))


      Allez Juan, soyez beau joueur et corrigez !

      mdr

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  8. @ Desmotscratie. Pour ceux qui tiennent un blog encore plus que pour ceux qui y écrivent, il n'y a pas plus aveugle que celui qui ne veut voir. Rétablissons enfin, mais succinctement, la vérité sur M. Hollande !

    Au Parlement de Strasbourg, M. Hollande déclare : "la crise de la zone euro est désormais largement derrière nous". M'est avis qu'il ne doit pas se retourner souvent. Pas de doute, avec un cours à 1.36$, l'euro se porte très, très bien, même trop bien pour nos exportations (50% en dehors de l'Union européenne).

    Par ailleurs, M. Hollande veut "lancer un grand chantier d'approfondissement de l'Europe." Là, je vous le dis tout de suite, ne réservez pas votre dimanche pour aller voter. Il le fera sans vous. Vous aviez rêvé d'Europe, François la fait pour vous.

    M. Hollande prône "une intégration budgétaire, fiscale, sociale" et "une union politique plus forte." Mais François, y a plus qu'à. Tu as déjà commencé sur le plan budgétaire et même sur le plan social. Il n'est que de voir le nombre de plans sociaux que ton Arnaud déplore.

    Ah, François, dire que certains, y compris dans ton camp osent la comparaison avec M. Sarkozy, alors que toi, tu sais nous sussurer ces mots de rigueur et de désendettement avec une voix si douce. Ils n'ont vraiment rien compris ou ils nous manipulent.

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