30 mars 2013

308ème semaine politique: la drôle d'impopularité d'Hollande

François Hollande a parlé. Sans changer les positions des uns et des autres. Pourquoi fallait-il espérer autre chose ?

Hollande a parlé. Il y avait suffisamment d'annonces pour occuper les éditocrates du soir lors de ces interminables joutes verbeuses censées décortiquer la forme plus que le fond: la TVA restera à 5,5% pour les constructions de logements sociaux (nécessaire); la participation pourra être partiellement débloquée (classique); les petites retraites seront épargnées d'une réforme qui allongera encore la durée de cotisations (oups!); les allocations familiales seront conditionnées aux revenus (enfin!). Mais surtout, le choc de simplification (drôle) et la fameuse taxe à 75% sur les revenus supérieurs au million d'euros, retoquée par le Conseil constitutionnel, est transférée aux entreprises, une sorte de prélèvement à la source pour les Riches.

Au final, le président promet une pause fiscale, une retenue sur les coupes budgétaires. Et donc la conclusion s'impose: la réduction des déficits sera moins rude que prévue. On devrait se réjouir. Hollande est-il en train de faire un bras d'honneur au couple Barroso/Merkel ?

A droite, on a joué au jeu convenu de l'opposition. Car - croyez-le bien - les ténors de l'ancien clan sarkozyste espéraient que Hollande change de politique jusqu'à adouber leurs fantasmes. Il fallait écouter Laurent Wauquiez couiner quand Hollande promis de conditionner les allocations familiales aux revenus afin d'éviter qu'un cadre à 200K par an touche la même obole qu'un RSAiste. Il fallait entendre François Fillon oser prétendre que François Hollande avait aggraver 5 ans de crise en 10 mois de gouvernance. Le président avait-il aggravé les déficits et découragé l'embauche comme Sarkozy ? Non. Il fallait supporter Jean-Louis Borloo, l'homme de tous les renoncements personnels ou politiques oser réclamer le rétablissement des niches fiscales du personnel de maison.

Il fallait supporter ça et autre chose.

Plus à gauche, la saillie était plus énorme car parfois plus crédible, parfois moins audible. Le weekend précédent l'intervention, quelques esprits s'échauffent. Le Parti de Gauche tient son Congrès, quelques belles idées et puis deux dérapages, trop gros pour être simplement "cru et dru". Le premier émane des médias, un raccourci de l'AFP qui laisse entendre que Jean-Luc Mélenchon aurait eu des propos désobligeants voire franchement antisémite contre Pierre Moscovici. C'était faux, nul et crétin. Le second dérapage est réel et assumé. François Delapierre traite le même ministre de salopard. Durcir les positions, surtout dans le verbe, peut être une bonne tactique. Libération joue les bobos soclib indignés deux jours plus tard. Delapierre puis Mélenchon ne comprennent pas qu'ils ne convaincront aucun Hollandiste sincère à coups d'invectives. Jeudi, l'intervention de Hollande énerve à gauche quelques anciens soutiens: Hollande se serait-il transformé en Schroeder ? Non, mais ça motive de le croire. Et Hollande n'est pas Che Guevara.

Cette prestation est largement suivie, 8 millions de personnes. Son accueil est à l'image du pays: ambigüe, contradictoire, paumée.

Hollande est certes impopulaire, mais cette impopularité est protéiforme. Il ne clive pas le pays autour de sa personne. La droite déteste l'homme plus que sa politique. La gauche déteste sa politique moins que l'homme.

Hollande est certes impopulaire, mais cette impopularité ne cristallise rien. Le pays est enragé mais résigné. Enragé quand on voit la violence verbale qui surgit dès que le clivage peut être net et clair. L'affaire du mariage pour tous est une belle illustration. Cette loi n'est qu'un droit supplémentaire à une catégorie de nos concitoyens qui réclament un mariage que d'autres bafouent allègrement dans l'adultère. Mais la position à son égard est si binaire qu'elle permet des mobilisations-défouloirs hors normes, et l'excitation des réacs de tous poils.

A l'inverse, sur la quasi-totalité des sujets économiques et sociaux du moment, les positions sont plus troublées, les plus binaires ne rassemblent que leurs fidèles. Les réponses - quand elles existent - ne parviennent pas à convaincre. Les alternatives que l'on nous sur-vend ne sont souvent que des incantations.

La France est éparpillée, paumée, hagarde.

On fustige les paradis fiscaux et les banksters. Mais quand il faut faire le ménage à Chypre, ancien havre de paix de l'argent sale et des chambres de compensation, certains - les mêmes - s'émeuvent du coût social et critiquent l'Europe. Mardi, les "17 Salopards" ont heureusement épargné les dépôts modestes (inférieurs à 100 000 euros) d'une taxation exceptionnelle pour renflouer les banques locales. Et la seconde banque du pays sera démembrée et fermée. On casse toujours des oeufs pour faire une omelettes, grosse révélation...

On croit que l'explosion sociale menace; quelques leaders éructent leur rage contre l'accord MEDEF/CFDT-CFTC, mais les dernières élections professionnelles confortent la place en tête des syndicats réformistes dans le secteur privé. Même la CFTC que l'on croyait condamnée à disparaître s'en sorte avec 9% de suffrages. Et cette représentativité syndicale repose toujours sur un nombre ridicule de votants. Satisfaction de la semaine, Laurence Parisot est virée du MEDEF.

On s'indigne de la politique migratoire conduite par Manuel Valls, insuffisamment humanitaire et généreuse. Mais le sujet n'émerge pas. Même la droite buissonnienne(*) ne parvient plus à mobiliser ses troupes sur le sujet. A son corps défendant, Sarkozy coalisait contre lui avec une facilité contreproductive qui permettait la mobilisation sur des causes nécessaires. Aujourd'hui, l'expulsion indigne de quelques malades étrangers ne mobilise plus grand monde.

On couine contre l'austérité qui n'a pas lieu. On couine aussi contre "le dérapage des comptes publics", quand l'INSEE annonce que le déficit budgétaire l'an dernier était de 4,8% du PIB et non 4,5% comme promis.

Les Invisibles ne s'expriment pas. Ils ne votent même plus, comme dans l'Oise, où le FN fait quasiment jeu égal avec l'UMP sous couvert d'une abstention record dans une législative partielle terminée dimanche.

Résignation ?








Crédit illustration: Do-Zone Parody

29 mars 2013

Hollande et le changement qu'il fallait voir

Nouvelle intervention présidentielle à la télévision. La précédente datait de novembre. On pouvait d'abord s'interroger sur le sens d'un exercice médiatique trop convenu par avance.

L'intervieweur est donc David Pujadas, l'homme-tronc de France 2.

Sans aller jusqu'à envisager de plonger notre actuel président dans la fosse aux lions des Grandes Gueules de RMC (mon dieu....) ni s'expliquer devant les (gentils) procureurs de Mediapart (quoique!), on aurait pu imaginer plus moderne que de confier les rennes de ces 45 minutes à un suiveur médiatique tel que Pujadas.

Le décor est large, ils sont face à face devant un large écran. Assez vite, la cravate de François Hollande se place de travers.

Volontariste
"Qui sera présent, ce soir, à la télé ? Le Président de la République, représentant tous les Français, y compris les 4 millions de voix mélenchonistes qui ont bien aidé à son élection, ou l'ex premier secrétaire du PS, adepte des arrangements entre amis ?" demande un internaute sur le blog. C'est un peu brutalement résumée la position établie d'une fraction de la gauche.

Ce jeudi, donc, Hollande a confirmé, expliqué, détaillé. Il a effacé son premier ministre. La Vème République reprend ses droits. C'est surprenant... ou prévisible ?

Il y a la forme, donc, toujours surannée et démontée en bonne et due forme sur les réseaux sociaux. Il y a ces questions sans intérêt, et la première sur son caractère. Pujadas veut poursuivre le procès en légitimité que d'aucuns à droite et jusque dans les couloirs du bureau du Parrain entretiennent La gauche sait être déçue. La droite n'accepte jamais de perdre le pouvoir. Sur le site du Figaro, assez vite, on lit cette interrogation: François Hollande est-il à la hauteur de la fonction ?

Sur ce coup, Hollande ignore donc Pujadas, un joli vent. Il enchaîne sur la crise, nulle surprise. "Quand je me suis présenté à l'élection, je connaissais la situation, je connaissais la crise qui frappait l'Europe. Comment l'aurais-je sous-estimée ? En revanche nous n'avions pas anticipé que cette crise allait durer plus longtemps que prévu."

On a voulu faire cracher à Hollande que le chômage allait encore longuement progresser. La belle affaire ! C'était la question "Madame Irma". Le président rappelle donc l'engagement, inverser la courbe du chômage. Point. Lutter contre le chômage et la précarité, c'est la seule chose qui importe. Les termes se bousculent. Compétitivité, entreprises, création, emploi, et, last but not least, pouvoir d'achat: "Encadrer les loyers, faire baisser le prix du gaz, lutter contre les frais bancaires (loi bancaire), c'est du pouvoir d'achat"

Pujadas a oublié d'évoquer ce qui a été fait. Hollande l'a corrigé dès le début de l'intervention: "les outils sont là, il faut les activer". Il évoque les 150.000 emplois d'avenir pour les jeunes qu'il faut créer maintenant que la loi est votée. Les contrats de génération, également en place.

La stratégie est résumée en un slogan de soirée: "Deux ans pour redresser, trois ans pour nous dépasser."

Il promet une pause fiscale pour 2013 et 2014 ("il n'y aura aucune autre augmentation d'impôts"), et zappe le rappel détaillé des hausses d'impôts précédentes: majoration de la décote de l'IR pour 7 millions de foyers; rétablissement de l'ISF; , abrogation de la TVA sociale, taxation renforcée du capital, de ses revenus; augmentation de l'allocation de rentrée scolaire, augmentation de l'Impot sur les sociétés, etc. Notre confrère Melclalex s'est prêté au jeu préalable de ce rappel. A force de critiquer ce qui n'est pas fait (relance européenne, renégociation de TSCG, séparation bancaire) ou mal fait (Roms), on oublie le reste. Sitôt la prestation terminée, les ténors d'une droite décapitée couinent n'importe quoi.

Technique
L'entretien fut technique. La réalité n'est pas la caricature simple qu'on nous présentait en Sarkofrance.

Hollande, plus assuré que son prédécesseur, a lâché quelques arbitrages:
1. Les allocations familiales ne seront pas fiscalisées (on évite les effets de seuil), mais soumises à condition de ressources. On applaudit.
2. La participation des 4 millions de Français qui en bénéficient pourra être débloquée à hauteur de 20.000 euros pendant 6 mois chaque année. Une mesurette de relance par la mobilisation de l'épargne... Sarkozy nous avait fait le coup.
3. La jolie surprise, le hochet pour éditocrates désoeuvrés, ce fut la nouvelle mouture de la taxe à 75%: si une entreprise veut payer aussi cher l'un de ses cadres ou dirigeants, elle devra acquitter le complément, un vrai prélèvement à la source pour riches"Quand la rémunération des chefs d'entreprise dépasse 1 million d'euros, l'entreprise prendra en charge la taxe de 75 %." Une mesure qui fait coup double puisqu'elle encourage le plafonnement des grosses rémunérations.

4. La réforme des retraites épargnera les petites retraites. Hollande vise un allongement de la durée de cotisations, et une hausse des cotisations.
5. Le budget de la Défense, déjà détruit sous Sarkozy, sera stabilisé en 2014.
6. Hollande promet un "choc de simplification", et se réfugie derrière un exemple: 3.000 informations qu'une PME doit envoyer  chaque année aux administrations, un chiffre désarmant qu'il veut réduire par trois. La simplification est une astuce de communication, une nécessité pour les PME, une urgence pour les services publics - comme pour l'accès aux minima sociaux.
7. Il rappelle le groupement des achats des administrations (2 milliards d'économies), mais d'économies austéritaires et massives, il n'en est pas question. Quelques éditocrates
8. La transmission des petites entreprises sera facilitée.

Surprenant
Passée cette longue première partie, Hollande évacue rapidement l'écume et le buzz. Pujadas n'a plus le temps.

Il y eut la question "Cahuzac et les affaires", elle est venue tard et fut expédiée rapidement ("Chaque fois qu'un membre du gouvernement est dans une procédure judiciaire, il n'est plus membre du gouvernement"). Un commentateur immédiat, sur France Info, regrettait presque que l'économie et le social aient occupé 45 minutes des 70 minutes de l'émissions. Hollande faillit nous décevoir en rappelant que Nicolas Sarkozy aussi était présumé innocent ("Les juges doivent être respectés pour leur indépendance"). D'ailleurs, l'ancien monarque avait finalement suspendu son recours.

Il y eut la question #Mariagepourtous: c'est au Parlement de voter les lois. Les petits fachos et autres cathos désemparés étaient déçus. Concernant la PMA, Hollande demande au Comité national d'Ethique. Pour la GPA, il refuse: "La GPA restera interdite en France tant que je serai président de la République."

Il y eut la question Mali. Le calendrier est annoncé: la France exige des élections locales d'ici juillet.

De l'intervention, une évidence s'imposait sur la trajectoire qui se dessine. C'est une vraie révélation, un aveu qui n'en était pas un. Puisqu'il n'y aura ni fiscalisation supplémentaire cette année et l'an prochain, ni réforme structurelle qui taillerait dans les coûts à coup de hache, l'évidence s'impose: c'est la pause dans la réduction des déficits.  La réduction du déficit budgétaire à 3% du PIB n'est pas pour cette année, ni même pour l'année prochaine. D'aucuns à gauche espéraient cette confirmation comme la preuve d'un soulagement budgétaire. On espère qu'ils ne seront pas déçus. On attend presque qu'ils applaudissent.

Cette stratégie - "redressement/protection" - s'affrontera à celle de Merkel en Europe: "Je ne veux pas que l'Europe soit une maison de redressement".. C'est une autre trajectoire européenne qui se dessine, ou bien ? Hollande prévient: "être dans l'austérité, c'est condamner l'Europe à l'explosion". "Aujourd'hui, prolonger l'austérité, c'est le risque de ne pas aboutir à réduire les déficits et la certitude d'avoir des gouvernements impopulaires dont les populistes feront une bouchée le moment venu".

Il est 21 heures et bientôt trente minutes. L'entretien s'arrête.

En 70 minutes, Hollande n'a désigné aucun bouc-émissaire, pas même le bilan de l'Autre.  
"Je ne veux pas d'une République de l'excès et de la violence. La République doit être exemplaire et apaisée."

Apaisée, oui.

Y a du boulot.


Lire aussi:

28 mars 2013

Chômage: ne pas désespérer.

L'intérim est souvent précurseur des dégradations plus globales de la situation de l'emploi. Alors qu'elle publiait les dernières statistiques du chômage, la DARES notait une évolution moins terrifiante de l'emploi intérimaire au cours de l'année 2012.

Intérim, toujours en baisse
Au dernier trimestre 2012, les effectifs intérimaires ont encore diminué, cette fois de 1,9%. ma plus forte hausse se loge dans l’industrie (-3,9 %, soit -8 700 postes), en baisse pour le sixième trimestre consécutif. Mais l'intérim se redresse dans le tertiaire (+0,8 %, +1 300 postes) après cinq trimestres de baisse. Bref, rien de rose, mais, comme dirait une ancienne ministre des finances sarkozyste, "une décélération de la hausse" (sic!).

Une reprise de l''emploi intérimaire précède habituellement une évolution plus générale de l'emploi. En 2008, il s'était effondré dès le mois d'avril, bien avant le déclenchement officiel de la Grande Crise.

Chômage, bientôt le record.
Les commentateurs guettent le record, celui de février 1997. A fin février 2013, il n'a pas été franchi, mais on s'en rapproche.  Le total des trois premières catégories - les demandeurs en recherche active d'emploi - dépasse les 4,7 millions, +26 500 au mois de février, et +10% sur un an. Comme le mois précédent, les plus fortes hausses se trouvent chez les plus de 50 ans, hommes ou femmes (+15%). L'ancienneté des chômeurs des catégories A à C inscrits à Pôle emploi a progressé de 2 jours pour atteindre 482 jours en moyenne. Plus de deux millions de personnes sont ainsi au chômage depuis au moins un an.

Toutes catégories confondues, on s'approche donc des 6 millions. D'ici juillet, l'INSEE prédit encore 74.000 destructions d'emplois.

Des réactions politiques inaudibles
Du côté du gouvernement, on subit la vague. Cette statistique a permis de faire rappeler dans quelques médias la situation des chômeurs - comme avec ce reportage de France Inter sur le problème des "indues", ces sommes trop perçues souvent par erreur par les chômeurs qui sont ensuite réclamés (300 millions d'euros par an).

Il y a plus grave - comme les menaces de suicide ou, plus simplement, le désespoir des inscrits broyés par la machine, l'engorgement du système devenu trop informatique. Le site Actuchomage relate ainsi que les dysfonctionnements informatiques sont en hausse depuis décembre à Pôle Emploi: "En effet, jusqu'à cette date, les agences locales traitaient elles-mêmes ce type de dossiers. Mais pour soi-disant leur permettre de mieux faire face à l'afflux de chômeurs qu'elles reçoivent quotidiennement (outre le tout-venant, il faut rajouter 1.000 nouveaux inscrits par jour), il a été décidé de les soulager de tâches administratives en confiant aux plateformes de traitement la prise en charge de diverses opérations." Le mieux est souvent l'ennemi du bien...

Même au Figaro, comme en témoigne Marc Landré dans un billet publié mardi soir, on reconnaît que la progression quasi-continue du chômage depuis 57 trimestres, on note que tous les exécutifs sont tour à tour "gangrenés" par cette situation: "D'aucuns diront que ceci résulte des choix économiques du nouveau chef de l'État (le choc fiscal, un discours anti-entreprise, la suppression du dispositif d'exonération des heures supplémentaires…), d'autres pointeront la persistance de la crise économique qui balaye tout sur son passage, voire d'un mix des deux. Mais ce serait un peu vite oublier que le record du nombre de chômeurs actifs toutes catégories confondues (donc y compris les demandeurs d'emploi qui exercent des activités réduites) a été dépassé en mars 2011. Soit il y a deux ans."

Des modèles introuvables
On appelle donc à la "mobilisation générale" (Ayrault, mercredi), à la "rupture" (encore ?), les réformes (mais personne n'est d'accord sur lesquelles). Les modèles paraissent introuvables. Mercredi matin sur France Inter, Marine Le Pen racontait comme souvent n'importe quoi, une bouillie mêlée d'approximations et d'erreurs. Elle critiqua l'UMP et le PS d'avoir "choisi" un modèle libre-échangiste qui nous nivelle vers le bas. Mais qui peut croire qu'on "choisit" un système comme un cadeau dans un magasin ?

Le Parti de Gauche restait inaudible pour des raisons qui lui sont propres et un jeu médiatique malsain qui privilégie la polémique sur la forme tonitruante de l'expression de son leader à l'exposition de son programme. Pouvait-on aussi débattre d'une relance keynésienne - augmentation des minima sociaux et du SMIC en économie ouverte ? Pourtant, la Commission européenne elle-même semble saisir que réduire les dépenses sociales - ce qui n'est pas le cas en France, rappelons-le - est une mauvaise stratégie de sortie de crise : "cette diminution des dépenses sociales a été beaucoup plus forte que lors des récessions passées" pouvait lire dans l'un de ses rapports publiés le 26 mars. Ce constat n'est-il pas surréaliste ? La crise des années 30 s'était terminée dans le repli national puis la guerre. Celle des années 2000 est en passe d'échouer sur un autre écueil, l'austérité.
« Cette diminution des dépenses sociales a été beaucoup plus forte que lors des récessions passées »,

Source : http://www.euractiv.fr/social/la-baisse-des-depenses-sociales-un-accelerateur-de-crise-18594.html
Copyright © EurActiv.fr
« Cette diminution des dépenses sociales a été beaucoup plus forte que lors des récessions passées »,

Source : http://www.euractiv.fr/social/la-baisse-des-depenses-sociales-un-accelerateur-de-crise-18594.html
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A l'étranger, qui n'est pas convaincu que la formule allemande emporte autant d'inconvénients douloureux - précarisation et travail partiel - que de (maigres) bénéfices (l'un des chômages les plus bas d'Europe), le tout avec une position économique unique en Europe .

Ne pas désespérer
Ne pas désespérer est une exigence politique et morale. Il est sûr que l'affaire sera au coeur de l'intervention hollandaise, jeudi soir sur France 2. Sur le même plateau télévisuel un jour de novembre, le président s'était risqué à promettre de stabiliser le chômage à la fin de cette année. Et nos éditocrates retiennent la formule comme des pronostiqueurs infantiles.

Ne pas désespérer suppose aussi d'éviter l'écume médiatique, cette autre diversion permanente qui va jusqu'à distraire le ministre le plus persévérant dans sa tâche. Ne pas répondre aux questions sur les récentes déclarations sarkozyennes en Belgique. Se fiche des autres élucubrations d'un député socialiste et trop braillard dénommé Pascal Cherki sur la stature corrézienne de Hollande. Ignorer les gémissements d'un Ivan Rioufol sur le mariage gay ou les délires du clan Sarkozy.

Ne pas désespérer implique enfin de soutenir ceux qui subissent, souffrent et résistent.



27 mars 2013

Ces leçons de Chypre qu'ils ne veulent pas voir.

Il demeure un sérieux désaccord d'interprétation sur ce qui ce trame à Chypre et son prétendu sauvetage.

Les euro-sceptiques, de gauche ou de droite, considèrent le récent plan de sauvetage, adopté dans l'urgence psychodramatique d'une nuit, comme l'ultime coup de boutoir de l'euro-technocratie contre les peuples. On critique ces "politiciens" qui vont faire payer le prix fort au peuple. Sur la photo, cela fait joli, et cela ne change rien.

Les euros-fans applaudissent au contraire l'un des premiers plans qui sanctionne le secteur bancaire, et ponctionne même arbitrairement les dépôts des plus fortunés. Et si l'Europe faisait enfin le ménage ?

Les banquiers s'inquiètent du précédent. Il fallait lire la une des Echos - un quotidien économique peu suspect de gauchisme - pour comprendre l'ambiance.

Qu'en est-il ?

Lisons le relevé de décisions de l'euro-group, ce rassemblement des "17 salopards" comme les appelle François Delapierre du Parti de Gauche, et quelques autres comptes-rendus.

1. L'objectif est de réduire la taille du secteur financier au niveau moyen européen d'ici 2018. D'où la fermeture de la seconde banque du pays, Laiki. Et, précise l'eurogroup, elle doit être "immédiate". Osons une remarque: Frapper le secteur bancaire ne se fait pas sans dégât. En fermant une banque trop spéculative, des chypriotes vont perdre leur emploi. C'est triste, mais n'est-ce pas inévitable quand on veut "nettoyer" la mauvaise finance ? Pour quelques contempteur français de la décision, cette même banque sera en fait démembrée entre activité de dépôts et de spéculation: "This will be done by splitting it into a "good bank" and a "bad bank". La mauvaise partie - spéculative - sera fermée. L'autre, l'activité de dépôt, sera transférée à la première banque du pays, la Banque de Chypre.

Cette dernière sera recapitalisée via la conversion des dépôts non assurés (i.e. au-dessus de 100.000 euros en capital et une "contribution totale des actionnaires". On attend les détails.

2. Les dépôts bancaires des plus fortunés et des expatriés - pouvons nous avouer qu'avoir 100.000 euros sur son compte bancaire individuel est un avantage fortuné ? - seront ponctionnés. Parmi ceux-là, il y a de l'oligarque russe, ou l'exilé britannique. N'est-ce pas réjouissant ?  « Dans le projet de la Commission européenne actuellement en cours de discussion, il n'est pas exclu que les dépôts de plus de 100.000 euros puissent être des instruments susceptibles d'être utilisés pour un sauvetage », a reconnu mardi 26 mars un porte-parole de Michel Barnier, le commissaire européen au Marché intérieur. Répétons: N'est-ce pas réjouissant pour celles et ceux qui réclament des sanctions sur les banques et les fortunes ? Frédéric Lordon aurait préféré que l'on garantisse les dépôts des résidents, sans critère de fortune. Dont acte... Mais comme c'est curieux...

3. Cette décision chypriote a une vertu collatérale: l'eurogroup a validé la garantie bancaire des dépôts bancaires inférieurs à 100.000 euros. "I would like to emphasise that none of these measures will affect deposits below 100 000 euro. There should be no doubts about that. We reaffirmed today the importance of fully guaranteeing these deposits in the EU", a déclaré le Président de l'Eurogroup Jeroen Dijsselbloem. Il paraît qu'à l'UFC-Que Choisir, on a dit que cette garantie était évident. Ah bon... 

4. Les autorités chypriotes ont accepté des mesures "ambitieuses" dans le domaine "des réformes structurelles, de la fiscalité, et des privatisation." Oh mon dieu... C'est là que le bat blesse... Privatisation ? Lesquelles sont encore possibles dans un paradis fiscal que Chypre ? Pire, "le gouvernement chypriote est engagé à prendre des mesures fiscales telles qu'une augmentation de la du prélèvement à la source sur les revenus du capital et l'impît sur les sociétés." Franchement, qui à gauche peut critiquer cet engagement autrement que pour dire qu'il ne sera pas tenu ?

5. Le gouvernement chypriote s'est aussi engagé à commander une évaluation indépendante de sa régulation contre le blanchiment d'argent sale dans ses institutions financières... Evidemment, l'engagement est cocasse, demander à un paradis fiscal de vérifier comment il lutte contre le blanchiment de l'argent sale... Ahem... On tousse....

En contrepartie, d'ici la troisième semaine d'avril, Chypre devrait pouvoir bénéficier de l'assistance financière prévue via le MES.

6. Chypre, n'en déplaise aux détracteurs du sauvetage adopté, est un épiphénomène, un "confetti" tel que le qualifie Frédéric Lordon, l'un de nos économistes atterrés et estimés. Même l'autre estimé Paul Jorion, sur son blog, est contraint à l'envolée lyrique plutôt que l'habituelle efficace critique directe et précise. On masque là-bas l'ampleur du déficit budgétaire réel car l'Europe a du mal à accepter d'avoir démasqué aux yeux de tous l'existence d'un pareil paradis fiscal:
"Comme l’annulation des dépôts en euros ne suffit pas à éponger les pertes des banques chypriotes, la troïka accorde à l’État chypriote un méga-crédit pour porter les pertes bancaires directement dans le budget public. Évidemment, on ne dit pas que le bouclage de ce plan de restructuration des banques chypriotes est financé par un « déficit budgétaire » chypriote de 60 % du PIB : pas 0,6 %, ni 6 % mais bien 60 %. "

7. L'Europe s'y est mal prise. Frédéric Lordon défend l'idée que l'eurogroup s'y est très mal pris dans l'affaire chypriote. C'est sans doute vrai. Le taux d'impôt sur les sociétés n'a été qu'insuffisamment relevé - 12,5%. Comme l'écrit notre confère Romain Blachier, il "manque encore une harmonisation fiscale pour éviter la course mortifière à long terme du dumping sur lesquelles surfent le populisme des Depardieu et des Figaro Magazine."  L'Europe a fait peur à ses banquiers. Le président de l'eurogroup a laissé entendre qu'il faudrait faire payer le sauvetage des banques par leurs actionnaires, leurs créanciers et leurs dépositaires. N'est-ce pas réjouissant ?


Au final, il y avait donc plusieurs leçons de la situation chypriote que certains en France ne voulaient pas voir. Il leur fallait rester dans l'approximation d'une réalité complexe, pas rose, mais pas si grise.

Triste monde.


26 mars 2013

Hollande, quelles questions pour un président ?

François Hollande s'exprimera jeudi soir, vers 20H15, malheureusement interrogé par David Pujadas, sur France2.

Quelles questions souhaiterions-nous lui poser ? 

La question, pour quiconque s'est senti plein d'espoir, ou de déception, par son élection puis les 9 premiers mois de cette présidence difficile, est légitime. On peut, certes, abandonner l'envie du changement, ou l'espoir qu'il viendra.

Mais qui a dit que cela serait facile ? Personne, sauf quelques ignares ou irresponsables. Ce quinquennat était promis à la souffrance. Quelques blogueurs et journalistes l'avaient écrit bien avant l'élection. Il fallait lire et réfléchir.

Quelles questions, donc, poseriez-vous à François Hollande si vous l'aviez sous la main ?

Je livrerai les miennes avant l'interview.

Retour sur Henri Guaino, la plume déviante de la République

Lundi, il est encore en rage. L'ancien conseiller spécial d'un homme qu'il avait confondu avec de Gaulle tandis qu'il se croyait digne héritier d'André Malraux ou de Jean Moulin n'a pas digéré qu'on accuse son mentor d'avoir abusé d'une vieille dame, fut-elle milliardaire.

Vendredi matin, quelques heures après la mise en examen de Sarkozy, Henri Guaino s'était  furieusement lâché contre le juge en apprenant la mise en examen de son mentor. C'était vendredi dernier, mais c'était symbolique et honteux.

Car Nicolas Sarkozt n'était pas de Gaulle, et Guaino n'avait rien de Jean Moulin. L'homme défendait un ancien président des Riches, chef d'un clan et disqualifié par rancoeur contre lui-même davantage que par adhésion pour autre chose. 

Ses déclarations, vendredi 23 mars 2013, furent indignes de la République, indignes de sa mandat d'élu, indigne pour lui-même.

Le juge Gentil, qui a mis en examen jeudi soir dernier Nicolas Sarkozy, a décidé de porter plainte contre le député. 

1. Henri Guaino, député, foule aux pieds et avec allégresse la séparation des pouvoirs, un principe fondateur de la République. Exiger d'un juge qu'il dévoile et expose ses motivations devant un pseudo-tribunal populaire est indigne d'un député: "Je voudrais voir le juge d'instruction venir expliquer devant les Français et leur expliquer pourquoi, sur quel fondement, à parti de quel fait précis, concret irréfutable, il a pris une décision aussi lourde de conséquences".

2.  Henri Guaino laisse entendre que la Justice devrait être soumise à d'autres impératifs que la justice elle-même. C'est un vieux procès qui est fait à l'institution par nos élites, les sarkozyennes étant les plus en verve sur ce terrain:  "Ce serait risible si cela ne salissait pas l'honneur d'un homme qui, ayant été président de la République, entraîne dans cette salissure la France et la République elle-même" Ou encore: "Cette décision est irresponsable, elle n'a pas tenu compte des conséquences qu'elle pouvait avoir sur l'image du pays, de la République, de nos institutions."
Le député Guaino ose perturber la bonne instruction de la justice sous prétexte qu'elle porterait atteinte à l'avenir politique de Nicolas Sarkozy. C'est une réaction assez incroyable.


3. Henri Guaino voulait discréditer l'accusation. L'accusation d'abus de faiblesse est une charge pénale qui a une signification que le député visiblement ignore: "Aucun homme sensé dans ce pays ne peut imaginer un instant que Nicolas Sarkozy s'est livré sur cette vieille dame richissime à un abus de faiblesse". En lâchant cette formule, il cherche à discréditer l'accusation avec un argument de bon sens - imaginez-vous Nicolas Sarkozy abuser d'une vieille dame ? - C'est indigne. Lundi, il en rajoute, sans rien connaître du dossier: "Ce qui discrédite la justice, c'est la décision du juge. "

4. Le député va jusqu'à diffamer le juge lui-même: "Est-ce qu'on pouvait imaginer une qualification plus grotesque, plus insupportable ?" et d'ajouter: "Je la trouve indigne, je trouve qu'il a déshonoré un homme, les institutions, la justice".  L'avocat du juge a annoncé que ce dernier portait plainte. Lundi, Guaino renchérit: "Le juge, par cette accusation infamante, insultante contre Nicolas Sarkozy, a bien déshonoré la justice! Il a sali la France en direct et devant le monde entier." Ah... nous devions comprendre que Sarkozy était encore la France.

5. Henri Guaino sous-entend une conception très particulière de la République, celle d'un président hors des lois: "le juge n'a respecté ni Nicolas Sarkozy ni sa fonction. À un ancien président de la République, on s'adresse au minimum avec respect et considération." Qu'avait fait le juge ? Confronter l'ancien monarque au personnel de maison des Bettencourt. En fait, on comprend que l'homme s'apparente à un ancien benêt de Sarkofrance. Un pauvre gars qui n'a pas digéré la déception de mai dernier.

6. Guaino ne regrette rien. Lundi, il enfonce les clous comme après une descente chez Bricorama.
«Je ne change pas une virgule de mes propos sur le juge Gentil. Est-on en République ou en tyrannie? La justice appartient à tous les Français. Veut-on m'empêcher de porter un jugement moral sur la façon dont un juge d'instruction exerce ses fonctions? Les juges seraient-ils la seule profession qui n'aurait pas de comptes à rendre?» Fallait-il comprendre qu'en République nous pouvions fouler la justice aux pieds à cause de nos rancoeurs ?


Au passage, nous noterons l'incroyable écart dans les réactions entre ces deux affaires que l'actualité a porté dans l'actualité la même semaine: Jérôme Cahuzac fut modestement défendu. Nulle attaque contre les juges, à peine davantage contre le procureur. L'homme est parti de son ministère sans laisser grand monde porter l'attaque contre la presse ni, a fortiori, la Justice. Il paraît que c'est parce que Christiane Taubira veille.

Tant mieux.

Lundi,  Nicolas Sarkozy est sorti de son silence. Un grand moment, partagé sur Facebook, puisque l'homme y conserve 818.000 fans:
"Au moment où je dois faire face à l’épreuve d’une mise en examen injuste et infondée, je veux remercier du fond du cœur tous ceux qui ont tenu à me témoigner de leur confiance. A tous, à ceux qui m’ont soutenu comme à ceux qui m’ont combattu, je veux affirmer qu’à aucun moment dans ma vie publique, je n’ai trahi les devoirs de ma charge.
Je vais consacrer toute mon énergie à démontrer ma probité.
La vérité finira par triompher. Je n’en doute pas.
Il va de soi que je ne réclame aucun traitement particulier si ce n’est celui de tout citoyen d’avoir le droit à une justice impartiale et sereine.
C’est parce que j’ai confiance dans l’Institution judiciaire que j’utiliserai les voies de droit qui sont ouvertes à tout citoyen.
"
NS
Le plus curieux de cette intervention "numérique" reste cette page facebook elle-même: une photo de l'ancien monarque siglée "la France forte", et au fond, un cliché du meeting de l'entre-deux tours place du Trocadéro à Paris.

Le plus censé était ce tacle indirect contre Henri Guaino, le plus outrancier de ses supporteurs: "C’est parce que j’ai confiance dans l’Institution judiciaire que j’utiliserai les voies de droit qui sont ouvertes à tout citoyen."  

Fermez les rangs.


Voir l'intervention d'Henri Guaino dans son intégralité:


Guaino : "Une décision indigne et irresponsable... par Europe1fr

25 mars 2013

Manip' pour tous: retour sur un sale weekend

Curieux weekend qui a vu un futur candidat et un ancien président tomber tour à tour dans les pièges de l'outrance.

Sarkozy, victime de Sarkozy
L'actualité du dimanche était encore judiciaire. La mise en examen de Nicolas Sarkozy n'en finit pas de secouer l'ancien clan sarkozyste. On joue les pleureuses, les victimes, les outrances.

La défense de l'ancien mentor est classique et tous ses sbires s'y donnent à coeur joie: le juge n'est pas impartial, c'est une manoeuvre politique.

1. A lire les différents comptes-rendus d'audition publiés par la presse (Le Monde, le Parisien), les accusations du juge Gentil sont sérieuses: Sarkozy aurait menti sur ses rencontres avec Mme Bettencourt. Car Nicolas Sarkozy s'est en fait retrouvé confronté à tout le personnel de maison de la famille Bettencourt de cette brillante époque. Le juge lui avait interdit de s'adresser aux témoins, de bien petites personnes comparées à notre ancien Très Grand Homme.

2. Dans les colonnes du JDD, l'avocat de Sarkozy a résumé la démarche du clan: "Si l'on rapproche ces faits de la tribune politique qu'a signée le juge Gentil contre Nicolas Sarkozy quatre jours avant la perquisition à son domicile, on peut se poser au minimum la question de l'impartialité de ce magistrat." Les avocats défendent leurs clients, sa démarche est normale. Mais les outrances de quelques autres (sur lesquelles nous reviendrons) sont plus troublantes en ce qu'elles remettent en cause la République elle-même.

Attaquer l'impartialité d'un juge est un vieux procès si courant en Sarkofrance.

Un autre sarkozyste, François Pérol, a vu son domicile perquisitionner. La justice enquête  sur une éventuelle prise illégale d'intérêt. L'information n'est sortie que ce weekend, une autre "Mediapartie". La perquisition aurait eu lieu il y a trois semaines.


Mélenchon contre Melenchon
L'actualité du weekend était aussi politique. Le Parti de Gauche tenait Congrès. Un long discours de Mélenchon dimanche matin termina les travaux. Mais samedi, sacrilège, l'homme et ses proches voulaient frapper les esprits de leurs anciens camarades socialistes. François Delapierre traita Pierre Moscovici de salopard.

En terme tactique, cela s'appelle provoquer le rapport de force. Il s'agit d'inciter l'autre - ici, le camp Hollande - à bouger sous la menace des hurlements ou, à défaut, convaincre l'électorat le plus hostile et le plus déçu de la force de notre détermination.

D'aucuns trouveront pourtant que la démesure de la démarche est inversement proportionnelle à la faiblesse politique du mouvement. Car c'est bien de cela dont il s'agit. Le gouvernement Hollande est sacrément impopulaire, mais les signes que le Front de Gauche, dont le PG est l'une des composantes essentielles, n'en profite pas vraiment. Pire, pour les prochaines municipales, le PG et le PC ne sont pas d'accord sur la conduite à tenir contre le PS.

Ces cogitations du microcosme cachent l'essentiel. Faut-il hurler à la guillotine et céder à l'injure pour convaincre d'un rassemblement nécessaire ?

Ses proches et supporteurs plaident que oui, au nom de la rage et de la douleur sociales. Nous plaidons que non, mille fois non; la démarche, encore une fois, nous paraît plus contre-productive qu'autre chose. Jean-Luc Mélenchon ne pourra élargir sa base en procédant de la sorte. Il ne s'agit que d'efficacité politique. 

Dimanche matin, le ministre Moscovici, salement attaqué dans cette séquence, eut des propos évidemment modérés: "Il faut faire attention à ce qu'on dit (...). M. Mélenchon, il est en train par détestation de la social-démocratie, par détestation du parti socialiste de franchir certaines bornes. Il y a des choses auxquelles on ne touche pas."

Et Mélenchon, interrogé quelques instants plus tard, joua aussi semble-t-il l'apaisement temporaire.

La manifestation de trop
Les opposants au mariage pour tous ont voulu défiler dimanche. Là aussi, la victimisation était encore de mise. Le rassemblement n'aurait pas attiré autant de monde que la fois précédente d'après la police. La loi a été votée en première lecture. Mais qu'importe. Mais surtout, ils sont rapidement allés se frotter aux CRS sur les Champs Elysées, zone interdite de rassemblement comme à chaque fois.

Ces gens voulaient-ils que la République laïque abdique devant quelques milliers de manifestants ? "Nous voulons faire barrage " expliqua Christian Jacob (UMP).

Dimanche, quelques-uns de ces récalcitrants tentèrent donc de forcer les barrages policiers - enfants devant, adultes derrière. La belle affaire ! Christine Boutin fut filmée évanouie. Il se trouva Laurent Wauquiez, ancien ministre si ignorant de la chose protestataire, pour accuser le gouvernement d'avoir tiré sur des enfants à coups de gaz lacrymogènes...
"il est inacceptable d'envoyer des gaz contre des enfants. Vous avez l'impression que c'est des casseurs, des gens violents? C'est le reflet de la violence avec laquelle le gouvernement a traité ce mouvement, la préfecture de police doit être sanctionnée."
Mon dieu... où étions-nous ?

Il y avait aussi cette législative partielle dans l'Oise. Le hiérarque Jean-François Mancel, notable local, l'emporte de justesse contre son rival de second tour... un candidat du Front national.

Coup de tonnerre ?



Ami  sarkozyste, reviens.


23 mars 2013

307ème semaine politique: Cahuzac laisse la place à Sarkozy



Nicolas Sarkozy est politiquement mort jeudi 22 mars 2013 un peu avant 22 heures trente. En ressortant du bureau du juge Gentil, après 8 heures d'audition tendue, muni d'une mise en examen pour abus de faiblesse à l'encontre de Liliane Bettencourt. Il s'est engouffré dans un jet privé pour quitter Bordeaux au plus vite.

Nous conserverons le souci de la présomption d'innocence le temps qu'il faudra. Mais il sera difficile ou impossible à l'ancien monarque de revenir séduire son électorat âgé avec ce soupçon d'avoir extorqué quelques fonds à une vieille dame milliardaire.

Assez rapidement, le journaliste Edwy Plenel s'est fendu d'un tweet victorieux - il a raison tant son site a contribué à la publication des différents volets de l'affaire - et commercial, un appel aux abonnements. Cette dernière démarche nous était vendue comme une sorte d'appel téléthonesque aux dons et aux soutiens du journalisme indépendant.

Il fut drôle et souvent inquiétant de lire, entendre et voir les anciens supporteurs de l'ancien Monarque venir à son soutien. Du "Je vous emmerde" glissé puis démenti par Patrick Balkany à l'outrance d'Henri Guaino qui exigeait du juge Gentil qu'il "s'exprime devant les Français", Christiane Taubira s'interpose. L'avalanche de cris et de pleurs fut aussi importante qu'influente. Pétitions, indignations, protestations. Les braillards étaient sortis, et ils braillaient d'autant plus fort qu'ils espéraient le retour politique de leur mentor.


Le récit de l'audition, qui dura 8 heures, fut éloquent. Sarkozy était en rage sourde, jusqu'à menacer le juge en fin de soirée. Pourtant, qui pouvait croire que Nicolas sarkozy serait in fine confronté à un procès ? Notre seul espoir était son relatif jeune âge.

Certains, surtout à gauche, avaient voulu comparer cette "Mediapartie" sarkofrançaise avec une autre dont l'un des épisodes se termina également cette semaine: l'affaire Cahuzac. Cet homme était encore ministre du Budget lundi dernier. Le lendemain, François Hollande le démissionna - reprenons cette faute de grammaire sur-utilisée toute la semaine. Dans la presse et ailleurs, il est condamné avant son procès et même sa mise en examen.

Le parquet de Paris venait d'ouvrir une instruction officielle pour blanchiment, accompagnée d'un communiqué de presse explicite contre le ministre, mais flou sur l'identité des témoins qui l'accusaient. Cahuzac ne pouvait que quitter le gouvernement, personne n'en contesta la conclusion. Personne, non plus, n'accusa le procureur, un ancien sarkozyste passé par le cabinet de Michèle Alliot-Marie, d'avoir su faire preuve d'indépendance. Tout le monde se réjouissait que deux juges réputés - Roger Le Loire et Renaud van Ruymbeke - furent nommés pour traiter l'affaire. Bref, tout allait presque dans le meilleur des mondes.  Ou presque. A droite, la retenue fut de mise. A gauche, les socialistes exprimèrent leur solidarité. Plus à gauche, Mélenchon moqua le remplaçant de Cahuzac, Bernard Cazeneuve. Sur les réseaux sociaux, il ne fallait pas s'interroger sur la mission politique que le site d'information s'était donnée. Mediapart était canonisé Il ne fallait pas critiquer les Webocrates. Vous risquiez la mise à mort.

Plus grave que les pérégrinations judiciaires de deux anciens espoirs de la vie politique, l'île de Chypre fit parler d'elle. Elle s'était vue proposer un prêt européen d'une dizaine de milliards d'euros pour renflouer ses banques sous réserves que ces dernières prélèvent 6 milliards d'euros de taxe. Lundi, l'eurogroup proposait d'en exonérer les dépôts inférieurs à 20 ou 30.000 euros. Le Parlement local refusa la mesure, la BCE boycotte. On accuse à juste titre l'Union européenne d'avoir laissé la situation se dégrader, d'avoir insuffisamment tenu les banques. Mais en France, cette séquence suscita une certaine stupéfaction: la droite comme la gauche de la gauche dénonçait la spoliation. A lire ces commentaires, on oubliait que l'île était un paradis fiscal, noyauté par des fonds russes douteux; on faisait semblant de ne pas voir que l'autocrate Poutine voulait mettre la main sur le gaz récemment découvert.

En France, Michel Sapin a déçu. Le ministre du Travail a opposé une fin de recevoir aux organisations de chômeurs venues le rencontrer en urgence. Les agences de Pôle Emploi ont reçu en un mois une cinquantaine de menaces d'immolations. D'immolations ! Mais le ministre n'avait rien à dire sauf à proposer une autre rencontre... en juillet.  Plus heureux, le plan logement - 20 mesures - est annoncé jeudi: subvention des travaux de rénovation énergétique, moratoire de deux ans sur l'instauration de nouvelles normes, lutte contre les recours abusifs contre les permis de construire, etc. On critique son insuffisance. Le gouvernement aurait promis des milliards qu'on aurait fustigé son irresponsabilité.

Au Mali, la guerre sera bientôt terminée, a promis Hollande. Un cinquième soldat français est mort, tout comme l'un des leaders des rebelles islamistes.

Sa compagne se montre au Grand Journal de CANAL+. Certains shows médiatiques ne s'arrêtent jamais. 





Ami sarkozyste, tu es donc encore là.

Ami gauchiste, reste encore un peu.


21 mars 2013

Pause

Esprit libre, commentaires libres.

Politique: quand Chypre tourne les têtes

On a tout entendu sur le cas chypriote. Tout et presque n'importe quoi. Des affirmations parfois surprenantes, des accusations improbables ou trop rapides, des scenarios-catastrophes à faire glacer le sang d'un technocrate bruxellois.

1. La situation chypriote n'a pas grand chose à voir avec celle de la Grèce, de l'Espagne ou... de la France. Chypre est un pays européen minuscule mais estimable qui se retrouve avec 7 fois plus de dépôts bancaires que son PIB annuel (17 milliards d'euros). Une belle fraction de ces avoirs est détenue par des Russes - particuliers ou entreprises. Autrement dit, l'île est un paradis fiscal, niché au coeur de l'Europe comme cet autre plus proche de nous, le Luxembourg. D'après quelques experts de la chose, c'est un centre de blanchiment d'argent sale et d'évasion fiscale. Bref, la pauvre Marion Maréchal-Le Pen (FN) raconte n'importe quoi quand elle déclare que ce qui s'y passe est « la bande annonce de ce qui va se passer en France ». La pauvre dame...

2. La dette chypriote est telle que la troïka européenne, ce groupe d'eurocrates chargés d'imposer des programmes d'austérité en contrepartie des sauvetages bancaires ou financiers aux pays nécessiteux de la zone euro, a demandé à l'île de ponctionner les dépôts bancaires - pour un peu moins de 6 milliards d'euros par an, si elle voulait recevoir un prêt de 10 milliards d'euros d'aide pour renflouer ses caisses.  La mesure prévoyait deux taux, 6,75% pour les avoirs de 20 à 100.000 euros, et 9,9% pour ceux au-dessus de 100.000 euros (*). Près de 40% de ces 6 milliards escomptés devaient être prélevés sur des avoirs russes.

Question: en France, combien de foyers disposent de plus de 100.000 euros sur leurs comptes en banque ?

3. La situation curieuse est qu'en juin dernier, les banques chypriotes avaient demandé de l'aide. On croyait qu'elles allaient bien jusqu'à ce que la troïka ne propose ce prélèvement. Depuis la fin de semaine dernière, c'est l'angoisse. Pour éviter une ruée des clients, les banques sont restées fermées. Et elles le resteront jusqu'au mardi 26 avril. Le temps qu'une solution soit trouvée pour sortir le pays de l'impasse. Les médias chypriotes ann D'autant plus que mardi, ce fut le psychodrame: le Parlement chypriote a brillamment refusé la mesure européenne. Dans la soirée, l'eurogroup a réitéré son offre, en exonérant toutefois de tout prélèvement les dépôts inférieurs à 100.000 euros, a déclaré dans un communiqué le président de l'Eurogroupe, Jeroen Dijsselbloem. Il était en revanche incompréhensible de constater que cette avancée - évidente - n'était nullement relevée en France ou ailleurs. Mercredi, le Parti de Gauche publiait encore un communiqué d'Alexis Tsipras qui fustigeait cette "extorsion". Pouvions nous espérer que le texte avait été écrit avant cet amendement européen ? Car enfin, quels sont les foyers modestes avec 100.000 euros à la banque ? Même à Chypre ? 

4. En France, quelques esprits chagrins avaient donc provisoirement égaré leur gauche. On a lu ou entendu quelques responsables, blogueurs ou journalistes classés à gauche s'indigner contre la mesure de la troïka. Ainsi Gaël de Santis, pour l'Humanité, s'indignait lundi matin: « L’Union européenne (UE) instaure un impôt sur le patrimoine… des Chypriotes modestes. Tous les comptes en banque des résidents à Chypre devraient être taxés. À 6,75 % pour les dépôts inférieurs à 100 000 euros. À 9,9 % au-delà. » La formule est biaisée. Certes, les taux ne sont pas suffisamment progressifs, mais les responsables de la zone euro avaient décidé de taxer tous les dépôts, petits ou grands. Et dans les banques chypriotes, les gros dépôts sont sacrément importants: on les estiment les seuls dépôts étrangers à 20 milliards sur 37...

Pour le Parti de Gauche, François Delapierre osait pourtant, lundi matin, une justification d'équilibriste: « Cette taxe est très peu progressive puisqu’elle ne connaît que deux niveaux, en dessous ou au-dessus de 100 000 euros, seuil qui laisse de côté les plus grosses fortunes. » En quoi les grandes fortunes sont laissées de côté ? Non, elles auraient été insuffisamment taxées. «Sans compter que les avoirs les plus importants sont placés en produits financiers apparemment épargnés.  » Ah bon ? Justement, les responsables de la zone euro avaient (généreusement) Nicosie se débrouiller avec les modalités. Et Delapierre d'ajouter: «  Mais parmi les 17 malfrats qui ont dévalisé les déposants chypriotes, il y avait aussi un Français, Pierre Moscovici. Dans un communiqué commun avec son acolyte allemand conservateur il saluait la victoire du président de droite dès février dernier et demandait un accord pour la fin mars. Ce braquage est aussi son œuvre. Plus de 5 milliards dérobés sans creuser un tunnel ni faire un trou dans un mur. Du grand art ! » Oublions la vulgate, restons sur le fond: n'était-ce pas sacrément révolutionnaire que de taxer l'argent qui dort dans les comptes en banques au-delà de 20 ou 100.000 euros dans un paradis fiscal ?

Question mathématique: comment générer 6 milliards de recettes sur des avoirs estimés à 37 milliards d'euros ? Avec un taux moyen de ... 12%  (**)

Mardi, 19 députés conservateurs s'abstiennent. 36 autres votent contre le plan européen. Et voici que la BCE dirigée par Mario Draghi annonce mercredi soir le blocus monétaire, et donc économique, d'un paradis fiscal de la zone euro...Ailleurs en Europe, les bourses tremblent.

 
5. L'alternative présentée, l'unique plan B détaillé au lendemain de ce vote ressemble à une privatisation des richesses gazières par l'autocrate Poutine. Le ministre des finances chypriote était à Moscou au lendemain du vote. Le pouvoir russe, bizarrement mécontent que ses propres exilés fiscaux à Chypre soit éventuellement pénalisés, a menacé la petite île. Laquelle envisage de céder ses futures ressources gazières à l'avenir... La Russie a déjà 2,5 milliards de prêts à se faire rembourser par l'île. Et la filiale bancaire de Gazprom a proposé
une aide financière en échange de licences de production de gaz naturel après la découverte de colossales ressources en hydrocarbures sous la mer au large des côtes méridionales de l'île. Mardi soir, après le vote du Parlement, le président conservateur chypriote reconnaissait qu'il ne pouvait assumer la taxe initialement prévue qui pouvait coûter « des milliards d'euros aux fortunes russes placées dans les banques de l'île










(*) L'exonération des dépôts en deça de 20.000 euros était un aménagement proposé lundi par le gouvernement chypriote. 

(**) les avoirs totaux, en incluant les entreprises, sont estimés à 90 milliards d'euros (cf. analyse de Jacques Sapir).

20 mars 2013

Cahuzac condamné avant son procès

Le ministre du Budget a démissionné de ses fonctions mardi 19 mars 2013. L'information est tombée vers 17h. Il est remplacé par Bernard Cazeneuve, ancien ministre chargé des Relations européennes.

Assez rapidement, on pouvait lire ceci sur le compte twitter de Jean-Luc Mélenchon, un propos assez méprisable:
Pouvions-nous, si tôt, tirer quelques premières leçons ?

Sans doute.

1. Jérôme Cahuzac a démissionné sans attendre d'être mis en examen. Il a été démissionné à l'Elysée, trois heures après sa mise en cause par un communiqué du Parquet. Sarkozy avait mis 6 mois pour démissionner son ministre Woerth accusé de faits plus étayés. Qui dit mieux ? Il suit aussi une jurisprudence inaugurée sous le gouvernement de Lionel Jospin entre 1997 et 2002: un ministre mis en cause par la justice démissionne sans attendre le résultat des courses ni même sa mise en examen. Une jurisprudence qui avait été oubliée pendant la décennie suivante: certains ministres furent condamnés par la justice (Brice Hortefeux), ou accusés de la même sorte (Eric Woerth) sans démissionner avant de longs mois (Woerth, Tron, Joyandet, Blanc), voire jamais (Hortefeux).

2. A ceux qui braillaient contre une justice aux ordres, ou d'un étouffement de l'affaire, le parquet a fait la preuve de son indépendance. Le procureur François Molins, ancien directeur de cabinet de l'ex-Garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie, a déclenché cette démission. Il a requis, mardi 19 mars, l’ouverture d’une information judiciaire contre X, notamment pour blanchiment de fraude fiscale dans l’affaire concernant l'ancien ministre du budget. Aussitôt le communiqué du Parquet publié, le ministre a été démissionné par l'Elysée.

3. La confusion entre le rôle politique de Cahuzac et sa mise en accusation privée était une autre évidence de cette affaire. Quelque part à gauche, on sabrait le champagne. Pourquoi ? Parce que l'affaire était jugée comme une victoire politique. La confusion des genres était totale. Fallait-il rapprocher la chose de l'affaire Woerth ? Pour ceux-là sans conteste. Car Hollande était un ennemi politique aussi important et détestable que Sarkozy. Il fallait, mardi 19 mars, s'avouer mutuellement la chose.

4. Bizarrement, l'élégance vint de la droite. « Je ne suis pas là pour jeter la pierre. Je n'en dirais pas davantage» déclarait Christian Jacob, le président du groupe UMP à l'Assemblée. On a même pleuré parfois doublement. Les hommages à l'ancien ministre étaient attendus. Ils firent florès. Il y eut quelques blogueurs de droite pour expliquer, comme le Figaro, que c'était inévitable (et oui), ou pour regretter que d'autres ministres restaient encore en place: « Quand je vois que Cahuzac n'est plus ministre, mais qu'on garde Montebourg, Duflot, et surtout les consternants Arif et Lurel, il y a de quoi être écœuré » écrit ainsi Falconhill. Il ne fallait pas être dupe. A droite, les casseroles sont si nombreuses qu'on comprenait la prudence de ses supporteurs.

5. Mediapart n'a pas la victoire modeste: « Au terme d'une enquête préliminaire ouverte le 8 janvier, le parquet valide l'ensemble des informations publiées par Mediapart.» L'affirmation est juridiquement fausse mais Mediapart a médiatiquement raison. La formulation est ambigüe. Mais ne gâchons pas le plaisir des Rouletabille de l'investigation 2.0.  Mediapart a révélé que le ministre avait un compte en Suisse. Le Parquet de Paris a validé non pas les autres révélations du site, mais ses soupçons. Il suffisait de lire le communiqué de presse du procureur.

6. Que disait le procureur ? Primo, « l'enregistrement remis aux enquêteurs par Monsieur Michel GONELLE n'a subi aucune altération ou modification ». En d'autres termes, pas de trucage.Est-ce Cahuzac ? Oui, répond le Parquet. Ce dernier se réfugie enfin derrière quelques témoins - sans préciser leur nombre - pour affirmer « qu'il lui avait été rapporté que les sommes versées sur ce supposé compte proviendraient de laboratoires pharmaceutiques.» Enfin, le même Parquet explique qu'il va enquêter jusqu'à Singapour. Il ne dit rien d'autre. Rien d'autre.

L'ancien ministre clame son innocence. Il n'est pas mis en examen. La justice à ce stade n'a rien tranché. Quelques blogueurs et Twittos impeccables jouent aux petits Robespierre.

Cela pourrait être inquiétant s'ils comptaient un peu. Il n'en est rien.

Mais la France, finalement, fait peur.


19 mars 2013

Les demandes des chômeurs que Michel Sapin n'a pas voulu entendre.

Vendredi 15 mars 2013, la réunion organisée au ministère du Travail avec des associations de chômeurs n'a rien donné de concret.

C'est un drame.  La rencontre était attendue, et le ministre en personne y était présent. Michel Sapin était-il sourd ? Non. Il a reporté les décisions à une ... prochaine réunion.

Une réunion pour rien...
La situation des chômeurs est précaire. Nul besoin de grandes analyses. L'ampleur du non-emploi est telle que la conséquence est évident. La France compte environ 5 millions de demandeurs d'emploi: 2,2 millions sont effectivement indemnisés par l'UNEDIC: 456.000 touchent l'allocation de solidarité spécifique créée au forceps et sous la pression sociale en 2011; 755.000 touchent le RSA. Et près de 1,4 millions ne touchent aucune indemnisation. La moitié de cette dernière catégorie travaille "trop" pour être indemnisé.

Au troisième trimestre 2012, plus de 80% des recrutements du secteur privé étaient ... des CDD d'après une étude du ministère du Travail publiée le jour même de l'entretien au ministère.

Pôle Emploi recense une cinquantaine de menaces de suicides depuis la mi-février. Le 13 de ce mois, un homme en fin de droits s'était immolé devant une agence nantaise.

Vendredi, une réunion. La seconde depuis ... juillet dernier. Une coordination semestrielle entre associations (AC ! – APEIS - MNCP) et le ministère. Michel Sapin était paraît-il « caché sous la table ». L'expression est curieuse. Elle n'explique tout. Il a publié un drôle de communiqué, et refusé toute mesure d'urgence. Il s'est abrité derrière des mesures réelles, déjà en place, mais insuffisantes par rapport à l'urgence (revalorisation du SMIC de 2%, renfort de 2 000 CDI pour Pôle emploi, décret sur la retraite à 60 ans, revalorisation du RSA, etc.) Sur le fond, c'est incompréhensible.  « Le chômage explose, le désarroi s'installe et des pauvres gens acculés se suicident, mais ça n'urge pas.» commente le site Actuchômage (*).

Michel Sapin a peu de marge de manoeuvre, mais cela n'excuse pas tout. Il a renvoyé à une prochaine réunion... en juillet.

Fichtre...

... et l'urgence
Les cas problématiques et urgents sont nombreux mais facilement identifiables. Les associations, membres du Comité National de Liaison de Pôle emploi, et soutenues par le SNU et SUD Pôle emploi ont quelques demandes urgentes:

1. Simplifier l'accès aux minima sociaux. Les procédures sont complexes, parfois faites pour décourager le bénéficiaire. En novembre dernier un rapport de l’Odenore (Observatoire des non-recours aux droits et services), révélait que près de 7 milliards d'euros d'assurance sociale ne sont pas versées à leurs bénéficiaires de droit chaque année. Pour l'essentiel, les sommes non versées concernent le RSA. Les associations réclament que l'inscription au minima sociaux soit automatique dès lors qu'un demandeur d'emploi se trouve exclu de l'indemnisation chômage.

Posons simplement la question: en quoi cette mesure est-elle compliquée à mettre en oeuvre ? Pourquoi la décision tarde-t-elle ? Par crainte de payer 5 ou 7 milliards d'euros d'aide supplémentaire imprévue mais due ?

2. Décider un moratoire sur le remboursement des indus: la "machine" s'enraye jusqu'à réclamer parfois avce des mois de retard et sans qu'il y ait une quelconque fraude quelque 300 millions d'euros par an d'allocations versées par erreur par Pôle emploi. Pire, ces indus ne sont pas pris en compte dans le calcul de nouveaux droits à indemnisation. Là encore, assouplir la procédure coûte encore moins cher ! Le Médiateur de Pôle Emploi en avait parlé dans son rapport... 2011.

Re-posons simplement la question: en quoi cette mesure est-elle compliquée à mettre en oeuvre ? 

3. Réformer les règles régissant les radiations administratives. Pour le coup, on peut comprendre que la chose demande du temps. Encore faudrait-il donner une perspective... Pôle Emploi est une grosse machine. Agir Ensemble Contre les Chômage réclame  la publication de la circulaire sur les radiations transcrivant les préconisations du médiateur national de Pôle emploi.

4. Augmenter les minima sociaux afin de les porter au-dessus du seuil de pauvreté. Là, la mesure coûte cher.

5. Rétablir la dispense de recherche d’emploi (DRE), supprimée par Nicolas Sarkozy. La part des seniors au chômage, et de surcroît de longue durée, explose. Merci qui ? Sujet parallèle, les associations veulent le rétablissement de l’Allocation Equivalent Retraite dans son intégralité.

Bien sûr, il y a d'autres demandes, telles la revalorisation du contact humain, la suppression de l’offre raisonnable d’emploi (créée par Nicolas Sarkozy) voire la « suppression de tous le motifs de radiations hors cas de fraude avérée»  (sic!). Mais cela, c'est encore une autre histoire.


A suivre.





(*) Par ailleurs, ce site d'informations a besoin d'un soutien financier pour poursuivre son activité.

18 mars 2013

Les bornes de Monsieur Valls sont-elles encore les nôtres ?

On a ici défendu le ministre de l'intérieur autant que nécessaire. Jeudi dernier, Manuel Valls a commis une interview au Parisien, puis au Figaro détenu par son voisin de l'Essonne Serge Dassault dans laquelle il tient des propos à l'encontre de la communauté Rom qui ont choqué.

On se demande encore à quoi servait la chose. 

1. Manuel Valls est parvenu à retirer deux sujets malencontreusement associés dans le périmètre de son ministère du débat politique gauche/droite, la gestion des flux migratoires et le maintien de l'ordre. Depuis l'aube des années 80, la gauche dans son ensemble est dépeinte en bisounours candide dès qu'il s'agit de traiter de l'immigration ou d'insécurité. L'association des deux était déjà un cadeau crypto-lepeniste dont ni la gauche ni la droite ne sont parvenues à se défaire.

Un paroxysme fut atteint en 2002 avec les conséquences politiques que l'on sait. Une décennie plus tard, la nouvelle majorité avait décidé de ne plus s'y laisser compter.

2. Force est de constater que le ministre a brillamment réussi cette triangulation-là: par son discours et par ses actes, Manuel Valls a déstabilisé jusqu'aux plus outranciers de l'autre bord qui n'attendaient que trop de pouvoir enfin déclamer que la gauche ne savait pas y faire. Deux exemples parmi d'autres: en 2012 - année mixte sarko-hollandaise - la France a expulsé plus de 36.000 immigrés clandestins, davantage que lors des années Sarkofrançaises. C'est pire que Claude Guéant, Brice Hortefeux ou Eric Besson, pour ne citer que les trois précédents ministres en charge de la chose. En septembre, le ministre a créé 15 zones de sécurité prioritaire, complétées par 49 autres en novembre. Un dispositif de coordination ciblé qui semble porter ses fruits. 

3. A gauche, Manuel Valls déclenche des poussées d'urticaires politiques depuis longtemps. Depuis mai, c'est la crise de foi. Dès les premières heures de l'alternance, Edwy Plenel, le patron du site Mediapart, instruisit le procès ès "gauchité" contre le ministre. Manuel Valls n'avait encore rien dit ni rien fait qu'Hollande était sommé de s'en débarrasser. Un procès avant les actes - nous étions dans un mauvais remake de Minority Report (*). Cette crise d'urticaire est symboliquement forte, politiquement marginale. Car oui, en France, Manuel Valls est un ministre populaire, très populaire.

4. Patron des services de police, Valls a fait un peu de ménage dans la hiérarchie sarkophile. Mais la purge n'a pas été complète. Et le découragement des forçats de l'ordre reste évident, réel, insupportable. On attendait qu'un ministre de gauche s'ouvre davantage aux préoccupations de la base. Un récent fait divers interne à la police illustre combien le ministère de l'intérieur n'a pas fondamentalement changé.

5. Mais Manuel Valls en hérisse plus d'un à gauche principalement à cause de ce qu'il dit et fait en matière d'immigration. On a immédiatement regretté que le droit d'asile soit toujours rattaché à l'Intérieur et non à la Justice. D'autres plus nombreux ne comprennent pas que le gouvernement Hollande poursuive la politique d'expulsions de sans-papiers menée précédemment. Pourtant, les promesses de campagne étaient claires. A une droite buissonisée qui hurlait combien il y avait trop d'immigrés en France, le candidat puis président Hollande répondait à juste titre que la première question était celle des critères de régularisation: on les respecte ou pas, point barre.

Les exemples d'expulsions familiales de sans-papiers sont moins nombreux - à en croire les alertes de RESF, par exemple - mais tout aussi détestables. L'assouplissement des conditions de naturalisation en octobre était un joli geste. Mais la clarification des conditions de régularisation et la suppression de la circulaire Guéant contre les étudiants étrangers furent jugés insuffisants.

6. La place de l'Islam en France est un autre sujet épineux qui ressurgit lors du triste anniversaire des attentats commis par Mohamed Merah en 2012. Sur ce sujet, Manuel Valls distingue clairement dans ses propos que d'aucuns aimeraient caricaturer le cas marginal de quelques djihadistes ou apprentis terroristes de l'Islam en général. Sur la laïcité, Valls défend une ligne plus claire et républicaine que nombre de chantres de la Droite sarkozyste qui sont plus tolérants avec la religion catholique qu'avec l'Islam.

7. Plus choquante, la séquence Rom de l'été dernier a été décisive. Que Valls annonce qu'il fallait détruire les campements illicites, et le voici caricaturer en Sarkozy par certains qui n'avaient visiblement plus en mémoire le fameux discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy auquel ils faisaient référence. A l'automne, Valls supprime l'aide au retour de 300 euros, créée par Sarkozy en 2007. Une évidente bonne mesure, mais peu soulignée.
 
En fin de semaine dernière, Valls accorde deux entretiens, l'un au Figaro, l'autre au Parisien. « Nous procéderons avec humanité, sans abandonner l’accompagnement social, l’objectif de scolarisation des enfants et, quand c’est possible, l’accès à un logement et au monde du travail.» déclare-t-il. Mais ce ne sont pas ces quelques mots qui attirent l'oeil et l'indignation.
« Aujourd'hui, nous estimons qu'environ 20.000 hommes, femmes et enfants, originaires de Roumanie et de Bulgarie pour la plupart, occupent en toute illégalité plus de 400 campements dans notre pays, dont les deux tiers sont en Ile-de-France. Implantés en bordure de quartiers populaires déjà percutés par la crise, ils sont à l'origine de problèmes de cohabitation qui prennent des formes parfois inquiétantes comme en témoignent les incendies constatés la semaine dernière à Aubervilliers et Sarcelles.»
Valls synthétise une situation. Une réalité qu'il faut décrire sauf quand on fait partie de la Gauche impeccable. Mais il est ministre. On ne dit pas des choses pareilles. On représente la République. Il n'y aurait que cela que nous dormirions tranquille, ou presque.

Trois bornes sont franchies, allègrement et malheureusement. Manuel Valls enfonce des poncifs inutiles et insalubres. Le collectif Rom-Europe s'indigne. Selon elle, ces propos sont «un concentré de mensonges et de messages jetant l'opprobre sur les Roms. (...) Des références à la délinquance, aux trafics, à la prétendue non-acceptation des Roms par les habitants des quartiers populaires touchés par la crise, comme si les Roms en étaient à l'origine...»

- Premier sujet de discorde, la multiplication des campements insalubres prouve, s'il était nécessaire, que les destructions estivales n'ont servi à rien. En 2012, d'après un rapport de l'Association européenne pour la défense des droits de l'homme (AEDH), quelque 12.000 Roms ont été expulsés de leur campement l'an passé. Du coup, Valls assène que des villages de substitution ont prouvé leur limite. Pire, il enterre toute solution alternative: « Cela ne peut concerner qu'une minorité car, hélas, les occupants de campements ne souhaitent pas s'intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu'ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution, observe le ministre. » Pour celles et ceux qui travaillent, notamment au sein de la mission de coordination interministérielle de l’action de l’État sur le sujet confiée par le Premier Ministre au Préfet Alain Régnier, ces propos sont décourageants. Valls ajoute même, au Parisien: « Plus que jamais, les démantèlements sont nécessaires et se poursuivront. Il en va du respect de la loi, et de la sécurité de leurs résidents. Je veux lutter contre les trafics et la délinquance qui se greffent sur ces lieux et exploitent la misère humaine. » Manuel Valls condamne toute perspective alternative au campement sauvage.

L'une des associations représentatives des Roms associée à cette démarche, Rencontres Tziganes, ne cache pas sa déception: « Rencontres Tsiganes tient à exprimer toute son indignation suite aux propos tenus par Monsieur le Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, dans une interview accordée au journal ’Le Parisien’ sur la situation des Roms dans son édition du 14 mars. »

- Ensuite, Valls explique que les Roms roumains ont vocation à ... rester en Roumanie. Quel curieux principe en Europe ! « Je le redis, je partage ce que m’a dit le Premier ministre roumain : « Les Roms ont vocation à rester en Roumanie, ou à y retourner. »  Quelques blogueurs et twittos s'indignent: « En France, on n’a pas le droit de désigner une minorité ethnique et de dire ou d’écrire qu’on va cibler sa politique contre cette minorité » relate Philippe Alain sur son blog hébergé par Mediapart.

- Enfin,  il cible les démantèlements de camps illicites sur la communauté Rom. « La situation, devenue intolérable, ne peut perdurer: il faut faire respecter la loi en démantelant le maximum de camps de Roms insalubres…» Osons une question: y-a-t-il d'autres campements sauvages en France que des campements de Roms ?

Osons une remarque: Manuel Valls a-t-il publié une circulaire ciblant les Roms ? Non, à notre connaissance. Mais la phrase suffit à provoquer à gauche des accusations de racisme. Des accusations aussi injustes et caricaturales que les propos du ministre.


A suivre.



Lire aussi:



(*) un film de science fiction réalisé par Steven Spielberg, avec Tom Cruise,
dans lequel le crime a été éradiqué depuis que la police sait lire dans la pensée et arrêter les criminels avant qu'ils ne passent à l'acte.