23 mars 2013

307ème semaine politique: Cahuzac laisse la place à Sarkozy



Nicolas Sarkozy est politiquement mort jeudi 22 mars 2013 un peu avant 22 heures trente. En ressortant du bureau du juge Gentil, après 8 heures d'audition tendue, muni d'une mise en examen pour abus de faiblesse à l'encontre de Liliane Bettencourt. Il s'est engouffré dans un jet privé pour quitter Bordeaux au plus vite.

Nous conserverons le souci de la présomption d'innocence le temps qu'il faudra. Mais il sera difficile ou impossible à l'ancien monarque de revenir séduire son électorat âgé avec ce soupçon d'avoir extorqué quelques fonds à une vieille dame milliardaire.

Assez rapidement, le journaliste Edwy Plenel s'est fendu d'un tweet victorieux - il a raison tant son site a contribué à la publication des différents volets de l'affaire - et commercial, un appel aux abonnements. Cette dernière démarche nous était vendue comme une sorte d'appel téléthonesque aux dons et aux soutiens du journalisme indépendant.

Il fut drôle et souvent inquiétant de lire, entendre et voir les anciens supporteurs de l'ancien Monarque venir à son soutien. Du "Je vous emmerde" glissé puis démenti par Patrick Balkany à l'outrance d'Henri Guaino qui exigeait du juge Gentil qu'il "s'exprime devant les Français", Christiane Taubira s'interpose. L'avalanche de cris et de pleurs fut aussi importante qu'influente. Pétitions, indignations, protestations. Les braillards étaient sortis, et ils braillaient d'autant plus fort qu'ils espéraient le retour politique de leur mentor.


Le récit de l'audition, qui dura 8 heures, fut éloquent. Sarkozy était en rage sourde, jusqu'à menacer le juge en fin de soirée. Pourtant, qui pouvait croire que Nicolas sarkozy serait in fine confronté à un procès ? Notre seul espoir était son relatif jeune âge.

Certains, surtout à gauche, avaient voulu comparer cette "Mediapartie" sarkofrançaise avec une autre dont l'un des épisodes se termina également cette semaine: l'affaire Cahuzac. Cet homme était encore ministre du Budget lundi dernier. Le lendemain, François Hollande le démissionna - reprenons cette faute de grammaire sur-utilisée toute la semaine. Dans la presse et ailleurs, il est condamné avant son procès et même sa mise en examen.

Le parquet de Paris venait d'ouvrir une instruction officielle pour blanchiment, accompagnée d'un communiqué de presse explicite contre le ministre, mais flou sur l'identité des témoins qui l'accusaient. Cahuzac ne pouvait que quitter le gouvernement, personne n'en contesta la conclusion. Personne, non plus, n'accusa le procureur, un ancien sarkozyste passé par le cabinet de Michèle Alliot-Marie, d'avoir su faire preuve d'indépendance. Tout le monde se réjouissait que deux juges réputés - Roger Le Loire et Renaud van Ruymbeke - furent nommés pour traiter l'affaire. Bref, tout allait presque dans le meilleur des mondes.  Ou presque. A droite, la retenue fut de mise. A gauche, les socialistes exprimèrent leur solidarité. Plus à gauche, Mélenchon moqua le remplaçant de Cahuzac, Bernard Cazeneuve. Sur les réseaux sociaux, il ne fallait pas s'interroger sur la mission politique que le site d'information s'était donnée. Mediapart était canonisé Il ne fallait pas critiquer les Webocrates. Vous risquiez la mise à mort.

Plus grave que les pérégrinations judiciaires de deux anciens espoirs de la vie politique, l'île de Chypre fit parler d'elle. Elle s'était vue proposer un prêt européen d'une dizaine de milliards d'euros pour renflouer ses banques sous réserves que ces dernières prélèvent 6 milliards d'euros de taxe. Lundi, l'eurogroup proposait d'en exonérer les dépôts inférieurs à 20 ou 30.000 euros. Le Parlement local refusa la mesure, la BCE boycotte. On accuse à juste titre l'Union européenne d'avoir laissé la situation se dégrader, d'avoir insuffisamment tenu les banques. Mais en France, cette séquence suscita une certaine stupéfaction: la droite comme la gauche de la gauche dénonçait la spoliation. A lire ces commentaires, on oubliait que l'île était un paradis fiscal, noyauté par des fonds russes douteux; on faisait semblant de ne pas voir que l'autocrate Poutine voulait mettre la main sur le gaz récemment découvert.

En France, Michel Sapin a déçu. Le ministre du Travail a opposé une fin de recevoir aux organisations de chômeurs venues le rencontrer en urgence. Les agences de Pôle Emploi ont reçu en un mois une cinquantaine de menaces d'immolations. D'immolations ! Mais le ministre n'avait rien à dire sauf à proposer une autre rencontre... en juillet.  Plus heureux, le plan logement - 20 mesures - est annoncé jeudi: subvention des travaux de rénovation énergétique, moratoire de deux ans sur l'instauration de nouvelles normes, lutte contre les recours abusifs contre les permis de construire, etc. On critique son insuffisance. Le gouvernement aurait promis des milliards qu'on aurait fustigé son irresponsabilité.

Au Mali, la guerre sera bientôt terminée, a promis Hollande. Un cinquième soldat français est mort, tout comme l'un des leaders des rebelles islamistes.

Sa compagne se montre au Grand Journal de CANAL+. Certains shows médiatiques ne s'arrêtent jamais. 





Ami sarkozyste, tu es donc encore là.

Ami gauchiste, reste encore un peu.


17 commentaires:

  1. Bon c'est bien tout ça, mais quuand est-ce que Sarkozy est "démissionné" du Conseil Constitutionnel ?

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  2. Ha les décisions impulsives :))

    Contente de te voir reprendre du service même si ça implique que tu publies sur ragemag. Je pense que tu as compris ce que j'en pense... Mais j'ai la faiblesse de croire que je prends soin de condamner une ligne éditoriale pour le moins ambigue et pas les individus qui y participent.

    Bonne continuation et au plaisir de te lire, ici. :)

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    1. merci. Oui, j'ai compris. Avec le temps, Ragemag séduira ou j'en partirai.

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  3. Avec le Tzarkk pas de vacances possibles !

    Qu'est ce que j'ai ri lorsque j'ai appris sa mise en examen !
    Et ses menaces pitoyables maintenant .....

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  4. Sommes nombreux à partager ce que tu illustres modestement avec la photo, sachant l'énergie consacrée à informer via tes chroniques durant le précédant quinquennat.. :D

    Quelques commentaires néanmoins.

    "Mais en France, cette séquence suscita une certaine stupéfaction: la droite comme la gauche de la gauche dénonçait la spoliation."
    Pas si stupéfiant que ça, car cela s'explique par un attachement à l'état de droit, le même qui est invoqué parlant de présomption d'innocence et défendu âprement... dans une affaire concernant fraude et évasion fiscale.

    Évoquer Poutine par contre, fût-ce sur le mode repoussoir, est si intéressant que cela mériterait d'être développé... comme pour tout ce qui concerne les questions géostratégiques en France. Mais bon, que ce soit à la place des multinationales qui s'accaparent des ressources chypriotes, n'est pas le sujet du billet.


    Sinon, sur Mediapart le "téléthonesque" n'est-il pas quelque peu.. déplacé ?

    D'abord parce que Mediapart ne touche plus aucune subvention du contribuable... contrairement à la très grande majorité de la presse. Donc il ne s'agit pas ici d'une source de financement supplémentaire, mais la seule, propre au modèle économique du média.

    Et ensuite parce que les pure-players bataillent encore pour ne pas être lésés avec un taux de TVA anticoncurrentiel face à une presse papier... elle sur le déclin et ne remplissant plus, du moins d'après les sondages, son rôle démocratique.

    Mais qui pourtant se lance dans des campagnes largement plus agressives, visant à s'ouvrir de nouveaux droits, fussent-ils contre l'intérêt des citoyens !

    De plus la publicité n'est-elle pas désormais au coeur de ce nouveau "socialisme de l'offre" ? Et dans ce cas pourquoi subitement faire un tri, et sur quels critères ?

    Bref, n'ai pas lu tout ce qui figure au tag "médias" ici, mais plus d'accord avec la cohérence et la constance que réclame même Peillon sur le sujet... que sur la tonalité d'une chronique ridiculement à charge de BRP.

    Plus de politique et moins de shows médiatiques laissant place à la communication... bien d'accord.

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    1. merci d'un commentaire si complet. Oui, je force le trait sur Mediapart. C'est la démarche de Plenel qui m'a agacé sur ce coup. Bizarrement, j'imagine les réactions de dégouts de certains si Christophe Barbier avait lancé une souscription après un coup journalistique...

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  5. Hosannah ! Le revoilà !

    Bon. Il est un peu tôt pour déclarer le décès politique de Sarkozy, non ? Il est peut-être assommé, ou même comateux suite à sa mise en examen, mais seule la suite de l'affaire sera éventuellement un enterrement.

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  6. combien poutine a-t-il planqué à Chypre ?
    that is the question

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  7. Cet hyper-narcissique mégalomane, (sans foi ni loi mis à part la sienne) s'il était blanchi dans cette affaire, reviendrait sur la scène politique la bave aux lèvres ivre de haine et de revanche. Et là, même Copé et Fillon réunis ne ferait pas le poids face à la bête blessée.

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  8. Mon pauvre Juan, tu étais meilleur avant. Depuis la victoire de François Hollande, tu ne vaux plus rien. On dirait Guy Bedos, qui depuis longtemps n'a plus rien d'un humoriste.

    Tu n'as pas compris qu'à part une poignée d'irréductibles plus personne en France ne veut entendre parler ni ne voudra jamais entendre parler de Sarkozy ( et c'est très bien ) ? On dirait que, comme François Hollande, tu as perdu ton fonds de commerce !

    Que dirais-tu si, SOUS QUELQUE PRETEXTE QUE CE SOIT on te prélevait d'office 10% sur ton compte en banque ? Tu ne considérerais pas ça comme une violation de ton droit de propriété ?

    Essaie de te reprendre, STP. J'aimais bien te lire, avant.

    Sancelrien

    P.S : je suppose que cette petite critique va être modérée ?

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  9. Fait un moment que Barbier et L'Express pataugent dans le caniveau.. Être dégoûté uniquement s'il lançait une souscription, bien que gavé d'argent public, c'est un peu tard déjà :)

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  10. @anonyme: tu aurais au moins pu prendre un pseudo. Sur le fond de ta remarque, c'est drôle et croustillant de fustiger ainsi un prélève de 10% des comptes en banques supérieurs à 100.000 euros tout en jouant les gauchistes de posture. Bonne nuit.

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