30 mars 2013

308ème semaine politique: la drôle d'impopularité d'Hollande

François Hollande a parlé. Sans changer les positions des uns et des autres. Pourquoi fallait-il espérer autre chose ?

Hollande a parlé. Il y avait suffisamment d'annonces pour occuper les éditocrates du soir lors de ces interminables joutes verbeuses censées décortiquer la forme plus que le fond: la TVA restera à 5,5% pour les constructions de logements sociaux (nécessaire); la participation pourra être partiellement débloquée (classique); les petites retraites seront épargnées d'une réforme qui allongera encore la durée de cotisations (oups!); les allocations familiales seront conditionnées aux revenus (enfin!). Mais surtout, le choc de simplification (drôle) et la fameuse taxe à 75% sur les revenus supérieurs au million d'euros, retoquée par le Conseil constitutionnel, est transférée aux entreprises, une sorte de prélèvement à la source pour les Riches.

Au final, le président promet une pause fiscale, une retenue sur les coupes budgétaires. Et donc la conclusion s'impose: la réduction des déficits sera moins rude que prévue. On devrait se réjouir. Hollande est-il en train de faire un bras d'honneur au couple Barroso/Merkel ?

A droite, on a joué au jeu convenu de l'opposition. Car - croyez-le bien - les ténors de l'ancien clan sarkozyste espéraient que Hollande change de politique jusqu'à adouber leurs fantasmes. Il fallait écouter Laurent Wauquiez couiner quand Hollande promis de conditionner les allocations familiales aux revenus afin d'éviter qu'un cadre à 200K par an touche la même obole qu'un RSAiste. Il fallait entendre François Fillon oser prétendre que François Hollande avait aggraver 5 ans de crise en 10 mois de gouvernance. Le président avait-il aggravé les déficits et découragé l'embauche comme Sarkozy ? Non. Il fallait supporter Jean-Louis Borloo, l'homme de tous les renoncements personnels ou politiques oser réclamer le rétablissement des niches fiscales du personnel de maison.

Il fallait supporter ça et autre chose.

Plus à gauche, la saillie était plus énorme car parfois plus crédible, parfois moins audible. Le weekend précédent l'intervention, quelques esprits s'échauffent. Le Parti de Gauche tient son Congrès, quelques belles idées et puis deux dérapages, trop gros pour être simplement "cru et dru". Le premier émane des médias, un raccourci de l'AFP qui laisse entendre que Jean-Luc Mélenchon aurait eu des propos désobligeants voire franchement antisémite contre Pierre Moscovici. C'était faux, nul et crétin. Le second dérapage est réel et assumé. François Delapierre traite le même ministre de salopard. Durcir les positions, surtout dans le verbe, peut être une bonne tactique. Libération joue les bobos soclib indignés deux jours plus tard. Delapierre puis Mélenchon ne comprennent pas qu'ils ne convaincront aucun Hollandiste sincère à coups d'invectives. Jeudi, l'intervention de Hollande énerve à gauche quelques anciens soutiens: Hollande se serait-il transformé en Schroeder ? Non, mais ça motive de le croire. Et Hollande n'est pas Che Guevara.

Cette prestation est largement suivie, 8 millions de personnes. Son accueil est à l'image du pays: ambigüe, contradictoire, paumée.

Hollande est certes impopulaire, mais cette impopularité est protéiforme. Il ne clive pas le pays autour de sa personne. La droite déteste l'homme plus que sa politique. La gauche déteste sa politique moins que l'homme.

Hollande est certes impopulaire, mais cette impopularité ne cristallise rien. Le pays est enragé mais résigné. Enragé quand on voit la violence verbale qui surgit dès que le clivage peut être net et clair. L'affaire du mariage pour tous est une belle illustration. Cette loi n'est qu'un droit supplémentaire à une catégorie de nos concitoyens qui réclament un mariage que d'autres bafouent allègrement dans l'adultère. Mais la position à son égard est si binaire qu'elle permet des mobilisations-défouloirs hors normes, et l'excitation des réacs de tous poils.

A l'inverse, sur la quasi-totalité des sujets économiques et sociaux du moment, les positions sont plus troublées, les plus binaires ne rassemblent que leurs fidèles. Les réponses - quand elles existent - ne parviennent pas à convaincre. Les alternatives que l'on nous sur-vend ne sont souvent que des incantations.

La France est éparpillée, paumée, hagarde.

On fustige les paradis fiscaux et les banksters. Mais quand il faut faire le ménage à Chypre, ancien havre de paix de l'argent sale et des chambres de compensation, certains - les mêmes - s'émeuvent du coût social et critiquent l'Europe. Mardi, les "17 Salopards" ont heureusement épargné les dépôts modestes (inférieurs à 100 000 euros) d'une taxation exceptionnelle pour renflouer les banques locales. Et la seconde banque du pays sera démembrée et fermée. On casse toujours des oeufs pour faire une omelettes, grosse révélation...

On croit que l'explosion sociale menace; quelques leaders éructent leur rage contre l'accord MEDEF/CFDT-CFTC, mais les dernières élections professionnelles confortent la place en tête des syndicats réformistes dans le secteur privé. Même la CFTC que l'on croyait condamnée à disparaître s'en sorte avec 9% de suffrages. Et cette représentativité syndicale repose toujours sur un nombre ridicule de votants. Satisfaction de la semaine, Laurence Parisot est virée du MEDEF.

On s'indigne de la politique migratoire conduite par Manuel Valls, insuffisamment humanitaire et généreuse. Mais le sujet n'émerge pas. Même la droite buissonnienne(*) ne parvient plus à mobiliser ses troupes sur le sujet. A son corps défendant, Sarkozy coalisait contre lui avec une facilité contreproductive qui permettait la mobilisation sur des causes nécessaires. Aujourd'hui, l'expulsion indigne de quelques malades étrangers ne mobilise plus grand monde.

On couine contre l'austérité qui n'a pas lieu. On couine aussi contre "le dérapage des comptes publics", quand l'INSEE annonce que le déficit budgétaire l'an dernier était de 4,8% du PIB et non 4,5% comme promis.

Les Invisibles ne s'expriment pas. Ils ne votent même plus, comme dans l'Oise, où le FN fait quasiment jeu égal avec l'UMP sous couvert d'une abstention record dans une législative partielle terminée dimanche.

Résignation ?








Crédit illustration: Do-Zone Parody

19 commentaires:

  1. Hollande 0 - France 2
    http://www.lejournaldepersonne.com/2013/03/hollande-0-france-2/ ‎
    Choc des simplifications : Hollande a été 0 sur France 2

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  2. La question est "quelle serait une politique de migrations acceptable pour l'extrême-gauche"?

    même le Venezuela en a une et plus rude que celle de Valls.

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  3. L'INSEE peut-elle donner le déficit budgétaire à fin juin 2012 ? Ce serait un chiffre intéressant pour voir l'effet des politiques avant et après l'élection de Hollande.

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  4. Les syndicats réformistes ne sont en tête qu'en additionnant leurs résultas ensemble... mais pas séparément. Disons les choses correctement, s'il vous plaît

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  5. Le cas de Chypre, aujourd'hui, est particulièrement éloquent.

    Les "petits épargnants" (moins de 100 000 € de dépôts) ne payaient aucun impôt sur le revenu (qui n'existe pas à Chypre pour les particuliers), leur comptes bancaires leur rapportaient du 5 %, ils profitaient donc à fond de la spéculation bancaire ayant débouché sur la crise; et aujourd'hui, lorsqu'il a été question non pas de leur retirer une part de leur épargne, mais de lui imposer une taxe de 6,7%, ils ont crié à la "spoliation"...

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  6. La financière de l'échiquier avec son fond "Agressor" promet un rapport de 13% par an dans sa pub à la télé.
    Créé fin 1991 (il s'agit du premier fonds de la société), Agressor est géré par le président fondateur Didier Le Menestrel (Rien que le nom fait marrer). Son objectif est de gagner 10% par an, tous les ans, en n'en faisant qu'à sa tête ! Rappelons que Madoff c'était 15%, une autre classe quand même...
    Il y a de l'avenir pour les charlots.

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  7. "Cette loi n'est qu'un droit supplémentaire à une catégorie de nos concitoyens qui réclament un mariage que d'autres bafouent allègrement dans l'adultère. Mais la position à son égard est si binaire qu'elle permet des mobilisations-défouloirs hors normes, et l'excitation des réacs de tous poils."

    ==> "qu'un droit supplémentaire" dites-vous ? Mais nul ne saurait se voir octroyé un nouveau les droits au motif qu'il les demande ! Il n'y a pas d'automaticité. Quand bien même disposez-vous d'une réelle expertise en matière de maitrise de la procédure démocratique. En démocratie ça se discute dans le cadre d'un débat contradictoire appelée délibération à laquelle tout ou partie de la population peut exiger de participer si elle le juge nécessaire dans l'intérêt général !

    Et là le débat contradictoire fait apparaitre que le mariage n'est pas forcément une réponse adaptée aux yeux de la société à la situation des couples de personnes de même sexe. A tout le moins, ça ne coule absolument pas de source. Ainsi ne se trouve-t-il que 37% (39% en février) de la population à soutenir le projet Taubira de mariage ! [ sondage Ifop ==> ==> http://www.atlantico.fr/decryptage/mariage-homosexuel-et-sondages-contradictoires-qu-en-pensent-vraiment-francais-jerome-fourquet-thibaud-collin-eric-deschavanne-678539.html ]

    Ensuite vous parlez "d'opposition si binaire" ! Il me semble que là aussi vous vous livrez à une mésinterpétation de la situation. Pour des raisons qui vous appartiennent vous en donnez une lecture réductrice. Comme si, consciemment ou inconsciemment, vous vouliez évacuer un débat dont vous sentez qu'il est loin de faire l'unanimité contrairement à ce que nombre de ses partisans semblaient imaginer.

    Alors pour vous rassurez, vous persistez dans le déni en continuant, contre toute évidence, à présenter la situation sur un mode binaire tout en imputant cette approche binaire aux différents protagonistes ! Laissant ainsi entendre, contre toute évidence, que vous en auriez une lecture plus élaborées et donc plus pertinente; Alors qu'il apparaît que c'est précisément tout le contraire, ainsi que votre propos introductif le laisse paraître ... "Cette loi n'est qu'un droit supplémentaire" !

    Enfin je renvoie à cette rubrique de Patrick Jarreau, ancien responsable politique au journal Le Monde, publiée hier sur rue89 ==> ==> http://blogs.rue89.com/blog-politique/2013/03/29/la-manif-pour-tous-ne-ressemble-rien-et-ne-va-nulle-part-230000

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  8. Bravo à Elie Arié qui ose contredire ce que certains appellent à gauche une trahison de l'Europe vis-à-vis des chypriotes !

    Combien de prolétaires en France seraient contents d'avoir ne serait-ce que 20 000 € placés sur un compte en banque et qui leur rapporteraient 5% l'an ? Qui sont les vrais "salopards", tout compte fait ?

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  9. Résignation par l'abstention. Ce qui fait le bonheur de ceux qui arpentent le terrain quotidiennement. Mais François Hollande n'est pas impopulaire c'est la politique du gouvernement qui déçoit la majorité de l'électorat qui n'est pas raciste pas plus qu'antisémite. C'est un coup de semonce pour que le gouvernement se ressaisisse avant 2014 qui pourrait être une bérézina si la campagne ne reprend pas comme pendant la présidentielle et même la primaire socialiste...

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  10. @romain Valls a fait 5.6% à la primaire socialiste avec ses idées qui met aujourd'hui en pratique. Il serait bien qu'il se conforme au programme FH qui avait gagné la primaire et même la présidentielle en s'opposant à ces méthodes qui sont une honte internationale pour la France.

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  11. qu'il met et non pas qui met (le bouton corriger serait pratique :) )

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  12. @ Élie Arié

    Évidemment qu'ils ont crié à la spoliation. C'est toujours ce qui arrive quand on vous prend quelque chose. Quand on parle de rétablir les anciens taux d'imposition pour les tranches de revenus les plus élevées, qu'est-ce qu'on entend d'autre, sinon des hurlements à la spoliation (parfois prononcé "impôt confiscatoire").

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  13. @ François

    C'est vrai ! De véritables salopards, ces gens qui ont assez d'argent sur leur compte courant pour que ça leur rapporte 83 euros par mois. Un véritable pactole pour lequel ils saignent les banques et l'économie de leur pays à blanc.

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  14. @ Zap POw

    Je crois qu'"impôt confiscatoire" a une signification bien précise, aux yeux du Conseil Constitutionnel: c'est un impôt qu'il est impossible de payer avec ses seuls revenus, et qui oblige à vendre une part de son patrimoine pour pouvoir le payer, ce qui porte atteinte au droit de propriété garanti par la Constitution.

    Si des impôts inférieurs à 100 % peuvent dépasser 100% des revenus et être jugés confiscatoires, ce n'est qu'en les additionnant aux autres impôts que certains assujettis doivent payer en même temps , notamment l' ISF:impôt sur le patrimoine qui, lui, ne rapporte rien( à distinguer de l'impôt sur les revenus du patrimoine), et qui peut donc faire basculer l'imposition totale au-dessus de 100% des revenus.

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  15. @ Zap POw

    Allez ironiser sur les pauvres gains des chypriotes auprès de ceux qui placent leur épargne à 2,25% et qui vont contribuer au renflouement de la dette de ce petit pays de l'UE...

    Et revenez ensuite nous raconter leur réaction.

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  16. Bien, je partage tes analyses...

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  17. @Desmotscratie

    Notre cher Juan n'a pas remarqué qu'une ignoble personne pétainiste, fasciste, ultra-nationaliste, anti-sémite, xénophobe, anti-féministe et homophobe notoire a participé à la première manifestation. Son nom ? Simone Weil.

    Mais bien entendu elle n'était là que parce que Nicolas Sarkozy l'avait payée pour y être.

    Sancelrien

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  18. Un passage discret certes ... mais tout un symbole !

    ==>
    http://tempsreel.nouvelobs.com/mariage-gay-lesbienne/20130114.OBS5322/simone-veil-a-manifeste-contre-le-mariage-homo.html

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  19. Tout à fait d'accord avec cette chronique. Les français en ce moment râlent pour tout et n'importe quoi. Que d'incohérences! Les politiques de droite comme de gauche sont encore pires que le français moyen. Que certains osent parler d'austérité, quand on voit ce qui se passe en Espagne ou en Italie, j'ai vraiment honte pour eux.

    Quant à Simone Veil, pour qui j'ai une certaine estime, sa présence à la manif contre le mariage gay montre que pour certains la vieillesse ne rime pas toujours forcément avec la sagesse.

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