18 mars 2013

Les bornes de Monsieur Valls sont-elles encore les nôtres ?

On a ici défendu le ministre de l'intérieur autant que nécessaire. Jeudi dernier, Manuel Valls a commis une interview au Parisien, puis au Figaro détenu par son voisin de l'Essonne Serge Dassault dans laquelle il tient des propos à l'encontre de la communauté Rom qui ont choqué.

On se demande encore à quoi servait la chose. 

1. Manuel Valls est parvenu à retirer deux sujets malencontreusement associés dans le périmètre de son ministère du débat politique gauche/droite, la gestion des flux migratoires et le maintien de l'ordre. Depuis l'aube des années 80, la gauche dans son ensemble est dépeinte en bisounours candide dès qu'il s'agit de traiter de l'immigration ou d'insécurité. L'association des deux était déjà un cadeau crypto-lepeniste dont ni la gauche ni la droite ne sont parvenues à se défaire.

Un paroxysme fut atteint en 2002 avec les conséquences politiques que l'on sait. Une décennie plus tard, la nouvelle majorité avait décidé de ne plus s'y laisser compter.

2. Force est de constater que le ministre a brillamment réussi cette triangulation-là: par son discours et par ses actes, Manuel Valls a déstabilisé jusqu'aux plus outranciers de l'autre bord qui n'attendaient que trop de pouvoir enfin déclamer que la gauche ne savait pas y faire. Deux exemples parmi d'autres: en 2012 - année mixte sarko-hollandaise - la France a expulsé plus de 36.000 immigrés clandestins, davantage que lors des années Sarkofrançaises. C'est pire que Claude Guéant, Brice Hortefeux ou Eric Besson, pour ne citer que les trois précédents ministres en charge de la chose. En septembre, le ministre a créé 15 zones de sécurité prioritaire, complétées par 49 autres en novembre. Un dispositif de coordination ciblé qui semble porter ses fruits. 

3. A gauche, Manuel Valls déclenche des poussées d'urticaires politiques depuis longtemps. Depuis mai, c'est la crise de foi. Dès les premières heures de l'alternance, Edwy Plenel, le patron du site Mediapart, instruisit le procès ès "gauchité" contre le ministre. Manuel Valls n'avait encore rien dit ni rien fait qu'Hollande était sommé de s'en débarrasser. Un procès avant les actes - nous étions dans un mauvais remake de Minority Report (*). Cette crise d'urticaire est symboliquement forte, politiquement marginale. Car oui, en France, Manuel Valls est un ministre populaire, très populaire.

4. Patron des services de police, Valls a fait un peu de ménage dans la hiérarchie sarkophile. Mais la purge n'a pas été complète. Et le découragement des forçats de l'ordre reste évident, réel, insupportable. On attendait qu'un ministre de gauche s'ouvre davantage aux préoccupations de la base. Un récent fait divers interne à la police illustre combien le ministère de l'intérieur n'a pas fondamentalement changé.

5. Mais Manuel Valls en hérisse plus d'un à gauche principalement à cause de ce qu'il dit et fait en matière d'immigration. On a immédiatement regretté que le droit d'asile soit toujours rattaché à l'Intérieur et non à la Justice. D'autres plus nombreux ne comprennent pas que le gouvernement Hollande poursuive la politique d'expulsions de sans-papiers menée précédemment. Pourtant, les promesses de campagne étaient claires. A une droite buissonisée qui hurlait combien il y avait trop d'immigrés en France, le candidat puis président Hollande répondait à juste titre que la première question était celle des critères de régularisation: on les respecte ou pas, point barre.

Les exemples d'expulsions familiales de sans-papiers sont moins nombreux - à en croire les alertes de RESF, par exemple - mais tout aussi détestables. L'assouplissement des conditions de naturalisation en octobre était un joli geste. Mais la clarification des conditions de régularisation et la suppression de la circulaire Guéant contre les étudiants étrangers furent jugés insuffisants.

6. La place de l'Islam en France est un autre sujet épineux qui ressurgit lors du triste anniversaire des attentats commis par Mohamed Merah en 2012. Sur ce sujet, Manuel Valls distingue clairement dans ses propos que d'aucuns aimeraient caricaturer le cas marginal de quelques djihadistes ou apprentis terroristes de l'Islam en général. Sur la laïcité, Valls défend une ligne plus claire et républicaine que nombre de chantres de la Droite sarkozyste qui sont plus tolérants avec la religion catholique qu'avec l'Islam.

7. Plus choquante, la séquence Rom de l'été dernier a été décisive. Que Valls annonce qu'il fallait détruire les campements illicites, et le voici caricaturer en Sarkozy par certains qui n'avaient visiblement plus en mémoire le fameux discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy auquel ils faisaient référence. A l'automne, Valls supprime l'aide au retour de 300 euros, créée par Sarkozy en 2007. Une évidente bonne mesure, mais peu soulignée.
 
En fin de semaine dernière, Valls accorde deux entretiens, l'un au Figaro, l'autre au Parisien. « Nous procéderons avec humanité, sans abandonner l’accompagnement social, l’objectif de scolarisation des enfants et, quand c’est possible, l’accès à un logement et au monde du travail.» déclare-t-il. Mais ce ne sont pas ces quelques mots qui attirent l'oeil et l'indignation.
« Aujourd'hui, nous estimons qu'environ 20.000 hommes, femmes et enfants, originaires de Roumanie et de Bulgarie pour la plupart, occupent en toute illégalité plus de 400 campements dans notre pays, dont les deux tiers sont en Ile-de-France. Implantés en bordure de quartiers populaires déjà percutés par la crise, ils sont à l'origine de problèmes de cohabitation qui prennent des formes parfois inquiétantes comme en témoignent les incendies constatés la semaine dernière à Aubervilliers et Sarcelles.»
Valls synthétise une situation. Une réalité qu'il faut décrire sauf quand on fait partie de la Gauche impeccable. Mais il est ministre. On ne dit pas des choses pareilles. On représente la République. Il n'y aurait que cela que nous dormirions tranquille, ou presque.

Trois bornes sont franchies, allègrement et malheureusement. Manuel Valls enfonce des poncifs inutiles et insalubres. Le collectif Rom-Europe s'indigne. Selon elle, ces propos sont «un concentré de mensonges et de messages jetant l'opprobre sur les Roms. (...) Des références à la délinquance, aux trafics, à la prétendue non-acceptation des Roms par les habitants des quartiers populaires touchés par la crise, comme si les Roms en étaient à l'origine...»

- Premier sujet de discorde, la multiplication des campements insalubres prouve, s'il était nécessaire, que les destructions estivales n'ont servi à rien. En 2012, d'après un rapport de l'Association européenne pour la défense des droits de l'homme (AEDH), quelque 12.000 Roms ont été expulsés de leur campement l'an passé. Du coup, Valls assène que des villages de substitution ont prouvé leur limite. Pire, il enterre toute solution alternative: « Cela ne peut concerner qu'une minorité car, hélas, les occupants de campements ne souhaitent pas s'intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu'ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution, observe le ministre. » Pour celles et ceux qui travaillent, notamment au sein de la mission de coordination interministérielle de l’action de l’État sur le sujet confiée par le Premier Ministre au Préfet Alain Régnier, ces propos sont décourageants. Valls ajoute même, au Parisien: « Plus que jamais, les démantèlements sont nécessaires et se poursuivront. Il en va du respect de la loi, et de la sécurité de leurs résidents. Je veux lutter contre les trafics et la délinquance qui se greffent sur ces lieux et exploitent la misère humaine. » Manuel Valls condamne toute perspective alternative au campement sauvage.

L'une des associations représentatives des Roms associée à cette démarche, Rencontres Tziganes, ne cache pas sa déception: « Rencontres Tsiganes tient à exprimer toute son indignation suite aux propos tenus par Monsieur le Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, dans une interview accordée au journal ’Le Parisien’ sur la situation des Roms dans son édition du 14 mars. »

- Ensuite, Valls explique que les Roms roumains ont vocation à ... rester en Roumanie. Quel curieux principe en Europe ! « Je le redis, je partage ce que m’a dit le Premier ministre roumain : « Les Roms ont vocation à rester en Roumanie, ou à y retourner. »  Quelques blogueurs et twittos s'indignent: « En France, on n’a pas le droit de désigner une minorité ethnique et de dire ou d’écrire qu’on va cibler sa politique contre cette minorité » relate Philippe Alain sur son blog hébergé par Mediapart.

- Enfin,  il cible les démantèlements de camps illicites sur la communauté Rom. « La situation, devenue intolérable, ne peut perdurer: il faut faire respecter la loi en démantelant le maximum de camps de Roms insalubres…» Osons une question: y-a-t-il d'autres campements sauvages en France que des campements de Roms ?

Osons une remarque: Manuel Valls a-t-il publié une circulaire ciblant les Roms ? Non, à notre connaissance. Mais la phrase suffit à provoquer à gauche des accusations de racisme. Des accusations aussi injustes et caricaturales que les propos du ministre.


A suivre.



Lire aussi:



(*) un film de science fiction réalisé par Steven Spielberg, avec Tom Cruise,
dans lequel le crime a été éradiqué depuis que la police sait lire dans la pensée et arrêter les criminels avant qu'ils ne passent à l'acte.

12 commentaires:

  1. Le livret A et les dépots en banque a Chypres rapporte entre - 7 et - 10 %. Vous pouvez aussi verser directement 50% de votre salaire sur le compte personnel de votre banquier, cela fait gagner du temps. lol

    Elle devient comique la crise...

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  2. Si j'ai bien compris, vous êtes d'accord avec ce que dit Valls, sauf qu'il n'aurait pas du le dire en tant que ministre ?
    Je suis globalement d'accord avec sa politique et ses déclarations. Là où je coince, c'est dans l'application des expulsions et des destructions de camps.
    C'est vraiment hypocrite de prétendre qu'il ne faut pas faire d'amalgame entre roms/délinquance, roms/mode de vie inacceptable. C'est LE gros problème, le nier ne servira à rien, ni répéter "ils sont si pauvres qu'ils sont obligés de voler parce qu'ils ont faim".
    Qu'est-ce qu'on fait de ces êtres humains qui vont avoir liberté totale de circulation selon les lois européennes, et qui préfèrent venir s'entasser dans la boue près des autoroutes et mendier, voler, trafiquer en France où ils se disent bien plus heureux que dans leur pays d'origine, invoquant les soins gratuits et quelques aides alimentaires ? Pourquoi auraient-ils vocation à rester chez eux, en vertu de quel décret et de quelles lois ? Qu'est-ce qu'on fait des Roms, qu'est-ce qu'on fait avec eux, pour eux, ou pour s'en débarrasser ?
    Les villages d'intégration... regardons les un peu objectivement. Ce serait parfait s'ils n'étaient pas de tels gouffres à fric, et s'il n'y avait pas tant d'autres pauvres, qui se sentiront lésés dans leur pauvreté territoriale... (les derniers affrontements Roms/populations de quartier sensibles avaient quelque chose de désespérant)
    Alors que faire ?

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  3. Eh ben, ya pas gras de commentaires. C'est moi qu'a plombé l'ambiance ?

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    1. non ils sont tous au distributeur de billet, ils retirent leur fric LOL AH AH

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    2. c'est bientôt Pâques, ils marchent sur des oeufs

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    3. Le baromètre politique (BVA ORANGE L'EXPRESS PRESSE REGIONALE FRANCE INTER) :

      Spectaculaire effondrement de la cote de popularité de François Hollande :
      La politique menée par le gouvernement apparaît encore plus injuste (64%, +5 points), et surtout plus inefficace (80%,+8 points).

      "Ni rage, ni colère", mais un saut dans le vide. Vive le socialisme moderne d'Hollande et des amis, hi, hi.

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  4. Pour te soutenir durant ta détention, cher Juan, j'ai retrouvé le court métrage d'un compagnon de route.
    Toute ressemblance avec une personne existante ou ayant etc etc....
    Enjoy it

    http://troudair.free.fr/otage/

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  5. Françaises, Français d'ici et d'ailleurs,

    Retenez votre souffle, François, le vôtre, pas celui de Rome, va bientôt vous parler dans la petite lucarne. Aux dernières nouvelles, d'après "les milieux bien informés (lib' soc')", Monsieur Hollande se ferait aider de Monsieur Sérillon pour communiquer, car Monsieur Hollande veut faire de la pédagogie. Et ouais, de la pé-da-go-gie. En résumé, y va vous expliquer pourquoi c'est bien ce qu'y fait, que vous z'y comprenez rien. Mais ça, tout de même, y peut pas vous le dire que vous êtes des couillons, des peureux, des pas modernes, que vous comprenez rien. La politique, c'est comme la cuisine, le chef, y fait des recettes et y faut attendre que ce soit bien cuit. Si t'es trop pressé, c'est dégueulasse. C'est comme quand tu as embauché un apprenti au lieu d'un grand chef.

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    1. "Monsieur Hollande se ferait aider de Monsieur Sérillon pour communiquer, car Monsieur Hollande veut faire de la pédagogie."

      Non, il veut faire de la populocratie, ce n'est pas la même chose. Et là-dessus on est bien d'accord, c'est totalement nul.

      Pour reprendre la métaphore du cuistot, c'est comme si on lui demandait de nous servir son navarin d'agneau alors que la bête n'est pas encore née et que les navets n'ont pas été semés.

      Quand à la "vraie" gauche on attend toujours qu'elle nous livre une recette crédible et éligible...

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  6. "Guimauve le Conquérant, voilà un de ces sobriquets assassins qui colle encore à François Hollande aussi décidé offensif et tranchant à l’extérieur qu’il paraît louvoyant, attentiste et émoussé à l’intérieur".

    Qu'est-ce-qu'il a Nicolas Domenach ? Il n'aime pas "les sucreries, qui ont une consistance spongieuse avec en général la forme de cubes ou de longs bâtons souples et qui ont naturellement un goût assez neutre et de couleur blanche, souvent aromatisée et colorée en teinte pastel dont les plus courantes sont rose, verte, bleue et jaune". La guimauve, c'est joli et c'est bon. Domenach préfère peut-être les sucreries qui sont cassantes ou trop sucrées, avec un goût tenace, qui reste en bouche longtemps.
    L'avantage de la guimauve, c'est que quand tu la manges, tu as l'impression qu'il ne se passe rien. Et c'est vrai, il ne se passe rien. Ni pendant, ni après.

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  7. Venez voir la file d'attente à la sous-préfecture de Palaiseau. J'étais arrivé à 5h du mat la gueule enfarinée, et je me suis aperçu qu'il aurait fallu que je me mette dans la file la veille à 18h pour espérer être parmi les 25 heureux élus qui sont reçus à l'ouverture à 9h, trois jours par semaine.
    Valls poursuit la politique de Guéant consistant à créer du sans papier en rendant quasiment impossible le renouvellement d'un titre de séjour, qu'il soit étudiant, familial ou professionnel.
    Il est vrai que Valls ne veut que des "blancos"...

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