30 avril 2013

L'instable programme de stabilité européen et François Hollande

Il est allé clore les Assises de l'entrepreneuriat. Il avait des annonces à faire, quelques messages. Il fallait laisser les polémiques du jour ou du weekend sur l'inutile union nationale ou l'ineffable germanophobie occuper les commentateurs.

A Paris, le "débat" occupait malheureusement encore la scène. Un débat d'experts puisqu'il était sans fin ni objectivité. Il faut y croire pour le voir.

Sous couvert de prétendues attaques contre le "modèle" conservateur allemand, c'est une part du programme de stabilité européen qui est fustigé. On accuse ce dernier de créer un carcan incompatible avec la nécessaire relance de nos économies. Là est le vrai sujet. Le reste n'est que "pugilat" et diversion médiatiques.

1. Ce programme ne date pas d'hier, mais il évolue régulièrement.
Le 17 avril dernier, le plan 2014-2017 a été présenté en conseil des ministres: 14 milliards d'euros d'économies à trouver sur le budget 2014 de l'Etat (y compris collectivités locales), et 6 milliards de "recettes nouvelles", via de nouvelles suppressions de niches fiscales notamment. "Pour rappel, de 2002 à 2012 la dépense publique progressait en moyenne de 2 % par an. La page de ce dérapage est bel et bien tournée. Il en est de même pour la dette. En 2014, celle-ci va malheureusement atteindre son niveau maximal à 94,3 % de PIB" expliquait le gouvernement dans sa communication de l'époque. Moscovici voulait se réjouir d'"inverser la spirale de la dette. "

Rappelons que l'endettement public est l'une des plus sinistres manoeuvres politiques des gouvernements conservateurs. Préférer l'endettement à l'impôt, le créancier - par ailleurs défiscalisé - au contribuable, est une marque de fabrique statistiquement prouvé des différentes formules de politiques conservatrices que la France a connues.

2. Le programme de stabilité est distinct du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance, TSCG. Un pacte budgétaire qu'on reproche à Hollande de n'avoir pas renégocié. En juin dernier, nous trouvions positifs qu'une enveloppe de 120 milliards d'euros ait pu être obtenue à côté de ce pacte budgétaire. La croissance était enfin replacée dans l'agenda européen. Pour preuve, les résistances au conservatisme du gouvernement Merkel n'ont cessé de croître. Certes, la chancelière tient bon, elle sera même sans doute réélue en septembre prochain. Et en décembre suivant, les espoirs ont été  douchés par une énième réunion des chefs d'Etat européens pour le budget européen 2014-2020. La réticence allemande ne date pas de l'élection de Hollande en mai dernier. On se souvient d'un autre Noël, en décembre 2008. On croyait que notre monde boursier s'effondrait et nos économies avec. L'Europe, pourtant présidée par notre Napoléon de l'époque, le grand Nicolas, s'était doté d'un plan global de relance de 170 milliards d'euros rapidement dégonflé.

3. Réduire l'endettement public faisait presque consensus. Ce sont plutôt les moyens d'y parvenir qui font débat. Prenez Jean-Luc Mélenchon. Lors de sa mémorable intervention télévisée sur France 2, en janvier dernier contre Jérôme Cahuzac, le co-président du Parti de Gauche expliqua: «Voilà ce que dira mon gouvernement: on paiera quand on pourra». Et d'ajouter: «C'est la Banque centrale (européenne) qui va financer si jamais les taux d'intérêt explosent... La dette, on la paiera à mesure qu'on pourra. Et d'ici là, ceux à qui on doit attendront.» On l'a connu plus brutal. Pendant la campagne, il expliquait: "En fait tout dépend en réalité de qui détient la dette et du rapport de force du pays endetté avec ceux qui lui prêtent." (novembre 2011). En avril, le même leader s'enflamme davantage - sans surprise -  contre le programme de stabilité. Puis, devant Jacques Attali, sur France 2 à nouveau, prédit que les seules issues pour se désendetter sont la guerre, la croissance, l'inflation, ou la mort. Et de souligner sa préférence: "Vous préférez l'inflation ou la mort ? Je préfère l'inflation". Pour la première fois, il évoque l'hypothèse fatale: "Pour éviter la chute, la solution serait de ne pas rembourser la dette."

Ne pas rembourser la dette... quelle belle formule...

4. Contre l'endettement, l'inévitable ajustement des prélèvements sur les dépenses que l'on juge nécessaires et solidaires est une question d'importance. On peut se désoler ou se moquer de quelques exonérations partielles de taxation des plus-values de cession d'entreprise promises aux créateurs de PME, l'essentiel des niches fiscales et du déséquilibre de notre système d'imposition est ailleurs. "Un gouvernement n’appliquant pas un impôt suffisant pour couvrir ses dépenses s’expose inexorablement à toutes sortes de difficultés générées par la dette" comment un chercheur américain de l'université de Berkeley, publié par les Echos ce 29 avril.

5. La seule vertu de l'agitation anti-Merkel ambiante est qu'elle contribue à consolider un rapport de forces extérieur, et notamment vis-à-vis du gouvernement Merkel. Hollande est paraît-il dans une "lessiveuse européenne", la même qui a lessivé Nicolas Sarkozy en son temps. Car on a oublié ce qu'un ancien candidat à la présidentielle, 18 mois avant le déclenchement de la Grande Crise, osait clamer du haut d'une tribune de campagne...


29 avril 2013

Sur le modèle allemand, les dernières caricatures françaises.


Encore un moment d'excitation, mais pas une diversion. Plutôt une caricature de débat, comme pour éviter de se poser les vraies questions. Il a suffit d'une interview de Claude Bartolone, la semaine dernière dans le Monde, pour que la pression monte d'un coup. Voici que les accusations de germanophobie fusent de partout et surtout de droite. Car qui a dit que le modèle allemand était... un modèle ?

Alors, c'est la guerre ?
Le président de l'Assemblée nationale souhaite un "nouveau moment", c'est-à-dire un changement de cap. Mais ce qui a le plus effrayé était cet autre "conseil", la "confrontation" avec l'Allemagne.
"Lui appelle cela la "tension amicale" ; pour moi c'est la tension tout court et, s'il le faut, la confrontation." Claude Bartolone, 24 avril 2013.
Deux jours après, quelques socialistes préparent une motion pour leur bureau national. La chancelière allemande est clairement visée: "Le projet communautaire est meurtri par une alliance de circonstance entre les accents thatchériens de l'actuel premier ministre britannique et l'intransigeance égoïste de la chancelière Merkel." écrivent-ils. "Nous sortons enfin du Merkozy!" s'exclame l'un des leaders de la Gauche Populaire.

Matignon intervient pour faire supprimer la formule. Sur le fond, cela ne change pas grand chose, mais le mal est fait.

A droite et chez quelques éditocrates, on s'emballe évidemment: "le PS déclare la guerre à l'Allemagne !"titre le Figaro. Le Monde ajoute que nos voisins seraient "découragés" par l'attitude gauloise. "Désormais, il sera difficile de maitriser l'incendie entre l'Élysée et la chancellerie" complète le correspondant à Berlin du même canard. Pour un peu, voici la IIIème guerre mondiale au coeur de l'Europe. A l'UMP, Alain Juppé répond dans les mêmes colonnes du Monde: "la France est totalement isolée." Et il récuse l'idée d'un front contre l'Allemagne pour desserrer l'étau budgétaire. Bruno Le Maire qualifie l'argument socialiste de germanophobe.
Comme si l'inquiétude devenait générale, quelques journalistes fustigent aussi la salve. C'est la guerre !

Samedi, Jean-Marc Ayrault réagit modestement sur Twitter, en Français et en Allemand: 
Cette réaction rapide suffit à maintenir l'illusion qu'il y a le feu au lac. Dimanche, deux ministres, Manuel Valls et Michel Sapin, corrigent le tir. Le premier dans les colonnes du Parisien, est brutal. Il tombe à bras raccourcis sur ces "camarades" du PS: "Ces propos sont irresponsables, démagogiques et nocifs. " Le second complète en taclant le président de l'Assemblée nationale: "Il ne s'agit pas de se confronter avec un pays, il s'agit encore moins de se confronter avec une personne, [la chancelière] Angela Merkel."

Quelles caricatures !
Disons-le simplement: ces exagérations ne servent pas le débat.

Primo, personne n'a déclaré la guerre à l'Allemagne, fut-elle politique ou économique. Ce sont les politiques conservatrices à l'oeuvre en Europe, impulsées par le gouvernement conservateur allemand qui sont en cause. Nulle germanophobie dans tout cela. Martine Orange, dans Mediapart, nous prédit un krach: " les discours de la chancelière allemande, destinés à son électorat, débordent les frontières et inquiètent de plus en plus. Même les Européens les plus convaincus finissent par s’en émouvoir : l’Allemagne parle trop fort, selon eux." Le constat est juste.

Secundo, personne ne tient Angela Merkel pour responsable de nos déficits accumulés, ni du désastreux bilan des équipes précédents, pas davantage de la Grande Crise. Mais il est évident que l'action politique d'Angela Merkel est loin d'être neutre dans la dégradation économique actuelle. La chancelière, fort du poids économique de son pays, bloque toute relance même modeste à l'échelle européenne. L'Europe est tellement en panne généralisée qu'elle inquiète plus largement que les peuples qui la composent. Etats-Unis et Chine s'agacent de ce boulet. Même le néo-libéral José-Manuel Barroso, président de la Commission, a infléchi sa position rigoriste ces jours derniers.

Où est le modèle allemand ?
Enfin, on peut et on doit s'interroger sur le fameux modèle allemand. Nicolas Sarkozy ne cessait de nous le vanter quand il était aux commandes. C'était un raccourci facile qui englobait une réalité plus grise et ambivalente. Notons qu'il tient aussi parce que le reste de l'Europe est un débouché pour deux tiers de ses exportations.

En termes macro-économiques, l'Allemagne fait envie avec son (léger) excédent budgétaire(+0,2% du PIB en 2012) et une croissance mollassonne mais positive prévue pour 2013 (+0,5%).

Le modèle allemand a ses limites, ses travers, ses horreurs. La campagne présidentielle de 2012 fut l'occasion d'en rappeler les principaux: il n'y a pas de salaire minimum. Environ 4 millions d'Allemands travaillent pour moins de 7 euros de l'heure. Les lois Hartz suivie de 8 années de "Merkelisme" ont achevé une flexibilisation du travail si efficace que les travailleurs pauvres sont légions.

La durée du temps du travail n'est pas plus élevée en Allemagne qu'en France. Le "plein emploi" outre-rhin se paye au prix d'un large travail partiel (22% en 2010, contre 13% en France), en hausse de 30% depuis 10 ans.

L'Allemagne compte davantage de pauvres que la France, soit 16% de sa population. Le niveau de vie moyen y est plus bas qu'en France.

Finalement, qu'importe le modèle allemand. Il n'est pas exportable en France. Le jeu est à somme nulle. L'Allemagne s'en sort parce que ces voisins perdent.

Qui donc peut penser qu'il faille être germanophobe pour écrire cela ?






Crédit illustration: DoZone Parody

27 avril 2013

312ème semaine politique: la fin du président normal.











"Nous n'avions pas compris que la campagne ne s'était pas arrêté le 6 mai 2012"
En quelques actes, remarques et rencontres, François Hollande fait savoir qu'il change sa gouvernance. Ou du moins, on l'espère. La Vème République est ainsi intoxiquée qu'elle ne se gouverne plus par l'action seule.

Terrifiante nouvelle pour quelques observateurs prétendument avertis et autres éditocrates en mal de commentaires dépressifs: François Hollande aurait décidé de recevoir quelques poignées de députés à l'Elysée. Après une entrevue de blogueurs politiques un samedi matin, cette information serait la preuve d'une nouvelle trahison de promesses. Car, dans sa fameuse séquence "Moi, président" qui emporta le débat de l'entre-deux tours de la présidentielle de 2012, le candidat Hollande avait promis: "Moi président de la République, je ne serais pas le chef de la majorité, je ne recevrais pas les parlementaires de la majorité à l'Elysée". Il n'y avait sans doute que les participants à ses agapes pour saisir l'importance de ce changement pourtant discret.

La France a évidemment un problème d'agenda politique. Accusons la France car  la responsabilité est collective. Cette propension, de multiples fois commentée, à s'éparpiller sur l'anecdote facile, et à raccourcir les débats autant que la pensée, est l'un des symptômes de l'obsolescence de nos rouages démocratiques.

François Hollande, donc, était accusé de ne pas maîtriser sa communication, son agenda, et même ses propres décisions. Il est donc sorti d'un bois qu'il ne voulait pas quitter jusqu'à lors. Est-ce un tournant ? L'une des failles de la gouvernance Hollande est son manque de relais et d'incarnation. Inutile de railler les "blogueurs de gouvernement", ils ne comptent pour pas grand chose contre le Hollande-Bashing généralisé. Même quand ils soutiennent, ils critiquent. En respectant sa promesse de laisser les institutions fonctionner "normalement", Hollande s'est privé de relais efficaces et rapides. Il pensait peut-être que gouvernement et majorité seraient suffisamment unis sur le fond pour accoucher d'une politique argumentée. Il pensait aussi que la situation économique ne se dégraderait pas autant.

Il avait tort.

C'est la fin du président normal.

Nous laisserons quelques braillards à droite couiner contre la trahison de promesses qu'ils combattaient. L'hypocrisie a des limites, celles de notre mémoire d'un passé très récent. Ce temps où un autre monarque, plus agité, invitait par centaines tous les parlementaires de son camp chaque mois à l'Elysée, cinq années durant; ce temps où le même tenait tous les mardi matin son comité de liaison politique dans les salons de son palais; ce temps où il multipliait les meetings de militants en parallèle de chaque déplacement officiel en province; ce temps où les ministres de Sarkofrance étaient relégués au rôle de simples collaborateurs.  Hollande avait récusé ce comportement de chef de clan. Il a laissé sa chance à un retour normal du fonctionnement des institutions.

De cette tentative qui s'achève, on retiendra les couacs et les tensions, les prises de parole contradictoires, l'agitation des ambitions. La Grande Crise est telle que cette gouvernance-là se révèle inefficace. Il n'y a pas de majorité unie et la situation économique reste désastreuse.

Une nouvelle pression se fait jour pour un changement de cap politique. Claude Bartolone, pourtant président de l'Assemblée nationale, fait grand bruit quand il assène jeudi qu' "il est désormais temps de tirer les leçons pour envisager le nouveau temps du quinquennat". Il craint un "21 avril européen" pire qu'une défaite aux élections municipales. Il prône la confrontation contre Angela Merkel plutôt que la "tension amicale", il approuve le redressement des comptes publics mais veut davantage d'amélioration du pouvoir d'achat. Cette perspective effraie la droite et de nombreux éditocrates qui ne priaient que pour le modèle allemand.

Certains causent et commentent encore l'écume, l'anecdote ou le fait unique. L'affaire du Mur des Cons du Syndicat de la Magistrature, les énièmes échauffourées des opposants au mariage homosexuel après son vote, les 40 ans du périphérique parisien, ou la durée du voyage de François Hollande en Chine (37 heures) sont autant d'exemples récents.

Le programme est pourtant propice à un débat plus lourd et plus engageant.

Lundi, Vincent Peillon présente la prochaine introduction de l'enseignement de la morale laïque à l'école, pour 2015. Il poursuit sa réforme de l'Education, par petites touches. Mais la plus réjouissante nouvelle pour qui voulait enfin croire au progrès des droits tombe le lendemain. Vers 17 heures, le mariage homosexuel et l'adoption par des parents homosexuels étaient adoptés à l'Assemblée nationale par une écrasante majorité - 331 contre 225 et 10 abstentions. Ce débat a aussi révélé combien la laïcité était un concept variable pour les pontes de l'UMP et le Front National: les prières de rue contre cette loi, les actions violentes de Civitas, les croix brandies comme s'il s'agissait d'une croisade n'avaient suscité aucun commentaire particulier de la part de ceux-la même à droite et à l'extrême droite qui s'offusquent d'un voile de trop dans une rue.

Henri Guaino, opposant compulsif au projet de loi, se trompa de bouton, provoquant railleries et moqueries en tous genres et tous styles. Nicolas Sarkozy, pour membre du Conseil Constitutionnel, s'était permis d'encourager Frigide Barjot, discrètement, en janvier dernier. Cela ne choque visiblement personne à droite que l'ancien monarque soit prochainement amener à se prononcer sur la constitutionnalité de la loi.

L'ancien monarque est visé par une seconde instruction judiciaire. Cette fois-ci, c'est une enquête préliminaire ouverte par le Parquet sur l'éventuel financement de sa campagne de 2007 par la Libye. Mais, sans réaliser l'ampleur du conflit d'intérêt, il poursuit ses conférences rémunérées dans le monde

Plus grave, une autre loi,  désagréable celle-là, revenait dans le même hémicycle pour sa seconde lecture. Le projet de "sécurisation de l'emploi", issu de l'Accord National Interprofessionnel du 10 janvier dernier, avait été voté par le Sénat. Il suscite débat et divisions à gauche tant on à peine à voir où se loge l'équilibre des droits sociaux qu'il est censé porter: procédures de licenciement accélérées, modification des contrats de travail individuels par la négociation collective en cas de difficultés économiques. Ce sont davantage les principes du code du travail, qui aurait dû rester ce socle protecteur, surtout en période de crise, que le fond du texte qui sont attaqués. Mais ce texte restera ce qu'il est: un mauvais symbole, une sale affaire, un "marqueur à l'envers".

Mercredi, on pouvait se réjouir de la prochaine loi sur l'obsolescence programmée des produits, examinée la semaine prochaine à l'Assemblée. Mais l'annonce par Alain Vidalies, ministre chargé des relations avec le Parlement, que le gouvernement avait finalement décidé de s'opposer à la loi votée au Sénat sur l'amnistie sociale rajoute à la crispation à gauche. Jean-Luc Mélenchon s'estime trahi. La coupe serait pleine. La loi n'a qu'une portée symbolique mais la politique est aussi faite de symboles. On ne comprend pas le revirement, puisque que Christiane Taubira et Michel Sapin défendaient le texte au Sénat. Il doit y avoir du Hollande là derrière mais le président ne s'exprime pas. Il est en Chine pour trois jours. A Paris, Mélenchon explique qu'il se verrait bien premier ministre. Le programme de ses 100 premiers jours, dévoilé jeudi soir sur France 2, apparaît lunaire, à des années-lumière des réflexions posées que certains, dans son camp politique, tentent de construire débat après débat.

La loi de moralisation politique est adoptée en Conseil des Ministres. Il lui faut partir à l'Assemblée. L'affaire Cahuzac, qui se poursuit en Suisse où les juges ont rencontré un banquier et ancien responsable de l'UMP locale très bavard sur les moeurs de l'exil fiscal, aura eu ce mérite de forcer une mise à niveau de notre vieille démocratie aux standards européens. Le programme est bien plus complet que la simple publication des patrimoines d'élus ou de ministres. On comprend d'ailleurs l'intérêt de certains contradicteurs, y compris à gauche, à se focaliser sur cette seule mesure. la loi contient plus grave, contre l'interdiction de cumuler un mandat avec certains métiers, la possibilité à des associations "d’exercer les droits de la partie civile", ou l'extension de l'obligation de publication de patrimoine à tous les responsables publics (12.000 personnes concernées).

Jeudi, c'est chômage et commentaires. Le record tant attendu est franchi: la France n'a jamais compté autant de chômeurs. On glose donc sur l'échec des emplois d'avenir et autre contrats de génération. La loi de flexi-sécurité de l'emploi, pas même encore adoptée ni a fortiori promulguée, aurait déjà prouvé son échec. Le Pacte de Compétitivité, qui fournit un crédit sur l'impôt des sociétés 2014 en fonction de leur masse salariale en de-ça de 2,5 SMIC, serait donc tout aussi inutile. Bref, une mauvaise statistique et voici donc l'ensemble de la boîte à outils hollandiste qui est jetée à la poubelle avant même d'avoir servi !

Quel argument !

Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi atteint 5,0 millions à fin mars, dont 3,48 millions sans aucune activité. Quelques journalistes n'ont que des comparaisons annuelles ou décennales à faire. On pouvait aussi noter que les radiations sont moins nombreuses, que la durée d'inscription progresse encore (266 jours en moyenne, et 452 pour les plus de 50 ans !).



"Il faut que la gauche puisse avoir le moral."François Hollande, avril 2013






Crédit illustration: DoZone Parody
Crédit Photo: Juan Sarkofrance

26 avril 2013

Hollande: chômage, morale et morts aux cons !

Sans doute existe-t-il quelque esprit malin pour ainsi polluer débat et réflexions politiques. Comment autrement expliquer la nouvelle folie passagère ("le mur des cons") qui occupe les esprits ?

Si Sarkozy était encore président, parions qu'il nous aurait gratifié d'une commission d'enquête voire d'une loi. Il ne l'est plus, et nous nous contenterons de commenter la vacuité d'un buzz, un de plus.

Buzzer pour divertir
Etait-ce de la provocation que d'afficher des photographies dans un local syndical, orné d'une drôlatique appellation, "le Mur des Cons" ?

Certainement pas.

Atlantico est site d'informations créé en 2011 en se revendiquant comme le "Mediapart de droite".  deux ans plus tard, les résultats d'investigation sont maigres. Le site fait ses meilleurs scoops à partir de ces petites choses qui animent le buzz tels... ce fameux Mur des Cons, quelques dizaines de photographies de personnalités - souvent de droite - accrochées sur un mur dans un local du Syndicat de la Magistrature. Le lieu avait été filmé en caméra cachée. L'investigation chez Atlantico, c'est du lourd. Quand on compare cela aux milliers de fichiers fiscaux révélés dans l'Offshoreleaks ou, plus proche de nous, l'obstination - payante -  de Mediapart dans les affaires Cahuzac, Karachi ou Bettencourt, on pleure de rire.

Depuis mercredi 23, jour de la "révélation", quelques jours à peine après une accélération du calendrier judiciaire de Nicolas Sarkozy (coïncidence ?), l'affaire nous amuse ou nous indigne. Les "Cons" se sont reconnus un à un, scandalisés. Aucun ne s'est interrogé pour savoir ce qui avait plus mérité cette sélection. Que des magistrats jouent ainsi à l'humour potache dans le secret de leurs locaux n'a rien de grave ... tant qu'ils ne sont pas pris. Car le mal est là, et fait: la maladresse est invraisemblable.

La Garde des Sceaux l'a bien compris en les clouant au mur, à deux reprises. Le jour même, à l'Assemblée, elle déclare la démarche inadmissible. Puis le lendemain, au Sénat, elle annonce la saisie du Conseil Supérieur de la Magistrature, en qualifiant: "C'est un acte insupportable, stupide et malsain." 

Pouvions-nous passer à autre chose de plus sérieux ?

Comparer sans comprendre
Le record est franchi. Les commentateurs du Tour de France du commentaire nous le promettaient depuis quelques heures. Voici donc les statistiques publiées ce jeudi 25 avril par la DARES. Le nombre de demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi sans aucune activité s’établit à 3 224 600 en France métropolitaine fin mars 2013

La masse des commentaires portent sur un point, le record. C'est le réflexe du Guiness Book. C'est facile et rapide à compiler pour le lecteur pressé.

Il y en a d'autres qui décryptent, comme le blog "En quête d'emploi" du Monde. Jean-Baptiste Chastand y détaille les vrais enseignements de cette dernière livraison: "la forte hausse de mars est d'abord due à une chute des reprises d'emploi déclarées de près de 4 % en un mois. Le nombre d'offres d'emploi collectées par Pôle emploi a d'ailleurs reculé de 6 % en mars par rapport à février." Troisième facteur, et pas des moindres, la "très forte baisse non expliquée des cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation": Pôle Emploi aurait-il eu quelques consignes d'assouplir ces radiations intempestives ? Autre (relative) "bonne" nouvelle, les nouvelles inscriptions à Pôle emploi sont moins nombreuses que le mois précédent: "les inscriptions sur les listes pour licenciement économique progressent de 1,5 %, tout en restant extrêmement marginales (moins de 3 % des motifs d'inscription). La timide baisse des fins de CDD et de missions d'intérim ne contrebalance pas leur ampleur."

En d'autres termes, (1) Pôle Emploi a moins radié qu'avant, (2) il y a eu moins de fin de CDD et d'intérim qu'avant, mais les reprises d'emploi ont encore dégringolé...

Penser pour après
Etait-ce de la provocation que de publier un rapport sur la morale laïque dans un tel climat d'excitation religieuse née de l'adoption du mariage pour tous ?

Certainement pas.

Lundi 22 avril, le ministre de l'Education nationale recevait le rapport d’Alain Bergounioux, Laurence Loeffel et Rémy Schwartz sur l’enseignement de la morale laïque dans les établissements scolaires publics. La démarche n'est pas un gadget si elle est bien menée à son terme. La société française est crispée, et pour cause.

Elle se consolidera sur des valeurs. Après les affres identitaires du débat sur l'immigration organisé par le couple Buisson/Sarkozy, et la récupération de la laïcité par l'extrême droite pour mieux cacher son islamophobie, (ré)aménager l'enseignement de la morale paraissait indispensable.

Le rapport ouvre des pistes. Peillon précise une méthode. L'enseignement proposé - « 1h [par semaine] minimum dans le primaire, 1h minimum au collège, et pour le lycée, au minimum 18h annuelles » dans les souhaits du ministre - n'entrera en vigueur qu'en 2015, suivant des modalités définies par un organisme indépendant, le Conseil national des programmes. « La morale laïque, c'est le contraire de la raison d'Etat » ajoute-t-il. « chaque citoyen doit construire librement son jugement ».

La morale enseignée sera laïque.

Comment réagiront nos partisans chauds bouillants des "racines chrétiennes de la France" ?


25 avril 2013

Moralisation: et Hollande interdit à Sarkozy de faire du lobbying...



Nicolas Sarkozy refait surface pour une conférence grassement rémunérée quelque part au Canada, sur son avis d'ancien président français. Jean-François Copé est frappé par la lumière et abandonne son métier d'avocat d'affaires.

Hasard merveilleux du calendrier, ce mercredi, le projet de loi de transparence de la vie politique déboule sur la table du Conseil des ministres.

1. L'affaire Cahuzac aura eu ce mérite, comme toutes les précédentes affaires - sauf celles affectant la mandature Sarkozy - de forcer une (relative) mise à niveau de notre vieille démocratie aux standards européens. Parmi les mêmes qui s'offusquaient, à juste titre, de la "déflagration Cahuzac", certains osèrent ensuite critiquer qu'Hollande réagisse "sous le coup de l'émotion". On croit rêver... ou cauchemarder.

La critique que nous portions contre le sarkozysme émotif visait (1) son systématisme, et (2) ses thèmes de prédilection - souvent des faits divers (meutres, vandalisme, etc) qui justement ne méritaient souvent pas de loi sur mesure. En matière de moralisation politique, il y a urgence à nettoyer les écuries d'Augias, si elles existent. Et le corps politique ne fonctionne en la matière que sous le choc et la pression, quel que soit son bord politique.

2. On rappellera au passage combien l'ancien régime fut particulièrement résilient face à l'avalanche d'affaires qu'il dut subir. Florence Woerth chez Bettencourt ? Sarkozy créé une commission pour pondre un rapport sur les conflits d'intérêt qui ne débouchera rien. Karachigate ? Le clan Sarkozy balance une loi pour étendre le secret défense à l'ensemble des bâtiments militaires ! Et que penser de Jean-François Copé, président de groupe UMP à l'Assemblée et ancien ministre du budget qui devient avocat d'affaires ?

3. Il faut aussi s'amuser, ou pleurer, en entendant Jean-François Copé, sur RTL, confirmer qu'il cesse ses activités d'avocat,  une décision qu'il qualifie de "personnelle", prétendument sans rapport avec le projet de loi, "pour se consacrer exclusivement" à sa famille politique et au pays. Quel dévouement tardif ! Le gars nous prend pour des quiches.

A Montreal, un Sage du Conseil Constitutionnel dénommé Sarkozy, intervient ce jeudi 25 avril pour une conférence rémunérée à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Elle durera deux heures, sur « l’état de l’économie mondiale, les perspectives pour l’Europe, les nouveaux équilibres qui caractérisent la gouvernance mondiale ainsi que l’amitié entre la France et le Québec, et entre la France et le Canada », pour 600 euros la place. 

Nous sommes curieux de savoir si la liste des hautes fonctions politiques visées par la future loi comprendra les membres du Conseil Constitutionnel.

On aimerait donc que tous ceux qui se sont moqués sous des avalanches de commentaires ineffables de la publication des patrimoines des ministres il y a 10 jours exercent leur agilité à commenter puis suivre les débats parlementaires sur ce morceau de choix. La véritable transparence nécessite un dispositif législatif plus complet. Le voici soumis à notre jugement collectif.

- Il y a d'abord l'arbre qui cache la forêt, la mesure qui attire les commentaires blasés, les critiques virulentes ou les inquiétudes: la publication des déclarations de patrimoine et d’intérêts des membres du gouvernement, des parlementaires nationaux et des principaux responsables exécutifs locaux, "dans des conditions fixées par décret en Conseil d’Etat". On est à peine surpris que la chose heurte. Certains réclament davantage de transparence encore, l'inclusion des revenus. La loi ne renforcera pas les contrôles des cigales mais celui des fourmis, celles dont les revenus se placent et s'accumulent en patrimoine.

- Les principaux responsables politiques et administratifs, y compris les membres du gouvernement, devront transmettre à une nouvelle Haute autorité, "qui sera indépendante", une "déclaration de patrimoine et une déclaration d’intérêts"." Jusqu'à lors, ces déclarations d'intérêt n'étaient pas vérifiées. Le dispositif devra prévoir un renforcement des sanctions pénales en cas de non transmission ou de déclaration mensongère, "jusqu’à 5 ans d’emprisonnement".

- La Haute autorité est un nouveau machin administratif visiblement nécessaire: qui donc pour contrôler nos élus et même l'exécutif ? Elle aura quelques moyens pour veiller au contrôle: auto-saisine, recours aux services fiscaux, pouvoir d’injonction, saisine du parquet ou des bureaux parlementaires, ou publications des manquements. Les grincheux diront qu'on pourra toujours planquer son argent en Suisse ou à Singapour.

- La loi interdira le cumul d’un mandat de parlementaire avec l’exercice de certaines fonctions: consultant, mais aussi toute fonction "au sein de sociétés et d’entreprises dont une part substantielle (et non plus principale) de l’activité commerciale est entretenue avec l’administration". Les fonctionnaires élus au Parlement devront se placés en disponibilité (et non plus de détachement), pendant la durée de leur mandat. Le gouvernement propose aussi que les collaborateurs parlementaires ne puissent cumuler cette fonction "avec toute activité professionnelle rémunérée de lobbying ou de conseil."

- Les indemnités de "licenciement" des anciens ministres seront réduites à un mois, et refusée en cas de manquement de l’intéressé à ses obligations de déclaration auprès de la Haute autorité. La loi prévoira aussi une inéligibilité de dix ans, voire définitive, pour "certaines infractions commises par les plus hauts responsables publics." cette mesure est la moindre des choses pour les ministres qui sont députés. Grâce à la réforme constitutionnelle de Nicolas Sarkozy (juillet 2008), non remise en cause par ce texte (et pour cause), ces anciens ministres récupèrent leur mandat au bout de ... 30 jours.

Le second volet du dispositif concerne la "lutte contre la fraude fiscale et la grande délinquance économique et financière". On applaudit à l'élargissement du champ de compétence de la brigade nationale de répression de la délinquance fiscale "au blanchiment de fraude fiscale"; au durcissement des sanctions (7 ans d’emprisonnement et 2 millions d’euros d’amende) pour les cas de fraude fiscale commise en bande organisée, ou le recours à des comptes bancaires ou des entités détenues à l’étranger; élargissement des moyens d'enquêtes (surveillance, infiltration, garde à vue de quatre jours); alignement des peines des personnes morales sur celles applicables aux personnes physiques; renforcement de quelques capacités de contrôle de l’administration fiscale et des moyens de lutte contre la fraude (régime des saisies et confiscations d’avoirs criminels, etc); création d’un parquet spécialisé ayant une compétence nationale.

On s'attarde sur un point qui réjouit Anticor: "pour garantir la vigilance en matière de lutte contre la corruption et les trafics d’influence, la réforme proposée ouvre aux associations de lutte contre la corruption la faculté d’exercer les droits de la partie civile auprès des juridictions compétentes."

Plus important, la transparence des banques est renforcée: elles devront publier chaque année la liste de "toutes leurs filiales, la nature de leur activité, ainsi que, pour chaque pays, leur chiffre d’affaires, leurs effectifs, leurs résultats, les impôts payés et les aides publiques reçues".

Le gouvernement renforce les effectifs de la justice: 50 magistrats, 50 enquêteurs, et 50 agents du fisc pour lutter contre la fraude fiscale et le blanchiment.  

C'est peu.


C'est même, pour nous, la seule véritable lacune d'un dispositif par ailleurs décisif.





Lire l'intégralité du dispositif (publié sur le site d'Anticor):

24 avril 2013

Hollande, l'austérité n'est pas le récit.



Non, l'austérité n'est pas le récit qui convient à la France. C'est pourtant cette petite musique qui se répand à nouveau dans quelques uns de nos médias inquiets.

Les remous sociaux contre l'austérité, les ruptures politiques comme en Italie, et la prise de conscience de l'inefficacité récessive des politiques de rigueur ont semé le doute ou inspiré une relative résistance chez la plupart des exécutifs européens, sauf en Allemagne.

Le FMI reconnaît que cette austérité alimente la récession. Et de s'inquiéter de "l'échec européen face à la crise". Les agences de notation dégradent même les pays les plus austéritaires. La Commission de Bruxelles admet  que les objectifs de retour à l'équilibre ou à des déficits "maastrichtiens" soient reportés d'une année chez 6 pays européens, dont la France. Au Portugal, on se moque des erreurs de calcul de quelques économistes dont les travaux étaient cités en exemple pour justifier les coupes budgétaires. Les parlementaires du même Portugal ont rejeté quelque 1,3 milliard d'euros d'économies supplémentaires (qui seront compensées, a promis le gouvernement conservateur local effrayé, par d'autres économies dans les budgets de fonctionnement de tous les ministères).

Ce "relâchement", comme l'écrit le Monde dans son éditorial du 24 avril 2013, a fini par inquiéter quelques libéraux et conservateurs. Et de conclure, malgré un rappel du bordel ambiant, qu'il "faut tenir le cap" de l'équilibre en 2017. Au sein de notre simple espace national, la droite clame ainsi qu'il faut encore couper dans les dépenses. Le Commissaire Rehn, chargé des affaires budgétaires, reste sacrément obtus sur le fond. Il vient de suggérer à l'Espagne "d'augmenter encore la TVA et de rendre les licenciements encore moins coûteux" raille El Païs.

Reconnaissons que la rigueur française a peu à voir avec les austérités grecque, espagnole, ou britannique. Certes le pouvoir d'achat des ménages a baissé l'an dernier, en grande partie à cause du relèvement fiscal décidé par Nicolas Sarkozy l'année précédente. Qu'aurait-on dit si l'augmentation générale de la TVA pour 11 milliards d'euros décidée par Sarkozy avait bien pris effet le 1er octobre dernier ? A la place, le gouvernement Hollande a préféré une augmentation plus modeste (7 milliards), plus étalée (2014) et circonscrite à des secteurs dont on n'est même pas sûr qu'ils répercuterons cette hausse en inflation de prix sur les consommateurs.

La rigueur française n'est pas austère, mais le redressement des comptes publics reste un objectif central de l'équipe Hollande. Ce dernier a habilement négocié un report des objectifs de réduction des déficits. La situation économique l'imposait. Son prédécesseur n'avait pas la même excuse. En juin 2007, Nicolas Sarkozy s'était affranchi du retour en-deça de 3% du PIB pourtant promis trois mois plus tôt. Et la Grande Crise n'avait pas commencé. L'ancien monarque voulait financer son paquet fiscal de l'été.

Six ans plus tard, les caisses sont vides. L'exemple même de Florange - dont la fermeture des hauts fourneaux qui durera deux mois a débuté hier - est symptomatique. L'Etat pouvait - financièrement - envisager une nationalisation temporaire avant un retour à meilleur fortune. Mais aurait-il fallu alors généralisé la démarche à toutes les usines en difficulté ? 

Où sont les marges de manoeuvre ? Est-on condamné à régurgiter du TINA ?

Or la précarité se généralise. Le pouvoir d'achat est en baisse, modeste en général, dramatique pour les plus pauvres. Un indicateur parmi d'autres, chipé à l'excellent ouvrage de Michel Rocard et Pierre Larroutourou, "La gauche n'a plus le droit à l'erreur", les flux mensuels d'entrées au chômage sont massifs - 400.000 par mois, une secousse que masque le solde net des sorties d'inscription régulièrement publié par Pôle Emploi (quelques dizaines de milliers).

Le trouble politique se voit parmi les parlementaires de la majorité et dans la vraie-fausse opposition du Front de gauche. Jean-Luc Mélenchon se verrait bien premier ministre remplaçant Jean-Marc Ayrault. Le tout pour appliquer un "autre" programme. On attend son programme, justement, pour sortir des incantations et objectifs généraux. La CGT va aussi adresser une mise en garde au président Hollande avant la prochaine conférence sociale de la mi-juin, avec trois revendications principales: "l'opposition aux politiques d'austérité, à la rigueur budgétaire en France et en Europe, inefficaces pour relancer la croissance"; "poursuivre notre bataille d'explication sur le contenu et les conséquences de la loi "sécurisation de l'emploi", dangereuse pour les droits des salarié(e)s et sacralisant la dévalorisation du travail"; "les moyens de la lutte contre la fraude, l'évasion fiscale et les paradis fiscaux".

Le vrai sujet n'est pas tant dans le redressement des comptes que dans les moyens d'y parvenir. On peut envisager une réduction des dépenses publiques (option UMPiste euro-compatible), ou supprimer bien davantage de dépenses fiscales. Peut-on encore augmenter les prélèvements - mais lesquels ? Le débat gagnerait à sortir des incantations de part et d'autre.

Quelle que soit la voie qu'il emprunte, le redressement n'est pas le récit qui convient à la France. Rembourser ses dettes est aussi mobilisateur que régler une amende trop longtemps due. Et TINA n'est pas une option mais un repoussoir.

Il faut livrer un autre objectif.

Vu la situation du pays, il faut qu'il porte sur l'amélioration de la protection du pays et des égalités.






23 avril 2013

Mariage pour tous: c'est fait.

La loi sur le mariage pour tous a été adoptée par 331 voix pour, 225 contre, et 10 abstentions.

L'Assemblée nationale était quasiment pleine. La moitié du gouvernement était présente.

Dans son discours de clôture, après le vote, la Garde des Sceaux a rendu hommage au débat, tendu la main aux opposants et affiché un message de reconnaissance aux homosexuels.
"Gardez la tête haute, vous n'avez rien à vous reprocher".
"Aux adolescents qui ont été blessés, qui ont découvert une société où une sublimation des égoïsmes permettait à certains de protester contre les droits des autres, nous voulons leur dire que nous les reconnaissons dans la société."  
Paix et sérénité ?

A la sortie du Palais Bourbon, Frigide Barjot et quelques-uns de ses partisans étaient encore là. Ils furent malheureusement insultés.




Mariage pour tous: l'égalité, c'est aujourd'hui.


C'est fait, ça y est. Le vote est pour maintenant, ce mardi 23 avril 2013, dans quelques heures. La loi du mariage pour tous sera votée, enfin. Le mariage gay sera enfin autorisé et nous pourrons passer à une autre séquence.
Le mariage homosexuel est un progrès.
On espère que les partisans de la loi auront la victoire apaisante et généreuse, malgré ces dernières semaines d'excitations séditieuses d'une minorité. Certains opposants ont tout fait, trop dit, tout proféré. On ne compte plus les insultes et manifestations homophobes de certains pour quelque chose qui ne change pourtant rien à leurs propres droits mais beaucoup à leur propre conception de la vie. Elles furent si nombreuses qu'il fallait se résoudre à refuser de débattre avec celles et ceux qui restaient silencieux mais choqués.

Ce débat, finalement, fut révélateur à plus d'un titre.

1. Les opposants au mariage gay ne pouvaient être réduits aux figures caricaturales de Frigide Barjot, Civitas, et autre Béatrice Bourges. Ces derniers ne méritaient plus grand chose que l'oubli. Le Printemps français est un mouvement embarqué par les jeunesses nationalistes et autres identitaires françaiss en mal de "casser du pédé". Ces gens-là ont fait du mal à la cause qu'ils prétendaient servir.

2. Ce débat a clivé, mais finalement très peu. D'abord parce que l'attention du pays est ailleurs, sur le chômage, la crise, la précarité. Ensuite parce que le mariage homosexuel en hérisse certains autant qu'il indiffère l'immense majorité du pays. La première preuve était logée au creux de la campagne. La promesse était écrite noir sur blanc dans le programme par ailleurs jugé trop flou du président Hollande. S'il clivait autant le pays, on l'aurait su, dans une campagne par ailleurs sacrément clivée. Depuis, globalement, les positions n'ont pas changé si l'on en croit les sondages. Sur les réseaux sociaux tels Twitter, l'équilibre a été rompu très vite, très tôt, très violemment. Impossible, en 140 caractères souvent écrits de manière anonyme, de respecter facilement le sens du débat. Mais c'est un microcosme. Certains - souvent les mêmes qui refusaient tout référendum sur des sujets aussi essentiels que l'Europe - réclamaient un référendum pour une mesure pourtant explicite dans les promesses du candidat Hollande. Devions-nous revoter par référendum, une à une les promesses d'un candidat élu il y a moins d'un an ?

3. Ce "débat" a dévoilé l'hypocrisie d'une large fraction de la droite et de l'extrême droite, et bien au-delà du simple champ politique, vis-à-vis de la laïcité. On sait combien le combat laïc a été récupéré, digéré, ingéré par la droite et Marine Le Pen quand il s'agissait de l'islam. Loi contre le voile intégral, débat identitaire, offensives buissonnière et autres saillies aux relents parfois islamophobes ont pollué la laïcité d'un voisinage encombrant et illégitime. Quand 45.000 (chiffres de la police) ou 270.000 (chiffres des manifestants) protestent contre le mariage pour tous un dimanche 21 avril 2013, le Figaro du lendemain titre sur la Force Tranquille. On croit rêver. On imagine la une du même journal si ces 45.000 étaient musulmans. Il y eut aussi, devant l'Assemblée nationale, des prières dans la rue pour protester contre le mariage pour tous. Où était Marine Le Pen si rapidement choquée ? Où était Jean-François Copé ? Où était Laurent Wauquiez ? Où était l'UMP officielle ?

4. Ce débat a décrédibilisé certaines personnalités politiques. Christine Boutin était prévisible. Elle souriait quand elle était aux côtés du frontiste Gilbert Collard. Quelques autres députés UMP ont sombré. Henri Guaino est de ceux-là. L'hebdomadaire Marianne, qui reconnaissait quelque défense positive de l'ancienne figure gaulliste, a livré un furieux réquisitoire comme l'homme devenu grotesque à la faveur de ce débat. Guaino, affaibli par un quinquennat de conseiller sur-payé, s'est découvert bigot anti-mariage homosexuel. Philippe Cochet fut cet autre député UMP à sombrer en accusant, un soir trop tard à l'Assemblée, les députés socialistes d'être "en train d'assassiner des enfants". Pauvre homme... Un député UMP, dans la rue, s'en est pris à un gendarme.

Même Nicolas Sarkozy, début mars, eut ses termes désastreux pour évoquer la "traçabilité" des enfants. L'expression fit florès parmi les partisans du Printemps français. Elle était indigne.  Un "TumblR", site de micro-blogging bien connu, a été rapidement bâti pour rappeler ce mur de la honte. Le "silence" de l'UMP fut "coupable", expliquait Françoise Fressoz, du Monde.

5.  Ce débat a permis d'identifier quelques autres personnalités de droite, plus dignes, plus aptes au dialogue, plus ouvertes à l'évolution des moeurs. Il y avait Bruno Le Maire (UMP) ou Yves Jego (UDI) pour s'indigner de la proximité frontiste et/ou outrancière. Il y avait Aurore Bergé, candidate UMP aux municipales quelque part dans les Yvelines et soutien de Valérie Pécresse dans le coin.

6. Le mariage homosexuel a mobilisé contre lui la hiérarchie catholique, et seulement elle parmi toutes les religions. D'autres religions, quoique opposées, sont restées plus discrètes, considérant sans doute que la loi civile n'était pas leur affaire.Cette implication des hiérarques catholiques - Monseigneur Barbarin en tête - a choqué. Ces gens-là sont sortis de la distance nécessaire qu'implique le respect de la séparation de l'Etat et de l'Eglise. Ces gens-là ont considéré que les "racines chrétiennes" de la France leur autorisaient cette prise de parole politique plus que de raison, plus que toute autre religion.
"Alors que l'ordre de dispersion avait été donné à plusieurs reprises, quatre religieux en soutane, emmenés par l'abbé Beauvais de l'Eglise intégriste de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, avaient entonné une chanson à quelques mètres des forces de l'ordre, rapidement reprise par une centaine de manifestants, selon une journaliste de l'AFP. A l'Assemblée, la Taubira a décidé d'assassiner les enfants du pays réel", chantaient-ils notamment, ou "Messieurs les CRS, rejoignez notre mouvement et matraquez les décadents", avant de pousser la foule à scander: "Taubira, tête de rat".
Agé de 52 ans, le prêtre sera jugé à une date qui n'a pas été précisée pour "violences sur fonctionnaire de police", selon une source judiciaire. Le mineur interpellé en même temps comparaîtra pour le même délit." Source: AFP/Le Point

7. On a reproché à Hollande de n'être pas allé assez vite. Ce fut un reproche porté également dans ces colonnes. Hollande aurait du annoncé rapidement la couleur, ce sera le mariage homosexuel et rien d'autre. Mais le problème est plus général. Depuis le 6 mai 2012, Hollande s'est posé en rassembleur, au-dessus des partis. Près d'un an après sa victoire, le premier constat que j'en tire est que le pays n'est pas rassemblé, ne peut être rassemblé, ne sera pas rassemblé. Appelez-cela une victoire posthume de sarkozysme. Qu'importe...

Il faut donc davantage incarner les décisions, assumer le clivage qu'elles portent, puisque certains, à droite comme à gauche, ne comprennent que cette forme primitive du débat politique.

Pour l'heure, on ne peut que souhaiter un retour au calme.

C'est fait, ça y est. Le vote est pour maintenant, ce mardi 23 avril 2013, dans quelques heures. Comme ailleurs, dans d'autres démocraties.

La loi du mariage pour tous est votée, enfin.

22 avril 2013

Changement: l'austérité qui fait perdre le Triple A

En quelques jours, les programmes d'austérité budgétaire ont encore pris du plomb dans l'aile.

Même en France, quelques signes discrets confirment que le pragmatisme est à l'oeuvre, n'en déplaisent à des critiques trop virulentes.

Vendredi, l'agence FITCH conclu la séquence de la semaine par une formidable décision. Elle suit sa consoeur Moody's avec quelques semaines de retard pour retirer à son tour le fameux Triple A au Royaume Uni. Les explications sont fameuses, les résultats incroyables.

Fitch Ratings a dégradé, vendredi soir, la note de crédit de la Grande-Bretagne, "en raison de la dégradation de sa situation économique qui l’a amenée à revoir en hausse ses prévisions en matière de dettes publiques." David Cameron n'avait pas fini d'honorer la mémoire de Margareth Thatcher, sa mentor politique décédée voici 8 jours, qu'il devait se rendre à l'évidence: son austérité libérale, presque aussi brutale qu'en Grèce ou en Espagne, ne marche pas. Il avait promis de limiter l'endettement public à 97% du PIB, mais Fitch, comme hier Moody's, n'y croit plus: l'agence prévoit que la dette publique britannique ira donc jusqu'à 101% du produit intérieur brut en 2015-2016. Quelle catastrophe !

Les Britanniques sont stoïques, mais pour combien de temps ?

La même semaine, une autre affaire, une véritable imposture, fit grand bruit dans les milieux autorisés. Pour justifier du nécessaire apurement des comptes publics,  le FMI se servait de multiples études dont une plus fameuse que les autres qui, la semaine dernière, fut démontée en bonne et due forme. Ces faussaires de l'économie, comme les appelle Hervé Narthan dans sa dernière chronique pour Marianne.net, promettaient qu'un Etat endetté à plus de 90% de son PIB annuel impactait négativement la croissance de son pays. Il y avait une erreur de calculs dans les simulations des deux professeurs de Harvard à l'origine de la "preuve". Corrigée, l'étude donne en fait le résultat inverse qu'espéré par le FMI: " en moyenne de longue période, les pays ayant une dette égale ou supérieure à 90% du PIB connaissent une croissance de 2,2%. On peut aussi conclure plus simplement que des pays dont la croissance est basse ont une dette publique forte, et non l’inverse !"

Sans rire...

En Italie, le pays s'est doté douloureusement d'un nouveau président de la République, élu au suffrage indirect par l'improbable non-majorité parlementaire issue des urnes en février dernier. Résultat, c'est l'ancien titulaire, 87 ans, qui fut réélu faute de mieux. Il n'était même pas candidat. L'épisode Mario Monti se termine dans la honte, avec cette élection soutenue par les partisans du Parti Démocrate (gauche) et de Silvio Berlusconi.

Là aussi, l'austérité mène à la ruine, cette fois-ci politique.

En France, Louis Gallois, Commissaire général à l'investissement s'inquiète aussi de l'impact des politiques d'austérité en Europe. Cet homme a donné son nom à un rapport sur la compétitivité qui fait horreur dans les/nos cercles gauchistes. Quelques mois plus tard, le voici qu'il donne quelque signe du changement de perspective à l'oeuvre quelque part entre l'Elysée et Matignon. S'il ne remet pas en cause l'objectif de redressement des comptes en France, il livre trois axes de croissance qui confirment qu'un changement s'est opéré à la tête de l'Etat: il faut "desserrer les calendriers de retour aux équilibres", avoir "une politique plus accommodante de la Banque centrale européenne" et utiliser les "capacités de croissance" des pays en excédent (l'Allemagne).

Peut-être avait-il également lu l'avis du tout nouveau Conseil citoyen des finances publiques, constitué par les Economistes atterrés, Attac et la Fondation Copernic. Il s'est constitué en réplique ou riposte aux Haut Conseil des Finances Publiques, une nouvelle autorité installée l'été dernier par l'équipe Hollande pour "garantir" la bonne justesse des prévisions économiques du gouvernement après 5 années de bidouillage sarkozystes. Ce conseil alternatif note combien le Haut Conseil insiste sur la mauvaise séquence économique en cours: "Cette récession conduit à une réduction des recettes fiscales qui a pour conséquence de rendre encore plus difficile la réduction des déficits que l'austérité était censée favoriser, justifiant ainsi un nouveau tour de vis, qui aggrave  la situation, etc." écrivait-il deux jours avant. Et d'ajouter: "Cette spirale mortifère est en train de toucher peu ou prou tous les pays européens, avec pour conséquence une destruction du « modèle social européen » et une paupérisation des populations."

En France, répétons-le, l'austérité n'est pas là, loin de là. Sauf à confondre 10 ou 20 milliards d'euros de hausse d'impôts avec un coup de massue fiscal, et la stabilisation des effectifs de la fonction publique avec une privatisation généralisée. Mais la relance non plus. Nous avions cru un temps qu'une relance européenne se dessinerait. Il n'en fut rien.

En septembre dernier, Hollande n'est pas parvenu à renégocier le traité européen. "Il l'avait promiiiiiiis" enragent encore certains de ces opposants. En fin d'année, les gouvernements de l'Union, majoritairement à droite et libéraux, ont enterré toute perspective en réduisant le budget quinquennal à venir.

Devant la nouvelle dégradation économique en Europe, l'équipe Hollande se révèle finalement et tout simplement ... pragmatique. 

L'objectif d'équilibre budgétaire est enterré, celui des 3% à la fin de l'année également. Mais on en le crie pas trop fort, de peur de heurter le voisin germanique. Pierre Moscovici l'a confirmé pourtant mercredi dernier en publiant le "programme de stabilité" pour les années à venir en Conseil des ministres mercredi dernier.

Ce n'est pas la gabegie, ni l'austérité, juste un voie de passage.

L'objectif des 3% est décalé d'un an.

C'est déjà ça.






NOTE: UTYPNR96NETR

20 avril 2013

311ème semaine politique: allo ? C'est le grand soir ?


Nicolas Sarkozy créait des diversions.

François Hollande les subit.
 
Ainsi l'affaire Cahuzac. Certains, de mauvaise foi ou d'intelligence politique minorée, doutent encore qu'Hollande n'ait découvert la fraude de son ministre que trop tard. Qui peut croire qu'Hollande aurait eu un intérêt à nommer puis maintenir un socialiste, de surcroît strauss-kahnien, dans tel contexte ? Lundi, les ministres se prêtent au jeu de la transparence des patrimoines. Tout est publié sur le site du gouvernement. Une certaine twittosphère s'emballe, ricane et s'amuse;  quelques "journalistes assis" décortiquent et commentent. C'est une nouvelle écume, une agitation hors norme pour un sujet anecdotique, un nouvel effondrement de la crédibilité médiatique. Cette transparence, courante en Europe, ne méritait pas tant. Plus intéressant est l'analyse du Monde sur les pratiques de la banque UBS et les 353 riches français qu'elle aurait tenté de motiver à l'exil. Plus sérieuse est la lutte contre la fraude fiscale, ses moyens et ses limites. Plus politique est la réforme fiscale - renvoyée sine die pour cause de récession à l'automne. Plus ambitieuse est cette idée à creuser d'une confiscation partielle des avoirs bancaires étrangers plutôt qu'une austérité malheureuse.

Mardi, ledit Cahuzac se livre à un bel exercice de télé-réalité, confessions intimes sur BFM et démission de l'Assemblée. Il manque la larme ou la voix étranglée par les sanglots du remord. Le journaliste Jean-François Aqili a le regard compatissant et le dos droit comme un Mireille Dumas au masculin. L'exercice est aussi pathétique et trouble encore le débat politique.

Jean-Marc Ayrault répond en souffrance à ces diversions, comme devant l'un des intervieweurs matinaux, Patrick Cohen. On le sent fatigué. Il lance quelques incantations au besoin de réforme, "sans clivage ni violence". L'homme a pris plus que son lot de critiques.

La violence est dans la rue.

Quelques excités fascisants se saisissent de l'adoption de la loi sur le mariage homosexuel pour "casser du pédé" (ou du journalistes) un peu partout en France. Nos flashes d'actualité sont inondés de ce spectacle pitoyable et violent. Pas un jour depuis des semaines sans que l'on tende le micro et la caméra pour recueillir d'improbables témoignages de quelques activistes braillards qui n'avaient rien dire contre les expulsions de sans-papiers, les chômeurs qui s'immolent, les pauvres qui s'entassent aux Restos du Coeur.

Ce printemps français agite une minorité d'extrémistes qui effraient jusqu'à l'UMP.  Quelques ténors de la droite comprennent le danger du boomerang. L'UMP se transforme en Tea-Party. Mais à l'Assemblée, pour ces dernières heures d'un débat qui n'a que trop durer, quelques députés jouent les prolongations pour des séances honteuses. L'un accuse le gouvernement de tenter "d'assassiner les enfants" avec cette loi. Un autre, le lendemain, brandi une ballerine dans l'hémicycle pour "prouver" que les manifestants anti-mariage gay n'étaient que de jeunes pacifistes bien éduqués. Un troisième, enragé par une grimace de l'un des collaborateurs de la Garde des Sceaux, hurle et menace jusqu'au poing: "ce n'est pas le lobby LGBT qui gouverne !"

Qu'on en finisse. Vendredi, la loi est votée, définitivement.

La non-violence, fut-elle verbale, ne paye pas en période de crise. Quelle différence de traitement entre un Sarkozy agité et un Hollande bonhomme ? Aucune, sinon pire. La presse que Sarkozy jugeait de gauche et outrancièrement hostile fait du Hollande-Bashing depuis l'été dernier. Sans clivage ni violence, Hollande suit sa ligne de crête impossible. "Il faut qu'il fasse quelque chose. Il faut qu'il bouge" confie un proche, anonyme, au Monde.

En France, l'éparpillement politique explique la virulence des critiques. Contre Hollande, personne ne rassemble. D'obscurs sondages refont le match, sans que la chose n'ait quelque sens. A droite, ni François Fillon ni Jean-François Copé n'a profité de cette première année d'opposition pour émerger. Le premier est jugé trouillard ou faible. Le second fieffé tricheur et aux multiples conflits d'intérêt. Alors certains allument encore des cierges pour le retour de l'ancien Monarque. Le Front de Gauche tente de creuser un sillon qui effraye un centre en cours de fragile reconstitution.

Mardi, on enterre Thatcher, physiquement, réellement. L'ancienne première ministre britannique, décédée voici 10 jours, a droit aux honneurs du Royaume reconnaissant, protégée de quelque 4.000 policiers. Car certains, heureusement, n'ont pas cette mémoire si courte qui permet à d'autres de réécrire l'histoire aussi vite qu'elle se déroule. Thatcher fut un drame social et sanitaire outre-Manche.

En France, coïncidence de l'histoire, une nouvelle séquence de TINA(*), ce feuilleton économique d'il-n'y-a-pas-d'autres-politiques reprend à la faveur de fuites dans la presse sur les nouvelles prévisions de croissance de la France cette année. Le Haut Conseil des Finances Publiques prévient que le pays risque la récession (sans rire ?); le FMI ajoute que cette dernière est quasi-certaine. Du coup, nos éditocrates favoris renchérissent: mais comment donc tenir l'objectif d'équilibre des comptes dans 4 ans ? On aurait pu croire qu'ils se préoccupaient davantage du chômage. On aurait pu, mais il ne fallait pas. Le lendemain, Pierre Moscovici livre une première réponse: l'objectif d'équilibre est ... enterré. Mais officiellement, la rupture budgétaire n'est pas pour aujourd'hui.

"Nous avons une dette invraisemblable" rappelle Hollande à ses ministres en plein conseil.

Il faudra mieux, d'autant que l'une des plus fameuses études économiques servie en exemple par le FMI voire Bruxelles pour justifier l'austérité a été fusillée: les savants calculs de deux économistes américains de Harvard, par ailleurs anciens cadres du FMI, qui "prouvaient" que l'endettement public affectait la croissance, étaient ... faux. Fichtre !
L'autre actualité judiciaire concernant l'ex-clan sarkozyste. L'ancien monarque est visé par une nouvelle instruction, sur le financement éventuel de sa campagne présidentielle de 2007 par la Libye. C'était l'un de feuilletons du précédent quinquennat. Le parquet de Paris a ouvert une information contre X pour "corruption active et passive", "trafic d'influence", "faux et usage de faux", "abus de biens sociaux", "blanchiment, complicité et recel de ces délits". Rien que ça...


Et Christine Lagarde, actuelle directrice du FMI devra s'expliquer à la fin du mois de mai devant la Cour de Justice de la République sur la procédure arbitrale qui permis à Bernard Tapie de remporter quelque 450 millions d'euros dans son litige contre l'ancien Crédit Lyonnais.

On attend la réaction d'Henri Guaino, si prompt à fustiger l'institution judiciaire quand elle s'attaque à son son mentor déchu.

A suivre...









Crédit illustration: DoZone Parody

(*) There Is No Alternative


19 avril 2013

Mariage pour tous: les derniers soubresauts anecdotiques





Hollande et Valls débarquent à l'improviste à Roissy "inspecter" le dispositif Vigipirate sur le terrain. Le double attentat, lundi soir, à Boston, n'est y pas pour rien dans la démarche. Du temps de Sarkofrance, notre ancien monarque et ses ministres de l'intérieur successifs adoraient déclencher quelques arrestations d'islamistes présumés, ou nous effrayer d'alertes d'attentats imminents sur les ondes radiophoniques. Cette fois-ci, le jeu y ressemble mais la visite est plus calme. Il s'agissait de montrer qu'ils étaient là.


La Vème République entraine Hollande à personnaliser davantage son action. Jean-Marc Ayrault gouverne davantage que Fillon ne l'a jamais fait en 5 années de sado-masochisme sarkozyen. Mais la période use et abuse, nonobstant les couacs et erreurs du premier ministre lui-même depuis son entrée en fonction. Son exercice radiophonique cette semaine, mercredi matin sur France inter, fut à cet égard mitigé. Ayrault tenta d'affirmer sa détermination, pour invoquer ensuite la spécificité des réformes économiques qu'il menait - "sans clivage ni violence".

Bal tragique à l'Assemblée
Pourtant, à l'Assemblée le même jour, le spectacle est, à l'inverse,  tout en ébullition et dérapages. Quelques UMPistes survitaminés dérapèrent joliment sur la dernière lecture du projet de loi sur le mariage pour tous. Ainsi le député UMP Philippe Cochet qualifia-t-il d'"ignominieux" le comportement des ministres. Pour enchainer ensuite sur pire: "Vous êtes en train d'assassiner des enfants".

"Assassiner" ? Le député s'excuse quelques instants plus tard.

Qu'avaient donc fait nos ministres pour provoquer pareil débordement ? Christiane Taubira avait lâché quelques citations. Et une leçon, simple et pourtant apaisante: «Avec le temps, celles et ceux qui n'osent pas aujourd'hui entrer dans ce texte pour être confronté-e-s à la vérité de ce texte, réussiront à se poser. Dans l'apaisement, ils consentiront à ces autres qui ne les privent de rien et qui demeurent leurs frères et sœur en citoyenneté. Nul n'affirme son humanité au détriment d'autrui. Nul ne peut ouvrir son avenir en brouillant celui des autres».


Débat à l'Assemblée : "Vous êtes en train d... par lemondefr 
 
La France est crispée. Mais l'attention est divertie vers des crispations anecdotiques. Après la pathétique confession télévisuelle de Jérôme Cahuzac qui agita mardi le landernau, voici que les activistes les plus violents, dans les tribunes ou dans la rue, contre le mariage pour tous attirent regards et commentaires. Leur crispation est pourtant anecdotique même si elle est donc violente.

Réacs anecdotiques
Comment qualifier autrement cette agitation qui saisit une fraction ultra-minoritaire du pays  ? Anecdotique. Que des centaines de milliers d'opposants manifestent, heureusement dans le calme pour leur plus grande majorité est une chose. Mais ce n'est plus de cela dont il s'agit. Avec les outrances verbales, il y a aussi la violence, comme mardi soir à Paris. Les manifestants prétendument pacifistes balancent pierres et bouteilles contre les CRS. Deux journalistes sont agressés par quelques sbires d'extrême droite. A Lille, un bar gay est attaqué. A Lyon, des "Jeunes nationalistes", marionnettes réacs mais dangereuses, déboulent dans une permanence locale du parti socialiste aux cris de "La France aux Français bleu-blanc-rouge"

On nous abreuve et nous abuse de ces images d'excités anti-mariage gay. Le Monde, habituellement plus calme et distant, offrait une double page de tribunes pour débattre de la "radicalisation à droite" ce jeudi 18 avril. On pouvait y lire Béatrice Bourges, porte-parole spontanée de l'horrible Printemps Français expliquer que les #ManifPourTous était "une révolte d'avant-garde", une "insurrection des consciences". On nous décrit quelques portraits de ces hurluberlus réactionnaires à longueur d'articles comme s'ils étaient les héritiers d'une nouvelle révolte.

Où étaient-ils quand un chômeur s'immola devant une agence de Pôle Emploi en février dernier ?

Où étaient-ils ?

18 avril 2013

TINA: y-aura-t-il suffisamment de croissance à Noël ?


Connaissez-vous TINA ?

Bien sûr que vous la connaissez. Elle est partout. Parfois chez nous, chez vous. TINA est ce réflexe qui nous étreint quand tout semble impossible. TINA est ce prénom qui résume notre incapacité individuelle ou collective à sortir du cadre. TINA est aussi un slogan que l'on jette à la figure de l'adversaire quand on peine à trouver soi-même une argumentation plus forte. TINA est une horreur de faux-débat.
TINA, There Is No Alternative.
Il n'y a pas d'alternative. 
C'était un slogan de Margareth Thatcher, enfin enterrée hier quelque part en Angleterre, protégée par 4.000 policiers. Certains Britanniques, nombreux, ont de la mémoire.

Justement, en quelques heures, trois jours à peine, nous eûmes un nouvel épisode de la série TINA si médiatique, sur un sujet adéquat, les prévisions de croissance.

Le jeu de Mme Irma
La séquence débute vendredi quand de mauvaises prévisions de croissance du Haut Conseil des Finances Publiques, une énième autorité indépendante constituée par l'équipe Hollande, sont fuitées par les Echos. Patratas ! Nos "Sages" seraient plus pessimistes que le gouvernement français sur l'évolution prochaine de notre production nationale.

Mardi, on poursuit: le Haut Conseil rabaisse effectivement mais modestement les ambitions gouvernementales: «un léger recul du PIB en 2013 et une croissance sensiblement inférieure à 1,2% en 2014 ne peuvent être exclus». Car, explique-t-il: «Le scénario pour les années 2013 et 2014 est entouré d’un certain nombre d’aléas qui, dans leur ensemble, font peser un risque à la baisse sur les prévisions»

Puis le FMI dirigé par Christine Lagarde, l'ancienne ministre des Finances de Nicolas Sarkozy, ajoute sa pierre à l'édifice: il penche pour une récession cette année, -0,1% du PIB par rapport à 2012, puis une maigre croissance limitée à 0,9% en 2014.

Aussitôt, le jeu démarre. La nouvelle, un peu occultée par la confession télévisée de Jérôme Cahuzac sur BFMTV, est archi-commentée, et tourne en boucle dans l'espace médiatique. Comment la France construira-t-elle son plan de retour à l'équilibre des comptes si ses prévisions initiales, à savoir une hausse du PIB de 0,1 % cette année puis de 1,2 % en 2014, sont remises en cause. Un prétendu expert de l'UMP, le sénateur Philippe Marini, supporteur de la quasi-totalité des budgets sarkozyens qui crevèrent tous les plafonds du déficit et de l'endettement, exhorte le gouvernement à détailler ses pistes d'économies budgétaires. Le gars n'avait pas autant d'enthousiasme critique quand son candidat à la réélection livrait benoitement, voici un an, qu'il redresserait les comptes qu'il avait plombé avec 45 milliards d'effort budgétaire non identifié. Mais passons... Il fallait bien que quelqu'un s'agite trop tôt, c'est chose faite. Car il est évident que l'étape budgétaire sera franchie - chaque année, ce pays se dote d'une loi de finances à l'automne qui justement donne la réponse finale à ces aternoiements.

Le report de l'équilibre
Mercredi, le Conseil des ministres est l'occasion forcée donnée à Pierre Moscovici pour dévoiler comment il retient ces nouvelles hypothèses devenues nouvelles contraintes. Car n'oublions pas l'essentiel: ce ramdam nait d'une agitation de statisticiens. On détaille l'enchevêtrement des prévisions: la consommation des ménages, l'investissement des entreprises, la progression des salaires. On découvre, au passage, quelques jolies surprises qui interrogent: le Haut Conseil estime ainsi que les salaires devraient globalement progresser de 1,9% cette année, puis 2,4% en 2014. Allo, Mme Irma ?

Mercredi donc, Mosco prévient: la France aspire officiellement à réduire son déficit budgétaire à 0,7% du PIB dans 4 ans. "L'objectif du gouvernement est toujours de revenir à l'équilibre structurel d'ici à 2017, de parvenir à la croissance la plus forte possible, de réussir à inverser la courbe du chômage dès la fin de l'année 2013." Mais le syndrome TINA agit encore: "la France renonce à l'équilibre budgétaire pour 2017" titre le site de francetélévisions. Au moins sentions-nous un peu de moqueries dans l'affirmation.

La France, officiellement, demande "à ses partenaires européens de repousser l'objectif de déficit public sous les 3% de 2013 à 2014". C'est heureux, indispensable, évident. A gauche, certains réclament le

Et voici, c'était fait. TINA était à l'oeuvre. Le débat politico-médiatique du moment se fige sur cette problématique de dixièmes de point de croissance et d'un  programme de stabilité européen. Car TINA a sa novlangue. La déstabilisation sociale à l'oeuvre dans une fraction de l'Europe s'appelle "programme de stabilité".

Que retenir de cette séquence ?

Avec les mêmes prémisses - y-aura-t-il suffisamment de croissance à Noël ? - le débat aurait pu se concentrer sur l'emploi et non seulement nos indispensables comptes. Quelle meilleure croissance pour l'emploi ? Pourquoi cette question n'est jamais posée ?

Il faut reconnaître que le débat expulse facilement les voix discordantes. Les positions du Parti de Gauche, trop incarnées par Jean-Luc Mélenchon, deviennent des postures de combat. Nulle place à l'argumentation ni au débat. Il s'agit, dans l'éditocratie donc dominante, d'effacer en assimilant les "extrêmes", de diaboliser rapidement pour évacuer aussi rapidement. Ecouter ces "extrêmes" permettrait pourtant de comprendre les alternatives, leur valeur, leur "soutenabilité".

Mais cette question n'est jamais posée comme cela.

Margareth Thatcher a pourtant été enterrée hier. 









(Crédit illustration)