3 avril 2013

Hollande: dissoudre l'Assemblée nationale ou le gouvernement ?


Il fallait tout entendre, et pire encore. Et pourtant, il faudrait tenir un cap.

Jusqu'où faut-il remettre les compteurs à zéro ?

1. La déflagration a fait disparaître Jérôme Cahuzac: démission du gouvernement, aveux chez les juges, exclusion du Parti socialiste. Resteront ses mandats locaux à "récupérer" et l'homme aura donc effectivement disparu de la vie publique.

2. Pour l'équipe Hollande, la déflagration est aussi immense à en croire la presse, les opposants au gouvernement, et le choc chez ses supporteurs. L'affaire ne change rien au chômage ni à la précarisation de la société ni à la guerre au Mali. Il y a même fort à parier que les dégâts ne sont "que" politiques, comme à l'époque l'affaire Woerth ou le Karachigate. Le scandale affectera sans doute le redressement partiel ou total des comptes publics puisque d'aucuns retiendront que l'ancien maître d'oeuvre de la rigueur en cours était un fraudeur fiscal. En son temps, Nicolas Sarkozy n'avait pas compris qu'Eric Woerth était devenu un passif pour son action politique: quatre trop longues semaines pour évoquer publiquement l'affaire, un combat clandestin pour empêcher les révélations dans la presse, 6 mois pour démissionner son ministre, l'affaire fut un fiasco.

3. A midi et trente cinq minutes, François Hollande a parlé très brièvement depuis l'Elysée, pour annoncer trois décisions: une réforme de la Justice pour mieux assurer son indépendance (une loi en juillet); un renforcement des contrôles des conflits d'intérêt et notamment du patrimoine (au-delà de la simple déclaration actuelle, donc), et la privation de tous mandats publics pour les élus convaincus de fraude notamment fiscale. Le président évoque un outrage fait à la République.

De mémoire d'électeur, quel président de la République ou chef de majorité a prononcé des mots aussi légitimes et aussi durs à l'encontre de quelqu'un qui siégeait encore voici 15 jours à son Conseil des ministres ?

Après le communiqué sec et définitif de la veille, l'exécution politique est cette fois-ci orale et publique. Des confrères espéraient un appel renouvelé à la lutte contre la fraude fiscale, avec embauche et formation d'inspecteurs du fisc. Cette annonce n'a pas eu lieu.

3. Il y a des appels au changement radical. Le terme a presque autant de sens que de porte-paroles. Il faudrait changer les hommes (et les femmes). Le gouvernement et les députés, la classe politique dans son ensemble ou pire encore. Les envies d'épuration sont aussi nombreuses que si nous sortions d'une dictature impitoyable.

Par lassitude ou par stupeur, nous pourrions souhaiter la dissolution de l'Assemblée nationale. Il y a plusieurs raisons objectives à cela.

- Il n'est pas sûr qu'un simple remaniement gouvernemental change grand chose à l'exaspération ou à la virulence des critiques. Franchement, qui a envie que ce gouvernement réussisse parmi les opposants ?

- L'équipe Hollande nous est présentée comme rincée; tous les sondages (horreur!) promettent, assurent et garantissent qu'elle ne dispose plus du soutien majoritaire de l'électorat. On imagine donc qu'il faudrait renouveler, quitte à provoquer une alternance précipitée.

- Les "solutions" au redressement du pays semblent si nombreuses à l'extérieur du gouvernement et de sa majorité qu'on ne résistera pas longtemps à l'envie de les voir proposées, détaillées et mises en application. Allez, chiche... débrouillez-vous, pourrait-on être tentés de répondre.

Alors, ... chiche ?

Non, la dissolution n'aura pas lieu. Les plus virulents partisans d'un coup de balai général ne la souhaitent eux-même sans doute pas. C'est la première raison. Mardi midi, il n'y avait que Marine Le Pen, sans surprise, pour réclamer une dissolution. Mais l'extrême droite devrait craindre de solidifier un nouveau front contre elle. Nous n'invoquerons pas le fameux "chantage au vote utile". Nous laisserons chacun juger de sa responsabilité.

La droite classique est en ruine, démembrée entre l'UMP déchirée et l'UDI balbutiante. Et à "gauche de la gauche", qui croit à une victoire électorale si des élections avaient lieu aujourd'hui ? Où sont les indices d'une popularité suffisante pour espérer gagner ? Nous serions donc curieux de savoir si le front de Gauche aussi aimerait cette dissolution de l'Assemblée.

Il est aussi difficile d'envisager que François Hollande ait envie de prendre ce risque. S'il dissolvait l'Assemblée, nous pourrions lui reprocher de ne pas assumer, de se défiler, de fuir la difficulté. Il y a fort à parier que le parti socialiste et ses alliés perdraient la majorité de l'Assemblée. Une telle dissolution ressemblerait au coup chiraquien de 1997, un sabordage sans doute plus assumé mais quasiment inévitable.

Reprenons la question: jusqu'où et comment remettre les compteurs à zéro ? Jusqu'où voulez-vous dissoudre l'actuelle réalité politique ?

Il n'y a pas de réponse. Il faut reprendre le cours de l'action politique sur la longueur nécessaire, éviter de courir contre le buzz, résister aux chamailleries, ne pas les provoquer. Il faut aussi, et surtout, quelques signaux forts pour éviter l'accumulation inefficace des signaux faibles.

La République irréprochable n'abdique pas devant ce genre de difficultés.






18 commentaires:

  1. Hollande ou un autre n'est pas le problème. Les difficultés que nous rencontrons ne sont pas d'ordre personnel, même si Hollande est moins pire que Sarkozy. Mais d'ordre structurel. Sous-tendu par une logique civilisationnelle cet ordre arrive en bout de course. Il sera certainement très difficile de reprendre un nouveau souffle, d'impulser un nouvel élan. Ce n'est pas du pouvoir d'un individu ni même d'un parti ou d'un pays, mondialisation oblige ! Des recompositions devront intervenir dans des proportions et sous des formes dont nul ne peut prédire ce qu'elles seront.

    En attendant il faut continuer à gérer les affaires courantes. Mais ne nous demandez pas davantage ... Ne nous demandez pas de créditer Hollande d'un quelconque pouvoir de changement à la hauteur des enjeux historiques de moyen terme. Qui ont à voir avec la fin des grands récits et la post-modernité, qui n'est que le terminus de la modernité !

    D'aucuns disent que la crise c'est quand l'ancien n'arrive pas à mourir et le nouveau ne parvient pas à naître !

    Donc Hollande est là, en charge des affaires ... jusqu'à nouvel ordre !

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  2. "une réforme de la Justice pour mieux assurer son indépendance (une loi en juillet); un renforcement des contrôles des conflits d'intérêt et notamment du patrimoine (au-delà de la simple déclaration actuelle, donc), et la privation de tous mandats publics pour les élus convaincus de fraude notamment fiscale."
    Ah, le ton grave et presque martial. Ces conneries, c'est terminé mes gaillards ! La République a été outragée.
    Mandieu, quelle emphase, voilà bien longtemps que la République est outragée et tous les jours. Sans que cela n'émeuve plus personne. Il aura donc fallu qu'un ministre du budget ait un compte bancaire planqué en Suisse et/ou Singapour pour saper la République ? Mais quel pathos !
    Il sera néanmoins fort amusant et édifiant de découvrir comment le gouvernement va s'en sortir dans la rédaction de ces projets de loi et de les voir passer à la moulinette du parlement. Découvrir les nombreux amendements qui viendront en atténuer les effets et conséquences et le nom de leurs auteurs.
    En attendant Cahuzac ira t-il sièger à l'Assemblée comme l'autorise la loi ?
    Sans doute une de celle qui outrage un peu aussi la République.

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  3. "Des confrères espéraient un appel renouvelé à la lutte contre la fraude fiscale, avec embauche et formation d'inspecteurs du fisc. Cette annonce n'a pas eu lieu. "

    Et c'est dommage: la loi n'a jamais empêché les délinquants d'agir, tout au plus permet-elle de les condamner quand il se font prendre. Encore faut-il les prendre, et c'est là où l'existence d'un service bien organisé de lutte contre la délinquance prends son sens.

    Sarkozy a passé dix ans à démanteler le système légal de lutte contre la délinquance en col blanc et à désorganiser la police et les services secrets. On pourrait espérer que Hollande s'applique à réparer ces destructions, mais, là aussi, comme pour la réforme fiscale d'ampleur -sabotée par... cahuzac- il ne fait rien. Dommage. Ce n'est pas Copé qui le fera en 2017.

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  4. Voilà ce que disait le premier président de la cinquième république:
    « Lorsque les élites, les dirigeants, les responsables, s’abandonnent à la trahison ou même au lâche attentisme, c’est au peuple, aux hommes et aux femmes qui le composent, qu’il revient de prendre en main les intérêts supérieur du pays et de préparer l’avenir en fondant un nouveau régime assurant à tous la liberté, la sécurité, la dignité. Ces hommes et ces femmes constituent la France » (Général Charles de Gaulle). Je pense que ces propos sont de circonstance.

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  5. Cette pauvre assemblée n'a rien fait. Pourquoi la dissoudre ?

    En revanche, un remaniement avec un bon coup de barre à gauche (un BON coup, hein)...ça, ce serait pas mal.

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  6. En revanche, un remaniement avec un bon coup de barre à gauche (un BON coup, hein)...ça, ce serait pas mal.

    180° à gauche et hop on a JLM ou MLP aux commandes
    qu'est ce qu'on y gagne ?

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  7. @bobcestmoi : erreur mathématique 180° à gauche ç'a donne l'UMP !!! même chose si on fait 180° à droite. Pour avoir Mélanchon il faut 90° à gauche, mais si on fait 95 ou 100° à gauche on a Le Pen.

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  8. @LR34 : peux tu situer cette déclaration, si c'est pendant ses mandats, on peut se demander à qui De Gaulle faisait allusion, si c'est au cours de la guerre de 39-45 c'est certainement à l'attitude de Pétain et ses suiveurs qu'il faisait allusion et là l'affaire Cahuzac n'est pas de ce niveau, même si c'est très grave politiquement.

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  9. Justice a dit ....

    - Chiche ?
    - ouais, mais ça va être Rock n Roll.

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  10. D'accord avec Delaume : pas besoin de toucher au Parlement. Je crois que la motion 3 propose déjà un compromis de gouvernement en mesure de réunir la gauche. Et c'est bien la dernière cartouche qu'on ait. Que chacun prenne ses responsabilités.

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  11. Une dissolution, ce n'est vraiment pas le moment, mais dégager tous ceux qui sont corrompus, impliqués ou ont couvert d'une manière ou d'une autre, c'est plus que nécessaire.
    Et cela pourrait bien concerner Moscovici à ce que je comprends dans mes dernières lectures.

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  12. Dissoudre la gauche libérale , voilà la seule solution .

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  14. En cette période où on s'apprête à sacrifier le droit du travail, à entrer en récession et demander des sacrifices toujours plus grands aux français, ce gouvernement n'est pas crédible. Il faut un remaniement conséquent. Au minimum, Mosco et Valls, impliqués dans l'affaire Cahuzac doivent partir. Mais c'est loin d'être suffisant.
    Seule une recomposition de la majorité vers sa gauche, en rupture avec le merkelisme, pourra faire sortir la France du trou. J'avais failli écrire "du tunnel", mais un tunnel a une sortie, à la différence de la situation dans laquelle Hollande enfonce le pays.

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  15. Quelle surprise de voir que ceux qui voulaient un remaniement et un changement de politique avant les aveux de Cahuzac veulent un remaniement et un changement de politique après. Quelle hypocrisie!

    Soyons honnête, la surprise ne vient pas du fait que cahuzac ait eu un compte en Suisse mais qu'il ait avoué en avoir eu un.

    Pour que tout le monde se calme, je proposerais bien un contrôle fiscal obligatoire pour les ministres mais aussi à tous les députés et sénateurs.

    Je suis sûre que cela en calmerait certains.

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  16. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  17. C'est fou! Le figaro annonce une perte record de la CDC (http://www.lefigaro.fr/societes/2013/04/04/20005-20130404ARTFIG00443-la-caisse-des-depots-en-perte.php).
    La pravda en a oublié la cause (http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/pour-une-fois-sarkozy-a-vraiment-54672).
    Après tout c'est la faute à François Hollande

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  18. HOLLANDE SAVAIT : différentes sources d'infos & d'investigations s'accordent pour affirmer que le Monarque savait. Comme il savait pour STRAUSS-KHAN, comme il savait pour BANON.
    En outre, il semblerait que MOSCOVICI ait pataugé dans des initiatives pas claires au début de l'affaire (en janvier).
    Un remaniement ministériel ne sert à rien. Le malaise, il est au sommet de l'Etat.
    Je dis ça, je dis rien. Mais je ne me réjoui pas de cette situation.

    Dans qlq années, on verra bien que l'anaphore du 2 mai 2012 : "MOI PRESIDENT" a été la plus grande duperie de la Vè république...

    Mais je m’interroge : et si l’affaire CAHUZAC et la série hallucinante des couacs ministériels (ou les ministres se contredisent) avaient la même raison : un déficit d’autorité et de clarté, au sommet de l’état ?
    Ex : il y a qlq jours, quand le Président, lors de sa dernière intervention télévisée, découvre que l’espérance de vie augmente, et qu’en conséquence la durée de cotisation doit elle aussi augmentée, et que dans le même temps temps, son PM dit que l’âge légal de la retraite ne bougera pas ???
    Comprenne qui pourra !

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