18 avril 2013

TINA: y-aura-t-il suffisamment de croissance à Noël ?


Connaissez-vous TINA ?

Bien sûr que vous la connaissez. Elle est partout. Parfois chez nous, chez vous. TINA est ce réflexe qui nous étreint quand tout semble impossible. TINA est ce prénom qui résume notre incapacité individuelle ou collective à sortir du cadre. TINA est aussi un slogan que l'on jette à la figure de l'adversaire quand on peine à trouver soi-même une argumentation plus forte. TINA est une horreur de faux-débat.
TINA, There Is No Alternative.
Il n'y a pas d'alternative. 
C'était un slogan de Margareth Thatcher, enfin enterrée hier quelque part en Angleterre, protégée par 4.000 policiers. Certains Britanniques, nombreux, ont de la mémoire.

Justement, en quelques heures, trois jours à peine, nous eûmes un nouvel épisode de la série TINA si médiatique, sur un sujet adéquat, les prévisions de croissance.

Le jeu de Mme Irma
La séquence débute vendredi quand de mauvaises prévisions de croissance du Haut Conseil des Finances Publiques, une énième autorité indépendante constituée par l'équipe Hollande, sont fuitées par les Echos. Patratas ! Nos "Sages" seraient plus pessimistes que le gouvernement français sur l'évolution prochaine de notre production nationale.

Mardi, on poursuit: le Haut Conseil rabaisse effectivement mais modestement les ambitions gouvernementales: «un léger recul du PIB en 2013 et une croissance sensiblement inférieure à 1,2% en 2014 ne peuvent être exclus». Car, explique-t-il: «Le scénario pour les années 2013 et 2014 est entouré d’un certain nombre d’aléas qui, dans leur ensemble, font peser un risque à la baisse sur les prévisions»

Puis le FMI dirigé par Christine Lagarde, l'ancienne ministre des Finances de Nicolas Sarkozy, ajoute sa pierre à l'édifice: il penche pour une récession cette année, -0,1% du PIB par rapport à 2012, puis une maigre croissance limitée à 0,9% en 2014.

Aussitôt, le jeu démarre. La nouvelle, un peu occultée par la confession télévisée de Jérôme Cahuzac sur BFMTV, est archi-commentée, et tourne en boucle dans l'espace médiatique. Comment la France construira-t-elle son plan de retour à l'équilibre des comptes si ses prévisions initiales, à savoir une hausse du PIB de 0,1 % cette année puis de 1,2 % en 2014, sont remises en cause. Un prétendu expert de l'UMP, le sénateur Philippe Marini, supporteur de la quasi-totalité des budgets sarkozyens qui crevèrent tous les plafonds du déficit et de l'endettement, exhorte le gouvernement à détailler ses pistes d'économies budgétaires. Le gars n'avait pas autant d'enthousiasme critique quand son candidat à la réélection livrait benoitement, voici un an, qu'il redresserait les comptes qu'il avait plombé avec 45 milliards d'effort budgétaire non identifié. Mais passons... Il fallait bien que quelqu'un s'agite trop tôt, c'est chose faite. Car il est évident que l'étape budgétaire sera franchie - chaque année, ce pays se dote d'une loi de finances à l'automne qui justement donne la réponse finale à ces aternoiements.

Le report de l'équilibre
Mercredi, le Conseil des ministres est l'occasion forcée donnée à Pierre Moscovici pour dévoiler comment il retient ces nouvelles hypothèses devenues nouvelles contraintes. Car n'oublions pas l'essentiel: ce ramdam nait d'une agitation de statisticiens. On détaille l'enchevêtrement des prévisions: la consommation des ménages, l'investissement des entreprises, la progression des salaires. On découvre, au passage, quelques jolies surprises qui interrogent: le Haut Conseil estime ainsi que les salaires devraient globalement progresser de 1,9% cette année, puis 2,4% en 2014. Allo, Mme Irma ?

Mercredi donc, Mosco prévient: la France aspire officiellement à réduire son déficit budgétaire à 0,7% du PIB dans 4 ans. "L'objectif du gouvernement est toujours de revenir à l'équilibre structurel d'ici à 2017, de parvenir à la croissance la plus forte possible, de réussir à inverser la courbe du chômage dès la fin de l'année 2013." Mais le syndrome TINA agit encore: "la France renonce à l'équilibre budgétaire pour 2017" titre le site de francetélévisions. Au moins sentions-nous un peu de moqueries dans l'affirmation.

La France, officiellement, demande "à ses partenaires européens de repousser l'objectif de déficit public sous les 3% de 2013 à 2014". C'est heureux, indispensable, évident. A gauche, certains réclament le

Et voici, c'était fait. TINA était à l'oeuvre. Le débat politico-médiatique du moment se fige sur cette problématique de dixièmes de point de croissance et d'un  programme de stabilité européen. Car TINA a sa novlangue. La déstabilisation sociale à l'oeuvre dans une fraction de l'Europe s'appelle "programme de stabilité".

Que retenir de cette séquence ?

Avec les mêmes prémisses - y-aura-t-il suffisamment de croissance à Noël ? - le débat aurait pu se concentrer sur l'emploi et non seulement nos indispensables comptes. Quelle meilleure croissance pour l'emploi ? Pourquoi cette question n'est jamais posée ?

Il faut reconnaître que le débat expulse facilement les voix discordantes. Les positions du Parti de Gauche, trop incarnées par Jean-Luc Mélenchon, deviennent des postures de combat. Nulle place à l'argumentation ni au débat. Il s'agit, dans l'éditocratie donc dominante, d'effacer en assimilant les "extrêmes", de diaboliser rapidement pour évacuer aussi rapidement. Ecouter ces "extrêmes" permettrait pourtant de comprendre les alternatives, leur valeur, leur "soutenabilité".

Mais cette question n'est jamais posée comme cela.

Margareth Thatcher a pourtant été enterrée hier. 









(Crédit illustration)

8 commentaires:

  1. On est exactement au coeur de la question : à quoi sert l'économie ?
    On affirme la "prédictiblité " la science économique avec des degrés de précision hallucinants...et pourtant l'histoire récente et ancienne est tellement chargée d'erreurs dans ce domaine qu'elle devrait pour le moins rendre prudent.
    Et puis ,de toute façon ,il n'y a pas d'alternative, c'est scientifique! En réalité,les outils mathématiques , économètriques ou autres ne sont que l'habillage de parti pris idéologiques..
    L'approche du fonctionnement global d'un système complexe , dont on ne maîtrisera jamais toutes les composantes relève du champ politique;d'ailleurs j'ai suivi (il y a maintenant un certain temps) des cours d'économie politique et non pas de science économique et le changement de vocable est très significatif...
    le débat va être chaud

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  2. Jeudi 18 avril 2013 :

    Accords UMP/FN aux municipales : Le Pen s'en félicite.

    A moins d’un an des élections municipales de mars 2014, une majorité de sympathisants UMP se déclarent favorables à des accords électoraux locaux avec les candidats du Front national, selon un sondage exclusif Ifop-Fiducial pour Europe 1 publié jeudi.

    Ils sont ainsi 53% à se déclarer favorables à de telles alliances, contre 44% en novembre 2012.

    Parallèlement, 73 % des sympathisants FN sont favorables à de tels accords avec l’UMP.

    Invitée jeudi matin sur Europe 1, la présidente du FN s'est félicitée de tels résultats. "Nous avons toujours dit que nous envisagions de pouvoir passer des alliances au cas par cas aux élections locales".

    "Nos électeurs sont d'accord avec nous !", s'est exclamée Marine Le Pen.

    http://www.europe1.fr/Politique/Accords-UMP-FN-aux-municipales-Le-Pen-s-en-felicite-1486787/

    Ca dégénère.

    La situation de la France est en train de dégénérer.

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  3. ...prédictibilité de la...

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  4. Ben oui, voua avez raison .... TINA.... C'est là le principal problème pour ne serait-ce qu'envisager de trouver une solution ! C'est TINA qui a phagocyté tous les esprits et les empêche même de "penser" tout court. Ils croient analyser les choses quand ils ne font que tourner en rond et persévérer dans l'erreur.
    TINA .... Notre actuel gouvernement est en plein sous l'emprise de TINA ; comme Jean-marc Ayrault qui déclare hier matin à France-inter :
    « Je veux que mon pays retrouve sa souveraineté, son indépendance, sa liberté d’action », souhaitant afficher sa confiance dans la voie suivie par le gouvernement il rajoute: « Nos réformes finiront par avoir un impact sur la croissance économique. Sinon, c’est à désespérer ! »
    C'est important à noter, pour lui rappeler dans quelques mois ! Cela lui permettra peut-être de relativiser enfin sa confiance en TINA ?

    A part ça je note que la BCE vient de prendre une décision qui autorise la France à "créer des euros" en échange d'actifs toxiques détenus par les banques (je résume sans doute pas trés bien, suis pas spécialiste loin de là...). J'imagine que la BCE n'aurait probablement pas pris ce genre de décision sans que ce soit une demande du gvt français.
    Ne serait-ce pas une autre manifestation de TINA ? Vous savez de ce refrain que TINA aime tant :
    "il faut absolument sauver nos banques, de toutes façons on a pas le choix"

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  5. "enfin enterrée hier quelque part en Angleterre"

    De votre page je ne retiens que ceci ....aucune humanité.

    Comment ne pas être étonné..

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  6. j'ai même un couteau entre les dents.

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  7. La situation actuelle : augmentation des impôts et des taxes, donc chute de la consommation, diminution des dépenses publiques, effondrement des investissements, baisse des exportations à cause d'un euro trop cher.
    Un effet boule de neige avec une économie qui s'écroule et une croissance autour de zéro pour cette année et les suivantes si le pouvoir de "gauche" maintient ses choix au nom de la réduction de la dette publique. Le résultat ?
    Récession et augmentation de la dette garanties?

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  8. "De même que Churchill promettait aux munichois, qui espéraient avoir évité la guerre au prix du déshonneur, d’avoir et le déshonneur et la guerre, le socialisme de collaboration — vrai nom du « socialisme de l’offre » — aura l’échec en plus de la honte" (Frédéric Lordon)

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