31 mai 2013

Education: ce qu'a vraiment dit la Cour des Comptes

Ce devait être un drame, un énième rapport qui devait polluer l'action politique du gouvernement. La Cour des Comptes avait livré son verdict sur l'Education nationale, le 22 mai dernier: il fallait "gérer les enseignants autrement".

Fichtre ! Le Figaro pouvait rapidement titrer "École : la Cour des comptes dénonce l'erreur de Hollande". .  Quand Nicolas Sarkozy était président, l'accumulation de rapports négatifs de la même Cour ne suscitait pas pareil enthousiasme... Quelle surprise...

Pire, on ne lit pas exactement la même chose que le Figaro dans ce fichu rapport...

Les Sages de la Cour avaient étudié 5 académies, (Bordeaux, Lille, Limoges, Nantes et Versailles), soit 227.000 enseignants. Ils ont quelques recommandations, presque des évidences: il faudrait (1) redéfinir le métier enseignant "en adaptant en particulier les obligations réglementaires de service",  (2) mieux valoriser les ressources humaines, "au niveau individuel et des équipes", (3) affecter les enseignants "en fonction de la réalité des postes et des projets" et (4) améliorer la gestion de proximité.

Le bilan du passé
La Cour est critique sur un bilan qui, loin s'en faut,n'est pas celui de François Hollande. « La capacité du système scolaire français à assurer la réussite de tous les élèves est médiocre comparée à celle des autres pays développés. » L'école de la République ne sait plus compenser le déterminisme social: « De nombreux facteurs d’explication rendent compte de cette situation, parmi lesquels les déterminants culturels, sociaux et économiques individuels propres aux élèves. »

L'Education à la française coûte cher, 49,9 milliards d'euros en 2011, soit 17 % du budget de l'État: « si les enquêtes internationales montrent la diminution continue des performances du système éducatif français depuis une décennie, les moyens financiers qui lui ont été alloués sur la période couverte par ces études ont, en revanche, connu une hausse constante alors que le nombre d’élèves décroissait. » Le coût moyen d'un lycéen français est de 31% supérieur à la moyenne de l'OCDE.


Pour ceux qui pensent que l'ancien monarque a réussi à réduire un budget prétendument trop important, l'échec de Sarkozy se résume en une phrase: "En particulier, entre 2008 et 2012, les mesures prises dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP) n’ont pas eu pour conséquence de réduire le budget de l’éducation nationale." La hausse est même de +5,4% .
La crise est plus grave qu'une simple mauvaise gestion passée. Il y a "une crise d’attractivité du métier d’enseignant » qui est devenue « inquiétante." Le nombre de candidats n'a cessé de se contracter. Au passage, la Cour démonte la réforme Sarkozy de la formation des enseignants: "les difficultés de recrutement ne sont sans doute pas sans lien avec la réforme du recrutement et de la formation initiale des enseignants des premier et second degrés dite de la « mastérisation », mise en œuvre à compter de la rentrée scolaire 2010-2011."

Manque d'encadrement ?
Le Figaro reprend une antienne sarkozyste, l'obsession de la RGPP et ses réductions de postes. Et oui, sans surprise, la Cour se livre à des comparaisons arithmétiques qui ravissent le quotidien conservateur: "les suppressions de postes ont ramené le nombre d’enseignants du second degré en 2011-2012 à son niveau de 1993-1994, alors que le nombre d’élèves a diminué de 6 % environ sur la même période."

De là à conclure que la promesse du candidat Hollande, en passe d'être réalisée, est une aberration, il n'y a qu'un pas que le Figaro adore franchir. C'est pourtant aller un peu vite en besogne. La Cour des comptes s'exonère rapidement et explicitement de vouloir juger la filière publique d'enseignement sur d'autres critères que la bonne utilisation des deniers publics. Elle ne se prononce pas, et refuse de se prononcer sur les missions elles-mêmes. Il y a ainsi ce paragraphe presque troublant, un paragraphe dans lequel la Cour s'exonère comme à l'accoutumée de vouloir juger de l'efficacité du système éducatif par rapport à des objectifs autres que financiers: "la Cour ne se prononce que sur son champ de compétence, c’est-à-dire sur l’organisation et le fonctionnement de la gestion, son efficacité, (c'est-à-dire sa capacité à atteindre les objectifs fixés dans la loi) et son efficience (c’est-à-dire sa capacité à le faire au meilleur coût).." C'est dit, c'est clair. Les difficultés de l'enseignement actuel, dans un environnement de crise durable et de distractions technologiques diverses, ne sont pas abordées. Tout comme la question de "bon" nombre d'enseignants par rapport au nombre d'élèves. Tout juste la Cour note-t-elle que la France procure un temps d'instruction par an plus long que le reste de l'oCDE, avec des enseignants moins payés...

Ses principales critiques portent sur  les défauts d'organisation.

Les difficultés du présent
La première critique porte sur le pilotage de l'Education nationale : il n'a pas été adapté à l'élargissement du périmètre des missions qu'on reconnaît désormais aux enseignants. Depuis une décennie, le volume d'heures de cours reste l'alpha et l'omega de l'évaluation des moyens éducatifs, alors que la "définition législative des missions des enseignants" est bien plus vaste. Globalement, le système est jugé trop segmenté, ("entre premier et second degré, entre corps, ainsi qu’entre disciplines"), notamment par manque de polyvalence des enseignants du collège.

La Cour suggère de forfaitiser annuellement les obligations de services à l’ensemble des activités, de centrer le soutien aux enseignants sur les équipes pédagogiques, d'autoriser l'enseignement de deux disciplines par enseignant. Si un effort de déconcentration de la gestion des effectifs a été mis en oeuvre depuis plus de 20 ans, en faveur des rectorats et des directions départementales, cet encadrement "de proximité" reste inefficace … faute de méthodes adaptées (maintien d'un cadrage national, gestion uniforme), et... de moyens:
"Le taux d’encadrement du ministère de l’éducation nationale pourrait témoigner d’une efficience bien supérieure à celle des autres administrations. En réalité, il est surtout le signe d’une personnalisation insuffisante de la gestion des ressources humaines."
Seconde critique, la gestion des moyens est défaillante car trop uniforme et encore centralisée: l'implantation des enseignants ne repose pas sur une bonne connaissance des besoins des élèves. Elle s'appuie au contraire sur une attribution "automatique par un système de barème – au demeurant illégal–", qui supposerait que tous les postes sont équivalents, de même que les compétences des enseignants. Pire, le ministère n’a pas mis en place de "système national de mesure directe et fiable des besoins scolaires de tous les élèves."

Même les Zones d'Education Prioritaires sont en péril: la Cour s'étonne de l'inflation de la carte de l’éducation prioritaire au fil des années (trop de ZEP ce qui dilue l'efficacité du dispositif), de la caducité du périmètre des zones, de l'hétérogénéité des établissements concernés, des résultats finalement peu probants pour les élèves.

Cette mauvaise gestion a des conséquences sur les enseignants eux-mêmes: il créé des inégalités "criantes" entre enseignants (temps de services, rémunération), entre établissements, et … entre élèves. Par exemple, le taux de remplacements des absences est trop bas et en baisse depuis 2006, une faille dénoncée depuis longtemps par les associations de parents d'élèves: "En 2011, dans le second degré, sur les 26 333 postes vacants avant le mouvement intra-académique, 9 630 n’ont finalement pas été pourvus, soit un taux de couverture de 62,3% seulement." En ZEP, il a même chuté à 46% ! Un comble !

La Cour s'attarde aussi les conditions de travail des enseignants, et livre quelques surprises: primo, elle se déclare incapable de mesurer leur temps de travail annuel puisque les travaux "à domicile" ne sont pas mesurer: "les enseignants du premier degré français délivrent un nombre d’heures de cours (918) supérieur de 17,4 % à leurs homologues de l’OCDE (avec 782 h, la différence est de 21,0 % avec les pays européens dont la moyenne est à 758 heures de cours) et inférieur de 4 à 8 % dans le second degré (au collège par exemple, le nombre moyen d’heures de cours annuel d’un enseignant est de 646 en France, contre 704 en moyenne dans l’OCDE)."

Secundo, leur rémunération est en France inférieure à la moyenne OCDE, pour le premier degré (-21% sur l'échelon le plus bas; -15% après 15 ans de métier; +1% en fin de carrière), comme pour le secondaire (-15% sur l'échelon le plus bas; -15% après 15 ans de métier; -0,3% en fin de carrière).

Au final, la Cour ne dit pas qu'il faut moins de professeurs, ni qu'il ne faut pas des renforts.

Elle fustige les insuffisances du pilotage et de la gestion.

Et c'est déjà beaucoup.


Lire le rapport

30 mai 2013

Hollande/Merkel, mariage forcé contre le chômage des jeunes


Ils font tous les deux la gueule. Nulle tension, mais l'image est saisissante, ce jeudi, avant-dernier jour de mai. Il pleut à Paris, comme depuis des mois, sans doute un an. Angela Merkel et François Hollande ne sourient pas quand ils tiennent leur conférence de presse.

Le président français revenait de Rodez, deux jours de déplacement. "Vous allez voir, ça va se lever" explique-t-il. Pour l'heure, seul le chômage se "lève". En avril dernier, le nombre d'inscrits à pôle emploi a cru de 40.000 demandeurs supplémentaires sans activité (catégorie A). La progression est plus forte chez les jeunes (+1,6% contre 1,2% en moyenne nationale). Ils sont 792.600 jeunes de moins de 25 ans à pointer à Pôle emploi en avril.

Le lendemain, François Hollande reçoit Angela Merkel. C'est leur premier "aparté". Le couple visite une exposition au Louvre, des peintures allemandes datant de 1800 à 1939. Les deux se voient remettre un rapport "sur la compétitivité et la croissance" en Europe, rédigé par Jean-Louis Beffa, président d'honneur de Saint-Gobain, et Gerhard Cromme, président du conseil de surveillance de Siemens. Ils discutent du chômage des jeunes. L'une des idées du rapport contredit la doxa libre-échangiste qui préside à Bruxelles - il s'agit, pour ses auteurs, de revoir la doctrine des autorités de concurrence européennes, qu'elles cessent de se focaliser sur le seul marché de l'UE quand la concurrence est en fait mondiale, afin que les entreprises de l'UE ne soient plus empêchées de croître.

La ministre allemande du Travail Ursula von der Leyen du gouvernement Merkel avait terminé une tournée sur le sujet en France, en Italie et en Espagne. Le plan franco-allemand tourne autour de trois idées, "permettre aux entreprises un accès à des crédits à taux bas", "renforcer l'apprentissage en entreprises en Europe" via un système d'échange pour les apprentis similaire au programme «Erasmus», et "aider les jeunes à créer leur propre entreprise". La ministre allemande, enthousiaste, évoque un New Deal.

Mercredi, François Hollande a remis la Commission européenne à sa place. Il ne s'agissait que de mots mais les mots importent souvent. Les mots ont d'ailleurs heurté la CDU. Son patron, en campagne législative, a sérieusement grincé des dents: "la réaction de Hollande montre le désespoir considérable de son gouvernement qui, un an après son arrivée au pouvoir, n'a pas encore trouvé de réponses efficaces aux problèmes économiques et financiers de son pays".

"Nous acceptons les engagements en matière de réduction des déficits" rappelle le président français. Et d'ajouter que la Commission accorde des délais parce que certains pays, dont la France, ont accompli un "chemin incontestable", et, deuxièmement, parce que la conjoncture est mauvaise dans la zone euro. Sur la fausse polémique de veille, Hollande renchérit: "le détail, les procédures, les manières de faire relèvent de la responsabilité du gouvernement et de l'Etat, sinon il n'y aurait pas de souveraineté possible."

Sur la gouvernance économique, Hollande insiste sur trois éléments: (1) le "sérieux budgétaire"; (2) les actions communes ou convergentes en matière de croissance, d'emploi et de compétitivité; (3) la solidarité.

Sur le chômage en France, ces chiffres confirment "une tendance à l'oeuvre depuis 5 ans, aggravée depuis deux ans". Hollande récuse encore toute relance franco-française: "l'objectif de croissance, nous pensons que c'est dans l'Europe et par l'Europe que nous pouvons l'attendre." Il évoque deux faiblesses spécifiques, le "manque de solidarité à l'égard des jeunes et des seniors" et un "défaut de compétitivité". Pour "accélérer" le combat contre le chômage, il annonce un élargissement prochain des emplois d'avenir (20.000 déjà signés, 100.000 espérés d'ici la fin de l'année): "il y a des mesures d'urgences à décider pour l'emploi des jeunes et l'accès des entreprises au crédit."

Il reste optimiste: "Je maintiens l'objectif de l'inversion de la courbe du chômage avant la fin de l'année". On reboucle sur le plan franco-allemand contre le chômage des jeunes, enfin. L'Italie souhaite aussi des mesures. Tiens... revoilà enfin un semblant de convergence du Nord au Sud !

A un journaliste, Hollande rappelle: "Cessez de penser que nous voudrions échapper à la discipline budgétaire comme c'était le cas avant, pendant 5 ans."

Merkel est repartie à Berlin.

Là-bas, il pleut aussi.




Veux-tu parler à un ministre ?

La porte-parole du gouvernement va tenir une conférence de presse... sans journalistes. Il s'agit d'une vidéoconférence où pourront être posées des questions en direct et via les réseaux (hashtag #PPnum).

Ce "Porte-parolat numérique" aura lieu le 6 juin prochain. La démarche prolonge l'expérience des "porte-parolats décentralisés", initiés en juin dernier.

Il faut s'inscrire. 

C'est à vous.



8ème Porte-parolat décentralisé à Montluçon... par Najat-Belkacem

Taubira: justice laxiste ? Trop drôle...


Jusqu'au bout, Christiane Taubira restera une cible, la proie de n'importe quelle attaque d'une droite désemparée qui cherche sa voie.

Mercredi 29 mai 2013, le ministère de l'intérieur confirmait l'arrestation de Redoin Faïd, ce gangster prétendument charismatique et violent qui s'était échappé de la prison de Sequedin le 13 avril dernier. L'efficacité de son évasion avait suscité déjà nombre de critiques les plus absurdes, et notamment celle-ci: la politique pénale de l'actuel gouvernement serait en cause.

Mercredi matin, sur les ondes de France Info, le député UMP de Haute-Savoie Bernard Accoyer reprend l'anathème: "C'est un avertissement sans frais au garde des Sceaux qui conduit une politique pénale laxiste avec un angélisme tout à fait évident." Christian Estrosi, maire de Nice, en rajoute: "
Je demande à la ministre de la Justice, Christiane Taubira, de ne pas faire preuve de la même faiblesse, de la même naïveté et de prendre toutes les mesures qui s'imposent afin que Redoine Faïd soit détenu selon les exigences que sa dangerosité impose."

Mais de quoi parle-t-il ?


L'électeur hollandais du 6 mai 2012 serait sans doute ravi d'apprendre que la politique pénale du gouvernement a déjà des effets aussi rapides.

En septembre dernier, la garde des Sceaux avait donné les grands axes de sa politique, via une circulaire adressée aux chefs de juridictions. La rupture était claire avec l'ancienne majorité: (1) rendre plus indépendant le parquet, et, en particulier, mettre fin aux instructions ministérielles aux parquets, une disposition qu'elle assure respecter;  (2) en matière de politique pénale, elle préconise l'individualisation des décisions (avec la suppression des sanctions automatiques telles les peines planchers); la limitation des comparutions immédiates; des peines de prison "en dernier recours"; l'extension des bureaux d'aide aux victimes dans tous les tribunaux; (3) en matière de sanctions, Taubira expliquait vouloir encourager les alternatives aux poursuite; (4) pour les mineurs, elle récuse les tribunaux correctionnels spéciaux, et veut "renforcer l’ordonnance de 1945" relative à l’enfance délinquante,

De toutes ces mesures, qu'est-ce qui donc a changé dans les faits qui aurait donc pu "assouplir" la politique pénale ?

Rien, pour l'instant.

La lutte contre la récidive a fait l'objet d'une conférence de consensus en février dernier.

En matière de fraude fiscale, les sanctions vont être prochainement durci, le texte est à l'Assemblée.

Fin mai, divers textes d'harmonisation européenne ont été présentés pour examen et vote à l'Assemblée (traite des être humains; lutte contre les abus sexuels; etc).

Les peines planchers sont toujours en place, même si la Garde des Sceaux a rappelé qu'elles seront abrogées. Plus globalement, aucun texte de justice pénale n'a été voté depuis un an. Le fameux texte est prévu pour juillet.

La première réforme devrait concerner l'indépendance des magistrats (réforme du CSM, et suppression des instructions individuelles du parquet). Compte tenu de l'opposition de la droite, elle sera réduite à sa portion congrue, nous explique-t-on. On s'interrogera sur les raisons qui poussent cette opposition à préférer des magistrats aux ordres.

Les effectifs de la Justice ont été renforcés: 205 postes ont été créés à la Protection judiciaire de la jeunesse (179 éducateurs; 26 pédopsychiatres), et cinq centres éducatifs fermés (CEF) ont été ouverts depuis 2012, trois en 2013. Les services pénitentiaires d’insertion et de probation (SPIP) ont récupéré 63 postes, 20 psychologues et 43 conseillers supplémentaires. Les syndicats en réclamaient 1.200.

Le budget de la Justice en 2013 a cru de 4,3%, pour un montant global de 7,70 milliards d’euros. Mais nombre de crédits sont gelés pour l'instant.


Les prisons débordent toujours (67.839 personnes incarcérées pour 57.235 places), même si "1206 cellules ont été rénovées ou créées depuis un an." La réforme de juillet doit prévoir un renforcement des aménagements de peine.

Alors, justice déjà laxiste ? Force est de constater que les (sales) outils de Sarkofrance, par ailleurs inefficaces, sont encore en place.



La justice de ce pays s'intéresse enfin sans entraves à quelques-unes des affaires de Sarkofrance. Mercredi, coup de tonnerre. L'un des trois arbitres qui jugea le litige Crédit Lyonnais/ Bernard Tapie en faveur de l'homme d'affaires sur instruction du gouvernement Sarkozy a été mis en examen pour escroquerie en bande organisée.


Qui a dit que la justice était laxiste ?

L'UMP ?




Lire aussi:


29 mai 2013

Le mariage gay, c'est fait et terminé.

Le premier mariage gay a été célébré mercredi 29 mai 2013, dans la mairie de Montpellier. Près de 150 journalistes et trois chaînes d'information étaient présents pour relater en direct l'évènement. Une couverture inouïe pour un moment qu'ils voulaient historique.

Vincent et Bruno se sont dit oui à 18H, et leur mariage a été prononcé à 18H02. La chanson "Love and Mariage" par Franck Sinatra a retenti assez vite dans la salle. La ministre des droits des femmes et porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, était là.

"Il faut s'aimer dans cette société. Elle est suffisamment difficile" a conclu l'un des mariés.



Bref, ce bonheur était complet, sincère, attendu, et sur-médiatisé.

Il est temps, pour nos médias, de passer à autre chose.

Par exemple à cette Commission européenne qui assume donner des ordres. Elle exige de la France, via une communication ce même mercredi d'Olli Rehn, le commissaire en charge des affaires économiques et monétaires, de faire davantage de réformes structurelles, dont la réforme des retraites, dès 2013, afin de réduire son déficit budgétaire à 3,6 % l'an prochain, et 2,8 % en 2015. "Pour ce qui concerne les réformes structurelles, notamment les réformes de retraites, c'est à nous et à nous seuls de dire quel sera le bon chemin pour atteindre l'objectif" rétorque Hollande.

Il est temps, pour nos médias, de continuer de s'interroger sur les complexités de la situation syrienne expliquées avec grand détail par Laurent Fabius mercredi sur Franc Inter; sur les progrès de la médiation inter-entreprise ou les 500 premiers millions du Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi; sur les motifs de l'UMP et de l'UDI à refuser une réforme constitutionnelle de la magistrature (pourquoi refuser une plus grande indépendance du parquet ?); sur la progression des inégalités de revenus dans les pays de l’OCDE à cause de la crise économique. 

Bref, il est temps, pour nos médias, de passer à autre chose.

Avec la même intensité.



Sommes-nous envahis par des Christine Boutin ?

 "On est envahi de gays !" s'exclame Christine Boutin, quelques minutes après l'annonce de la Palme d'or cannoise. Cette dernière fut attribuée à "la vie d'Adèle" d'Abdelatif Kechiche. L'histoire d'amour entre deux femmes avait enflammé les critiques et le public local, à en croire les échos du 66ème Festival de Cannes. Christine Boutin nous effraie.



Christine Boutin n'est pas seule. Grâce au mariage pour tous, ses semblables sont sortis dans la rue. Peu habitué à contester la loi, certains ont découvert qu'il état interdit de caillasser des CRS, qu'une manifestation s'organisait dans les règles. Aveuglés, ils ont encore emmené leurs enfants. Certains n'ont pas été gênés de manifester dans la même cohorte que quelques néo-nazis venus tendre leurs bras devant les caméras.

L'ultime "Manif contre tous", dimanche 26 mai, fut plus violente que les précédentes. On se dispute sur le nombre de participants, la préfecture annonce 150.000; les organisateurs prétendent au million. Qu'importe. La République a tranché. La loi est promulguée. Le premier mariage gay sera célébré mercredi, à Montpellier.

Observer qu'une fraction UMPiste menée par le président (contesté) Jean-François Copé puisse appeler à manifester avec Génération identitaire et les jeunesses nationalistes fut une expérience sacrément désagréable à droite. Pire, la manifestation s'est terminée avec quelque 300 arrestations, quelques journalistes et photographes agressés, des pancartes parfois outrancières brandies par des "familles".

Le soir, Laurent Wauquiez, soutien opportuniste de François Fillon dans le combat pour la direction du Parti, lâche un furieux lapsus sur l'homosexualité, en direct à la télévision. Oui, l'homosexualité dérange ses valeurs. C'est dit, c'est dommage. "On a déjà tellement de mal à transmettre des repères et des valeurs à nos enfants..." explique-t-il. "Cela veut dire que l'homosexualité est contraire à vos valeurs ?" rétorque Jean-Luc Roméro, son interlocuteur d'un soir. "Non pas du tout"... bafouille Wauquiez, avant de se reprendre, "oui, elle est contraire.. euh... euh.."

"Ah vous venez de dire qu'elle est contraire à vos valeurs" conclut Romero.

Boum, c'est dit, c'est fait. 


 

Christine Boutin nous fatigue.

Laurent Wauquiez nous fatigue.

La première ne compte plus. Le second voudrait compter. Pourquoi n'ont-ils pas dépensé autant d'énergie pour l'égalité pour tous ?

On s'interroge.




28 mai 2013

La France en Syrie: mais que veut-on ?


François Hollande est revenu d'Ethiopie. Il y célébrait les 50 ans de l'Union africaine. Pupitre trop haut, salle à demi-vide, discours tardif et un temps égaré, et l'inévitable pluie qui brouille les lunettes et mouille le costume... les ingrédients étaient là pour alimenter les ricanements du Petit Journal de CANAL+. L'affaire était effectivement drôle, mais sacrément futile. Le décryptage du monde qui nous entoure mérite mieux.

A Addis-Abeba, Hollande n'a pas commis l'impair d'un discours moralisateur comme son prédécesseur à Dakar, en juillet 2007.  La France se désengage du Mali. Il souhaite que l'Afrique se dote d'une force d'intervention. Justement, les chefs d'Etats locaux ont décidé de s'y atteler. Ce sont les Africains qui demain devront assurer la sécurité de leur continent. La France sera toujours à leurs côtés, (...). Les Africains ont confiance en la France et la France fait confiance aux Africains, parce que c'est un continent d'avenir". A Addis-Abeba, Hollande a pu converser sur la Syrie.

La preuve apportée, samedi dernier par le Monde, que les autorités syriennes ont bien recours aux armes chimiques contre les rebelles a fait grand bruit.
"Pas d'odeur, pas de fumée, pas même un sifflement indiquant l'éjection d'un gaz toxique. Puis sont apparus les symptômes. Les hommes toussent violemment. Les yeux brûlent, les pupilles se rétractent à l'extrême, la vision s'obscurcit. Bientôt, surviennent les difficultés respiratoires, parfois aiguës, les vomissements, les évanouissements. Il faut évacuer les combattants les plus touchés, avant qu'ils n'étouffent."
Source: Le Monde
A Paris, Laurent Fabius rencontre le secrétaire d'Etat américain John Kerry. Lundi soir, après des heures de tractations et de diplomatie officielle ou officieuse, les 27 gouvernements européens ont décidé de lever l'embargo sur les armes pour les rebelles syriens. Et de prolonger l'ensemble des sanctions contre le régime de Bachar al-Assad.

En France, les critiques sont éparses, floues ou contradictoires, comme souvent. 

1. Cette levée d'embargo reste timide. Un ministre luxembourgeois a relativisé la portée de la décision: les 27 "se sont engagés à s'abstenir d'exporter des armes à ce stade et, en tout état de cause, à appliquer un certain nombre de critères stricts à d'éventuelles exportations futures". Aucune arme ne devrait être livrée aux rebelles d'ici le 1er août, date d'une prochaine réunion. En d'autres termes, ce conclave européen a simplement élargi les marges de manoeuvre des Etats, au cas où la situation se détériorerait. La France et le Royaume Uni sont plus actives que d'autres de leurs voisins européens en la matière.

2. Cette levée d'embargo est jugée trop dangereuse. Par exemple, c'est la position du Parti de Gauche ou du PCF. On craint "l'escalade": "Encourager cette militarisation est un choix consternant et dangereux qui peut engendrer l'escalade dans une région sous haute tension car, au demeurant, il est impossible de savoir dans quelles mains ces armes finiront pas tomber."

3. Certains fustigent ce soutien européen en arguant que les rebelles sont pires que le régime d'el Assad. Nombre de rebelles sont aussi des islamistes qu'ailleurs les mêmes gouvernements qualifient de terroristes. Les rebelles ne sont pas blancs comme neige. C'est l'habituelle antienne qui servait à justifier le maintien des autocrates tunisien, égyptien et même libyen, avant les printemps arabes. Un argument de courte-vue qui finit par lasser. Il est bien difficile d'établir une "gradation" de l'horreur. Faut-il compter le nombre de morts civils ou d'exactions ? Tuer des enfants par gaz est-il plus grave que par balles ?

La réalité est grise. Les combats du "Bien contre le Mal" sont rarissimes dans ce bas monde. On peut toujours couiner que celui que l'on soutient n'est pas assez innocent. C'est facile. Le courage est autre chose. Il consiste à prendre parti, sans risquer de critiquer ceux que l'on soutient quand ils font fausse route.

4. Une autre critique porte sur l'instrumentalisation du conflit. Quand Israël s'est permis quelques raids aériens du côté syrien de sa frontière, le Parti de Gauche a ainsi accusé la France de participer à une internationalisation du conflit pour ses propres intérêts: "Toutes ces puissances étrangères, que ce soit les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France, l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Turquie et Israël d’un côté, ou la Russie et l’Iran de l’autre, semblent déterminées à perpétuer ce conflit sanglant et à sacrifier le peuple syrien sur l’autel de leurs intérêts géopolitiques." La diplomatie est un mélange de principes et de géopolitiques. La question est moins de savoir si la France défend ses intérêts (on l'espère), que de mesurer l'équilibre de sa position étrangère. Prenez nos rapports avec la Chine. Rares sont ceux qui réclament une rupture diplomatique avec la plus grande dictature du globe. Mais on n'est pas obligé de sur-investir dans les honneurs et les tapis rouges comme l'ancien monarque aimait à le faire.

5. Une variante de cette dernière critique porte sur la prétendue soumission française aux Etats-Unis: la France se serait "couchée" devant les Américains. Elle serait "humiliée". Pourtant, la France de Hollande a plutôt tenu l'initiative depuis bientôt un an. N'en déplaise à ces détracteurs, elle fut la première à contester officiellement la légitimité du régime de Bachar el Assad; la plus insistante à réclamer des sanctions, puis une levée de l'embargo; l'une des première à envoyer de l'aide humanitaire aux frontières du pays pour les milliers de réfugiés. Comme souvent en matière diplomatique, la seule attitude intégralement indépendante du reste du monde consiste à s'en couper. Est-ce l'isolationnisme que l'on veut ?

6. Dernière critique, l'attitude française à l'égard des réfugiés syriens... en France. Le gouvernement a discrètement durci les conditions d'octroi de visa. Le Gisti et quelques associations de soutiens aux sans-papiers s'en sont émus, à juste titre. Depuis janvier 2013, selon plusieurs consulats français (Liban, Turquie, Koweït) "les ressortissants syriens se dirigeant vers un pays hors de l’espace Schengen en transitant par les aéroports français devront être munis d’un visa de transit aéroportuaire". Le Gisti s'indigne: "Devant la difficulté pour obtenir un tel visa, cette obligation entrave sciemment la possibilité pour les Syriens d’échapper au conflit qui fait rage dans leur pays. Surtout, elle permet à la France de renvoyer vers leur pays de départ les personnes dépourvues de ce visa et, par la même occasion, elle restreint la possibilité pour certains Syriens de déposer une demande d’asile auprès de la France, à l’occasion de leur transit par un aéroport français."



Lire aussi:

Syrie : au-delà du prisme confessionnel (Malaxe, chez Ragemag).

27 mai 2013

Moscovici, cauchemar du weekend

L'échauffement médiatico-politique s'est à peine calmée. Pierre Moscovici conserve une belle force d'attraction de toutes les critiques, surtout de gauche. En cause, son passé et son présent. Ministre de l'économie et des finances, il concentre pas mal des handicaps de ce début du quinquennat. Bref, un parfait fusible.

1. Pierre Moscovici traîne encore son ancien soutien à DSK comme un boulet. Bien qu'il ait politiquement rompu avec l'homme vers 2008 quand ce dernier l'a lâché en rase campagne au moment de la conquête de la direction du Parti socialiste, pour nombre de socialistes et autres gauchistes, Mosco est un "strausskahnien". Cette façon de marquer du fer rouge de l'infamie est une manière peu courtoise ni sincère de disqualifier le débat. On sait bien qu'il n'incarne pas l'aile gauchiste du PS. Mais un éminent confrère a pu rappeler comment Mosco raillait le "barrisme de gauche".

2. Pierre Moscovici n'agit pas seul. C'est évident. Il n'est pas un ministre solitaire, éloigné de ses patrons, Jean-Marc Ayrault et François Hollande. Nul ne prétend le contraire. Mais force est de constater que la majorité "hollandaise" a disparu au soir du 6 mai 2012 pour des raisons que la politique politicienne connaît. Et que l'équipage gouvernemental actuel est évidemment composite. On peut donc raisonnablement penser que certains ministres incarnent des options politiques différentes, au sein d'un plus vaste ensemble qu'on nommera "majorité". Autrement dit, assimiler Mosco à Hollande est un raisonnement un peu court. Les ministres aiment marquer leur territoire et infléchir l'action générale de leurs petites phrases et grandes interviews.

3. Pierre Moscovici, dans sa funeste interview aux Echos qui fit grand bruit vendredi dernier, a plaidé pour l'autorégulation en matière de grosses rémunérations. C'est l'un des traits caractéristiques du ministre. Il ne réalise pas suffisamment les dommages qu'il fait avec certaines déclarations. Il pense qu'avoir reporté la charge du prélèvement de 75% des revenus excédentaires à un million d'euros annuel sur le dos des entreprises est suffisant comme régulation "externe". Autrement dit, le plafond des gros salaires qu'envisage le gouvernement serait d'un million d'euros. On peut juger ce plafonnement insuffisant. Mais il sera réel. Autorisons nous alors une autre remarque: la "taxe" de 75% a toujours été annoncée comme exceptionnelle, d'une durée de 2 ans. On espérait donc quelque chose de plus pérenne, ensuite, qu'une simple autorégulation.

4. Comme s'il se doutait des critiques à venir, le ministre a cru bon ajouté que le gouvernement n'excluait pas de sévir si l'autorégulation ne fonctionnait pas. Nous pourrions lui donner le bénéfice d'un plus grand doute que celui accordé à Nicolas Sarkozy, l'ancien président des Riches. Mais combien de temps faudra-t-il attendre pour mesurer si cette "autorégulation" tant souhaitée aura fait ses preuves ?

5. Samedi, lors d'un colloque consacré à la construction européenne, le ministre a eu une nouvelle formule malheureuse: "L'économie a changé, le charbon et l'acier ne sont plus les poumons de la puissance économique des pays européens: c'est la finance qui a pris cette place." Inévitablement, la machine à buzz a fonctionné à plein. Le voici accusé de "réhabiliter la finance". Pour le coup, Mosco ne disait pas autre chose que ce tout le monde ou presque considère : la finance a pris une place centrale dans nos économies, ... à tort ou à raison. "La finance qui joue un rôle crucial pour le développement de l'économie réelle et sans laquelle nos entreprises ne peuvent pas croître, pas plus qu'un champ de cultures ne peut croître sans eau."

6. Finalement, quel gage Pierre Moscovici a-t-il à donner à "sa" gauche ? Aucun. Elle ne l'a jamais aimé, jamais soutenu, jamais apprécié. Peut-être va-t-il réaliser enfin qu'il incarne le barrisme de gauche qu'il redoutait. Il aurait tort d'assimiler ses critiques à la "gauche radicale" comme le fait le Figaro. Un autre strauss-kahnien, un vrai et un fidèle des derniers instants, Jean-Christophe Cambadelis, s'est jeté dans la marre en "regrettant la décision" de renoncer à plafonner la rémunération des patrons du secteur privé.


25 mai 2013

316ème semaine politique: Hollande a-t-il besoin de Moscovici ?



Il y a des semaines comme cela, où les mêmes sujets se déclinent à l'infini, où les mêmes polémiques si prévisibles se répètent. Un ministre recule sur la régulation des gros salaires. Des journalistes s'étranglent sur la simple évocation de Schröder dans un discours présidentiel. Des Européens s'accordent presque pour lutter contre l'évasion fiscale.

Le moi de mai se termine humide et froid. Nous ne sommes pas sortis de l'automne.

Nicolas Sarkozy fanfaronne en Israël. Prépare-t-il déjà sa prochaine campagne perdue d'avance ? On s'en fiche. Un vieil écrivain nostalgique de la France blanche, catholique et hétéro se tire une balle dans la tête dans l'enceinte de Notre-Dame. On ignore l'ignoble récupération qu'en fait Marine Le Pen. On se fiche de la manifestation du 26 mai des opposants au mariage pour tous. D'autres s'écharpent sur la possibilité ouverte d'enseigner quelques matières en anglais.

Ces sujets sont finalement futiles, effacés, éparpillés. L'obsession du moment est d'abord fiscale, comme une déclaration de revenus qu'il faut remplir d'ici quelques jours. Ou comme cette solidarité menacée, tant en France qu'en Europe. L'impôt est le socle de la solidarité nationale. Sa défaillance, le signe d'une rupture. On comprend que le sujet obsède.


Surdoses
Mercredi, un sommet européen parle de lutte contre la fraude fiscale. Nos chefs d'Etat tentent d'accorder leurs violons avant un G20 de juin consacré au sujet de la lutte contre la fraude et l'évasion fiscale. David Cameron veut discipliner ses propres paradis fiscaux, que la Couronne britannique abrite un peu partout dans le monde. C'est un peu Al Capone qui fait le ménage. A gauche, Mélenchon nous disait qu'il faut renverser la table. Mais qui réparera la vaisselle cassée ? Le président français tape du poing sur la table, contre les deux seuls Etats membres qui résistent encore. L'Autriche et le Luxembourg refusent l'échange automatique de données bancaires. En France, les sanctions vont être renforcées.

Une polémique, fiscale encore, embarrasse enfin Apple. Le patron, Tim Cook, s'étrangle devant une commission sénatoriale américaine, à Washington. Il refuse qu'on le soupçonne d'évacuer ses milliards de dollars de profit des griffes du fisc américain. Ces multinationales, habiles à séduire les masses à coup de marketing talentueux, manipulent les Etats avec dextérité. Le combat est inégal.

Nos très riches sont inquiets. L'un de leurs représentants, le député UMPiste Gilles Carrez a fait fuiter un rapport de Bercy sur l'impact du bouclier fiscal l'an dernier. Quelque 0,2% de nos foyers fiscaux ont "malheureusement" payé plus d'impôts qu'ils n'avaient de revenus, 8.110 infortunés ménages. On accuse Hollande, et sa contribution supplémentaire et estivale votée au creux de l'été qui frappe sans plafond les grandes fortunes.

La Cour des Comptes fustige le renforcement des moyens de l'Education nationale. De quoi parle-t-elle ? Elle considère que "le ministère de l'Éducation nationale ne souffre pas d'un manque de moyens budgétaires ou d'un nombre trop faible d'enseignants, mais d'une utilisation défaillante des moyens existant". Le Figaro se régale. 

L'INSEE rappelle l'état de nos finances publiques l'an dernier. La conclusion est simple: en 2012, les prélèvements obligatoires ont augmenté de 22 milliards d'euros. 15 grâce à Nicolas Sarkozy, 7 via Hollande. Le match du matraquage pourrait amuser la galerie. Le sujet est sérieux. On compare les mesures, et l'on se demande pourquoi certains pensent encore que ce sujet Hollande fait du Sarko. La fiscalité est un terrain où se juge une politique.

Justice
Jérôme Cahuzac parle encore à la radio. Sa fraude fiscale est un symbole. Une commission d'enquête parlementaire débute ses travaux. L'un de ses proches y siège. Cahuzac ajoute 80.000 euros à la somme de 600.000 qu'il avait reconnu avoir caché au fisc. On n'est plus à cela près. Le weekend précédent, il avait renoncé à concourir à l'élection législative. Edwy Plenel de Mediapart est aussi auditionné, tout comme Michel Gonnelle, l'opposant par qui tout est arrivé.

Un ancien patron du FMI fait l'objet d'un film de partouze dont quelques images sont dévoilées au Festival de Cannes. L'actuelle directrice est auditionnée par la Cour de Justice de la République. Cela fait tâche. C'est une malédiction. A deux ans d'intervalle, deux directeurs français d'une institution souvent détestée connaissent les affres de la justice. Bernard Tapie, heureux bénéficiaire d'un arbitrage que l'on soupçonne imposé par Nicolas Sarkozy dans un gigantesque litige avec le CDR qui gère les actifs toxiques du Crédit Lyonnais récuse toute inquiétude et dénonce un complot socialiste. Le pauvre, il ne lui reste "que" 100 millions. Belle outrance ! La facture, pour les contribuables que nous sommes, est de près de 400 millions d'euros.

L'ancienne ministre est soupçonnée d'avoir été l'instrument efficace de Sarkozy. Un joli cadeau pour Tapie, le rallié de 2007, qui obtint l'abandon des poursuites, un arbitrage favorable, et l'absence de tout recours ni contrôle. Quelle belle affaire ! Vendredi, Christine Lagarde sort avec le statut de témoin assisté. Le FMI est soulagé. Peut-être a-t-elle convaincu ses interlocuteurs que le vrai coupable est ailleurs.

Moscovicidose
Hollande parle devant des représentants du SPD, pour le 150ème anniversaire du parti. Il prononce la formule malheureuse, les "réformes courageuses" de Gerhard Schröder. Quelques mots à peine, dans une longue énumération du l'histoire du parti. Le véritable éloge dans son propos était pour le sens du compromis et du dialogue social de nos amis d'outre-Rhin. Mais la classe médiatique, en manque de couacs et de bashing facile, grossit le trait. Ce discours devient un poème à la gloire de l'infâme Schröder. L'quipe Hollande a déjà dit qu'il n'appréciait pas les ravages inégalitaires de la politique schroderienne. Là n'était pas le sujet ? Reposons la question: qui a peur du dialogue social ? 

Cette polémique sans intérêt ni enjeu agite le microcosme de gauche comme de droite pendant quelques heures. Puis, plus grave, le ministre de l'économie et des finances nous balance une belle interview aux Echos: Pierre Moscovici ne veut pas légiférer sur le plafonnement des rémunérations des patrons du secteur privé. C'est un recul de première classe. Il préfère "concentrer l’action législative sur la contribution de 75 % sur la part des rémunérations dépassant 1 million d’euros".

Pour le coup, l'indignation est inévitable et nécessaire. Non pas que cette mesure soit économiquement décisive. Mais il y a des symboles qui finissent par heurter. Pierre Moscovici a largement gagné son rang d'icône-repoussoir. Il tente de nous faire avaler ses reculs par petites doses. L'affaire des Pigeons était presque drôle. La réforme bancaire, entre malentendu et reculade. Le scandale Cahuzac l'a débordé. Bref, une seule question émerge.


Hollande a-t-il besoin de Moscovici ?








Crédit illustration: DoZone Parody

24 mai 2013

Hollande, Schröder, et l'habituelle coalition.

Hollande, Schröder, un anniversaire en Allemagne pour célébrer un parti social-démocrate.

Les ingrédients d'une bonne corrida médiatique étaient réunis. Nous pouvions écrire à l'avance ce que la presse, dans sa gentille unanimité, allait servir au menu de ses unes du lendemain.

N'allez pas chercher de son discordant. C'était écrit d'avance.

Tous ont plongé facilement.
  • "Hollande a tressé, jeudi, une couronne de laurier au prédécesseur d'Angela Merkel à la chancellerie fédérale pour avoir flexibilisé le marché du travail." (Le Point)
  • "A Leipzig, Hollande vante Schröder et la social-démocratie" (Les Echos)
  • " François Hollande a fait l'éloge des réformes du marché du travail allemand lancées en 2003 par l'ancien chancelier de ce parti, Gerhard Schröder." (Le Parisien)
  • "le chef de l’Etat n’a jamais employé le mot « socialiste », ne serait-ce pour marquer sa petite différence, mais en plus il a fait l’éloge des réformes antisociales de l’ancien chancelier." (Marianne)
  • "L'ode de François Hollande à Gerhard Schröder" (Mediapart) 
  • "Hollande en Allemagne, VRP des réformes Schröder" (Rue89) ‎
  • "Le « bras d'honneur » d'Hollande à l'aile gauche du PS" (Le Figaro)
L'électeur pouvait lire ou écouter de lui-même l'intervention du président français. Il pouvait détester la loi de flexisécurité, s'effrayer de l'incroyable pauvreté qui s'est développée outre-Rhin depuis les funestes lois Hartz, et pourtant comprendre quelques faits: (1) Hollande n'endosse pas le personnage ni son action. (2) Il a salué sa mémoire dans un discours quasiment chronologique sur l'histoire du SPD.

Il suffisait de lire ou écouter le discours.

En France, son propre premier ministre expliquait de Schröder qu' "il a été courageux lorsqu’il a redressé son industrie mais il a porté atteinte à ce qui faisait partie du modèle social allemand". 
Et Alain Vidalies, ministre en charge des relations avec le Parlement, complète, sur PublicSénat:  Hollande "n’a jamais proposé la transposition en France de ces propositions".

Qu'importe.

La messe était dite.


Y-a-t-il un changement de climat en Europe ?

Ce ne sont encore que des signaux faibles qui pourraient faire un signal fort. Rien n'est gagné, les rapports de force sont encore ce qu'ils sont. Mais peu à peu, sur des sujets aussi différents que l'énergie, la culture, ou la fraude fiscale, des positions contraires à la vulgate néo-libérale se font entendre au sommet des Etats qui composent l'Union européenne.
 Il y a 15 jours, la Commission européenne a proposé une taxe "anti-dumping" de 47% contre les panneaux solaires d'origine chinoise. Nicolas Doze de BFM s'étrangle contre cette "tentation du protectionnisme".  Ces matériels chinois ont pris l'essentiel des parts de marché du secteur en quelques années, 80% en Europe l'an dernier.

Qui a dit qu'un relatif protectionnisme n'était pas une option ?

Lundi, quelques Européens, cinéastes ou ministres, rappelaient encore à l'Europe que la culture ne saurait être incluse dans le nouveau cycle de négociations qui débute entre l'UE et les Etats-Unis. Ces négociations visent à assouplir, ici comme là-bas, les obstacles aux échanges commerciaux. Mais l'exception culturelle est une ligne rouge, a menacé la ministre Filippetti lors du Festival de Cannes. A Bruxelles, José Manuel Barroso a pourtant affirmé la semaine dernière que "l'exception culturelle ne serait pas renégociée".

C'est un signe faible mais un début.

Prenez  enfin le sommet du 22 mai. Les chefs d'Etat européens discutent de lutte contre la fraude fiscale. C'est visiblement le thème du moment. On note enfin quelques volontés, même parmi quelques-uns de nos conservateurs voisins.  Depuis 2008, le sujet était une rengaine. La crise budgétaire pressure les Etats. On cherche des fonds, on veut calmer les opinions publiques. La lutte contre la fraude fiscale est un bon thème d'union sacrée pour peu qu'on y accorde les moyens qu'il faut.
"Plutôt que d'augmenter les taxes, les taux, les impôts, les prélèvements, mieux vaut aller chercher la matière imposable là où elle se cache aujourd'hui."
François Hollande
Deux pays résistent encore à la levée du secret bancaire, et notamment l'échange automatique d'informations sur l'ouverture de comptes de citoyens étrangers, l'Autriche et le Luxembourg. Ils sont pragmatiques. Le placement défiscalisé de quelques milliards soustraits à leurs Etats d'origine constitue l'essentiel de leur économie. Mais ce parasitisme fiscal n'est plus supportable. Cette concurrence dépasse la déloyauté. Elle met à mal l'identité européenne. Mercredi, Hollande a des mots durs, et explicites. "On ne peut pas laisser un pays, plusieurs même, au sein de l'Union européenne, être des sources de transferts justifiés par des motifs fiscaux." Il n'est pas le seul. L'Autriche et le Luxembourg résistent, mais se réfugient derrière un prétexte dont la pérennité n'est plus assurée, davantage de transparence de paradis fiscaux hors Union, tels la Suisse.

Même le britannique David Cameron, père protecteur de la City comme tout premier ministre Tory qui se respecte, soutient la démarche européenne. Lundi dernier, il a écrit aux dix paradis fiscaux d'outre-mer ou dépendant de la Couronne (Bermudes, Iles Vierges britanniques, Iles Cayman, Gibraltar, Anguilla, Montserrat, Iles Turks et Caicos, Jersey, Guernesey et Ile de Man) , à "de poursuivre leur collaboration avec le Royaume-Uni sur deux sujets délicats: les échanges d'informations sur l'imposition et les lois sur l'usufruit". Des thèmes "délicats", insiste-t-il. "C'est le moment de mettre de l'ordre dans nos maisons".

Vraiment ?

Au final, l'Europe s'arrête sur un communiqué reportant à la fin de l'année des décisions contre l'évasion fiscale. Quelques pays, dont la France, n'attendront pas pour mettre en oeuvre l'échange d'informations avec qui voudra bien.

Ces signes sont encore faibles mais ils sont réels.

"L'Europe accélère", convient le Figaro.

Mais si le Figaro le dit...




23 mai 2013

Suicide à Notre-Dame: le dernier outrage d'un ultra.

Un écrivain d'extrême droite se suicide à Notre Dame de Paris, une balle dans la bouche à quelques mètres de 1.500 fidèles. Le choc est grand pour certains catholiques. L'extrême droite récupère. L'outrage est total.

Marine Le Pen, qui s'est récemment férocement fracassée le sacrum en chutant dans sa piscine vide, a le tweet élogieux et rapide, c'est glaçant: «Tout notre respect à Dominique Venner, dont le dernier geste, éminemment politique, aura été de tenter de réveiller le peuple français». Un autre frontiste, Bruno Gollnisch qualifie le geste de «protestation contre la décadence de notre société».

Le suicidé était un "essayiste", et "ancien militant de l’OAS". La raison de ces hommages tient à une "explication" que l'auteur, avant de commettre son acte définitif, a livré sur son blog, une critique du "mariage pour tous" qu'il jugeait "loi infâme". Il livre une large réclame contre l'immigration et "remplacement de nos populations", défend "la perpétuation de (sa) race et de (son) esprit" et quelques autres délires. Son éditeur a quelque mal à faire le lien entre le suicide et cette loi. Il le dit. Mais le FN récupère, ramasse, fait les poubelles de l'instrumentalisation facile. Frigide Barjot, pour une fois, est restée sobre sur le sujet: "Ce monsieur faisait partie d'un mouvement qui s'appelle le Printemps français, (...) que nous avons condamné il y a déjà fort longtemps. (...). C'est un acte personnel isolé, très violent, spectaculaire et très désespéré

On attend Copé, Jean-François. Il s'est tu. Sa cote sondagière s'effondre. Il prépare la "grande" manifestation du 26 mai contre le mariage pour tous. On attend les posters à l'effigie du gars. La récupération d'un drame aussi personnel et mystérieux que le suicide sera l'épilogue d'un dérapage inédit dans notre République.

La loi est passée, elle n'enlève rien à personne, elle en choque certains. Elle a même sorti de la République Christine Boutin, trop mécontente qu'une loi de la République qu'elle exècre puisse être votée.


De DSK à Lagarde, la malédiction du mois de mai

Deux ans quasiment jour après jour après l'interruption brutale de la carrière de Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fond Monétaire International, voici Christine Lagarde menacée d'une mise en examen sur une affaire bien différente.

Les directeurs généraux du FMI sont-ils à ce point maudits quand ils sont français ?

Passées les premières heures du choc de l'arrestation le 14 mai 2011, il était rapidement entendu que DSK ne recouvrirait jamais ses fonctions à la tête du FMI.

Nous eûmes la honte, le drame, le feuilleton à épisodes.

Deux ans plus tard, DSK sillonne le globe comme il peut pour monétiser sa présence à des conférences. Et fait l'objet d'un film potentiellement glauquissime où Gérard Depardieu, nouveau citoyen russe, incarne son personnage.

Deux ans plus tard, Christine Lagarde est convoquée à Paris pour une audition devant la Cour de Justice de la République. Selon Le Monde, "l'ancienne ministre de l'économie et des finances de Nicolas Sarkozy (2007-2011) a en effet reçu une convocation, prévoyant son audition jeudi 23 et vendredi 24 mai, en vue d'une mise en examen pour 'complicité de faux et détournement de fonds publics'." Pire, le gouvernement est d'accord pour contester cet arbitrage initial. Il a viré Jean-François Rocchi, alors président du Consortium de réalisation, un proche de Claude Guéant (sic!). Il a aussi écarté l'avocat de l'époque.

On imagine qu'une droite criera au complot ou à la vengeance. Pourtant, l'affaire ne date pas d'hier, mais d'il y a plus de deux ans.

Lagarde est soupçonnée d'avoir favorisé le règlement par l'arbitrage du litige qui opposait Bernard Tapie au CDR, l'établissement chargé de liquider les actifs toxiques du Crédit Lyonnais. En résumé, sur instructions gouvernementales, les responsables du CDR ont accepté d'abandonner les plaintes pour préférer le recours à l'arbitrage. Une procédure qui se solde par une condamnation ... du CDR, hors normes, pour 403 millions d'euros, dont 240 M€ au titre du préjudice matériel ; 105 M€ pour les intérêts légaux sur préjudice matériel ; 45 M€ au titre du préjudice moral ; et 13 M€ de frais de liquidation.

En mai 2011, quelques semaines avant qu'elle ne remporte la désignation à la tête du FMI, nous nous interrogions.  Mais comment pouvait-elle être nommée avec l'ampleur d'une affaire qui la concernait au premier chef ?

A l'époque, les principales accusations contre Christine Lagarde n'étaient pas minces:

1. Avant l'élection de Nicolas Sarkozy à la Présidence, Bernard Tapie était en mauvaise posture, et le CDR pensait l'emporter en justice. Début 2007, le CDR refuse le recours à l'arbitrage proposé par les avocats de Bernard Tapie suggèrent une procédure d'arbitrage. Après l'élection de Sarkozy, le CDR change d'avis. Le directeur de cabinet de Lagarde de l'époque ne cache pas le changement d'orientation. Début septembre, un projet de compromis est même établi. Il est validé en octobre par le conseil d'administration. Il comprend le nom des trois arbitres. La Cour des Comptes mentionnera plus tard sa surprise, car « la pratique courante pour le choix des arbitres nʼa pas été suivie ».

2. La version finale du compromis d'arbitrage, signée en novembre 2007, est  différente de celle approuvée par les administrations du CDR en octobre, et sur un point majeur : le plafond de la demande d'indemnisation des époux Tapie, fixé à 50 millions d'euros, ne concerne plus que l'indemnisation du préjudice moral.

3. En juillet 2008, les trois arbitres condamnent le Crédit Lyonnais. Malgré l'énormité des dommages financiers, le CDR refuse tout recours en annulation, sur instruction du cabinet de la ministre Lagarde. Le Conseil d'Etat n'est même pas saisi.La Cour des Comptes notera plus tard que la gouvernance du CDR a été affaiblie par des démissions.

L'ancienne ministre est paraît-il inquiète avant ses auditions des 23 et 24 mai. Elle aurait confié n'avoir été que l'instrument de Nicolas Sarkozy

Quelle surprise...




22 mai 2013

Hausses d'impôts en 2012: le match Sarkozy/Hollande

L'INSEE publie le bilan budgétaire complet de la France en 2012. N'en déplaise à quelques pontes sarko-nostalgiques de l'UMP, ce bilan est loin d'être exclusivement celui de François Hollande et la nouvelle majorité issue des urnes en juin 2013. Pour preuve, l'INSEE détaille les quelque 15 milliards d'euros de hausses d'impôts décidées notamment dans les lois de finances et de financement de la Sécurité sociale, et leurs correctifs pour 2012, avant puis après l'élection présidentielle.

Globalement, la photo budgétaire s'améliore... peu, grâce aux augmentations d'impôts. Le déficit s'est modestement réduit... 98,2 milliards d’euros, soit 4,8 % du PIB. Il baisse de 7,2 milliards d’euros par rapport à 2011, "du fait d’une augmentation des recettes plus rapide que celle des dépenses." Les dépenses de fonctionnement ont encore progressé de 2,5%. En cause, "des livraisons de matériel militaire plus élevées qu’en 2011" (+ 1,4 milliard d’euros) et "l’enregistrement en 2012 du paiement effectué début 2013 au titre du budget rectificatif de l’Union européenne" (+ 0,6 milliard). L'INSEE relève aussi que les prestations sociales bondissent de 3,7 %, pour l'essentiel à cause des pensions de retraite et d’invalidité (+ 1,6 milliard).

Plus inquiétant, l'Etat désinvestit:  "les dépenses d’investissement baissent pour la troisième année consécutive" (- 3,9 % en 2012). Et la recapitalisation de Dexia coûte 2,6 milliards à l’État en 2012.

Et cela ne suffit pas. Le poids de la dette publique dans le PIB progresse encore de 4,4 points pour atteindre 90,2 % à fin 2012, pour l'essentiel à cause de l'Etat (+105 milliards d'euros).


Avant l'élection de Hollande, quelque 15 milliards de hausses d'impôts avaient été votées pour 2012, puis sont entrées en application.
- la création d’un taux intermédiaire de TVA à 7 % (+ 2,1 milliards de recettes en 2012) ;
- la désindexation du barème de l’impôt sur le revenu (+ 1,8 milliard) ;
- la modification de l’abattement dérogatoire pour durée de détention sur les plus-values immobilières (+ 1,6 milliard) ;
- la limitation de la possibilité pour les entreprises bénéficiaires de reporter leur déficit dans le calcul de leur résultat fiscal (+ 1,2 milliard) ;
- la hausse de 1,2 point des prélèvements sociaux sur le capital (+ 1,1 milliard) ;
- la suppression de l’exonération partielle de taxe spéciale sur les conventions d’assurance pour les contrats solidaires et responsables (+ 1,0 milliard) ;
- la révision des modalités de déclarations de revenus (mariage, Pacs, divorce : + 1,0 milliard) ;
- la contribution exceptionnelle de l’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises (+ 0,9 milliard) ;
- l’aménagement des dispositifs d’aide à l’investissement dans des équipements photovoltaïques (+ 0,9 milliard) ;
- la réduction de l’abattement forfaitaire de CSG de 3,0 % à 1,75 % (+ 0,8 milliard) ;
- la contribution exceptionnelle d’impôt sur les très hauts revenus (+ 0,6 milliard) ;
- l’intégration des heures supplémentaires dans le barème de calcul des allégements généraux de cotisations patronales (+ 0,6 milliard).
 (source: INSEE)
A l'inverse, le gouvernement Sarkozy/Fillon a fait perdre 1,9 milliards d'euro de taxe professionnelle, et 1,7 milliard d'exit-tax rendue aux assurances.

En août 2012, le gouvernement Ayrault a annulé les 11 milliards d'euros de hausse de TVA, dont un petit quart allait peser sur les ménages à la fin de l'année. Mais il ajoute 7 milliards d'euros de prélèvements supplémentaires effectifs dès l'année même.
- la contribution exceptionnelle sur la fortune (+ 2,3 milliards), laquelle fait plus que compenser la modification du barème de l’impôt de solidarité sur la fortune votée en loi de finances initiale (- 1,5 milliard) ;
- le paiement en 2012 de la contribution exceptionnelle d’impôt sur les sociétés pour les grandes entreprises (+ 1,0 milliard) ;
- la suppression de l’exonération fiscale et sociale des heures supplémentaires (+ 1,0 milliard) ;
- la hausse de 2 points de prélèvements sociaux sur le capital (+ 0,8 milliard).
 (source: INSEE)


France: fausses surprises fiscales en Hollandie

Quelle surprise... Ou pas.

8.010 foyers, l'an dernier, ont réglé davantage d'impôt qu'ils n'avaient reçu de revenus. La surprise n'est pas là où l'on croit. L'ancien bouclier fiscal, que Nicolas Sarkozy avait renforcé puis détruit, permettait quelques outrageants remboursements d'impôts mais aussi de soulager quelques rares cas de gros propriétaires aux trop maigres revenus. L'UMP exhibait ainsi quelques exemples de veuves désargentées à l'immense demeure délabrée incapable de régler leur facture fiscale faute de revenus suffisants. Le bouclier fiscal était une affaire symbolique.

Puis Nicolas Sarkozy l'a finalement supprimé sous la pression des sondages et d'une campagne de réélection qu'il espérait victorieuse. Deux ans plus tard, on nous apprend donc que quelques milliers de foyers ont réglé une facture fiscale que l'on devine insupportable.

Le plus surprenant dans cette information livrée par un député UMP, rapporteur du budget à l'Assemblée, est son "timing". La collecte des déclarations de revenus 2012 n'est pas terminée - les "télédéclarants" ont encore jusqu'à début juin. Comment donc tirer d'aussi rapides explications ? 
Car les Echos ajoutent un commentaire: "L’effet du collectif budgétaire de l’été 2012 explique en partie cette situation." Ah ! C'est la "faute à Hollande"...

Et le journal d'expliquer que la nouvelle majorité issue des urnes en juin 2012 avait voté, dans le collectif budgétaire l'été dernier, une contribution exception d'environ 2 milliards d'euros de recettes espérées, qui devait " compenser ponctuellement le coût du boucler fiscal, qui donnait encore lieu à des remboursements". Or, s'indigne Gilles Carrez, notre député UMP à l'origine de la fuite de ces cruciales informations, "pour la première fois depuis 25 ans", ce prélèvement "ne faisait l’objet d’aucun plafonnement, ce qui a accru sensiblement son impact."

En 2011, plus de 5.000 foyers réglaient déjà davantage d'impôts que de revenus. En cause, ils ne demandaient pas à en bénéficier, une démarche curieuse. Le journaliste n'ose pas l'explication qui fâche: certains de ces bénéficiaires potentiels ne craignaient-ils pas une plus large enquête en cas de demande au fisc ?

On en déduit aussi assez facilement que l'impact négatif du "matraquage" fiscal de l'été 2012 sus-dénoncé est finalement bien modeste - 3000 foyers supplémentaires...

Que d'émotions...

Mieux, le ministre du budget, Bernard Cazeneuve, a encore rappelé combien les sanctions contre les fraudeurs fiscaux vont être prochainement alourdies. La Tribune de Genève en est toute émue: "S'ils ne se signalent pas, 'les fraudeurs risqueront jusqu'à sept ans de prison pour les cas les plus graves. Quant à ceux qui exercent des activités de blanchiment de fraude fiscale ou relèvent de la délinquance financière, ils encourront des poursuites pénales accrues.'" 

 Il y a quelques jours, l'Opinion, un nouveau quotidien "plurimédia" et "pro-business", croyait savoir que le ministre s'apprêtait à recréer une cellule spécialement dédiée, à Bercy, pour accueillir les exilés fiscaux et négocier leur rapatriement.

Sur ce sujet, Cazeneuve apporte enfin un démenti ferme et sans détour: "il n'y aura ni amnistie ni cellule de régularisation. (...) Il doit y avoir un processus transparent, de droit commun, leur permettant de se mettre en conformité avec la loi. Il n'y aura donc aucune disposition dérogatoire."

21 mai 2013

An II: pourquoi les blogueurs politiques doivent résister à la lassitude



Le sujet est inépuisable et récurrent. On écrit, on s'interroge, on réagit. Le blog politique est un exercice qui dure et perdure, avec ces aléas. Sa matière parfois s'affaiblit.

Sommes-nous dans un trou d'air, un manque d'inspiration ?

Les soutiens du gouvernement, un an après l'élection de François Hollande, sont éparpillés. Fatigue ou lassitude, déception ou manque d'inspiration, les motivations sont multiples. L'opposition est à peine mieux lotie, car trop éparpillée. Les contraires s'annulent.

Tenir la chronique d'une période reste pourtant un exercice fascinant, parfois davantage que les lignes ou les propos qui s'y rapportent.

L'actuelle séquence est décourageante à de multiples niveaux.

1. Le débat politique est violent, ce qui pourrait être une bonne chose pour mobiliser les énergies. Mais cette violence vient de partout, elle est partout. Elle empêche les alliances, fussent-elles ponctuels. Elles tétanisent les argumentaires. Cette violence est souhaitée, revendiquée par les supporteurs du Front de gauche. Il faut la menace frontiste pour que certains espèrent encore un rassemblement. C'est sans doute trop tard.

2. Le débat politique est futile, trop souvent futile. Prenez les brillantes déclarations des uns et des autres du weekend dernier. Une période propice aux propos "distanciés", aux analyses introspectives. Fallait-il encore parler des énièmes dérapages de Christine Boutin contre le mariage pour tous ? De Jérôme Cahuzac qui "renonce" à se présenter à une élection législative partielle ? Fallait-il supputer encore et encore sur les contours d'un remaniement gouvernemental ?

3. Le débat politique est devenu trop prévisible. Nicolas Sarkozy secouait les lignes avec son agitation, et son grand plaisir mille fois exprimés de "trianguler" ses adversaires, provoquer avec des positions provocatrices. Il serait inapproprié de regretter cet ancien temps qui, avec le recul, paraît si ridicule et contre-productif. La séquence ouverte voici un an est différente. Assez rapidement, l'opposition de gauche à Hollande s'est structurée, fortifiée dans des positions qui n'appellent aucune conciliation. Tout, ou presque, de la conduite politique hollandaise génère des critiques a priori. Que Hollande annonce une réforme des retraites - promise dans son programme - et voici les habituelles accusations de "social-libéralisme" austéritaire qui sont ressorties avant même toute annonce. Le soupçon est tenace. De droite, le Hollande-bashing était tout aussi prévisible.

4. Les résultats d'une politique ne sont jamais immédiats. Pendant des mois, parfois plus, le commentaire politique se limite à la surface, l'anecdote, le buzz, la forme plutôt que le fond.
François Hollande, non sans difficultés, tente d'appliquer son programme. Il y a des échecs que l'on espère provisoires - comme le bras de fer avec le gouvernement Merkel sur la relance en Europe. Il y a des lois qui sont votées, que l'on soutient ou pas, dont la mise en oeuvre demande du temps.

5. La blogosphère politique est plus sensible encore à ces détériorations du débat. Elle ne vit que d'investissement individuel, pour l'essentiel amateur et bénévole. Elle émerge de façon spontanée, motivée par un contexte et/ou des envies personnelle de débattre ou de raconter un autre récit que le dominant.

Après l'élection de 2007, elle était sonnée ou fatiguée. Pendant près de quatre ans, les forces politiques établies ont raté le coche, coincées dans des logiques partisanes trop "monocolor". Les aventures 2.0 du clan Sarkozy, via l'UMP, furent ainsi désastreuses ou sans effet. On se souvient du coûteux fiasco des Créateurs de Possible. L'opposition n'était guère mieux lotie. Même l'exception Coopol du parti socialiste resta en circuit fermé.  Elargie aux réseaux sociaux tels Twitter, la sphère politique internet s'est développée grâce aux possibilités d'alliances spontanées, et de débats contradictoires forts.

Cinq ans plus tard, la situation est bien différente. Le débat politique est bloqué dans sa violence, le milieu politique encastré dans ses caricatures, le temps politique raccourcis aux impatiences du moment ... cet environnement n'est nullement propice à motiver le commentaire politique amateur. Les éditocrates, à l'inverse, se régalent, mais cela prend mal: à la télévision ou la à la radio, ils se ridiculisent, comme Jean-Michel Aphatie dans l'affaire Cahuzac. En presse, les magazines d'actualité se vendent mal. Au début du quinquennat, on pouvait croire à un simple contre-coup de l'élection politique qu'ils subissent. mais la tendance dure. C'est la preuve d'un réel désintérêt. Ces médias auront quelques difficultés à prétendre, comme avant, que c'est la "concurrence d'Internet" qui est la source unique de leurs difficultés du moment.

Il reste donc un espace, si ses participants parviennent à construire de l'échange malgré les désaccords et les postures "d'en haut". Passée cette première année du quinquennat hollandais, certaines "plumes" n'ont pas retrouvé leur équilibre. D'autres si.

A suivre.







Mise à jour - Lire aussi:

20 mai 2013

Retraites: pourquoi une gauche prépare les armes

Faut-il augmenter de 20 milliards d'euros, par an, les cotisations vieillesse pour résorber le trou de nos régimes de retraites ?

Osons la question, c'est la seule qui vaille. Contre Sarkozy, l'objectif de rééquilibrer les comptes n'était pas critiquable et fut rarement critiqué. Contre Sarkozy, les modalités de "redressement" furent assez rapidement en cause. L'ancien monarque a bâti une réforme injuste car elle faisait porter l'éventuel redressement, qui n'a finalement pas eu lieu, sur les plus fragiles. C'est aussi simple que cela. Le reste n'est qu'agitation d'arguments.

Le Front de Gauche a décidé de se servir de ce projet de réforme des retraites comme d'un nouveau combat. Il "fourbit ses armes". Les propos sont guerriers. "On n'a pas élu cet homme là en particulier pour remettre en cause l'âge de départ à la retraite, le niveau des pensions et voir privatiser les entreprises publiques", a dénoncé Jean-Luc Mélenchon.

Il est vrai qu'il y a besoin de mobiliser. Mais l'on craint, ailleurs à gauche et notamment dans ces colonnes, que le débat sur le financement de nos retraites ne soit emporté par des joutes d'étiquettes et autres caricatures. Dans un blog hébergé par Mediapart, Hollande se fait traiter de "salopard". Quel progrès ! Répétons la question:
Faut-il augmenter de 20 milliards d'euros, par an, les cotisations vieillesse pour résorber le trou de nos régimes de retraites ?
20 milliards, c'est justement le montant prévu et voté pour le Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi (CICE), à la suite du rapport Gallois de septembre dernier. Quel rapport sinon la coïncidence des montants ? Les revenus du capital ont été par ailleurs déjà plus largement assujettis aux cotisations sociales, dont pour le financement des retraites. Le gouvernement a également abrogé le coup de matraque de TVA initialement prévu dès octobre 2012 par Nicolas Sarkozy, 11 milliards d'euros d'augmentation générale pour théoriquement financer un allègement de cotisations sociales. Le CICE est différent, même s'il ne faut pas l'exempter de toute critique. C'est un crédit d'impôt calculé en fonction de la masse salariale des entreprises, et non une réduction de cotisations sociales. Si la masse salariale baisse, le CICE baisse.  

L'augmentation de TVA décidée pour 2014 par Hollande/Ayrault n'est un renchérissement uniforme du taux plein, mais de certains taux réduits dont celui de la restauration. Où sont passés celles et ceux qui réclamaient l'abrogation du taux réduit de la restauration du temps de Sarkofrance ? Et pourquoi refuser d'admettre que ces taux réduits de TVA sont aussi autant de niches fiscales que d'aucuns dénoncent ?

Sur les retraites, Hollande aurait déjà "trahi". C'est faux. La réforme des retraites faisait partie du programme du candidat. La concertation ne fait que débuter. Et, last but not least, il faut, on doit reconnaître la constance de François Hollande sur le sujet.

L'actuel président défend depuis une décennie au moins l'allongement de la durée de cotisations. En 2003, le PS qu'il dirigeait appelait à une "vaste négociation sur la durée de cotisation en fonction de l'effort contributif de chacun, de la situation familiale et de la pénibilité des métiers." En 2010, lors d'un débat télévisé contre Xavier Bertrand, alors ministre de la santé, il énonce clairement: "l'espérance de vie s'allonge, il faut allonger la durée de cotisation."

Pendant la campagne, il réitère. En juillet dernier, le gouvernement a aussi rétabli la possibilité d'un départ à 60 ans à taux plein pour les cotisations complètes des salariés ayant commencé à travailler à 18 ou 19 ans (contre 62 ans initialement calé par la réforme Sarkozy). Cette préférence pour l'allongement progressif de durées de cotisations est aussi assez largement partagé au sein de l'échiquier politique "interne" du Parti Socialiste, de Martine Aubry, à Michel Rocard ou encore Henri Emmanuelli. D'ailleurs, le Parti de Gauche dénonçait déjà pendant la campagne présidentielle ces positions qui ne sont pas nouvelles. EELV est plus ambigüe. Son secrétaire national Pascal Durand évoquait récemment d'étudier une "mise en retraite" partielle et progressive, plutôt qu'un "départ brutal à 60 ans."
 
Comme d'autres sujets, la réforme des retraites est un épouvantail. Evoquer qu'il faudra travailler plus longtemps suffit à hérisser à gauche.



18 mai 2013

315ème semaine politique: Hollande contre les violents



La France est donc en récession. Quel choc, mais pour qui ? Ces déplacements de dixièmes de pourcentage de PIB en plus ou moins signifient-ils grand chose pour la réduction du chômage et de la précarité ? Pas vraiment. Il faut davantage, et plus massif, pour que notre PIB influe significativement sur ces fléaux. Cette "nouvelle" nous rappelle juste combien la situation semble enlisée. Elle n'est pas que gauloise. Tout la zone euro, hors l'Allemagne, est en récession. Et nos voisins d'outre-Rhin avaient bu la tasse plus fortement que nous au trimestre précédent. Mercredi, Hollande propose de mobiliser immédiatement le budget européen voté pour l'insertion des jeunes; et réclame à nouveau des capacités budgétaires et d'emprunt européen. Les autorités allemandes restent "réservées".

Devant quelques centaines de journalistes, jeudi 16 mai, François Hollande dénonce encore les politiques "austéritaires" européennes qui ont créé cette récession. Il vise un gouvernement allemand qui repasse devant les électeurs en septembre. Les sondages ne sont pas si favorables que cela à l'actuelle chancelière.

Dans cette longue conférence de presse, Hollande célèbre à sa manière sa première bougie. Il complète et répète le récit de sa première année - réformes bancaire, du travail, du crédit d'impôt; rééquilibrage fiscal, mariage pour tous, etc); lève quelques malentendus ou sous-entendus: le droit de vote des étrangers sera ainsi bien proposé au parlement, mais après les élections municipales de mars prochain.

A sa droite qui voulait de l'austérité, à sa gauche qui réclame de la relance, ses contraires qui s'annulent parfois ou si souvent, il oppose une fin de non-recevoir.

Il trace. L'intervention est "offensive". Lundi, Ségolène Royal plaidait pour une accélération de l'action pour cet an II qui débute.

 Le lendemain, Jean-Luc Mélenchon réplique: il a la "confirmation de la conversion libérale de François Hollande". "Sur certains domaines, oui, il faut bien appeler les choses par leur nom." Et d'espérer une explosion sociale, avec son "parler cru et dru" habituel: "Je la souhaite oui, je ne la crains pas." Le Front de Gauche, paraît-il, fourbit ses armes contre la réforme des retraites. On préfèrerait des arguments, ils viendront: faut-il donc augmenter les cotisations de 20 milliards d'euros par an pour résorber le trou ?

Mélenchon a raison sur un point: "les gens ont peur", il y a de la "résignation". C'est un constat plus grave que le grand jeu de l'étiquetage - "plus à gauche", "pas à gauche", "pas de gauche" - qui finit par lasser faute de concrétisation.

Assez vite, l'inévitable sondage, 6 sondés sur 10 pas convaincus par la prestation. Finalement, c'est presque mieux que l'impopularité habituellement mesurée... On sourit.

Le délit d'offense au chef de l'Etat est abrogé. Si, si, c'est vrai, c'est fait. Nicolas Sarkozy adorait s'en servir, lui qui n'hésitait pas au si viril "casse-toi pov'con". L'amendement a été adopté, dans un projet de loi adaptant la législation pénale française à divers textes européens et étrangers. On applaudit, car il le faut. En mars, la commission des lois de l'Assemblée rappelait que "cette incrimination a cependant connu une résurgence durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy".

La place du Trocadéro, puis les Champs Elysées deviennent des lieux de batailles, fumigènes et casses, le temps d'une célébration footballistique qui dérape. Le Qatar voulait fêter devant la Tour Eiffel la victoire de son club PSG racheté à prix d'or. Des centaines d'Ultras et de casseurs pourrissent l'évènement. La droite oublie les casses similaires d'Amiens, de Montpellier, de Marseille. Elle réclame la tête de Valls ou du préfet. Pour le ministre de l'intérieur, c'est le premier véritable coup de chauffe sur un terrain où il se voulait irréprochable d'efficacité.

Cahuzac nous emmerde. Soyons parfois vulgaires. Pourquoi donc accorder encore un quelconque crédit à l'ancien ministre du Budget convaincu de fraude fiscal ? Ce dernier a cru bon livré au Figaro ses états d'âme et de pensée sur l'état de la France. Le tout pour mieux minimiser sa propre déliquescence. Non seulement espère-t-il finalement se présenter en candidat indépendant à la législative partielle ouverte par sa démission, mais en plus le voici qu'il donne des leçons d'honnêteté: "c'est moins grave de mentir pendant quinze secondes devant 577 députés que de mentir depuis un an sur l'état de la France, comme le fait François Hollande... !" Et il a "choisi" de toucher ses indemnités de ministre... Mais que fait la police ?

Jérôme Cahuzac est notre prochain Eric Besson. Un gars traumatisé par l'opprobre violente de son propre camp qui du coup se rebiffe au point de franchir tous les Rubicons. Certaines choses mériteraient de se résoudre dans un cabinet d'analyse.

On glose beaucoup et trop sur un éventuel remaniement. Certains ministres sont certes cramés. Qui ne serait pas à moins ? D'autres résistent et combattent. Fleur Pellerin pilote la suite de ses assises de l'entrepreneuriat. Avec la bénédiction d'Aurélie Filippetti (Culture), Pierre Lescure a remis un rapport bien technique et volumineux sur l'avenir du financement de la filière culturelle. 80 propositions, une somme d'analyses et de constats, de quoi alimenter le débat, et quelques réformes.  

Le débat politique s'est installé dans la violence

Comment en sortir ? On pourrait en débattre. Vendredi, le Conseil Constitutionnel déclare intégralement conforme la loi sur le mariage pour tous. Et voici Frigide Barjot qui déboule chez BFM TV nous donner des leçons de constitutionnalité...

L'actuelle équipe au pouvoir n'a pas la violence verbale et politique de Sarkofrance. La gauche mélenchoniste assume de durcir le propos pour provoquer le choc des consciences. L'UMP cache son désastre et son vide par des outrances.

Ceci explique cela. 

Ou presque.





Crédit illustration: DoZone Parody