18 mai 2013

315ème semaine politique: Hollande contre les violents



La France est donc en récession. Quel choc, mais pour qui ? Ces déplacements de dixièmes de pourcentage de PIB en plus ou moins signifient-ils grand chose pour la réduction du chômage et de la précarité ? Pas vraiment. Il faut davantage, et plus massif, pour que notre PIB influe significativement sur ces fléaux. Cette "nouvelle" nous rappelle juste combien la situation semble enlisée. Elle n'est pas que gauloise. Tout la zone euro, hors l'Allemagne, est en récession. Et nos voisins d'outre-Rhin avaient bu la tasse plus fortement que nous au trimestre précédent. Mercredi, Hollande propose de mobiliser immédiatement le budget européen voté pour l'insertion des jeunes; et réclame à nouveau des capacités budgétaires et d'emprunt européen. Les autorités allemandes restent "réservées".

Devant quelques centaines de journalistes, jeudi 16 mai, François Hollande dénonce encore les politiques "austéritaires" européennes qui ont créé cette récession. Il vise un gouvernement allemand qui repasse devant les électeurs en septembre. Les sondages ne sont pas si favorables que cela à l'actuelle chancelière.

Dans cette longue conférence de presse, Hollande célèbre à sa manière sa première bougie. Il complète et répète le récit de sa première année - réformes bancaire, du travail, du crédit d'impôt; rééquilibrage fiscal, mariage pour tous, etc); lève quelques malentendus ou sous-entendus: le droit de vote des étrangers sera ainsi bien proposé au parlement, mais après les élections municipales de mars prochain.

A sa droite qui voulait de l'austérité, à sa gauche qui réclame de la relance, ses contraires qui s'annulent parfois ou si souvent, il oppose une fin de non-recevoir.

Il trace. L'intervention est "offensive". Lundi, Ségolène Royal plaidait pour une accélération de l'action pour cet an II qui débute.

 Le lendemain, Jean-Luc Mélenchon réplique: il a la "confirmation de la conversion libérale de François Hollande". "Sur certains domaines, oui, il faut bien appeler les choses par leur nom." Et d'espérer une explosion sociale, avec son "parler cru et dru" habituel: "Je la souhaite oui, je ne la crains pas." Le Front de Gauche, paraît-il, fourbit ses armes contre la réforme des retraites. On préfèrerait des arguments, ils viendront: faut-il donc augmenter les cotisations de 20 milliards d'euros par an pour résorber le trou ?

Mélenchon a raison sur un point: "les gens ont peur", il y a de la "résignation". C'est un constat plus grave que le grand jeu de l'étiquetage - "plus à gauche", "pas à gauche", "pas de gauche" - qui finit par lasser faute de concrétisation.

Assez vite, l'inévitable sondage, 6 sondés sur 10 pas convaincus par la prestation. Finalement, c'est presque mieux que l'impopularité habituellement mesurée... On sourit.

Le délit d'offense au chef de l'Etat est abrogé. Si, si, c'est vrai, c'est fait. Nicolas Sarkozy adorait s'en servir, lui qui n'hésitait pas au si viril "casse-toi pov'con". L'amendement a été adopté, dans un projet de loi adaptant la législation pénale française à divers textes européens et étrangers. On applaudit, car il le faut. En mars, la commission des lois de l'Assemblée rappelait que "cette incrimination a cependant connu une résurgence durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy".

La place du Trocadéro, puis les Champs Elysées deviennent des lieux de batailles, fumigènes et casses, le temps d'une célébration footballistique qui dérape. Le Qatar voulait fêter devant la Tour Eiffel la victoire de son club PSG racheté à prix d'or. Des centaines d'Ultras et de casseurs pourrissent l'évènement. La droite oublie les casses similaires d'Amiens, de Montpellier, de Marseille. Elle réclame la tête de Valls ou du préfet. Pour le ministre de l'intérieur, c'est le premier véritable coup de chauffe sur un terrain où il se voulait irréprochable d'efficacité.

Cahuzac nous emmerde. Soyons parfois vulgaires. Pourquoi donc accorder encore un quelconque crédit à l'ancien ministre du Budget convaincu de fraude fiscal ? Ce dernier a cru bon livré au Figaro ses états d'âme et de pensée sur l'état de la France. Le tout pour mieux minimiser sa propre déliquescence. Non seulement espère-t-il finalement se présenter en candidat indépendant à la législative partielle ouverte par sa démission, mais en plus le voici qu'il donne des leçons d'honnêteté: "c'est moins grave de mentir pendant quinze secondes devant 577 députés que de mentir depuis un an sur l'état de la France, comme le fait François Hollande... !" Et il a "choisi" de toucher ses indemnités de ministre... Mais que fait la police ?

Jérôme Cahuzac est notre prochain Eric Besson. Un gars traumatisé par l'opprobre violente de son propre camp qui du coup se rebiffe au point de franchir tous les Rubicons. Certaines choses mériteraient de se résoudre dans un cabinet d'analyse.

On glose beaucoup et trop sur un éventuel remaniement. Certains ministres sont certes cramés. Qui ne serait pas à moins ? D'autres résistent et combattent. Fleur Pellerin pilote la suite de ses assises de l'entrepreneuriat. Avec la bénédiction d'Aurélie Filippetti (Culture), Pierre Lescure a remis un rapport bien technique et volumineux sur l'avenir du financement de la filière culturelle. 80 propositions, une somme d'analyses et de constats, de quoi alimenter le débat, et quelques réformes.  

Le débat politique s'est installé dans la violence

Comment en sortir ? On pourrait en débattre. Vendredi, le Conseil Constitutionnel déclare intégralement conforme la loi sur le mariage pour tous. Et voici Frigide Barjot qui déboule chez BFM TV nous donner des leçons de constitutionnalité...

L'actuelle équipe au pouvoir n'a pas la violence verbale et politique de Sarkofrance. La gauche mélenchoniste assume de durcir le propos pour provoquer le choc des consciences. L'UMP cache son désastre et son vide par des outrances.

Ceci explique cela. 

Ou presque.





Crédit illustration: DoZone Parody

6 commentaires:

  1. ... la violence verbale et politique de Sarkofrance.


    LOL ! Mdr !

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  2. Samedi 18 mai 2013 :

    Karachi : les soupçons de détournement se renforcent.

    La preuve d'un financement occulte de la campagne d'Edouard Balladur en 1995 semble se confirmer.

    Un intermédiaire présumé, mis en examen dans le volet financier de l'affaire Karachi, a acquitté deux études sur les chances de succès d'Edouard Balladur à la présidentielle de 1995, a-t-on appris samedi de source proche du dossier, confirmant une information de France Info. Pour cette source, il pourrait s'agir d'un "immense pas" venant renforcer les soupçons de détournement de commissions versées en marge de contrats d'armement au profit du financement de la campagne de M. Balladur.

    Les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire ont récemment reçu des résultats partiels d'investigations lancées aux Etats-Unis sur les liens entre le consultant politique américain Paul Manafort et les intermédiaires Abdul Rahman El Assir et Ziad Takieddine, mis en examen dans l'enquête, selon cette source.

    Ils ont ainsi obtenu une facture pour deux études d'opinion sur les chances d'Edouard Balladur, menées en octobre 1994 et janvier 1995, émises par la société Tarrance Group, dont M. Manafort est le gérant, a indiqué à l'AFP la source proche du dossier. Ils ont aussi reçu la copie d'un chèque de 52.000 dollars, comportant les références de cette facture, acquittée par le compte suisse de l'intermédiaire El Assir à la BCP à Genève à l'ordre de la société de M. Manafort, a précisé cette source. Ces études donnaient M. Balladur largement en tête devant M. Chirac, a-t-on ajouté. L'AFP n'a pu consulter ces documents dans l'immédiat.

    Les comptes d'El Assir avaient déjà fait apparaître des versements au profit de M. Manafort entre septembre 1994 et août 1995 mais sans qu'ils puissent être reliés à la campagne de M. Balladur. Ils ont été évalués à 377.000 dollars.

    En octobre 2011, Nicola Johnson, épouse de Ziad Takieddine, avait assuré que M. Manafort était un ami d'El Assir et qu'il donnait des conseils pour la campagne d'Edouard Balladur.

    Les intermédiaires Abdul Rahman El Assir et Ziad Takieddine sont soupçonnés d'avoir été imposés au dernier moment par le cabinet au ministère de la Défense de François Léotard dans la conclusion de contrats d'armement avec l'Arabie Saoudite et le Pakistan.

    Renaud Donnedieu de Vabres, conseiller de M. Léotard à l'époque, et Nicolas Bazire, directeur de la campagne de M. Balladur, sont également mis en examen dans cette affaire.

    (Rappel de la campagne électorale pour l'élection présidentielle de 1995 :

    - Nicolas Sarkozy était le porte-parole de campagne d'Edouard Balladur.

    - Nicolas Bazire était le directeur de campagne d'Edouard Balladur. Nicolas Bazire est le témoin de Nicolas Sarkozy lors de son mariage avec Carla Bruni.

    - Le clan balladurien était constitué d'Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy, Nicolas Bazire, François Léotard, Renaud Donnedieu de Vabres, etc.)

    Les juges d'instruction soupçonnent qu'une partie des commissions sur ces contrats, appelées rétrocommissions, ont pu financer la campagne de M. Balladur.

    http://tempsreel.nouvelobs.com/justice/20130518.OBS9674/karachi-les-soupcons-de-detournement-renforces.html

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  3. "Jeudi 16 mai, François Hollande dénonce encore les politiques "austéritaires" européennes qui ont créé cette récession". C'est donc la faute des autres Européens, déclare M. Hollande, chef de la tribu des pasnous-pasnous, qui demande la création d'un gouvernement économique européen. Notre Président a vraiment le goût des paradoxes.

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  4. @Demos: donc quand Hollande dénonce la même austérité que Melenchon, c'est pas bien non plus. Ah d'accord...

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  5. @Demos
    Attention, Il est à deux doigts de t'arracher la tête là.

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    1. Aux yeux du "metteur en mots" de la geste hollandaise, mon sort est scellé et je ne peux être assimilé qu'à un "vulgaire" mélenchoniste (que je ne suis pas, mais que je respecte, of course). Il est décidément trop tard pour moi, qui ne voit aucune différence entre un excité narcissique rétrograde (TM) version 2007 et un couard pragmatique hypocrite modèle 2012 (TM).

      Je serai donc le Louis XVI des socialistes orthodoxes tendance Solférino libérale. Rendez-vous sur la place du pilori !

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