2 mai 2013

Hollande, un an après: le désespoir de l'opposition de droite



De tous les bilans de cette première année du quinquennat de François Hollande, les difficultés de l'opposition de droite ont la part belle. Comment ne pas constater que cette élection prétendument perdue de peu a également révélé, une fois de plus, combien la droite dite classique est démembrée et sans tête ?

Un an après la défaite, Nicolas Sarkozy est encore là, bloquant tout espoir de renouveau par des envies de revanche.

1. Le procès
C'est un coup classique, une parade traditionnel, un réflexe de survie intellectuelle qui saisit la droite dès qu'elle perd un scrutin. Quand elle perd un scrutin national, la gauche se déchire et s'interroge, échoue parfois à faire son propre aggiornamento, mais jamais ne remet en cause le résultat du vote. A droite, ce fut tout l'inverse. Rares sont ceux qui admettent une quelconque responsabilité. La victoire du camp d'en face fut systématiquement contestée. Au soir du 6 mai 2012, Valérie Pécresse, future ex-ministre du Budget, osa ainsi qualifier la victoire de François Hollande de « minoritaire ». C'en était pitoyable. Nicolas Sarkozy avait accumulé contre lui 20 millions de suffrages.

Pendant la campagne, Sarkozy et ses conseillers prédisaient que les "courbes" sondagières qui donnaient Hollande gagnant allaient "s'inverser". Quand il perdit, il maugréa encore qu'il s'en était fallu de peu, que c'était la faute aux médias - pourtant rapidement converti en Hollande-bashers - et aux anti-sarkozystes primaires qui avaient trop caricaturés sa Grandeur.

Le procès en illégitimité va loin. Un exilé fiscal français, millionnaire et héritier, accuse Valérie Trierweiler de profiter de l'Elysée. L'homme, comme ses quelques relais, ne supporte pas que el couple présidentiel ne soit pas marié.

La rancoeur va se loger loin et bas dans les entrailles de certains.

2. Les déchirements
Les primaires devaient un modèle. Echaudés par le succès des primaires socialistes qu'ils raillaient, les ténors de l'UMP se rallient à la formule pour départager les héritiers après la reddition du Monarque. Fillon se casse en jambe en scooter chez un industriel millionnaire italien pendant l'été pendant que son rival sillonne les cellules du pays. NKM jette l'éponge, tout comme Xavier Bertrand. Nous avons droit à un débat télévisé entre les deux impétrants. En octobre, c'est le drame. Copé bourre quelques urnes, en oublient quelques autres, et se déclare précipitamment président élu: «Les militantes et les militants de l'UMP viennent aujourd'hui de m'accorder une majorité suffisante et de m'élire comme président»  «Je ne laisserai pas voler la victoire aux militants. Je ne lâcherai rien.» lui rétorque François Fillon. Ce dernier créé un groupe dissident à l'Assemblée, le RUMP (croupion, en anglais). Il faudra des mois pour que la réconciliation s'opère. De nouvelles élections seront organisées en septembre 2013. Le spectacle est désastreux.

Quand l'UMP se réconcilie, il y a trop de sous-chefs. Même Edouard Balladur est viré de ses bureaux au siège du Parti. Manque de place. Pour septembre, Laurent Wauquiez s'imagine challenger de Jean-François Copé pour la présidence du Parti. Guillaume Peltier et Geoffroy Didier tentent de faire vivre l'héritage en chassant sur les terres néo-libérales ou frontistes.

On apprend plus tard que Nicolas Sarkozy se réjouit.

3. Le chef caché
Car le chef caché, c'est bien lui. Il pense revenir en 2017. Ses amis ont créé une association, et cherchent déjà des financements. Dès l'été, au lendemain du scrutin, le procès en illégitimité contre François Hollande s'est déployé jusqu'au plus haut sommet de l'ancien camp. On se rappelle cette improbable intervention, rapidement et heureusement oublié, de Nicolas Sarkozy sur l'affaire syrienne en plein mois d'août. Réfugié au Cap Nègre, dans le château familial de son épouse Carla, l'ancien monarque avait lancé un communiqué de presse après avoir discuté avec l'un des "représentants" de l'opposition syrienne pour "donner des leçons de diplomatie" à François Hollande. Puis il agit contre Fillon pour l'empêcher d'emporter la présidence du Parti.

Pour s'occuper, il tient des conférences rémunérées, sans penser que sa place au Conseil constitutionnel mériterait plus grande discrétion. Mais il veut revenir. Il y pense si fort que cela s'entend, s'amuse l'Express. En coulisses, l'ancien monarque fait en sorte de rester maître à bord de son ancien clan. Il bloque le renouveau de l'UMP.

4. La scission
L'UMP et le FN ne sont plus seuls à droite. Il y a aussi l'UDI. Roulement de tambours... le mouvement centriste et de droite est une résurrection de l'ancienne UDF. Jean-Louis Borloo a sonné l'indépendance (relative) au sortir de l'été. Comme toujours, nous attendrons les prochaines élections pour juger de l'éventuelle influence de cet énième incarnation du centre droit. L'espace est mince. Ces gens-là, mal à l'aise par la dérive buissonnienne de l'ancien monarque n'ont pas osé présenter de candidat à la présidentielle. Borloo s'est couché.

5. L'absence d'autocritique.
A droite, on ne refait jamais le match. Rares ont été les sarkozystes à s'interroger sur les raisons de leur défaite. Sarkozy rode toujours. Il n'a laissé personne dresser le bilan de sa période. On a compris que Nathalie Kosciusko-Morizet ne cautionnait pas la dérive extrême-droitière de son monarque, mais qu'elle a avalé toutes les couleuvres nécessaires à son ambition en assumant le porte-parolat de la campagne buissonnienne. On a saisi que  Benoist Apparu en avait gros sur la patate mais l'homme a une position marginale. On a noté que Bruno Le Maire avait une plus haute estime de la politique, même à droite, que les éructations de son ancien patron, mais il compte peu. L'après-défaite a été occupé par Jean-François Copé qui singe jusqu'au tics son ami Nicolas; François Fillon qui fermé sa gueule pendant 5 ans mais tenta de livrer son "projet pour la France" à l'automne; Laurent Wauquiez, celui qui qualifiait de "cancer social" nos prestations sociales...
« Quand on perd les élections, on a l'obligation de repenser notre projet.»
François Fillon
6. Les affaires du passé
Elles sont nombreuses. Celles de l'ancien mandat de Sarkofrance refont surface n'ont pas fini de polluer le rétablissement d'une droite finalement exsangue. Nicolas Sarkozy a été mis en examen dans l'affaire Bettencourt au début de l'année 2013. Une autre enquête, préliminaire, a été ouverte sur le soupçon de financement de sa campagne de 2007 par les autorités libyennes, après les accusations de Ziad Takkiedine. Un autre juge enquête sur les éventuelles complicités de torture dans le cadre de la vente d'équipement de surveillance à la dictature du colonel Kadhafi entre 2005 et 2007. Le volet financier du Karachigate, qui valut à quelques proches de Nicolas Sarkozy une mise en examen en 2010/2011, est loin d'être terminé. L'affaire des sondages de l'Elysée suit son cours depuis que la plainte de l'association Anticor a été enfin jugée recevable.

7. Le fanatisme. 
Quand Nicolas Sarkozy est mis en examen, l'ampleur de la réaction outragée de ces plus proches démontre un réel fanatisme. Le "débat" sur le mariage pour tous ajoute au trouble. Il place quelques ténors dans des postures surréalistes. Quelques 5.300 amendements sont déposés à l'Assemblée. Henri Guaino défile avec Gilbert Collard. L'UMP réclame un référendum contre une promesse de campagne. En assumant aussi son silence sur les prières de rue et protestations publiques de la hiérarchie catholique, l'UMP ruine également les fondements de sa récupération du combat laïque.

8. L'errance.
François Hollande s'effondre dans les sondages mais ni l'UMP ni l'UDI n'en profitent. Pour l'UMP, c'est le plus inquiétant. Elle est inaudible quand elle critique une politique de redressement des comptes publiques qu'elle a été incapable de mener. L'UDI gérée par l'ancien avocat de Bernard Tapie n'a pas davantage de crédibilité. L'UMP a été pris de court par la politique de l'offre conduite par François Hollande, par la "fermeté" sécuritaire de Manuel Valls, déboprdée par le mouvement des Pigeons.. Rien ne s'est déroulé comme prévu. La France n'est pas devenue la Grèce ni l'Espagne comme Sarkozy le criait sur ses tribunes de campagne.

L'UMP n'a même pas profité de cette année d'opposition pour poser quelques valeurs, ou les bases d'un programme. 

9. Les blogs
Il manque à ce (triste) panorama un court constat sur la blogosphère d'opposition de droite. Il sera rapide. Loin de comparer l'action  hollandiste avec ses promesses, la blogosphère d'opposition - à quelques exceptions près - s'est réfugiée dans l'anecdote, la rancoeur (ah! Si l'élection avait lieu aujourd'hui...) et le faible ouvrage. Une mutation, pour certains, vers le fumier 2.0.


Finalement, la véritable opposition était ailleurs, chez Marine Le Pen et la galaxie réacosphère. Ils sont actifs, comme toujours, autant que leurs délires. Et plus à gauche du Parti socialiste, autour du Front de Gauche. Une gauche qui voulait parler "cru et dru", avec des arguments plus construits que les ragots de l'autre bord, des outrances parfois, des idées toujours.


Crédit illustration

14 commentaires:

  1. on devrait marier les extrêmes ,
    Marine et Merluche quel beau couple

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  2. Je ne suis pas d'accord avec toi sur le chapitre de l'opposition qui serait chez Le Pen. C'est lui donner une légitimité républicaine. Elle n'en a aucune.
    Je serais moins radicale que toi, en ce qui concerne l'UMP. N'oublions pas que les chiraquiens sont toujours là.
    Amicalement

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  3. les chiraquiens sont quand même sacrément discrets. Mis je pense juste que l'UMP a raté sa première année d'opposition alors qu'elle avait un boulevard compte tenu de la dureté du contexte. Ceci étant dit, ils ne sont pas les seuls à rater leur première année d'opposition ;)

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  4. @bobcestmoi: ah vous êtes durs avec Mélenchon. Le Parti de Gauche est certes plus intéressant que le bonhomme...

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  5. Guéant après Cahuzac, c'est le degré zéro de la politique. Le fils Fabius empêtré dans de drôles de draps.
    Le désespoir politique ne concerne pas que les partisans de l'UMP. Tous les citoyens commencent à s'interroger sur les moeurs d'une classe politique dont la corruption semble sans limite au plus haut sommet de l'Etat et du marigot dans laquelle elle se vautre. Entre affairisme et médias.
    Après le désespoir viendra peut-être la colère. Elle sera ni juste et frappera sans discernement.

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  6. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  7. Concurrence ou complémentarité entre FdG et MpT ?

    https://pbs.twimg.com/media/BJI5E1eCAAIIFls.png

    :)

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  8. pas un p'tit mot sur la roue de secours ?

    Merci pour cette synthèse qui redonne un peu le moral...
    au plus bas le moral ....
    Pépère si tu te vautres je te noie dans les larmes de mon désespoir !

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  9. Jeudi 2 mai 2013 :

    Vente de deux tableaux : l'alibi de Guéant peut-il encore tenir ?

    Claude Guéant, qui dit avoir vendu en 2008 deux tableaux à un avocat malaisien pour 500 000 euros, n'a pas demandé de certificat d'exportation pour cela, a indiqué jeudi le ministère de la Culture, interrogé par l'AFP.

    Tout tableau d'une valeur supérieure à 150 000 euros doit obtenir ce certificat du ministère de la Culture pour être autorisé à sortir de France. Mais l'acheteur malaisien peut avoir laissé les tableaux à Paris, auquel cas aucun certificat n'était nécessaire.

    Par ailleurs, la "valeur type" d'une huile sur bois de 30 cm sur 60 du peintre Andries van Eertvelt représentant des bateaux en mer, comparable aux tableaux évoqués par Claude Guéant, "est de 15 127 euros", a assuré jeudi Artprice.

    Pour aboutir à ce résultat, le département Économétrie d'Artprice a retenu l'ensemble des peintures de cet artiste flamand du XVII siècle passées en ventes aux enchères publiques depuis 1989 et présentant des caractéristiques similaires aux oeuvres décrites par Claude Guéant, indique la société française.

    Claude Guéant, ancien ministre de l'Intérieur de Nicolas Sarkozy, se défend de tout blanchiment d'argent après la découverte d'une somme de 500 000 euros sur son compte principal, provenant, selon lui, de la vente de deux tableaux de ce peintre à un "confrère" avocat "malaisien".

    "J'avais fait l'acquisition il y a une vingtaine d'années de deux tableaux hollandais qui représentaient des bateaux dans la tempête et je les ai vendus en 2008", a dit Claude Guéant. "Il s'agit de deux toiles d'environ 30 cm sur 60, peintes sur bois", a-t-il ajouté.

    Le prix le plus élevé pour une peinture comparable du peintre flamand vendue aux enchères est de 56 244 euros hors frais (huile sur cuivre intitulée Bataille de Lépante vendue en 2007 chez Christie's à Londres).

    Une huile sur bois Marine par temps de tempête de 44 cm sur 62 a été vendue 24 392 euros en 1997 par la société Audap-Picard-Solanet & Associés à l'Hôtel Drouot à Paris.

    http://www.lepoint.fr/politique/affaire-gueant-un-tableau-qui-ne-valait-pas-plus-de-15-127-euros-02-05-2013-1662231_20.php

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  10. Le déplacement de Ch. Taubira à Quimper annulé ===> http://t.co/QoTwfHSClL

    Petit à petit ils trouvent le chemin de l'annulation !

    :)

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  11. Pas de droite modérée, pas de gauche sociale.
    Juste un ensemble politique UMPS soumis, indifférent à la souffrance des citoyens,"voulant réconcilier les Français avec les entreprises" (déclaration des leaders du PS), obstiné, englué dans une vision libérale aussi destructrice que sans avenir.

    Quelle sera, à votre avis, l'alternative choisie par les Français en 2014 ? Mélenchon, Borloo, MLP ?

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  12. eh du con , pas d'entreprises , pas de boulot

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  13. L'injure de l'abruti impulsif qui fait une fixette sur Mélenchon n'empêche pas la caravane de passer. Et sans travailleurs, les entreprises fonctionnerait, ducon bobcesttoi ?

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  14. "Même Edouard Balladur est viré de ses bureaux au siège du Parti." En même temps, il a vraiment besoin d'un bureau son Eminence ? Pourquoi faire ? Ah oui, ça lui sert de stockage pour les T-shirts qui lui restent de 1995.....

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