7 mai 2013

Ayrault, et si on nationalisait la BCE ?


Plutôt que de parler de privatisations qui n'existent pas, pourrait on discuter d'une nationalisation de la BCE ?

La question est simple est presque urgente.

"Privatisations", le gros mot
Avec quelques heures d'avance sur l'anniversaire de l'élection de François Hollande, dimanche soir, Jean-Marc Ayrault était sur TF1 pour affirmer qu'il existait. Et de lâcher l'une de ses petites annonces au détour d'une phrase qui fera merveille ensuite sur les réseaux sociaux et dans quelques unes médiatiques du lendemain:
"Nous envisageons que dans un certain nombre d'entreprises publiques où le taux de participation de l'Etat est très important nous puissions dégager une partie pour financer de l'investissement. Pas pour boucher les trous du budget."
Le jeu du moment est ainsi fait que la séquence est connue d'avance: un ministre, fut-il le premier, commet l'erreur de livrer une mesure d'apparence libérale et franchement inutile, fut-elle floue et marginale, et soyez sûr qu'elle sera reprise en boucle avec davantage d'intensité que n'importe quel projet de loi . Le grand cirque peut repartir. C'est comme remettre une pièce dans la machine.

Ce dimanche soir, Jean-Marc Ayrault voulait occuper le terrain. C'était inutile sauf à apprécier que TF1, le Figaro, France Inter et L'Humanité réunis se délectent la soirée et la journée du lendemain à répéter que le gouvernement lançait des privatisations. Pierre Moscovici est donc sorti du bois, sur iTélé, pour démentir qu'il s'agissait d'un retour des privatisations ("Non, ce n'est pas le retour des privatisations mais c'est une gestion fine du capital de l'Etat, en conservant son rôle d'Etat stratège"). Techniquement pourtant, la vente d'une partie d'une entreprise publique qualifie comme une privatisation. Mais quelle polémique ! Sur le fond, le ministre a ajouté qu'il s'agissait de vendre quelques actions d'entreprises cotées en Bourse où l'Etat a encore quelque part... Quelle polémique !

Si nos médias voulaient s'occuper de privatisation, ils auraient pu à nouveau s'interroger sur la Banque Centrale Européenne.

BCE, l'inutile
Celle-là mériterait une nationalisation à l'échelle européenne en bonne et due forme. Car la réaction de cette BCE supra-nationale ces derniers jours n'a pas lassé de surprendre et d'énerver. 

1. Quand la France "obtient" de la Commission européenne le report de deux années pour redescendre sous la barre des 3% du PIB, rares sont les éditocrates à se féliciter de ce répit pour la croissance. Ni même d'une prise de conscience chez ces Commissaires désignés que la situation est grave. Au contraire, ils ne retiennent qu'Hollande ne tiendra donc pas son "pari" de rééquilibrer les déficits "dans les délais". Et ils s'en inquiètent.

2. En parallèle, rares sont ceux à comprendre, noter, remarquer que ce résultat est aussi le fruit d'un rapport de forces. La négociation, à l'échelle européenne, n'est qu'affaire de rapports de forces.

3. Jeudi, la BCE avait baissé son principal taux directeur de 0,75 % à 0,50 %. Pour l'institution, il s'agissait de calmer un trop fort renchérissement de l'euro, d'une part; et de favoriser le financement de l'économie, via un abaissement du coût du crédit. C'était un geste finalement tardif (le premier depuis 10 mois), et ridicule.

Dès le lendemain, Mario Dhragi, patron de la BCE, s'agace que la mesure n'est que peu d'effet. L'euro recule à peine. A Rome, il en rajoute alors. "Nous nous tenons prêts à agir encore", a-t-il dit.
Cette "petite phrase", notent les Echos, fait reculer l'euro/dollar à un plus bas du jour autour de 1,3065 dollar. Voilà à quoi nous en sommes réduits. Des petites phrases d'un irresponsable à la tête de la Banque centrale de l'Union.

La BCE "agit" mais tout le monde s'en fout. Là n'est pas l'action que l'on attend. Un expert ajoute: cette baisse de taux n'empêchera pas la récession. Trop faible, trop tard et à côté.

4. Vendredi, la BCE s'agace de la décision européenne d'avoir accordé un délai à la France: "les pays de la zone euro doivent garder la maîtrise de leurs finances publiques, et tout particulièrement les plus endettés d'entre eux qui ne doivent pas chercher à relancer la croissance en tournant le dos aux efforts budgétaires." Le lendemain, un autre membre de la BCE, le Français Benoît Coeuré, en a rajouté une couche le lendemain: "Ce qui compte pour la BCE, c'est la crédibilité. (...) Si ces deux ans de plus accordés permettent de crédibiliser la trajectoire de baisse des déficits, à ce moment-là, pourquoi pas ? Mais si, au contraire, ces deux ans de plus donnent l'impression qu'il n'y a plus de limite, que les objectifs ne sont plus là et que l'effort s'atténue, à ce moment-là, cela n'aurait pas servi à grand-chose." Le gars s'inquiète d'un "relâchement" généralisé en Europe. Mais qui est-il pour s'inquiéter ? D'ailleurs, Benoît Coeuré complète son raisonnement pleinement politique et sans rapport avec son activité de banquier central: Bien sûr, il faut une stratégie de retour à la croissance collective, cela ne passe pas nécessairement par plus de dépenses. Ce n'est pas en créant de nouvelles dettes qu'on va résoudre le problème de la croissance en Europe

5. Quelle légitimité a donc cette BCE non contrôlée par les Etats ? Ce n'est pas la première fois que cette institution, dont l'indépendance fut rendue possible par le Traité de Maastricht de 1992 comme un préalable à la création de l'euro, se prononce sur de tels sujets. Outre l'objectif général de contribuer à la stabilité des prix, ses statuts prévoient de "définir et mettre en œuvre la politique monétaire de la zone euro" ; de "conduire les opérations de change" ; de "détenir et gérer les réserves officielles de change des pays de la zone euro" ; et, ô surprise, de "promouvoir le bon fonctionnement des systèmes de paiement". Nous pouvions donc reprendre la question, maintes fois posées en ces temps de coûteux surendettement:  pourquoi donc la BCE ne prête-t-elle pas directement aux Etats plutôt qu'aux banques ?

10. La question n'est pas nouvelle. En janvier 2012 déjà, alors que la crise financière menaçait encore d'emporter la Grèce, des femmes et hommes politiques à gauche appelaient à cette mesure de bon sens. "Il n'existe aucune barrière juridique à un prêt de la BCE à un établissement public de crédit" expliquait alors l'un de ses représentants. La FED américaine, tout aussi indépendante des autorités politiques outre-atlantique, s'était bien livré à des prêts massifs et peu chers (0,01%) au plus fort du krach boursier de l'automne 2008. Pour la BCE, l'obstacle n'était pas juridique mais politique. L'opposition est allemande, elle émane du gouvernement Merkel, qui, à de multiples reprises, a expliqué combien il récusait tout crédit aussi direct

Comment se prennent les décisions à la BCE ? Par vote de son Conseil des Gouverneurs. De toutes façons, les gouvernements allemand comme français n'ont pas davantage de pouvoir juridique direct sur l'institution : "Ni la BCE, ni les banques centrales nationales (BCN), ni un membre quelconque de leurs organes de décision ne peuvent solliciter ni accepter des instructions des institutions ou organes de l’Union européenne (UE), des gouvernements des États membres de l’Union européenne ou de tout autre organisme." (source)

Par un miracle sémantique, une illumination sans doute, une conjonction des astres politiques, les différents responsables de la BCE partagent donc les mêmes positions que le gouvernement d'un seul Etat de l'UE, l'Allemagne. La conclusion est inévitable. La BCE fait de la politique. Il serait temps qu'elle en rende quelques comptes.





9 commentaires:

  1. on n'est plus au temps des 300 familles mais des 27 super-fonctionnaires

    qu'on leur coupe la tête ! disait la reine dans alice au pays des merveilles

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  2. Et si on envahissait la Pologne ?

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  3. Jean-François Copé lance le "Printemps des Cons".

    L'homme a des arguments. On peut regretter un manque d'esthétisme dans le cynisme, un lancement au Fouquet's avec des pains aux chocolat, entouré de marchands d'armes et d'expatriés fiscaux, lisant une lettre de Jean Jaurès, aurait été plus flamboyant. La com nécessite encore quelques réglages, l'homme se remet tout juste de son putch, mais nous promet une belle series de saloperies. A suivre donc.

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  4. @ Euterpe,

    Si je vous suis, vous êtes favorable à une réduction des salaires et des dépenses publiques, sur le modèle allemand 2000 - 2003, et donc à une récession si cette politique est appliquée au niveau européen, dans le but de faire de la décroissance ? En qqe sorte à toute chose malheur est bon ...

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  5. Non, vous ne me suivez pas.
    Ces réductions visaient à enrichir les entreprises et enrichir les riches n'est pas le principe de la décroissance.
    Schroeder est un membre du Bilderberg. Il a été très bien récompensé pour ses cadeaux à l'ultralibéralime même si la population allemande qui s'est vue spoliée l'a désavoué.
    Je suis pour la redistribution équitable des richesses déjà existantes, pour l'autogestion des entreprises et pour un réduction générale de la production et de la consommation.
    La plupart des objets produits sont parfaitement inutiles.
    Les emplois à créer aujourd'hui consisteraient à dépolluer et à convertir les déchets ramassés en énergie.
    Néanmoins, on réduirait drastiquement sa propre consommation d'énergie.
    La santé et l'éducation doivent rester gratuites, bien évidemment.
    C'est le contraire qui se passe en ce moment. On démantèle en douce l'école gratuite pour obliger les gens à mettre les enfants dans des écoles privées, Écoles privées d'ailleurs dirigées comme des entreprises et non comme des écoles ordinaires = gouffres à fric sans "rendement" réel.
    Cela vaut pour la France comme pour Allemagne. La Suisse, en revanche, continue à avoir de bonnes écoles gratuites.
    De toute manière, si on réduisait sa propre consommation dès maintenant, on empêcherait les riches de s'enrichir encore plus. Mais il faudrait une volonté populaire décroissanciste forte. Or il n'y a pour le moment que des cas isolés même s'ils sont de plus en plus nombreux.

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  6. Etonnant comme au terme de nombreux détours et d'une bonne empoignade je finis par me rendre compte que nous partageons la même approche fondée sur les mêmes priorités. J'ajouterais pour ma part que pour mettre en oeuvre ce projet à l'échelle de toute la société, y'a comme un sérieux obstacle d'ordre psychologique ... qui, sauf événement inattendu, ne sera pas évident à surmonter ...

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  7. La soi-disant indépendance de la BCE constitue un vice rédhibitoire dans un régime démocratique.

    En effet, comment une banque, surtout si elle est centrale, peut-elle être autre chose qu'un outil au service de la politique ? Il est évident que la placer dès sa création en dehors de la sphère politique est par essence une négation de la démocratie. Un choix porté malgré tout par nombre d'économistes classiques.

    D'ailleurs, comment une banque peut-elle ne pas être l'objet de pressions, être indépendante ? Se poser les questions les plus évidentes comme celle de la désignation de ses membres, de l'étendue de leurs pouvoirs, du contrôle de leurs actes ... permet de mesurer l'imposture des créateurs de la BCE. Une banque qui n'est pas garante de l'intérêt général, mais qui est au service des puissants et des privilégiés.

    S'il existe une quelconque indépendance de la BCE, il s'agit d'une indépendance vis-à-vis des élus, donc des citoyens.

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  8. @ Desmotscratie : obstacle psychologique qui devrait lentement s'amenuiser parce que même les partisans de l'ultralibéralisme finissent par trouver du chat dans leur goulash et du plastic dans leur potage sans parler du fait qu'illes ne peuvent plus être super certain.e.s que leur transat en bois "exotique" n'a pas été fabriqué à base d'arbres coupés dans la zone interdite de Tchernobyl. Nous connaissons assez tous les trafics et magouilles invraisemblables que l'ultralibéralisme génèrent.
    Le Canard Enchaîné dénonce régulièrement le manque de plus en plus grandissant pour cause de "rentabilité économique" de contrôles de la circulation du bois, de la viande et autres "biens de consommation". Les institutions de contrôle déjà existantes sont rendues totalement inopérantes par les lobbies.

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  9. Juan, je crois que c'est pire encore : la BCE par ses décisions viole le traité de Rome...

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