30 mai 2013

Hollande/Merkel, mariage forcé contre le chômage des jeunes


Ils font tous les deux la gueule. Nulle tension, mais l'image est saisissante, ce jeudi, avant-dernier jour de mai. Il pleut à Paris, comme depuis des mois, sans doute un an. Angela Merkel et François Hollande ne sourient pas quand ils tiennent leur conférence de presse.

Le président français revenait de Rodez, deux jours de déplacement. "Vous allez voir, ça va se lever" explique-t-il. Pour l'heure, seul le chômage se "lève". En avril dernier, le nombre d'inscrits à pôle emploi a cru de 40.000 demandeurs supplémentaires sans activité (catégorie A). La progression est plus forte chez les jeunes (+1,6% contre 1,2% en moyenne nationale). Ils sont 792.600 jeunes de moins de 25 ans à pointer à Pôle emploi en avril.

Le lendemain, François Hollande reçoit Angela Merkel. C'est leur premier "aparté". Le couple visite une exposition au Louvre, des peintures allemandes datant de 1800 à 1939. Les deux se voient remettre un rapport "sur la compétitivité et la croissance" en Europe, rédigé par Jean-Louis Beffa, président d'honneur de Saint-Gobain, et Gerhard Cromme, président du conseil de surveillance de Siemens. Ils discutent du chômage des jeunes. L'une des idées du rapport contredit la doxa libre-échangiste qui préside à Bruxelles - il s'agit, pour ses auteurs, de revoir la doctrine des autorités de concurrence européennes, qu'elles cessent de se focaliser sur le seul marché de l'UE quand la concurrence est en fait mondiale, afin que les entreprises de l'UE ne soient plus empêchées de croître.

La ministre allemande du Travail Ursula von der Leyen du gouvernement Merkel avait terminé une tournée sur le sujet en France, en Italie et en Espagne. Le plan franco-allemand tourne autour de trois idées, "permettre aux entreprises un accès à des crédits à taux bas", "renforcer l'apprentissage en entreprises en Europe" via un système d'échange pour les apprentis similaire au programme «Erasmus», et "aider les jeunes à créer leur propre entreprise". La ministre allemande, enthousiaste, évoque un New Deal.

Mercredi, François Hollande a remis la Commission européenne à sa place. Il ne s'agissait que de mots mais les mots importent souvent. Les mots ont d'ailleurs heurté la CDU. Son patron, en campagne législative, a sérieusement grincé des dents: "la réaction de Hollande montre le désespoir considérable de son gouvernement qui, un an après son arrivée au pouvoir, n'a pas encore trouvé de réponses efficaces aux problèmes économiques et financiers de son pays".

"Nous acceptons les engagements en matière de réduction des déficits" rappelle le président français. Et d'ajouter que la Commission accorde des délais parce que certains pays, dont la France, ont accompli un "chemin incontestable", et, deuxièmement, parce que la conjoncture est mauvaise dans la zone euro. Sur la fausse polémique de veille, Hollande renchérit: "le détail, les procédures, les manières de faire relèvent de la responsabilité du gouvernement et de l'Etat, sinon il n'y aurait pas de souveraineté possible."

Sur la gouvernance économique, Hollande insiste sur trois éléments: (1) le "sérieux budgétaire"; (2) les actions communes ou convergentes en matière de croissance, d'emploi et de compétitivité; (3) la solidarité.

Sur le chômage en France, ces chiffres confirment "une tendance à l'oeuvre depuis 5 ans, aggravée depuis deux ans". Hollande récuse encore toute relance franco-française: "l'objectif de croissance, nous pensons que c'est dans l'Europe et par l'Europe que nous pouvons l'attendre." Il évoque deux faiblesses spécifiques, le "manque de solidarité à l'égard des jeunes et des seniors" et un "défaut de compétitivité". Pour "accélérer" le combat contre le chômage, il annonce un élargissement prochain des emplois d'avenir (20.000 déjà signés, 100.000 espérés d'ici la fin de l'année): "il y a des mesures d'urgences à décider pour l'emploi des jeunes et l'accès des entreprises au crédit."

Il reste optimiste: "Je maintiens l'objectif de l'inversion de la courbe du chômage avant la fin de l'année". On reboucle sur le plan franco-allemand contre le chômage des jeunes, enfin. L'Italie souhaite aussi des mesures. Tiens... revoilà enfin un semblant de convergence du Nord au Sud !

A un journaliste, Hollande rappelle: "Cessez de penser que nous voudrions échapper à la discipline budgétaire comme c'était le cas avant, pendant 5 ans."

Merkel est repartie à Berlin.

Là-bas, il pleut aussi.




4 commentaires:

  1. "Les deux (Hollande et Merkel) se voient remettre un rapport sur la compétitivité et la croissance en Europe, rédigé par Jean-Louis Beffa, président d'honneur de Saint-Gobain, et Gerhard Cromme, président du conseil de surveillance de Siemens".

    Je suis prêt à prendre les paris : il faut baisser les charges des entreprises et le coût du travail qui vient de baisser de 7%, parait-il. Suivez donc les recommandations des patrons et ex-patrons des multinationales, les conseils des crapules comme Goldman Sachs (dévaluation interne de 30%). Amendez l'ANI, vous trouverez bien quelques signataires, allez, du cran ....

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  2. C'est une bidonnerie pour redorer l'image de l'Allemagne tout en faisant payer au budget européen le recrutement de 5000 jeunes apprentis européens pour l'Allemagne. Juste une arnaque à 6 Milliards. l'Allemagne fait ce qu'elle veut et en face, il n'y a depuis 6 ans que des Faiblards.

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    1. Oh oui, méchante Allemagne et trop gentille France.
      Avec ça on va bien vite régler toutes nos difficultés.
      Chouette

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  3. Comme d'hab' la presse sert de la pâté pour chats bon marché à la plèbe. C'est assez marrant de voir le tapage fait en France autour de cette prétendue association franco-allemande alors que c'est quasiment un non-sujet en Allemagne.
    Pareil pour l'affaire Hollande-Schroeder. Schroeder étant une sorte de héros mythique pour les Français(e)s alors qu'il est mort pour les Allemand(e)s.

    C'est pourquoi les journaux allemands, eux, ont tous montrés en titre Hollande serrant la pince à l'ex-chancelier le plus populaire de Germanie (même les vingtenaires l'adorent) à savoir...Helmut Schmidt.

    La presse sert donc du MacDo à la carte.
    Par contre, ski se passe vraiment, je crois pas qu'on va nous le dire.

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