14 mai 2013

Retraites: de quoi faut-il avoir peur ?


La réforme des retraites est une formule politique à haut risque. Depuis quelques décennies, par petites touches, elle n'a consisté qu'à rogner sur les droits sans pour autant assurer une meilleure visibilité aux actifs.

Quand Hollande, il y a plusieurs mois, a prévenu qu'il se mettrait à son tour à l'ouvrage sur ce sujet périlleux, la machine à fantasmes a redémarré.

Mais que faut-il craindre ?

Un régime en déficit.
En janvier dernier, le 22, le Conseil d'Orientation des Retraites (COR) livre son dernier bilan. Il fallait le lire.

1. Notre système de retraite "légalement obligatoire" est incroyablement compliqué: c'est le "fruit de l'histoire sociale," qui l'a caractérisé "par une multiplicité de régimes de base et par le développement de régimes complémentaires, structurés en fonction de critères d'appartenance socioprofessionnelle et financés en répartition". D'un régime à l'autre, tout ou presque diffère. Sans même parler d'alignement ou de convergence - une sale formule qui veut occulter la pénibilité - la réforme de 2010 n'avait rien simplifié.

2. Le montant moyen de la pension "de droit propre" (i.e. hors réversion et hors majoration pour trois enfants et plus) s’élevait à 1 216 € par mois fin 2010. C'est largement moins que le salaire moyen du pays (2.410 euros).

3. Ce montant progresse d’année en année "plus vite que l'inflation" - ce qui est insuffisant mais factuel.

4. Il subsiste des disparités incroyables, notamment entre hommes et femmes: 1 552 € versus 899 € en moyenne mensuelle.

5. Le taux d'emploi des 55-64 ans a bien progressé depuis une douzaine d'années: +10 points environ depuis 2000, pour atteindre 64%. Il a même, "jusqu'à maintenant, plutôt bien résisté à la crise". Mais plus de 800.000 chômeurs sont seniors. Et les seniors restent plus longtemps au chômage.

6. L'âge effectif de de départ recule: 62 ans pour les salariés du régime général, 57 ans en 2010. En janvier dernier, le gouvernement a rétablit l'Allocation Equivalent Retraite, supprimée par Nicolas Sarkozy, pour les chômeurs de 59 et 60 ans (à compter du 1er mars).

7. La crise a aggravé une crise de financement qui était déjà structurelle: les besoins de financement du système de retraite s’élevaient à 14 milliards d’euros en 2011. Ils sont prévus à plus de 20 milliards à la fin du quinquennat. Pire, rappelle le COR, "dans les scénarios économiques les plus favorables, le retour à l’équilibre ne pourrait être atteint, à législation constante, que vers les années 2040". Dans les scénarios les plus favorables...

En d'autres termes, l'ancien monarque n'avait pas sauvé le système. Injuste, sa réforme de 2010 était aussi inefficace.

On appelle cela la double peine. 

Les pistes sur la table.
Jean-Marc Ayrault a reçu les partenaires sociaux lundi 13 mai, quelques jours avant une nouvelle conférence de presse de François Hollande, prévue jeudi. Au menu, la "nouvelle nouvelle" réforme des régimes de retraites. En cause, leur déficit toujours chronique, financé en conséquence par un surcroît d'endettement.

Sans attendre le début du commencement des premières rencontres ou communications, voici que quelques journalistes croyaient savoir des meilleurs sources ce que le gouvernement mijotait. On salivait d'inquiétude. Voici donc Europe1 qui nous l'assure assurément dès ce lundi 13 mai au petit matin: "C'est une certitude : pour assurer le financement des retraites jusqu'en 2020, l'Elysée veut agir sur le niveau des pensions. Première piste : l'alignement de la CSG des retraités sur celle des actifs. Leur CSG passerait ainsi de 6.6% à 7.5%. Seconde piste : la désindexation."

Fichtre ! Quelle assurance dans le propos ! Pas même l'emploi du conditionnel... Ils sont trois journalistes pour nous exposer ainsi les "pistes de l'Elysée": "c'est donc la durée de cotisations qui va être allongée. L'Elysée souhaite pousser le curseur assez loin, à 44 annuités contre 41 annuités et demie aujourd'hui." Et boum !

Avant même que la négociation ne débute, il y avait déjà le Front de Gauche, via Jean-Luc Mélenchon, quasiment certain de la menace d'une réforme injuste. Et, ce lundi encore, il y avait même quelques UMPistes, et pas des moindres, pour accuser le gouvernement de "manque de courage". 

La vie est ainsi faite. Rien n'était encore discuté, ni même suffisamment fuité. Mais tout était dit, commenté et analysé. En 2010, François Fillon s'était planqué. Eric Woerth était à la manoeuvre. Il avait lui aussi démarré par des "consultations", mais plus étalées dans le temps. A l'Elysée, Raymond Soubie, le conseiller social de Sarkozy, adorait faire fuiter quelques propositions précises pour "tester" une opinion syndicale ou politique à cran dans des médias complaisants - le Figaro ou LCI.

Et maintenant ? Imagine-t-on l'équipe hollandaise faire ainsi fuiter ? A quoi bon ? Les pistes sont connues, tout comme les positions des uns et des autres. La réforme de Sarkozy est encore proche.

En matière de prestations publiques, il y a peu de place pour le miracle, mais les options sont plus variées qu'on ne le croit: accroître les recettes; et/ou réduire les charges. Sur le premier volet, on pensera à augmenter les cotisations, pas nécessairement de tout le monde; à élargir l'assiette de ces mêmes cotisations; ou à faire cotiser plus longtemps encore. Le second volet est plus explosif encore. Il s'agira de réduire le montant des pensions, pas nécessairement de tout le monde; ou de reculer encore davantage l'âge minimal et/ou l'âge à taux plein (indépendemment de la durée de cotisations).

Première reçue, lundi matin, par le premier ministre, Laurence Parisot annonce sa couleur: un allongement de la durée de cotisation à quarante-trois années d'ici à 2020 et un recul de l'âge légal à "au moins 65 ans à l'horizon 2040". Une double peine, comme l'explique notre confrère Slovar. Jean-Claude Mailly, pour Force Ouvrière, enchaîna sur un autre registre, plus frontal et opposé à presque tout: pas d'allongement de la durée de cotisations, ni recul de l'âge de départ; pas davantage de "désindexation" même partielle des pensions sur l'inflation; pas de retraites à points. Bref, il ne restait qu'une chose, l'augmentation des recettes. La CFDT est plus mitigée, presque favorable à un allongement de cotisations; et la CGT préfère des manifestations pour le 20 juin, tout en posant deux refus de principes, contre un "nouveau recul de l'âge de la retraite ou une baisse du montant des pensions".

Bref, si l'on résume, ce premier lundi d'une première session de rencontres "sociales" sur un sujet épineux, il y avait beaucoup de déclarations de principes, quelques détails, peu de chiffres.

Sauf les mauvais, les pires: nos retraites ne sont pas financées.

A suivre...






Lire aussi:

10 commentaires:

  1. L'ancien monarque n'a pas sauvé le système et Valls n'a pas anticipé les émeutes, comme quoi les grandes gueules ça pissent pas loin.

    Valls devrait relire les rapports, facturés à la République le prix d'un bombardier furtif, de son conseiller et ami l'émérite et rondouillard professeur à moustache en criminologie, Alain Bauer. Je peine à croire que dans ses notes au style enfantin et statistiques farfelues, une évaluation sérieuse ne s'y soit glisssé.

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  2. Mardi 14 mai 2013 :

    Affaire Guéant : un virement suspect en provenance de Jordanie.

    D'où provient l'argent repéré lors des perquisitions au cabinet et au domicile de l'ex-ministre de l'Intérieur ? L'Express révèle que l'ancien ministre de l'Intérieur a reçu un virement de 25 000 euros, versés depuis la Jordanie.

    Claude Guéant, Muammar Kadhafi et Nicolas Sarkozy, à Tripoli, en juillet 2007. Le financement de la campagne présidentielle de 2007 est désormais au coeur de l'enquête dont l'ex-secrétaire général de l'Elysée fait l'objet.

    Claude Guéant ne répond plus. Pris dans la tourmente des révélations du Canard enchaîné concernant des mouvements de fonds sur ses comptes, l'ancien ministre de l'Intérieur a choisi de ne plus s'exprimer. Et de ne plus se perdre dans des déclarations maladroites mettant en péril sa défense. Il réserve désormais ses explications aux juges d'instruction Serge Tournaire et René Grouman. Elles risquent d'être longues, au regard du résultat des perquisitions effectuées, le 27 février, au domicile et au cabinet d'avocats de l'ex-ministre.

    http://www.lexpress.fr/actualite/societe/affaire-gueant-un-virement-suspect-en-provenance-de-jordanie_1248480.html

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  3. Très court.....

    Vous vous moquez de nous. La gauche a été contre toutes les réformes des retraites précédentes pour des raisons électorales et vos articles de l'époque étaient le reflet politique hypocrite de l’attitude du parti socialiste.

    Vous nous parlez des disparités sur les retraites des françaises qui s'expliquent avant tout par les cotisations versées moindre.

    Par contre, vous pourriez dénoncer les régimes spéciaux des fonctionnaires (le vôtre peut-être) et surtout celui des parlementaires qui ont des retraites dorées….mais là silence !

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  4. Sans vouloir défendre le taulier on peut considérer le régime de retraite des parlementaires comme un régime spécial qui devrait faire l'objet d'un alignement sur celui de droit commun.
    Les députés ont fait quelques efforts en 2010 sans aligner totalement leur régime sur celui des salariés.
    Le Sénat, toujours très jaloux de prérogatives parfois dignes de l'ancien régime, roupille sur une cagnotte de plus d'un millard d'euros.

    Du coup le retour de la retraite à 60 ans pour les carrières longues sans apprécier la pénibilité passerait presque une maladresse car demain nous aurons tous des carrières longues.

    Les disparités s'expliquent aussi quoique partiellement par les modes de calculs des pensions :

    Pour les fonctionnaires sur la base des 6 derniers mois de salaires hors primes ;
    Pour les salariés sur les 25 meilleures années ;

    Les différences entre hommes et femmes devraient s'amoindrir avec l'arrivée à l'âge de la retraite de davantage de femmes ayant eu des carrières complètes tout en ayant élevé leurs enfants.

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  5. Todd nettoie Hollande au karcher ; que dis-je ! au lance-flammes !

    entretien décapant accordé à Marianne ! Le problème : le patronat allemand puissant, organisé et psycho-rigide face à laquelle la France n'a que la médiocrité de ses élites inféodées au monde bancaire à opposer !

    "Pour arriver à infléchir tout ça, il faudrait que Hollande soit plus que de Gaulle. Mais il l'a dit, il n'est que normal. Ordinaire même."

    Une esquisse de solution ? Elle passe par la sortie de l'euro qui nous enserre dans ses griffes et empêche toute initiative de politique économique.

    Avec pour chute à cet interview une savoureuse auto-critique de Todd : "Mais peut-on prendre au sérieux quelqu'un qui a pris Hollande au sérieux ?"

    Un extrait savoureux parmi qqs1 :

    "La situation, je pourrais la schématiser ainsi... [Emmanuel Todd sort alors une feuille de papier et dessine un diagramme.] En haut : le patronat allemand. Juste en dessous, décalée, Merkel : préposée à la gestion des protectorats européens ! Directement aux ordres du patronat allemand : la Banque centrale européenne. Aux ordres de la BCE : les banques françaises. Sous le contrôle des banques : les inspecteurs des finances de Bercy, avec comme attaché de presse Pierre Moscovici ! Et tout en bas : François Hollande. Je ne trouve à Hollande aucune fonction identifiable. Donc j'inscris : « Rien. » [Rires.]"

    ==> voir reprodction du fameux schéma ici ==> http://www.marianne.net/photo/art/grande/969435-1147174.jpg?v=1368381933

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  6. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  7. Il panique ou quoi Cambadélis !!

    ""On n'a pas anticipé la connexion entre ce que l'on avait vu lors des manifestations" contre "le mariage pour tous et les hooligans qui gravitent autour du PSG. Là, il y a eu la conjonction des deux et évidemment ils s'en sont donné à coeur joie", a assuré le responsable socialiste.

    Fallait oser le contre-feu !

    Interrogé sur un appel d'un député-maire UMP à la démission de Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, M. Cambadélis a tranché : "Il ne faut pas ajouter à des agissements de crétins un débat débile."

    ==> Un domaine où notre commentateur de service semble en connaître un rayon !!


    Manuel Valls n'est "pas responsable de la situation", selon lui. Il a cependant parlé de "gros raté parce qu'on n'a pas anticipé". "Mais personne ne l'a fait", et à droite non plus."

    ==> Et pour finir, ça va bientôt être la faute de la droite !!



    ==> http://www.lepoint.fr/politique/psg-violences-a-paris-cambadelis-pointe-le-climat-installe-par-les-manifs-anti-mariage-gay-14-05-2013-1666349_20.php

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  8. @demoscratie: j'en ai parlé, de ce revirement toddesque: http://sarkofrance.ragemag.fr/emmanuel-todd-sociologue-impatient/
    @Dandut: je me moque aussi fort que Sarkozy criait qu'il avait tout réglé. Et, non, je ne suis pas fonctionnaire, loin de là.

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  9. Dire que l"ANI mis en place "grâce" aux socio-libéraux est "un machin prétendument équilibré qui ne changera pas grand chose et qui reste désagréable", est un euphémisme, une gentille fable que beaucoup de salariés apprécieront à sa juste valeur. Tout comme la rupture conventionnelle mise en place par un autre généreux serviteur du Medef.
    Que les intentions officielles soient les mêmes ou pas, la pilule va être dure à avaler pour les salariés sans pour autant soigner le malade.
    Restent Parisot and ses amis qui se réjouissent déjà en pensant à la suite et aux cadeaux qu'ils peuvent raisonnablement espérer de "l'ennemi de la finance".
    Alors, Laurence, on dit merci qui ?

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  10. @ Juan/ragemag

    "qui pensait que cette taxation symbolique à 75% était le paradigme fondamental de la campagne de Hollande"

    Sans cette annonce, Hollande est laminé par Sarkozy ! Ce n'est pas une mesurette ; c tout un symbole ! Il s'est couché ... symboliquement ! Je constate ceci sans désillusion et sans exaspération.

    A propos de la réforme bancaire, Todd n'est pas le seul à regretter qu'elle ait été vidée de sa substance !

    par LAurent Pinsolle ==> http://www.gaullistelibre.com/2013/02/la-derisoire-reforme-bancaire-de.html


    Et la parfois désopilante mais néanmoins tjrs très consistante analyse de Lordon : « La régulation bancaire au pistolet à bouchon » ==> http://blog.mondediplo.net/2013-02-18-La-regulation-bancaire-au-pistolet-a-bouchon

    Ou bien encore ceci par Olivier Berruyer ==> http://www.les-crises.fr/la-non-separation/


    Extrait : "- La réforme Hollande est une première en Europe. Permet-elle de répondre aux enjeux de régulation ?

    Non, absolument pas.
    C’est en effet la première, mais c’est hélas la moins ambitieuse au monde. Elle s’appelle « séparation des activités », mais au final, elle ne sépare à peu près rien comme l’ont reconnu les banquiers. D’ailleurs aucun chiffre ne figure dans l’étude d’impact, ce qui est scandaleux, et empêche les députés de comprendre ce qu’ils votent."

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