29 juin 2013

321ème semaine politique: la France est-elle menacée de dissolution ?





Hollande va échouer, diront les plus optimistes. Il a échoué, renchérissent les pessimistes. Le Hollande-Bashing est à peine moins vivace. Mais Hollande suit son chemin. Il engrange quelques bonnes nouvelles, parfois fragiles. Le Front national dissout la droite de l'intérieur. La gauche est tétanisée ou clivée. La France politique est-elle en phase de dissolution ?


Tétanie européenne
Hollande termine un sommet européen. Le gouvernement économique de l'Europe est à nouveau reporté de quelques mois. Doit-on s'en réjouir ?

Hollande récuse encore quelques morceaux de phrases dans une résolution commune: il ne veut pas de consignes trop précises sur la réforme des retraites. Barroso et son fidèle Rehn exigeaient un relèvement de l'âge légal de départ à la retraite et une stabilisation des cotisations. Hollande obtient gain de cause, nous explique BFM.  Mais il ne fanfaronne pas: "les moyens pour atteindre ces objectifs, devaient être laissés aux États",  et les réformes "dans le dialogue social".

Se battre sur des mots dans un texte que l'on aura oublié dans quelques mois, est-ce désormais le seul combat qui nous reste ? Non. Hollande n'est plus l'Européen d'hier, et c'est tant mieux.

Hollande enterre le déploiement de quelques lignes TGV. Il s'en explique, ça défoule. L'ancienne équipe avait gentiment, une décennie durant, promis des lignes à qui le demandaient. La facture est astronomique, près de 250 milliards d'euros.

José-Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, cristallise enfin une détestation politique transpartisane et trans-nationale. En France, Arnaud Montebourg, Alain Juppé et Claude Bartolone l'ont vertement tancé. Nicole Bricq, ministre (socialiste) du commerce extérieur a résumé: Barroso "n'a rien fait de son mandat". En Allemagne, on le trouve "inefficace". Pascal Lamy, patron de l'OMC, et qui fut paraît-il socialiste il y a bientôt un siècle, est venu à son secours. Ces gens-là sont les véritables fossoyeurs de l'idée européenne. L'Europe n'est pour eux qu'un facilitateur de destruction sociale et de précarisation de l'emploi.

Au Portugal, le pays natal de Barroso où ce dernier n'a laissé que le souvenir de son incompétence quand il en était le premier ministre, c'est la grève général ce 27 juin.  Cela fait des années que l'on juge l'homme nuisible et inefficace. Qui l'a donc sauvé ? L'infernal couple Merkozy qui l'ont remis en selle pour un second mandat en 2009.

La Croatie, dans une démarche que d'aucuns jugeront folle, rejoint l'hôpital européen ce 1er juillet. "Nous savons à quoi nous nous engageons" commente son premier ministre. Son prédécesseur conservateur avait engagé une privatisation générale des chantiers navals. Vu de Paris, on s'indigne du symbole. Mais ce serait oublier que ces chantiers étaient aussi gangrenés par la corruption, autre fléau du pays. L'ancien premier ministre déchu par un "printemps de Zagreb" est désormais en prison.

La Serbie voisine a obtenu l'examen de son adhésion. Quel parti "néo-lib" se cache donc derrière cette démarche ?

Dissolution française
Le chômage se stabilise, provisoirement. Toujours 3,2 millions de sans-emplois, sans compter tous les autres. Toujours 400.000 nouveaux inscrits, et presque autant de sorties de Pôle emploi. Un gigantesque va-et-vient qui dissout le lien économique. Toujours 40% de chômeurs de longue durée..  On pointe vers l'ampleur des radiations et cessations d'inscriptions - 10.000 de plus. On pourrait insister sur la hausse de même ampleur du nombre de reprises d'emplois - 7.000 de mieux. Qu'importe cette dispute de chiffres. Le gouvernement ne fanfaronne pas. Ayrault s'inquiète au contraire. Il a raison. Hollande évoque "2 à 300.000 postes vacants" qui ne trouvent pas preneurs à Pôle Emploi. Sarkozy le disait déjà, mais il en déduisait qu'il fallait virer ces "fainéants" de l'indemnisation chômage. Hollande demande au contraire qu'on améliore la formation des demandeurs d'emploi. C'est une différence énorme que Mélenchon fait mine de ne pas voir.

En Europe, ils sont plus de 26 millions à chercher du boulot. Six milliards d'euros pour subventionner l'emploi des jeunes ont été promis, jeudi, par les 27 chefs d'Etat et de gouvernement d'ici 2015. Un montant "ridiculeusement limité" commente un journaliste portugais.
La dette publique poursuit sa trajectoire, 91% du PIB à fin mars; 37,3 milliards d'euros de plus en un trimestre, pour atteindre 1.477,2 milliards. Elle dissout nos espoirs d'investissement. Il n'y a plus d'argent dans les caisses.

La Cour des Comptes s'alarme encore, cette fois-ci du déficit public. Il serait de 4% à la fin de cette année à cause de la récession. Ayrault confirme que "ce que dit la Cour des comptes est vrai". Il est d'une "franchise incroyable" s'étonne, horrifié,  Jean-Pierre Elkabach sur Europe 1, vendredi 28 juin. Bernard Cazeneuve, ministre du budget, complète: "Ce que dit la Cour des Comptes n'est pas alarmiste mais mesuré et correspond à la réalité de la situation".

Cette franchise est la meilleure attitude qui soit. Elle nous change de l'autruche précédente. Elle force chacun à s'interroger sur la suite. A droite, la critique est maladroite. Il faut les comprendre, l'UMP est en passe d'être digérée placidement par le Front national. Et personne ou presque n'ose prendre le programme du mouvement frontiste pour ce qu'il est, d'une bêtise crasse et d'une promesse de souffrance sociale insoutenable.

L'aveugle Fillon demande à Hollande qu'il sorte de son déni de réalité. Le gars n'a pas vu 600 milliards de dette supplémentaire grossir son propre bilan de premier collaborateur de Nicolas Sarkozy. Quelle crédibilité... D'autres réclament des coupes sombres, suivant l'avis de la Cour des Comptes, si possible et surtout dans les dépenses sociales. On est à peine surpris.

La misère et la précarité, comme sortie de crise ?

A gauche, certains critiquent le cercle connu mais vicieux: austérité, déficit, austérité. Ils y voient la preuve qu'il faut de la relance. le premier levier serait une augmentation des salaires et des minimas sociaux. Mais le raisonnement ne vaut qu'à l'échelle européenne. La relance nationale n'existe plus sauf dans la ruine et le protectionnisme. On espère des soutiens de la Grèce (mais plutôt SYRIZA que le PASOK), de l'Italie (avec qui ?), ou d'Allemagne (où le SPD est donné perdant aux élections de septembre maintenant qu'Angela Merkel a capturé dans son programme les promesses de salaire minimum et de dépense publique).

L'autre levier serait la dépense publique: l'Etat ne devrait pas contracter ses dépenses. Il devrait même se comporter en "employeur de dernier ressort", pour reprendre l'expression de l'économiste Hyman Minsky. Le gouvernement Ayrault promet au contraire de réduire les dépenses de l'Etat en valeur absolue l'an prochain. Soyons précis: la baisse sera modeste, deux milliards d'euros. Mais cette inflexion reste historique. Concernant l'emploi, les effectifs resteront globalement stables, comme promis.

Desserrer l'étau, favoriser les relocalisations, protéger ce qui peut l'être, telle semble être la stratégie suivie, tant bien que mal et souvent de façon peu lisible, par l'actuelle équipe au pouvoir. On devine
 que Hollande craint de déstabiliser un retour à la croissance auquel il ne croit pas tant que cela par ailleurs; qu'il hésite à injecter trop de carburant dans un moteur qu'il juge défaillant.

Et si la croissance ne revenait pas

"Les égouts des affaires débordent..."
L'expression, juste et factuelle, est de Jean-Luc Mélenchon. Il part à Perpignan tenir meeting.

Deux parias font leur psy-show à la télévision, toute l'après-midi du mercredi. Le premier était directeur général du FMI. DSK cause de l'évasion fiscale et du contrôle des banques à une commission sénatoriale, filmé et retransmis par toutes les chaînes d'information. Il confie son pessimisme, critique l'inaction des Etats, se moque des incantations contre la Finance. Le second était ministre du budget, viré en mars, inculpé en avril. Jérôme Cahuzac n'est même plus député. Il a renoncé. Son mandat a été récupéré par un UMP après une finale contre le Front national. 

La France politique semble tétanisée par cette dissolution de l'espoir. Les abstentionnistes dépassent les votants du second tour. Mercredi, Cahuzac est auditionné plus de deux heures par une commission d'enquête pour ne rien dire. 

Nicolas Sarkozy veut revenir. Vendredi, le parquet de Bordeaux requiert le non-lieu contre lui et Eric Woerth dans l'affaire Bettencourt, "faute de preuves". Il faut avouer que l'abus de faiblesse contre vieille dame était une charge bien rude contre l'ancien monarque. Après tout, il se pourrait bien qu'André et Liliane Bettencourt avaient librement consenti à financer illégalemebt la campagne de Sarkozy en 2007, n'est-ce-pas ?

Mais la grosse affaire est ailleurs, elle s'appelle Tapie. L'ancien patron redevenu millionnaire grâce à l'arbitrage privé orchestré par Nicolas Sarkozy dans le litige qui l'opposait au Crédit Lyonnais termine 96 heures de garde à vue par une mise en examen pour escroquerie en bande organisée. Après l'ancien dircab de Lagarde, l'un des trois juges et le président du CDR, il est le 4ème mis en cause pour les mêmes motifs. On attend Claude Guéant et François Pérol à la barre.

Bien sûr, il est présumé innocent. Mais les mêmes éditocrates qui ne trouvaient rien à redire aux 45 millions de "dédommagement moral" que l'homme récupéra en juillet 2008, s'indignent aujourd'hui de ce scandale qu'ils qualifient d'Etat. Il faut écouter pour les croire les Christophe Barbier et autre Franz-Olivier Giesberg.

Eric Woerth est rattrapé par cette histoire, d'après Laurent Mauduit de Mediapart: la police aurait mis la main sur un courrier de l'ancien ministre du budget de Sarkozy adressé aux avocats de Bernard Tapie pour négocier le traitement fiscal de leur client... En Sarkofrance, les plus riches aimaient négocier leurs impôts au sommet de l'Etat. Même Henri Guaino l'avait convenu sur un plateau de télévision début juin.

L'escroquerie est bien totale.





28 juin 2013

Chômage: la "boîte à outils" contre la marée



La lutte contre le chômage est un sujet polémique. L'absence de résultats depuis un an pèse sur l'action et le discours de l'équipe au pouvoir. La publication de statistiques provisoirement apaisantes a suscité d'édifiants commentaires.

Rien n'est réglé.

Boîte à outils
A la différence de son prédécesseur, François Hollande ne glapit pas tous les mois pour promettre une improbable baisse du chômage le mois suivant. Reconnaissons au moins la chose.

Mais il est mal en point, indubitablement. La bataille pour l'emploi est une galère de longue haleine. Ces jours-ci, le gouvernement a mis en ligne un site d'information de ses mesures en faveur de l'emploi.
 
Mercredi

Concrètement, cela débute par une page d'accueil et quatre chapitres organisés en deux colonnes "les défis", "nos solutions".

La présentation est claire. Les polémiques le sont aussi.  Pour "Protéger l'emploi", l'équipe Ayrault met en avant sa "loi de sécurisation".  Pour "Retrouver la compétitivité", il y a le Crédit d'Impôt Compétitivité Emploi. Pour les jeunes chômeurs les plus précaires, voici un rappel sur les emplois d'avenir, 30.000 signés en 6 mois sur un objectif de 100.000 d'ici décembre. Enfin, pour "favoriser l'emploi des jeunes et des seniors", le contrat de génération.

On pourra critiquer cette propagande. Mais le gouvernement assume sur ce même site des chiffres terrifiants: plus de 3 millions de sans-emploi, 35% de chômage chez les 15-29 ans sans diplômes, 2 millions d'emplois industriels perdus en 30 ans, 30% de chômeurs de plus de 50 ans parmi ceux de plus de un an.

L'intérêt réel du site n'est pas dans l'exercice de pédagogie propagande générale somme toute habituelle. Il est ailleurs: en bas de page, le site ouvre sur du concret: "Vous pouvez bénéficier de ces solutions". On choisit sa rubrique "ce que l'on est" (Jeune; Salarié; Senior; TPE-PME; Toutes les entreprises) ou "ce que l'on souhaite" (Recruter; Etre compétitif;  Investir;  Etre accompagné), et les instructions suivent, concrètes. Par exemple pour les jeunes,

La présentation est claire. Les polémiques le sont aussi. Il suffit de consulter quelques rubriques.



Chômage stabilisé ?
Mais les statistiques sont formelles. Le chômage est là, encore massif. La "bonne" nouvelle du mois dernier est sa stabilisation. Il n'a pas progressé. On pourrait se réjouir. Dans le détail, les sujets d'inquiétude demeurent.

1. Les cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation ont grimpé de 19.000 unités d'un mois sur l'autre. Au total, elles s'élèvent à 219.500, contre à peine 183.000 le mois précédent. Les radiations administratives, elles, ont diminué, 9.000 de moins en mai, pour atteindre 45.000.


2. Les entrées à Pôle emploi sont moins nombreuses, 507.000 en mai contre 534.000 en avril et 517.000 en mars. C'est une vraie bonne nouvelle.Ces données ne concernent que les trois premières catégories - ceux des inscrits en recherche active.

3. Parmi les motifs de sorties, les entrées en emplois déclarés ont progressé, même si elles restent insuffisantes: 94.000 en mai, soit 7.000 de plus que le mois précédent, 1.000 de plus qu'en mars.

Le gouvernement ne s'est pas attardé sur l'information. Il est trop tôt et rien n'est sûr. Nul triomphalisme et l'on peut le remercier pour cela. La Cour des Comptes réclame davantage de licenciements. En langage technocratique, on appelle cela des "économies budgétaires". Elle a publié ses dernières estimations, elle précise qu'elle ne réclame aucun collectif budgétaire intermédiaire. Mais selon elle, le déficit budgétaire devrait s'établir à 4% du PIB et non 3,7% comme prévu. On est loin des délires UMPistes.

Le premier ministre concède que la période est difficile. Sa formule, lâchée depuis Fort-de-France, fait le tour des radios et télévisions.
"Je pense que pour 2013, malheureusement, du fait de l'absence de croissance, ce que dit la Cour des comptes est vrai. Mais à la fin de l'année nous verrons"
Mais pourquoi faudrait-il accepter d'un médecins qu'il préconise de nouvelles amputations quand le malade est déjà affaibli ?

Un sondage précise que près des trois quart des Français interrogés sont mécontents de la politique économique du gouvernement.

Aucun sondage ne demande à son échantillon ce qu'il aimerait pour résoudre le chômage et le reste.

Faut pas exagérer.



27 juin 2013

Méric: la mauvaise polémique

On se dispute donc pour savoir si Clément Méric a provoqué un adversaire skinhead ou pas. La polémique est misérable.

Pour la réacosphère, il s'agissait de prouver, en vrac, (1) que le jeune Méric ne saurait être considéré comme une victime (autre variante: "il l'a bien cherché"); (2) qu'extrême gauche et extrême droite sont finalement les deux faces d'une même pièce; (3) que l'interdiction des groupuscules skins dont celui de Serge Ayoub n'est qu'un complot.

Tout est parti d'une information délivrée par RTL, sans preuve, puis par Libération. Une video de la RATP prouverait que le jeune Clément Méric avait frappé le premier. "On voit notamment, pendant une bagarre générale, le jeune militant d'extrême gauche se précipiter dans le dos d'Esteban XXXXX, le meurtrier présumé, alors de dos, semble-t-il pour lui asséner un coup. Le skinhead se retourne alors et le frappe avec son poing en plein visage. L'image ne permet pas de dire de façon formelle si Esteban Morillo donne un deuxième coup, ni s'il a ou non un poing américain."

La radio ajoutait : "La scène a été filmée par une caméra de surveillance de la RATP, située côté rue, au niveau de la station Havre-Caumartin" expliquait RTL. Cette affirmation est fausse. La RATP l'a démentie ce jeudi 27 juin. La RATP dément formellement, relate Politis, que "les images de vidéosurveillance qui montrent la scène de bagarre entre Clément Méric et les skinhead de Troisième Voie proviennent de ses caméras, contrairement à ce qu’affirment RTL et Libération."

En fait, RTL et Libération se disputent la véracité des bandes enregistrées. Pour RTL, la bande permettrait de voir ce qui s'est passé. Pour Libération, la caméra ne filme qu'à 20 centimètres du sol.

Pour la RATP, ... la voie publique n'est tout simplement pas filmée.

Boum...

On ne tue pas en bagarre.


 

DSK, Cahuzac: le psy show raté de 2 parias.



Quelle brillante journée ! Mercredi 26 juin, l'actualité est judiciaire et people. Le spectacle est au Parlement. Un mauvais psy-show voyeuriste qui obsède ou indiffère. Les vedettes s'appellent Dominique Strauss-Kahn et Jérôme Cahuzac.

"Il professore"
Le premier vient au Sénat. Il n'y avait pas mis les pieds depuis des lustres, plusieurs années, du temps où il était ministre. Le site Marianne.net défend l'idée que l'opération est trop belle pour n'être autre que de la communication.  DSK vient en tant qu'ancien directeur général du FMI, et donc qualifié d'"expert", dans le cadre d'une autre commission d'enquête parlementaire sur le rôle des banques dans l'évasion des capitaux. Celle-là est présidée par un autre UMP, François Pillet, l'invitation émane de son vice-président, le communiste Eric Bocquet.

Vers 15H, DSK est bien là, sur les bancs d'une salle du Palais Bourbon, filmé de près, retransmis en direct par Public Sénat. Il a le regard sûr de lui, le terrain est favorable. Il est ravi qu'on l'attende et l'écoute. Il donne ses avis comme autant de leçons à un pouvoir qu'il voyait sien. "La volonté d'harmonisation fiscale me semble beaucoup plus forte dans les discours que dans les actes." Sans rire... Le gars a été patron du FMI, propulsé là avec le soutien d'un Nicolas Sarkozy qui voulait neutraliser sa nuisance politique, et qu'a-t-il fait sur les sujets majeurs qu'il évoque ?  "Je ne veux pas choquer... disons que... le gendarme n'est pas assez armé." La remarque, à propos de ces établissements financiers qui semblent hors de contrôle efficace, est croustillante. Il poursuit ses leçons, puisqu'il parait que la régulation est si facile: "ceux des États qui veulent avancer peuvent avancer."

On retient ses propos effroyables de résignation cachée.  Il n'apprécie pas qu'on désigne la finance comme ennemi. Il préférerait qu'on s'attaque aux financiers. Toujours cet abus de formules pour masquer l'impuissance: " incriminer la finance dans le désastre économique que nous vivons, en Europe en général et en particulier dans notre pays, a pour moi à peu près la même pertinence qu'incriminer l'industrie automobile quand on parle des morts sur la route."

Sans rire... qui avait omis d'installer des radars automatiques ?

"C'est psy-show!"
L'expression est d'Anne Rovan, journaliste politique au Figaro. Elle suit l'actualité du gouvernement et du Parti socialiste. Au Figaro, on mutualise comme on peut. Elle commente sur Twitter l'audition d'un autre champion déchu.


Le même jour en effet, Jérôme Cahuzac déboule à l'Assemblée, auditionnée par une commission d'enquête présidée par le député  Charles de Courson (UDI). Quelques heures plus tôt, l'un des participants, Daniel Fasquelle, député-maire du Touquet est trop impatient, au micro de France Inter devant Pascale Clark. Rendez-vous compte, explique-t-il la voix émue d'indignation, François Hollande savait depuis le 15 décembre que Cahuzac était coupable et il n'a rien fait ! Il a des "nouvelles" questions... Fichtre... Sur son blog, le député s'interroge: "qui savait au plus haut niveau de l'Etat, sur l'origine des fonds placés sur son compte à l'étranger ainsi que sur l'existence d'autres comptes ?" Le même député précise qu'il ne vote pas le texte sur la transparence de la vie politique... Il paraît que c'est un "texte de circonstances."

Ah... Voici où en sont les députés UMP après 10 années de sarkozysme émotif.

On se remémore le fil des évènements... On se souvient alors que la source de l'époque était l'opposant local de Cahuzac, Michel Gonnelle; qu'une expertise de la fameuse bande enregistrée avait été demandée à la justice dans le cadre d'une enquête préliminaire ouverte le 4 janvier, quatre semaines après le déclenchement de l'affaire.. Mais pour ces UMP/UDI, si patients durant les affaires Woerth, Bettencourt, Sarkozy et compagnie, François Hollande aurait du sans doute excommunier illico presto son ministre du budget et sur la simple foi d'une dénonciation locale.

Sur le fond, nos députés enquêteurs cherchent à savoir (1) si la fraude de Cahuzac était connue des autorités avant les révélations de Mediapart (i.e. le 4 décembre 2012); (2) si les autorités ont agi pour la cacher.

A 16h30, Jérôme Cahuzac prête serment devant la commission. Son intervention "live" est retransmise par La Chaîne Parlementaire, LCI, i-Télé, BFM-TV. Ses premières réponses sont brèves, très brèves. Il refuse tout propos liminaires. Son timbre est posé.

Cahuzac confirme avoir été informé du sens de la démarche et du contenu général des vérifications demandées par la France à la Suisse quand il était ministre. On le savait... Il explique n'avoir rien bloqué, rien exigé. Et sa "tutelle" ne savait rien, assure-t-il.
"Pierre Moscovici ne m'a jamais informé de cette procédure. (...) A fortiori, il ne m'a pas communiqué les termes de la demande formulée par l'administration française à son homologue helvétique."
On se souvient que la nouvelle avait fuité très vite dans la presse (le JDD en l'occurrence). Cahuzac ne sait pas qui en est l'auteur. "Je m'interroge". Il complète qu'il croit la banque UBS quand celle-ci a confirmé qu'il ne détenait pas de compte chez eux dans la période visée par l'enquête. Il refuse de répondre à une autre question: avait-il un compte chez Dominique Reyl, cette autre banque plus discrète et si proche de l'UMP locale ?

Le show se poursuit, chaque député pose une ou plusieurs questions. Cahuzac répond mais ne nous apprend rien. Il refuse parfois de répondre quand il pense que c'est du ressort de l'instruction judiciaire en cours. La séquence vire à des Confessions intimes ratées. Il y a ceci : "Je n'ai pas dit la vérité à mon avocat, je n'ai pas dit la vérité à mes amis, je n'ai pas dit la vérité à  mes collègues." Il y a aussi cela: "Il y a deux tabous que je n’ai pas transgressé, je n’ai jamais juré ne pas détenir de compte sur la tête de mes enfants, et deuxième tabou, mentir à l’administration dont j’avais la charge, m’a semblé impossible." Cahuzac s'affirme "victime" de lui-même.

Pourquoi le croire aujourd'hui ? "Je crois que vous avez davantage la réponse que moi-même".  Il y a des députés de tous bords dans la commission. Les socialistes paraissent aussi froidement énervés et revanchards que leurs collègues de droite. Les premiers ont été trahis, les seconds sont soulagés.

Selon Cahuzac, la justice a pu faire son travail.  Ni Hollande, ni Ayrault ni Moscovici n'ont été informés de son mensonge avant qu'il ne dévoile publiquement, explique-t-il. ""J'ai indiqué avoir menti à la représentation nationale, au premier ministre et au président. Je n'ai plus en mémoire le moment où Pierre Moscovici et moi-même avons abordé cette affaire, mais je ne lui ai pas non plus dit la vérité."

Il se défend d'avoir utilisé lui-même quelques informations fiscales sensibles sur ses opposants. Président de la Commission des finances avant d'être ministre, il explique qu'il fallait bien vérifier les dires des ministres Woerth, Baroin ou Pécresse: "Les infos fiscales dont je disposais ne correspondaient qu'à un petit nombre de cas..." On est presque rassuré...
Je reçois un coup de téléphone de Matignon. "Le premier ministre veut vous parler"
Je l'entends me dire : "Allo... Bernard ?"
Je lui réponds: "Non Monsieur le premier ministre, ça c'est le nouveau ministre du Budget"
Il se permet un mensonge: "ce sont moins les journalistes de Médiapart que les services du procureur qui ont découvert la vérité". Il oublie, rappelle Charles de Courson, que Mediapart avait saisi la justice.

Et oui... Finalement, Jérôme Cahuzac est toujours dans sa bulle.

Le vide et l'ennui.

Le matin même, on avait appris que Nicolas Sarkozy avait généreusement abondé de 250.000 euros la réserve parlementaire du député Cahuzac quand il était socialiste d'opposition.

Quelle attention...





26 juin 2013

RSA, l'échec intolérable

C'était la grande mesure sociale de Nicolas Sarkozy, sans doute la seule: un revenu minimum censé encourager à la reprise d'activité. Assez vite, la supercherie est apparue évidente. Une proposition de simplification est attendue dans quelques jours.

1. Le dispositif est sous-utilisé, les chiffres sont édifiants: plus des deux tiers des éligibles ne demandent aucune inscriptions. C'est l'allocation qui a le plus fort taux de non-recours en France. L'an dernier, l'Observatoire des non-recours aux droits et services 
avait publié une étude édifiante sur le non-recours aux aides sociales, à travers neuf contributions. Plus de 5 milliards d'euros par an ne sont pas versés au titre du RSA, faute de demandes.

2. Pour bénéficier du RSA, les démarches sont compliquées: ""Il y a a minima quatre fois plus d'informations à fournir dans un dossier RSA que pour une demande d'allocation logement" concède xxx. Aucune campagne d’information nationale n’a été menée. Pour s'inscrire, le flicage est hors normes. En février dernier, la Cour des comptes avait dénoncé le gâchis: multiplicité des services instructeurs, complexité des formulaires de demandes, contraintes de la déclaration trimestrielle de revenus, etc. Tout est fait pour décourager le chaland. 

3. Pire, les erreurs de versement sont incroyablement élevées - 803 millions sur 10 milliards, près de 10% ! En 2012, selon la Caisse nationale d'allocations familiales (CNAF) citée par le Monde, "un allocataire du RSA sur deux avait reçu au moins un indu au cours de l'année."





Crédit illustration: Le Monde

Hollande de retour dans l'enfer français.


Il voyage beaucoup mais le voici est rentré. Il parle à des Chinois, s'inquiète d'un nouveau plan pour la banlieue. Sa cote sondagière rechute. Le gouvernement met en ligne un site explicatif sur ses mesures anti-chômage. On commente trop les résultats d'une élection partielle.

Bienvenue dans l'enfer français !

Il est rentré des Emirats.
Du Qatar, on comprend qu'il était aussi question de Syrie et de nos otages. Ce n'est pas neutre. La tenue d'une réunion-déjeuner sur les banlieues, lundi à son retour, a permis à quelques journalistes de faire le lien avec cette escapade qatari. Car le Qatar, voici deux ans, voulait dépenser 50 millions d'euros pour financer la création d'entreprises dans nos banlieues. 

Ce lundi 24 juin, Hollande est avec François Lamy, son trop discret ministre de la Ville et ancien bras droit de Martine Aubry, pour recevoir des associations. On lui propose des idées "concrètes", très concrètes, pour la création d’entreprises, la lutte contre les discriminations à l’emploi, la police de proximité, le rôle des parents en milieu scolaire et aussi pour "rendre exemplaire la télévision publique en matière de respect et de valorisation de la diversité."

On lui parle de Villeneuve-sur-Lot.
Le candidat socialiste n'était pas présent au second tour. Le Front de Gauche n'y est pour rien, son candidat n'a rien fait. L'électorat ne s'est simplement pas déplacé. Au second tour, voici l'UMP qui l'emporte contre le fiston frontiste à peine pubère d'un baron agricole local. Le front républicain est en ruine. Il y a davantage d'abstentionistes que de suffrages pour l'UMPiste et le frontiste réunis.


Hollande semble rester inflexible, sûr de son cap. Sans doute le désarroi politique généralisé n'aide-t-il pas à convaincre qu'il faut changer.

Il rencontre des Chinois
Mardi, à l'Elysée, Hollande rencontre des entrepreneurs  chinois et européens. Dans ces échanges, il y a parfois des formules à double sens, comme celle-ci: le président français souligne "combien la France qui est la première destination en Europe pour les investissements chinois, constitue une porte vers l’Union européenne et les marchés tiers."

La France, une "porte" pour les investissements chinois ? Notre esprit écolo chagrin pense aux panneaux solaires chinois vendus à prix bradés... Hollande veut que la Chine investisse encore davantage en France. Il y a une quarantaine de dirigeants d'entreprises chinoises devant lui, attentifs.  Chez eux, de l'autre côté du globe,

Il rechute dans les sondages
C'est l'Express et quelques autres qui nous l'assurent. La cote sondagière de Hollande rechute. L'actuel président est plus impopulaire que son prédécesseur à la même période de son mandat. Dans le Figaro, le patron de l'institut BVA est catégorique: Hollande est aussi mal parti que Sarkozy:
"Il n'a jamais été aussi impopulaire. Un président qui souhaite réformer est jugé sur deux critères: la justice et l'efficacité. Nicolas Sarkozy était jugé injuste et inefficace. François Hollande est jugé de la même façon par les Français."

Il n'a pas oublié Barroso
Mardi, il rencontre Michel Barnier. La Commission européenne vient d'annoncer qu'elle propose l'examen de l'adhésion de la Serbie et de la Turquie à l'Union européenne. Est-ce vraiment l'urgence d'agrandir le marché intérieur - puisque l'UE n'est plus que cela ? Hollande prévient la Commission, il refuse les consignes de reculer l'âge de départ à la retraite sans toucher aux cotisations. L'un des collègues de Barroso, Oli Rehn, en charge des Affaires économiques, en avait remis une couche jeudi dernier: "Sur les retraites, nous faisons la même recommandation depuis trois ans! Cette année, nous allons un peu plus dans les détails et nous ajoutons une dimension d'urgence."

Mélenchon traite Hollande de pompiste d'un Barroso qualifié de carburant du Front National par Montebourg.

Bienvenue en France !

Il gère les déficits
Les lettres de cadrage budgétaire sont envoyées aux ministères mardi. On devine l'horreur et l'effort.
"Le Gouvernement que je dirige depuis plus d'un an tient les dépenses. Et pour le première fois depuis 1958, nous allons présenter en 2014 un budget en diminution." Jean-Marc Ayrault, 24 juin
La veille, le Figaro fanfaronne: le déficit budgétaire déraperait de 20 milliards d'euros par rapport aux 61 milliards d'euros prévus pour 2013. Le quotidien d'opposition n'est pas devin. Il s'est "procuré" un rapport de députés UMP et UDI sur l'état des finances publiques. On sourit. Pierre Moscovici rétorque: "C'est à l'automne que nous constaterons tout cela". L'opposition explique que les recettes fiscales devraient être inférieures de 15 milliards d'euros et que les dépenses vont déraper de 5 milliards.

A gauche, certains ricanent de l'échec austéritaire. A droite, l'opposition est mal à l'aise: la prédiction d'un dérapage des dépenses, par ailleurs marginale dans le sombre tableau dressé par nos UMPistes, est loin d'être étayée: les dépenses "nouvelles" initiées par Hollande telles le CICE ou les emplois d'avenir peinent à être consommées. L'un de ces UMPistes a la cible étroite: ce dérapage serait dû à la stabilisation des effectifs de fonctionnaires (pourtant prévue et chiffrée dans le budget initial) et aux prestations sociales comme le "déverrouillage de l'aide médicale d'État (AME)" qui "coûtera une centaine de millions".

Salauds de pauvres ! Gilles Carrez (UMP) enfonce le clou: "Les prestations sociales représentent les trois quarts de l'évolution de la dépense. Avec mes collègues de la commission des finances, nous estimons possible d'indexer moins généreusement les prestations sociales." Bref, la ficelle est un peu grosse... Pour 2014, le gouvernement maintient même un cap de rigueur que d'aucuns qualifieront d'austéritaire.

A l'inverse, côté recettes fiscales, nos chers députés UMPistes ont la critique fragile; le Figaro expose les arguments: "L'instabilité fiscale a bloqué l'économie". De quelle instabilité fiscale parle-t-on ? La trajectoire est plutôt sacrément stable... Aucun correctif fiscal n'est venu amendé le dispositif depuis le vote de la loi de finances à l'année dernière. Et le collectif budgétaire de l'été 2012 a plutôt amélioré les recettes en supprimant la défiscalisation des heures supplémentaires et en renchérissant l'ISF.


Bref, bienvenue dans l'enfer français...

Et encore, ça aurait pu être pire ailleurs.

25 juin 2013

A Villeneuve-sur-Lot, la majorité n'a pas voté.




Cette petite élection légistalive de rien du tout a bien occupé la gente médiatique. Impossible, lundi 24 juin d'y échapper, dès potron-minet. Jérôme Cahuzac a bien réussi son coup. Mais il est loin d'en être le responsable.

Soyons honnêtes: le Front national a gagné par K-O. Abstention record, démobilisation totale, spectacle pitoyable. Rares sont les commentaires à la hauteur.

Les deux finalistes ont réunis moins de suffrages que l'abstention et le vote blanc, lors de ce second tour d'une législative pourtant ultra-médiatisée.
  • Abstention: 35.743, soit 47,53% des inscrits
  • Votes blancs ou nuls: 5.624, soit 7,47% des inscrits
  • Etienne Bousquet-Cassagne (FN): 15.647, soit 20,81% des inscrits
  • Jean-Louis Costes (UMP): 18.193, soit 24,19% des inscrits
On sent l'affolement chez certains. Les hiérarques UMPistes sont déboussolés que ce micro-21 avril n'ait pas débouché sur un score nord-coréen en faveur de leur champion local. Et non, les électeurs ont boudé, et largement. Sans risque, on peut penser que lorsque plus d'une moitié de l'électorat ne vote pas pour les finalistes du second tour, les conjectures sur qui a voté pour qui sont inopérantes ou crétines.

Car l'élection fut juste, quelques centaines de voix qui, abstention aidant, donna un joyeux 54/46.
"C'est une défaite électorale mais une grande victoire politique" Gilbert Collard, Front National, 23 juin.
Côté socialiste, le choc est subi. On se dit que gouverner en période de pareille crise explique toutes les défaites. Avec l'UMP, on se chamaille pour savoir si les électeurs de gauche se sont portés sur le FN ou l'UMP au second tour. Un analyste croit comprendre que le rebond du FN ne doit pas grand chose à la gauche.
"On n’a pas de raison de partir affaiblis à une élection. Quand elles sont difficiles, il faut se rassembler" Bruno Le Roux, Parti socialiste, 24 juin.
La gauche se dispute la responsabilité. Force est de constater que l'échec est total: le PS se souvient de ses alliés. Le PC pense aux alliances municipales. Les mélenchonistes préfèrent toujours la confrontation totale.

Le leader du Parti de Gauche a ainsi une formule curieuse: il traduit bien l'esprit ambiant, le constat est juste mais la trajectoire est sans issue. On craint d'en comprendre les conséquences: selon lui, les électeurs sont "sommés de voter, ou socialiste ce qui ne sert strictement à rien, puisque c'est leur politique qui fournit le terreau du Front national, ou bien pour l'UMP, qui est la copie conforme du Front national".

Le vote utile suppose une envie d'alliance. N'en déplaise aux critiques, le PS l'a toujours eu, avec plus ou moins d'arrogance, certes. L'alliance avec EELV l'an passé en est le dernier exemple. Si un jour le FDG veut espérer passer "devant" le PS, il lui faudra se poser la question du vote utile à son tour: pourquoi serait-il utile de voter pour un rassemblement qui ne tend pas suffisamment la main ?

La guerre des gauches fera un mort, la gauche.





Confondre Barroso avec l'Europe, quelle idée ...

Le ministre du redressement productif a qualifié l'action de José-Manuel Barroso de "carburant du Front national". C'était dimanche 22 juin 2013, c'était facile, mais c'était juste.

Barroso réactive l'europhobie
Le président de la Commission européenne l'a évidemment mal pris. Il est gonflé. Le même homme avait traité la France et ses artistes de réactionnaires voici une semaine à peine. Croit-il que l'affaire passerait comme une lettre dans une Poste libérale ? Comment ose-t-il confondre son attitude politique, sa désastreuse action, son bilan détestable avec la construction européenne ?

Il a des propos violents, encore une fois: "Quand il s'agit de réformes économiques, d'ouverture, de mondialisation, de l'Europe et de ses institutions, certains souverainistes de gauche ont exactement le même discours que l'extrême droite". Traiter Arnaud Montebourg de "souverainiste de gauche" a quelque chose de croustillant. Assimiler une fraction de la gauche à l'extrême droite est indigne.

Qui confond Barroso avec l'Europe ? Montebourg était précis, ce dimanche: «"Monsieur Barroso est le carburant du Front national, voilà la vérité ! Il est le carburant de Beppe Grillo. (...) toute cette classe dirigeante européenne, qui ne voit pas que l’Union européenne est la seule région du monde qui a organisé en quelque sorte sa propre récession, alors que partout dans le monde c’est la croissance! "  Notre ministre fait la une du Financial Times. Il n'est pas seul à fustiger l'autre Barroso, il y avait aussi Cécile Duflot ou Alain Juppé.

Merkel invente le SMIC
En Allemagne, madame Merkel se bat pour sa réélection. Elle fait des cadeaux, beaucoup de cadeaux. C'est Noël en plein été dans le beau pays de l'austérité pour tous: hausse des allocations familiales, complément de retraite pour des  mères de famille, création d’un salaire minimum de branche, plafonnement des loyers... Fichtre ! N'en jetez plus !

Coût: 28 milliards d'euros... un quart de la dette grecque...  "Le contraste entre la potion amère qu’Angela Merkel propose à ses voisins en crise et les promesses de son parti est saisissant, même si l’Allemagne, qui vise un budget à l’équilibre en 2014, peut sans doute se le permettre" notent les Echos.


La Grèce se remanie pour rien
La fermeture précipitée et illégale de la télévision publique a affaibli encore davantage la coalition gouvernementale. L'un des deux partis dits de gauche, le plus petit, Dimar ("Gauche démocratique") est parti.

Le micro-remaniement a renforcé... le PASOK, un parti qui espère encore être considéré comme socialiste. Son patron, Evangélos Vénizélos, devient ministre des affaires étrangères et vice-président du gouvernement. Sur le fond, donc, rien ne change.

Il valait mieux lire cette tribune de James K. Galbraith and Yanis Varoufakis, publiée le 23 juin par le New York Times: "seule Syriza peut sauver la Grèce". Et de préciser:
"En fait, maintenant, Syriza est le meilleur espoir de l'Europe. Les Grecs ne veulent ni quitter l'euro ni voir l'euro-zone se désaggréger, une éventualité  qui risque de faire chuter l'Union européenne. Ils savent aussi que l'approche européenne de la crise, qui inclut une grave austérité et des prêts larges, a échoué misérablement."
A bon entendeur...





Pour Barroso, "certains souverainistes de... par lemondefr



24 juin 2013

Qatar: mais que va faire Hollande dans cette galère ?



L'Etat est un petit émirat islamiste richissime qui investi à tour de bras dans nos économies occidentales pour prévenir le jour où ses ressources pétrolières et gazières seront épuisées. En Sarkofrance, l'ancien monarque avait encouragé nombre de ses investissements. Cette fois-ci, François Hollande lui rend visite.

A quoi bon ?

Hollande comme Sarkozy
Le président français est resté 22 heures sur place. Tout ressemble, dans ce déplacement, aux anciennes pratiques. Tout, sauf peut-être l'essentiel, la réalité des relations économiques.

Sarkozy voyageait beaucoup mais s'activait surtout sur notre territoire national pour favoriser l'implantation qatari. Il a oeuvré pour que son fond souverain rachète le PSG. Il a soutenu la candidature qatari pour l'organisation de la Coupe du monde de football de 2022, espérant ainsi quelques contrats pour nos entreprises nationales. En 2008, il a fait exonéré d'impôts les plus-values immobilières et mobilières des fonds souverains qatari en France. Sa ministre des finances Christine Lagarde a travaillé pour attirer les placements islamiques, notamment qatari.

Au final, le quinquennat sarkozyste a apporté 12 milliards d'euros d'investissements du Qatar, en particulier dans l'immobilier, l'hôtellerie de prestige et le sport. On évalue à un peu moins de 8 milliards d'euros les participations du Qatar dans les entreprises du CAC40.

Le voyage de François Hollande ressemble à n'importe quel déplacement sarkozyste. On y retrouve les mêmes symboles diplomatiques: un gros mais court déplacement, les 22 et 23 juin, avec une "imposante délégation composée notamment de 46 chefs d'entreprises", et beaucoup de contrats à signer comme ce 1,8 milliard pour la construction d'une ligne du métro à Doha pour Vinci.

Le programme est chargé: inauguration du site Al Waab au lycée franco-qatarien Voltaire, rencontres avec des expatriés, un dîner du couple présidentiel avec l’Emir de l’Etat du Qatar et son épouse au Palais Wajba;  visite du chantier de Qatar Petroleum District, cérémonie officielle d’accueil au Palais Diwan Amiri, entretien avec l’Emir de l’Etat du Qatar et signature d’accords et de contrats commerciaux, visite de musée, conférence de presse et déclaration conjointe à la presse.

Hollande différent de Sarkozy ... ?
Il a eu les mots doux et diplomatiques qui convenaient: nos relations "sont fondées sur trois principes : la confiance, la réciprocité, la transparence". Il y a beaucoup à vendre en France.

Les messages délivrées par ses conseillers à la presse accréditées sont contradictoires. Pour certains, il s'agit de "clarifier les relations" (Libération, 22 juin); pour d'autres, de "dissiper la méfiance que suscite le Qatar" (Reuters, 23 juin). "Le Qatar est un pays ami de la France, c'est peut-être un ami de Nicolas Sarkozy mais c'est surtout un ami de la France" a même confié un conseiller élyséen.

On sait bien combien l'actuel président a hésité. On se souvient comment il a détesté le projet prosélyte d'investissement de 50 millions d'euros dans les banlieues françaises. Le Qatar a d'ailleurs renoncé. On sait combien Sarkozy avait besoin des Qatari pour sa guerre en Libye ou pour payer la rançon des infirmières bulgares. On a appris combien Hollande en voulait aux Qatari de soutenir quelques fiefs terroristes islamistes, et notamment au Mali.

Cette fois-ci, donc, on croit comprendre que Hollande ne veut pas emboiter l'exact pas de Sarkozy sur ce terrain. Mais la différence est mince, dans les mots et l'attitude. Il paraît que les mots, en diplomatie, sont comme des armes.

En matière d'affaires, à la différence de son prédécesseur, Hollande semble vouloir fixer quelques limites: "Nous ne refusons pas les investissements des Qataris en France, mais nous disons qu'il y a des conditions à respecter, des domaines à faire prévaloir, des règles aussi à faire comprendre." Ces limites, on les cherche. Sur place, il explicite: "Les investissements qataris doivent couvrir tous les domaines de la croissance française, l'industrie, les services et aussi l'immobilier, en sachant que c'est sur l'industrie et sur les services que nous voulons donner la priorité". Le propos reste diplomatique. C'est une variante du "J'vous ai vu".

Il n'y a certes plus le volontarisme bienveillant de Sarkofrance, mais il demeure du business à faire.

Attendions-nous que Hollande nationalise le PSG ?

Lire aussi:

10 députés qui font peur aux vieux



La démarche a agité le landernau médiatique quelques heures, presque une journée. Le Nouvel Observateur avait publié ce 19 juin un prétendu appel de 10 député(e)s pour "abolir les privilèges" de nos parlementaires. Fichtre ! La démocratie allait donc si mal ...

améliorer la perception des élus dans l'opinion publique.

1. A en croire les remous et les relais, c'était presque un programme législatif, davantage qu'un cri du coeur. Sur France Inter, on entend vite de mauvaises réactions des élus rapidement qualifiés de "seniors", on évoque la "loi du silence".... Pour un peu, on se coryait dans une enquête sur une quelconque mafia. L'ampleur des rancoeurs exprimées est lunaire. Claude Bartolone, pourtant président de l'Assemblée, a même balancé: "Je commence à en avoir ras le bol de ces députés qui se font une réputation sur le dos des autres !"

2. Il y avait une supercherie, une manipulation, une énième manifestation de la "fabrique à polémiques". Le Parti socialiste s'est d'ailleurs rapidement fendu d'un communiqué de presse pour dénoncer une "tartufferie" médiatique. Car on a cherché, lu et relu. Et rien trouvé. Rien qui ne ressemble à un programme commun et trans-courant. En fait, dix élus avaient été séparément interrogés par l'hebdomadaire de centre-gauche. La supercherie était totale et évidente, mais rares furent les commentateurs médiatiques à s'en émouvoir. Le blog "Dis Quand Même" s'attache à disséquer la manoeuvre. Il était évident que les 10 n'étaient pas d'accord sur l'ensemble des 10 propositions. Imaginez Laurent Wauquiez, député-maire, faire campagne pour le mandat unique prônée par son adversaire socialiste Barbara Romagnan.

3. La démarche pouvait être jugée hypocrite chez certains. Elle le fut d'ailleurs, à en croire la salve de critiques que les "10" ont immédiatement reçues. Laurent Wauquiez joue les prudes, c'en était agaçant. Imaginez vous, le garçon a renoncé à une indemnité ministérielle à laquelle il n'avait plus droit...

4. Sur l'essentiel, pourquoi donc s'indigner ? Dix député(e)s de tous bords ont en fait proposé chacun une mesure. Rappelons-les. Prises ensemble ou séparément, elles oxygéneraient sans doute notre démocratie :
  1. Olivier Faure, député PS de Seine-et-Marne : "Publions les augmentations de patrimoine"
  2. Laurent Wauquiez, député UMP de Haute-Loire : "Supprimons le régime de retraite"
  3. Bruno Le Maire, députe UMP de l'Eure : "Démissionnons de la haute fonction publique
  4. Gérald Darmanin, député UMP du nord : "Encadrons l'achat des permanences
  5. François de Rugy, député EELV de Loire-Atlantique : "Contrôlons les lobbys
  6. Barbara Pompili, députée EELV de la Somme : "Réformons l'assurance-chômage
  7. Jérôme Guedj, député PS de l'Essonne : "Fiscalisons les frais de mandat" 
  8. Razzy Hammadi, député PS de Seine-Saint-Denis : "Clarifions les groupes d'amitié" 
  9. Barbara Romagnan, députée PS du Doubs : "Adoptons le mandat parlementaire unique"  
  10. Karine Berger, députée PS des Hautes-Alpes : "Publions la réserve parlementaire"




22 juin 2013

320ème semaine politique: la chasse aux faussaires est ouverte.



Les faussaires sont parmi nous.  L'un des plus grands est en réserve de la République. Il distille ses confidences sans avouer les tenir.

D'autres sont là, partout, tous les jours. On cherche les sanctions, on désespère parfois.

Cahuzac
Hollande parle dans Capital, dimanche soir. On attend trop de Saint-Louis. L'émission est ratée. Reportages à la sauce neo-lib, président en mode répétition pédagogique, et cet aveu - Cahuzac n'a pas aidé à conserver sa circonscription à gauche.

Ah... 

François Hollande, croyait-on savoir, était au courant des déboires de Jérôme Cahuzac dès le 15 décembre. Le directeur adjoint de cabinet de François Hollande à l'Elysée, Alain Zabulon, s'est exprimé devant la commission d'enquête parlementaire. L'audition était publique. L'homme a confirmé les propos de Michel Gonnelle relayés le 21 décembre dernier par Mediapart. Ce dernier, opposant de Jérôme Cahuzac qui détenait la fameuse bande enregistrée en 2000 qui fut authentifiée à la fin du mois de mars, avait affirmé avoir prévenu l'Elysée. Bref, rien de neuf sous le soleil. Hollande a donc choisi de laisser faire la justice, en l'occurrence les enquêteurs. Alain Zabulon, mercredi 19 juin, a été nommé Coordinateur du Renseignement, un poste crucial.

Agaçante, cette autre nouvelle: le ministre de l'intérieur n'avait pas menti quand il déclarait que la DCRI ne lui avait pas signalé de fraude fiscale de Jérôme Cahuzac en décembre dernier. Nous n'avions pas besoin de cela pour lui trouver quelque reproche. Manuel Valls reçoit les deux victimes voilées car musulmanes d'une agression. Le symbole n'est pas neutre. Mais il n'a rien dit, rien expliqué d'une rafle de sans-papiers organisée voici trois semaines dans le quartier de Barbès à Paris. Signe du sort, son ancienne porte-parole des primaires socialistes en 2011, Zohra Bitan, vient de rejoindre l'UDI de Jean-Louis Borloo. "Je suis allée au bout de mes convictions" explique-t-elle au Point.

Et Valls ? Il s'en fiche sans doute. Il est le ministre le plus populaire du moment.

Prédateurs
L'ancienne République des Riches est exposée, par touche impressionniste. Pour le commun des mortels, l'ampleur de la prédation est fascinante.

En quelques jours et beaucoup de stupéfaction, voici que les nouvelles tombent en cascade au point que Nicolas Sarkozy confie à l'hebdomadaire dirigé par un copain qu'il est persuadé qu'un "cabinet noir" oeuvre contre lui à l'Elysée. L'homme sait de quoi il parle. Il manoeuvrait ainsi, dans le secret, contre ses opposants, furent-ils journalistes.

La publication, illégale mais édifiante, des témoignages des protagonistes de l'affaire Tapie/Crédit Lyonnais nous apprend comment le système Sarkozy s'organisa pour sauver Tapie et lui octroyer quelques centaines de millions d'euros par le biais d'un arbitrage truqué aux détriments du Crédit Lyonnais... et des contribuables français. Car l'escroquerie en bande organisée, soupçonnée par les juges, commence à se dévoiler. L'ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde charge son ancienne patronne. Le Monde dévoile une lettre de dévotion de cette dernière à Nicolas Sarkozy son mentor, un truc incroyable de soumission cynique. La décision de recourir à l'arbitrage privé fut "politique" et "initiée à l'Elysée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant". Entre mi-2007 et fin 2008, il s'est rendu 22 fois à l'Elysée, dont 4 fois pour des têtes à têtes avec Sarkozy lui-même.

L'un des arbitres, Pierre Estoup, était un proche de Tapie. Il lui avait même évité la prison ferme, vingt ans auparavant, dans le procès des comptes de l'OMP, d'après le Monde.

On découvre que Claude Guéant a réussi à s'acheter comptant un appartement dans l'un des quartiers les plus riches de Paris, plus de 700.000 euros alors qu'il était secrétaire général de l'Elysée, en 2008. On ignorait que la fonction publique, son seul employeur, payait aussi bien.

L'ancien interprète du colonel Kadhafi revient sur ses déclarations. Oui, explique-t-il, l'ancien psychopathe libyen avait accepté de verser quelque 20 millions d'euros à la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Le Figaro en fait un large article.

Les temps changent, l'étau se resserre.

Sanctions
Les députés "examinent" la loi sur la transparence et la moralisation de la vie politique. On perd du temps à se demander si les patrimoines de nos élus nationaux doivent être publics ou pas. L'important est qu'ils soient contrôlés. Et justement, l'arsenal fait peur à certains. Le Monde s'inquiète de la dureté des sanctions et de l'ampleur des moyens de répression contre la fraude fiscale (écoutes téléphoniques notamment) qui sont autorisés:  "la fin ne justifie pas les moyens !" Bercy aurait été contacté par plus de 5.000 exilés inquiets.  On espère.

On ergote sur les métiers interdits aux parlementaires. La loi proscrit les activités de conseil et toute nouvelle activité pendant le mandat, c'est déjà cela. Les élus UMP et UDI multiplient les amendements pour y échapper: le sieur Edouard Courtial voudrait ainsi que les citoyens curieux de la richesse de leurs élus soient répertoriés par la préfecture...

Dix députés proposent quelques réformes évidentes sur leur propre statut (transparence, retraites, etc). Ils sont raillés par leurs pairs. 

Triste réflexe.

Un récidiviste violent, militant anti-mariage gay, est condamné à deux mois de prison ferme. Condamnation politique, hurle-t-on dans les rangs d'une frange réac. "Il ne fait pas bon être hostile au mariage homosexuel", ose commenter l'ineffable Jean-Pierre Pernault sur TF1.

Chômage
L'INSEE nous informe que la progression du chômage se poursuivra jusqu'à la fin de l'année. A droite comme à gauche, certains cachent mal leur joie de cet échec programmé. Le G8 se termine. Le patron de la Commission européenne traite la France et ses artistes de réactionnaires car ils ont obtenu de sortir la Culture et Internet du grand marchandage commercial avec les Etats-Unis. Barroso mérite une destitution qui ne vient pas. Même le FMI s'exerce à fustiger la façon dont l'austérité libérale européenne mène l'UE et le monde dans l'impasse.

Hollande réunit les partenaires sociaux pour une seconde conférence sociale. On loue la démarche, on s'agace du résultat. Les fonctionnaires sont "à cran" car leur ministre, Marylise Lebranchu, annonce la veille le gel du point d'indice pour 2014. En gros, à l'exception des progressions de carrières et des primes, les rémunérations seront gelées. Mais un milliard d'euros de plus que prévu dans la trajectoire budgétaire initiale auraient été allouées à la lutte contre le chômage.

Hollande introduit la conférence avec une ode au dialogue. Ayrault la conclue avec peu d'annonces, un plan de formation d'urgence pour 30.000 chômeurs dans les 4 mois qui viennent. Où est le dialogue ? Quelques journalistes croient savoir qu'il est présent. Mais les syndicats ont fustigé l'absence d'annonces.... Le patron de FO dit qu'il s'emmerde. Jamais contents les amis... 

Précarité
Nous attendions un geste sur les chômeurs en fin de droits. Le sujet est même  oublié par... des syndicats trop occupés par les retraites. Pourtant, d'autres réunions sont prévues, quinze jours plus tard. Mais les retraites ont parasité la chose.

Le rapport Moreau, publié le 14 juin dernier, a été épluché, et critiqué. A droite, le MEDEF s'indigne de la recommandation d'un relèvement des cotisations sociales; à gauche, les Economistes atterrés - pour ne citer qu'eux - s'agacent de l'augmentation de la durée de cotisations... une année par décennie... Fichtre ! Quel choc ! La CGT balance déjà l'argument massue: les 20 milliards d'euros utilisés pour le Crédit d'impôt compétitivité auraient dû l'être pour les retraites... On sourit en imaginant la CGT justifier une hausse de la TVA et des économies budgétaires - les deux sources de financement du CICE - pour les retraites. Ce même CICE est partiellement critiqué par l'INSEE: il a bien fait baisser le coût du travail, mais il profite encore peu à l'industrie.

Contre le déficit des retraites, il faut de davantage d'emplois. C'est peut-être le seul consensus du moment

Nous attendions un plus large commentaire de l'échec du RSA, la grande trouvaille sociale de Nicolas Sarkozy. En 2009, nous nous inquiétions de l'ampleur du flicage et des tracas administratifs mis en oeuvre. Le désastre a bien eu lieu: "68 % des personnes qui pourraient y prétendre ne la demandent pas" commente le Monde ce 20 juin.

Diversion
Jean-Luc Mélenchon consacre de longues lignes de son blog, de longues minutes de son temps, pour exposer combien Jérôme Kerviel, ce trader ambitieux qui plomba les comptes de la Société Générale n'était en fait qu'une victime d'un gigantesque système. Ah... quel enjeu, quelle surprise, quelle diversion... Qui donc à gauche, dans l'électorat théorique ou réel, actuel ou futur, du Parti de Gauche pouvait sympathiser avec le sieur Kerviel ou s'illusionner de la Grande Finance ? Pourquoi fallait-il désavouer politiquement des années d'enquête ?

Là est notre lassitude.

Nos leaders politiques piétinent: les hiérarques socialistes ne voient pas, le Lider Maximo du PG gâche la militance qui le soutient; les écologistes sont inaudibles.  Ce dimanche, à Villeneuve-sur-Lot, il faudra voter avec ses pieds, c'est-à-dire s'abstenir de départager un baronnet UMPiste local et un Frontiste immature et terrifiant.

Marine Le Pen va claquer la bise à quelques collaborateurs de l'autocrate Poutine.

L'abstention, voilà le danger qui nous guette. 


Gardez espoir.



Crédit illustration: DoZone Parody

21 juin 2013

Pourquoi il n'y a pas besoin de cabinet noir contre Sarkozy.



Nous l'espérions mais il n'existait pas. La gauche est ainsi faite qu'elle travaille davantage à se disputer et à conquérir le pouvoir qu'à détruire méthodiquement l'adversaire de façon structurée.


Existe-t-il un cabinet noir antisarkozyste ? Non, c'en est devenu inutile.

Sarkozy s'y connait
La formule est empruntée. Elle nous vient de Nicolas Sarkozy, ancien protagoniste de l'affaire Clearstream. Il l'avait employée en 2005 pour désigner les intrigues de son rival de l'époque Dominique de Villepin, flanqué de Philippe Massoni (ex-préfet, ex-conseiller de Chirac pour la sécurité intérieure) et Yves Bertrand,  ex-patron des Renseignements Généraux récemment décédé. Notre confrère blogueur Guy Birenbaum y avait consacré un ouvrage en 2008.

Voici que l'ancien monarque a ressorti la formule à quelques proches. Ulcéré qu'il est par le déroulement de l'affaire Tapie, il est persuadé qu'une troupe d'antisarkozystes manoeuvrent sous les consignes d'un proche de François Hollande, l'actuel ministre de l'agriculture Stéphane Le Foll. Un "cabinet noir" qui "aiderait l'actuel président à manoeuvrer contre lui." Cette petite confidence de la semaine, une de plus comme Sarkozy adore les distiller régulièrement pour qu'on ne l'oublie pas, est rapportée par l'Express de Christophe Barbier, ami proche de Carla Bruni. Le Foll a d'ailleurs répondu, mais à l'hebdomadaire rival le Point: "Comment se poser la question ? J'ai été directeur de cabinet pendant onze ans. Je n'ai aucune vocation pour des cabinets noirs. Je laisse cela aux spécialistes".

Sarkozy sait de quoi il parle. L'ancien monarque fut lui-même accusé, à plusieurs reprises, d'orchestrer un cabinet noir. En 2010, il avait fait espionner des journalistes pour détecter les auteurs de fuites médiatiques dans l'affaire Bettencourt. La même année, les services secrets s'étaient dépêchés d'identifier l'origine de la rumeur d'adultère au sein du couple élyséen.

Les révélations viennent toutes seules
L'affaire Tapie est le feuilleton du moment. Le Figaro et quelques autres tentent de dévier l'attention en relançant l'histoire Cahuzac. C'en est drôle.

Après ses révélations sur l'équipe qui joua un rôle central pour l'arbitrage favorable à Bernard Tapie contre le Crédit Lyonnais, Le Monde en ajoute une nouvelle couche ce 20 juin: Pierre Estoup, cet ex-arbitre mis en examen pour escroquerie en bande organisée, est attaqué sur un nouveau front: il serait intervenu en faveur de Bernard Tapie dans une autre affaire, en 1998, lors du procès des comptes de l'OM.

Ce jeudi, voici qu'une émission de France 2, Complément d'Enquête, livre un détonnant témoignage. Même le Figaro relaye l'information. "Le document est authentique dans sa forme, confirme jeudi après-midi l'ambassadeur Missouri au Figaro, depuis sa résidence de Tripoli. «Il s'agit d'un projet», précise-t-il." L'ancien quotidien de Sarkofrance s'exonère également: en mai 2012, le même témoin lui avait déclaré qu'il ne savait rien. Cette fois-ci, l'ancien interprète du colonel Khadafi est catégorique: "le Guide m'a affirmé avoir versé 20 millions de dollars à Sarkozy." Et il exhibe devant la caméra française un courrier. Mediapart, qui avait livré l'information un jour de campagne présidentielle, exulte à raison. "


Sarkozy a peur. 
Il charge Guéant: "C'est Guéant qui s'est occupé de l'arbitrage" explique-t-il à ses visiteurs, selon le Canard Enchaîné du 19 juin.

Claude Guéant finit par être exemplaire de cette Sarkofrance affairiste. Le 20 juin, le site de Paris Match lâche une bombinette: l'ancien secrétaire général de l'Elysée, en 2008, a acheté un appartement parisien pour 717.500 euros... au comptant. Quelle réserve ! Paris Match est surpris: "D’où vient l’argent qui lui permet de s’installer enfin dans ses meubles, après trente ans à sillonner la France dans des logements de fonction ?" Cet ancien préfet avait décidément les poches pleines... Il trouve son appartement dans l'un des quartiers les plus chics de la capitale. Quel sens populaire !

Se plaindre ainsi n'est pas très digne. L'ancien maire de Neuilly, ex-Président des Riches ressort une vieille tactique ultra-sarkozyste, passer pour une victime des élites. Dans la même veine, le magazine Valeurs Actuelles, fidèle soutien de l'ancien régime et sarko-nostalgique, a lancé un un Observatoire de la droitophobie. C'est aussi son dossier de la semaine. On rigole, on s'amuse. On pourrait presque s'apitoyer. Politiquement, ces couinements font mauvais genre. La droite décomplexée devient pleureuse. 

Sarkozy a peur de comprendre. Ses pires ennemis ne sont pas qu'à gauche. Que le Figaro titre sur ses déboires en Libye, Paris Match sur son proche Guéant, et le Point sur l'affaire d'Etat que constitue le scandale Tapie finit par inquiéter. Il est assez probable que François Hollande se fiche pas mal de savoir si Sarkozy a des ennuis judiciaires. 2017, c'est loin. Et Hollande est encore convaincu qu'il va redresser la barre, le pays, et sa cote avec. Pour preuve, sa politique si critiquée à gauche de sa gauche reste inchangée.

Pour l'heure, les véritables ennemis de l'ancien monarque sont les rivaux de son propre camp. Fillon, Copé, Le Maire ou NKM, autant d'individus qui n'ont pas trop de quatre années à peine pour se créer une image, une légitimité, des forces dans la conquête du pouvoir suprême; autant d'individus qui ne veulent pas d'un retour de Sarkozy.

A bon entendeur...








20 juin 2013

Retraites: ce rapport Moreau qui les énerve tous

Il fut commenté avant d'être publié. Il fut assimilé à la future réforme des retraites. Il est enfin disponible et les critiques contradictoires sont nombreuses. Le rapport Moreau, qui assemble plusieurs recommandations pour réformer nos régimes de retraite a fini par attirer des critiques somme toute contradictoires.

De toutes les critiques, il y en a une existentielle: faut-il travailler plus longtemps si l'on vit plus longtemps. 'Quand on vit plus longtemps, on peut travailler plus longtemps !' C’est ce que vient, malheureusement de déclarer notre ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine. Cette phrase est inexacte. On peut mais on ne doit pas !"

C'est un choix de société, ou qui ne se poserait pas avec la même acuité si la pénibilité était réellement prise en compte dans nos régimes actuels. On vit plus longtemps,  certes. Mais on ne vit pas en bonne santé plus longtemps. 

 A droite et sans surprise, on râle. Le 18 juin, triste symbole, Laurence Parisot lance sa charge, l'une des dernières avant qu'elle le lâche les reines du MEDEF. Elle est en colère. On lui a préparé les éléments de langage qui vont bien. Le rapport est qualifié d'inacceptable, inenvisageable, irresponsable. "A court terme, les leviers d'action envisagés sont une fois de plus des pistes fiscales, de hausse des cotisations des employeurs et des salariés. (...) C'est faire comme si personne n'avait entendu parler de la chute de la compétitivité des entreprises françaises, du décrochage de l'économie et de la régression du pouvoir d'achat des salariés." Elle est en fureur. "La piste de l'âge et celle de la durée de cotisation sont considérées marginalement"

Plus grave, plus sérieux, plus légitime, le collectif des Economistes atterrés s'inquiète de la "mollesse" des propositions. Il dénonce même la démarche: pourquoi donc vouloir équilibrer les comptes publics en période de récession ? La crise, et surtout elle, serait responsable de nos tracas: le déficit "provient essentiellement de la profondeur de la récession". Pourquoi donc, sommes-nous tentés de répondre, a-t-il fallu quatre réformes (de droite) depuis 20 ans pour remédier à la chose ?

L'un de leurs chefs de file détaille son atterrement. Il exècre la désindexation des pensions suggérée par les auteurs du rapport - de façon exceptionnelle. Jean-Marie Harribey ne comprend pas non plus pourquoi il faudrait tenter de rapprocher les régimes publics et privés. Après tout, le rapport Moreau conclut (1) que "le taux de remplacement médian est proche pour la génération 1942 entre les salariés du privé (74,5%) et les salariés civils du secteur public (75,2%)"; (2) que les salariés du privé, s'ils liquident en moyenne plus tardivement leur retraite (61,3 ans contre 57,5 an dans le publics), ont en fait "cessé de travailler quasiment au même âge (à 58,8 ans contre 58,2 ans)."

En d'autres termes, pourquoi nous embête-t-on avec ces fichues inégalités entre fonctionnaires et salariés du privé ? C'est bien là l'une des heureuses (et fausses) trouvailles du récent débat: on comprend peu à peu que les métiers de la Fonction Publique sont structurellement différents de ceux du privé: policiers, militaires, enseignants, professions qualifiées, etc. Justement, là est la vraie critique fondamentale qu'il faut apporter à ce rapport, que cet Economiste Atterré ne porte pas: il fallait une remise à plat générale, considérer les métiers en fonction de leur pénibilité, de leurs rémunérations, et en déduire - qu'importent les statuts - un système lisible et pérenne.

Pour éviter de toucher les seuils d'âge de départ à la retraite (minimal ou à taux plein), les auteurs du rapport préfèrent l'augmentation de la durée de cotisation: de 41,5 ans actuellement à 44 ans en 2050. L'Economiste n'apprécie pas. Il argumente, allonger cette durée est vain à cause du chômage. Reprenons le point: deux années et demi supplémentaires de cotisations d'ici ... 37 ans, est-ce donc si dramatique ?

alignement des taux de la CSG des retraités (6,6%) sur celui des actifs (7,5%) ; suppression progressive de l’abattement fiscal de 10% pour frais professionnels ; et fiscalisation des majorations de pension pour trois enfants et au-delà de trois. Une logique "libérale", assure-t-il, qui pénalise les petits aux détriments des gros. Pour le coup, l'argument tient difficilement la route.

Il fallait lire l'analyse presque objective conduite par





Qu'il s'agit d'un choix économique qu'il faut assumer; dix à vingt milliards de déficit annuel, c'est autant de trop dans une dette qui s'aggrave.