15 juin 2013

319ème semaine politique: après la mire, le black-out ?



Nous sommes ulcérés. En France, c'est la course aux procès d'intention en tous genres. Soit.
On fait mine de découvrir l'ampleur d'une escroquerie sarkozyenne. Bon.
Ailleurs, d'un coup, un soir en Europe, cinq chaînes de télévision et davantage de radios sont éteintes. Elles sont publiques, et grecques. C'est un vase qu'on renverse. Jusqu'où l'Europe d'en haut fera-t-elle la guerre à celle d'en bas ?

"Eteindre la télé"
Bien sûr, quelques-uns des cris d'orfraie qui suivent cette interruption volontaire de médias publics sont hypocrites. Les médiacrates hurlent parce que c'est de la télévision. On a vu moins de colère des mêmes quand d'autres services publics étaient mis à pied. Bref, passons.

Le choc est violent puisque la brutalité est visible. C'est une goutte d'eau, mais elle peut faire déborder le vase.

On accuse la Troïka, ce machin constituée de la Banque Centrale Européenne, du Fond Monétaire International et de la Commission européenne. Ces derniers se défendent.  C'est une "malheureuse" initiative de la composante conservatrice du gouvernement grec. De vrais malades qui rejoignent dans l'infamie d'autres serviles. Il paraît qu'Antonin Samaras misait sur "la mauvaise image de ERT dans l'opinion", c'en est presque répugnant. Le gars tablait sur un effet de meute, sacrifier les impopulaires... Quelle classe ! Quel courage !

"FMI: ordre de tuer"
C'est un titre court d'un article de la presse portugaise. Les plans du FMI sont désastreux, 4,4 milliards d’euros d’économies en deux ans pour ce petit pays que le FMI exige de faire voter en urgence dans l'été, sans attendre l'habituel vote budgétaire.

Le même FMI lâche Barroso. Il a orchestré quelques fuites d'un rapport interne, la semaine passée. Il explique que l'Europe et sa Commission ont réagi trop tard et trop brutalement contre les dérapages grecs. 

Le FMI est pris entre deux feux. L'Allemand Klaus Regling, directeur du Mécanisme Européen de stabilité, n'a pas de mots assez durs, mais pour des raisons inverses. Il fustige, le 13 juin, les récentes hésitations de l'organisme sur la course à l'austérité: "Le FMI se moque du pacte de stabilité et de croissance et se veut héraut de la croissance."

Allez comprendre...

Hollande, le train et les retraites
La cote de François Hollande remonte encore. Ce n'est pas le plébiscite, mais il s'éloigne du fond de la piscine sondagière. La Commission a livré ses consignes. Elle n'a rien compris, et outrepasse ses droits. De France, elle attend des coupes immédiates, et davantage de libéralisation. Jeudi, des cheminots et quelques autres font une grève massive pour une réforme qui n'a pas eu lieu - le rapprochement de Réseaux Ferrés de France avec la SNCF. La veille, les contrôleurs aériens s'indignent d'une autre directive, européenne celle-là, que la France n'a pas l'intention d'appliquer. On marche sur la tête.

La Commission de Barroso a d'autres idées. Une réforme des retraites lui paraît urgente, et elle suggère des mesures tous azimuts. De quoi se mêle-t-elle ?

Le sujet épineux des retraites s'invite tout seul dans le débat. Nul besoin de Barroso, on connaît les déficits laissés par l'ancien monarque. Nous en avons pour des mois, mais certains préfèrent se faire peur avec un peu d'avance. Tous les procès d'intention sont alignés les uns après les autres contre Hollande, Ayrault et toute l'équipe socialiste avant même la moindre annonce. On joue à se faire peur.  C'est la mode du moment.

En 2010, le débat n'a pas eu lieu, intoxiqué par la sale propagande de Sarkofrance. Cette fois-ci, pourrions-nous prendre le temps de comprendre ? Par exemple, relever les différences de métiers, de formations, de risques qui existent entre fonction publique et secteur privé. Par exemple, insister sur le drame inégalitaire qui frappe les femmes contre les hommes (moins de 1000 euros par mois pour les femmes, environ 1.400 euros pour les hommes). Par exemple, ne plus assimiler la pénibilité et le handicap. Par exemple rappeler qu'allonger la durée de cotisations est une gageure quand les cotisations, à cause du chômage durable, restent insuffisantes, et les décotes innombrables.

Les retraites manquent de financement. Les seniors ne travailleront pas plus longtemps, ils pointeront plus longtemps au chômage.

Vendredi, un rapport de recommandations est remis au premier ministre. Il faut le lire: allonger la durée de cotisations, réintégrer les primes dans le calcul des retraites publiques; comptabiliser la pénibilité, les pistes sont nombreuses. Ayrault prévient: tout le monde paiera mais les efforts "ne seront pas écrasants".

On voudrait qu'ils soient justes.

Culture, le lobby et la défense
Pourquoi la Culture serait-elle la seule exemptée des travers du libre-échange ? Parce qu'elle demeure plus identitaire que tout le reste. Mais il n'empêche... La gigantesque négociation commerciale qui débute inquiète. Mélenchon se croit utile en proclamant qu'Hollande n'a aucun mandat pour engager la France. L'homme devrait réviser ses textes, travailler la matière. Ces "rounds" sont mondiaux. On peut décider de ne pas y participer. Mais cela n'empêchera pas de tout perdre. Le président est élu pour représenter la France et défendre ses intérêts.

Vendredi, la ministre Nicole Bricq gagne une manche. Treize heures de palabres pour faire flancher ses collègues européens. La France menaçait de son veto si la Culture n'était pas exemptée de cette négociation. Mais ce n'est pas fini. Le TTIP - "transatlantic trade and investment partnership" - débute, la Commission a un mandat de négociation. Cela prendra des mois, peut-être des années.

Il faut rester vigilant.


Si certains, à gauche ou ailleurs, avaient de réelles velléités de changement, ils batailleraient pour la réforme complète et en profondeur des Conseils d'Etat et Constitutionnel. Le premier retoque une fraction de la réforme de la protection des sources voulue par Christiane Taubira au motif de la défense de l'ordre public. Le second pourrait refuser qu'on interdise certaines professions aux parlementaires au nom de la liberté d'entreprendre, l'une des dispositions défendue par le gouvernement dans sa loi sur la moralisation de la vie politique.


Sarkozy, heureusement ulcéré.
Guaino est un gros naïf. Ou il nous prend pour des cons. Osons les mots que son ancien patron affectionne. L'ancien conseiller spécial n'a rien vu, rien entendu, rien compris de l'affaire Tapie: "Je n'arrive pas à me faire à l'idée que j'aurais pu travailler avec des escrocs organisés en bande."

Nicolas Sarkozy stresse et s'inquiète. Il stresse vu qu'il s'agite. Il s'inquiète de son retour en 2017. Il a encore confié que l'emballement de l'affaire Tapie/Sarkozy l'ulcérait. Après l'un des trois arbitres choisis par le gouvernement, voici que l'ancien directeur de cabinet de son ancienne ministre Lagarde puis le président du CDR (qui gère les actifs toxiques du Crédit Lyonnais) sont mis en examen pour escroquerie en bande organisée. On apprend qu'il a rencontré Tapie à l'Elysée le 30 juillet 2007, le jour même d'une autre réunion décidant du recours à l'arbitrage.

Jean-Pierre Aubert, ancien patron du CDR, témoigne que Sarkozy, alors ministre de l'Economie, et ses conseillers Claude Guéant et François Pérol, ont fait "pression" sur lui dès l'été 2004 pour "accepter une solution transactionnelle" avec Bernard Tapie, ce qu'il avait refusé. Il sera viré en 2006.

La justice se rapproche du chef de bande.

Claude Guéant, autre grand vizir de Sarkofrance, accumule les scandales comme d'autres les emmerdes. L'enquête interne du ministère de l'intérieur révèle qu'il s'est gardé 10.000 euros de frais de police en espèce, chaque mois pendant "deux à trois ans" quand il était directeur de cabinet de Sarkozy. On hallucine. Voici près de 250.000 euros d'argent public détourné... Manuel Valls a transmis le dossier à un procureur.

Le Point publie un édifiant email qu'il a adressé à un oligarque russe quand il était à l'Elysée. Il demandait à son interlocuteur de faire affaire avec son gendre. C'est un naufrage.

Sarkozy est ulcéré. Pour un peu, il nous jurerait qu'il ne connaît pas Guéant, comme si Joe Dalton niait connaître Averell.

Nous aussi, nous sommes ulcérés, gravement ulcérés.





Crédit illustration: DoZone Parody

7 commentaires:

  1. "Jean-Pierre Aubert, ancien patron du CDR, témoigne que Sarkozy, alors ministre de l'Economie, et ses conseillers Claude Guéant et François Pérol, ont fait "pression" sur lui dès l'été 2004 pour "accepter une solution transactionnelle" avec Bernard Tapie, ce qu'il avait refusé. Il sera viré en 2006."

    Ce n'est en rien un élément nouveau. Voir cet extrait d el'ouvrage de Laurent Mauduit, "Sous le Tapie", paru en 2008 [ à partir de "troisième rebondissement"] .

    ==> http://books.google.fr/books?id=4-0wO11rGZYC&pg=PT41&dq=troisieme+rebondissement

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    1. je sais, mais il l'a rappelé cette semaine à l'AFP.

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    2. Certes. Mais gageons que sur la foi de cette info et de la façon dont elle a été présentée, comme un témoignage inédit, une nouvelle pièce au dossier, plus d'un aura été abusé par la formulation retenue .... Là encore les faits et la qualité du débat requièrent un souci de précision auquel je vous sais attaché !

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  2. "Le programme d'aide" de Klaus Regling, grand gourou du MES, consisterait à rembourser les créanciers du pays. Est-ce que j'ai bien compris le mot "aide" ou s'agit-il d'un soutien financier à ces pauvres Grecs qui chantèrent tout l'été (d'après l'UE) et se trouvèrent fort démunis au moment où l'UE décida que la fête était finie ?

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  3. "Le Président est élu pour défendre les intérêts de notre pays". Encore une grosse blague ! On ne peut pas faire autrement suaf pour l'exception culturelle. A mourir de rire !

    Comme le dit un député européen : "comment les dirigeants européens peuvent-ils accepter que soient négociés les services publics, les OGM, le bœuf aux hormones, la volaille chlorée, l’agriculture et les indications géographiques, la protection des données privées et la propriété intellectuelle, les marchés publics, les normes environnementales et sanitaires, les droits sociaux sans que les citoyens aient la possibilité d’accéder au mandat et autres documents de négociation ?".
    "Comment les dirigeants européens peuvent-ils accepter que se négocie un renforcement sans précédent des pouvoirs des firmes qui leur permettra de contester toute décision de politique publique ?". Oui, comment ?

    L'Histoire n'a donc rien appris à nos dirigeants sur les effets des politiques faites de lâchetés, d'abandons et de mépris des "élites".

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