22 juin 2013

320ème semaine politique: la chasse aux faussaires est ouverte.



Les faussaires sont parmi nous.  L'un des plus grands est en réserve de la République. Il distille ses confidences sans avouer les tenir.

D'autres sont là, partout, tous les jours. On cherche les sanctions, on désespère parfois.

Cahuzac
Hollande parle dans Capital, dimanche soir. On attend trop de Saint-Louis. L'émission est ratée. Reportages à la sauce neo-lib, président en mode répétition pédagogique, et cet aveu - Cahuzac n'a pas aidé à conserver sa circonscription à gauche.

Ah... 

François Hollande, croyait-on savoir, était au courant des déboires de Jérôme Cahuzac dès le 15 décembre. Le directeur adjoint de cabinet de François Hollande à l'Elysée, Alain Zabulon, s'est exprimé devant la commission d'enquête parlementaire. L'audition était publique. L'homme a confirmé les propos de Michel Gonnelle relayés le 21 décembre dernier par Mediapart. Ce dernier, opposant de Jérôme Cahuzac qui détenait la fameuse bande enregistrée en 2000 qui fut authentifiée à la fin du mois de mars, avait affirmé avoir prévenu l'Elysée. Bref, rien de neuf sous le soleil. Hollande a donc choisi de laisser faire la justice, en l'occurrence les enquêteurs. Alain Zabulon, mercredi 19 juin, a été nommé Coordinateur du Renseignement, un poste crucial.

Agaçante, cette autre nouvelle: le ministre de l'intérieur n'avait pas menti quand il déclarait que la DCRI ne lui avait pas signalé de fraude fiscale de Jérôme Cahuzac en décembre dernier. Nous n'avions pas besoin de cela pour lui trouver quelque reproche. Manuel Valls reçoit les deux victimes voilées car musulmanes d'une agression. Le symbole n'est pas neutre. Mais il n'a rien dit, rien expliqué d'une rafle de sans-papiers organisée voici trois semaines dans le quartier de Barbès à Paris. Signe du sort, son ancienne porte-parole des primaires socialistes en 2011, Zohra Bitan, vient de rejoindre l'UDI de Jean-Louis Borloo. "Je suis allée au bout de mes convictions" explique-t-elle au Point.

Et Valls ? Il s'en fiche sans doute. Il est le ministre le plus populaire du moment.

Prédateurs
L'ancienne République des Riches est exposée, par touche impressionniste. Pour le commun des mortels, l'ampleur de la prédation est fascinante.

En quelques jours et beaucoup de stupéfaction, voici que les nouvelles tombent en cascade au point que Nicolas Sarkozy confie à l'hebdomadaire dirigé par un copain qu'il est persuadé qu'un "cabinet noir" oeuvre contre lui à l'Elysée. L'homme sait de quoi il parle. Il manoeuvrait ainsi, dans le secret, contre ses opposants, furent-ils journalistes.

La publication, illégale mais édifiante, des témoignages des protagonistes de l'affaire Tapie/Crédit Lyonnais nous apprend comment le système Sarkozy s'organisa pour sauver Tapie et lui octroyer quelques centaines de millions d'euros par le biais d'un arbitrage truqué aux détriments du Crédit Lyonnais... et des contribuables français. Car l'escroquerie en bande organisée, soupçonnée par les juges, commence à se dévoiler. L'ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde charge son ancienne patronne. Le Monde dévoile une lettre de dévotion de cette dernière à Nicolas Sarkozy son mentor, un truc incroyable de soumission cynique. La décision de recourir à l'arbitrage privé fut "politique" et "initiée à l'Elysée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant". Entre mi-2007 et fin 2008, il s'est rendu 22 fois à l'Elysée, dont 4 fois pour des têtes à têtes avec Sarkozy lui-même.

L'un des arbitres, Pierre Estoup, était un proche de Tapie. Il lui avait même évité la prison ferme, vingt ans auparavant, dans le procès des comptes de l'OMP, d'après le Monde.

On découvre que Claude Guéant a réussi à s'acheter comptant un appartement dans l'un des quartiers les plus riches de Paris, plus de 700.000 euros alors qu'il était secrétaire général de l'Elysée, en 2008. On ignorait que la fonction publique, son seul employeur, payait aussi bien.

L'ancien interprète du colonel Kadhafi revient sur ses déclarations. Oui, explique-t-il, l'ancien psychopathe libyen avait accepté de verser quelque 20 millions d'euros à la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Le Figaro en fait un large article.

Les temps changent, l'étau se resserre.

Sanctions
Les députés "examinent" la loi sur la transparence et la moralisation de la vie politique. On perd du temps à se demander si les patrimoines de nos élus nationaux doivent être publics ou pas. L'important est qu'ils soient contrôlés. Et justement, l'arsenal fait peur à certains. Le Monde s'inquiète de la dureté des sanctions et de l'ampleur des moyens de répression contre la fraude fiscale (écoutes téléphoniques notamment) qui sont autorisés:  "la fin ne justifie pas les moyens !" Bercy aurait été contacté par plus de 5.000 exilés inquiets.  On espère.

On ergote sur les métiers interdits aux parlementaires. La loi proscrit les activités de conseil et toute nouvelle activité pendant le mandat, c'est déjà cela. Les élus UMP et UDI multiplient les amendements pour y échapper: le sieur Edouard Courtial voudrait ainsi que les citoyens curieux de la richesse de leurs élus soient répertoriés par la préfecture...

Dix députés proposent quelques réformes évidentes sur leur propre statut (transparence, retraites, etc). Ils sont raillés par leurs pairs. 

Triste réflexe.

Un récidiviste violent, militant anti-mariage gay, est condamné à deux mois de prison ferme. Condamnation politique, hurle-t-on dans les rangs d'une frange réac. "Il ne fait pas bon être hostile au mariage homosexuel", ose commenter l'ineffable Jean-Pierre Pernault sur TF1.

Chômage
L'INSEE nous informe que la progression du chômage se poursuivra jusqu'à la fin de l'année. A droite comme à gauche, certains cachent mal leur joie de cet échec programmé. Le G8 se termine. Le patron de la Commission européenne traite la France et ses artistes de réactionnaires car ils ont obtenu de sortir la Culture et Internet du grand marchandage commercial avec les Etats-Unis. Barroso mérite une destitution qui ne vient pas. Même le FMI s'exerce à fustiger la façon dont l'austérité libérale européenne mène l'UE et le monde dans l'impasse.

Hollande réunit les partenaires sociaux pour une seconde conférence sociale. On loue la démarche, on s'agace du résultat. Les fonctionnaires sont "à cran" car leur ministre, Marylise Lebranchu, annonce la veille le gel du point d'indice pour 2014. En gros, à l'exception des progressions de carrières et des primes, les rémunérations seront gelées. Mais un milliard d'euros de plus que prévu dans la trajectoire budgétaire initiale auraient été allouées à la lutte contre le chômage.

Hollande introduit la conférence avec une ode au dialogue. Ayrault la conclue avec peu d'annonces, un plan de formation d'urgence pour 30.000 chômeurs dans les 4 mois qui viennent. Où est le dialogue ? Quelques journalistes croient savoir qu'il est présent. Mais les syndicats ont fustigé l'absence d'annonces.... Le patron de FO dit qu'il s'emmerde. Jamais contents les amis... 

Précarité
Nous attendions un geste sur les chômeurs en fin de droits. Le sujet est même  oublié par... des syndicats trop occupés par les retraites. Pourtant, d'autres réunions sont prévues, quinze jours plus tard. Mais les retraites ont parasité la chose.

Le rapport Moreau, publié le 14 juin dernier, a été épluché, et critiqué. A droite, le MEDEF s'indigne de la recommandation d'un relèvement des cotisations sociales; à gauche, les Economistes atterrés - pour ne citer qu'eux - s'agacent de l'augmentation de la durée de cotisations... une année par décennie... Fichtre ! Quel choc ! La CGT balance déjà l'argument massue: les 20 milliards d'euros utilisés pour le Crédit d'impôt compétitivité auraient dû l'être pour les retraites... On sourit en imaginant la CGT justifier une hausse de la TVA et des économies budgétaires - les deux sources de financement du CICE - pour les retraites. Ce même CICE est partiellement critiqué par l'INSEE: il a bien fait baisser le coût du travail, mais il profite encore peu à l'industrie.

Contre le déficit des retraites, il faut de davantage d'emplois. C'est peut-être le seul consensus du moment

Nous attendions un plus large commentaire de l'échec du RSA, la grande trouvaille sociale de Nicolas Sarkozy. En 2009, nous nous inquiétions de l'ampleur du flicage et des tracas administratifs mis en oeuvre. Le désastre a bien eu lieu: "68 % des personnes qui pourraient y prétendre ne la demandent pas" commente le Monde ce 20 juin.

Diversion
Jean-Luc Mélenchon consacre de longues lignes de son blog, de longues minutes de son temps, pour exposer combien Jérôme Kerviel, ce trader ambitieux qui plomba les comptes de la Société Générale n'était en fait qu'une victime d'un gigantesque système. Ah... quel enjeu, quelle surprise, quelle diversion... Qui donc à gauche, dans l'électorat théorique ou réel, actuel ou futur, du Parti de Gauche pouvait sympathiser avec le sieur Kerviel ou s'illusionner de la Grande Finance ? Pourquoi fallait-il désavouer politiquement des années d'enquête ?

Là est notre lassitude.

Nos leaders politiques piétinent: les hiérarques socialistes ne voient pas, le Lider Maximo du PG gâche la militance qui le soutient; les écologistes sont inaudibles.  Ce dimanche, à Villeneuve-sur-Lot, il faudra voter avec ses pieds, c'est-à-dire s'abstenir de départager un baronnet UMPiste local et un Frontiste immature et terrifiant.

Marine Le Pen va claquer la bise à quelques collaborateurs de l'autocrate Poutine.

L'abstention, voilà le danger qui nous guette. 


Gardez espoir.



Crédit illustration: DoZone Parody

10 commentaires:

  1. très bon résumé mais tu as oublié de citer, tellement l'actu est dense, l'excellent projet de Duflot sur l'immobilier. Je me permets de rajouter l'article que je lui ai consacré:
    MOTS

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  2. Génial !!!
    http://www.lacksokning.com/

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  3. Interview de l'historien britannique Perry Anderson très intéressante sur les jumeaux Sarkozy et Hollande dans marianne.net : "les différences entre les gouvernements de Sarkozy et de Hollande sont porteurs du projet néolibéral et tous deux ont eu besoin d'un supplément idéologique afin de faire avaler à leurs électeurs les recettes arides de l'orthodoxie économique et de leur faire oublier la détresse matérielle de leur condition".
    Plus grave et consternant : "le centre gauche (Hollande) sera probablement un vecteur plus radical du programme néolibéral que le centre droit 'Sarkozy)".
    Et la conclusion est claire et on ne peut plus lucide :"assurément, la grandeur est encore présente en France, mais, sans un soulèvement, c'est une misère croissante qui l'attend".
    Hormis l'expression "centre gauche", mais l'historien est de culture britannique, il n'y a rien à ajouter, ni à retirer à ce qu'il dit. Le déshonneur de la gauche, la régression sociale, le mensonge et la duplicité au pouvoir.
    Ah si ! les socialos qui appellent à voter pour l'UMP à Villeneuve sur Lot. UMPS, vous avez dit UMPS ?

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  4. les Economistes atterrés - pour ne citer qu'eux - s'agacent de l'augmentation de la durée de cotisations... une année par décennie... Fichtre ! Quel choc !
    Faux puisque la génération 1962 devrait cotiser 43 ans et celle de 1966, 44 ans d'après le rapport Moreau.

    Ensuite un salarié né en 1962 qui a commencé à cotiser à 23 ans en 1985, lorsque la durée de cotisation était de 37,5 ans aura vu cette durée de cotisation augmenter de 6,5 ans à ce stade car il n'est pas certain que certain qu'on en reste là, soit un allongement de plus de 2 mois chaque année depuis 1985.

    Avec les conséquences financières des réformes déjà passées et à venir, donc travailler plus pour une retraite moindre.

    Le redressement est nécessaire mais qu'on ne raconte pas qu'il est facile à accepter.

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    1. Précisons que celui qui "raconte que le redressement est facile à accepter" est militant socialiste.
      Un individu ordinaire, même simple spectateur, ne pourrait faire l'apologie d'Hollande, ni promouvoir sa politique sauf à être sourd et aveugle ou à être parti sur Mars depuis son discours du Bourget. ^
      Il y a quand même des limites à la bêtise et au masochisme.

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  5. Samedi 22 juin 2013 :

    Face aux affaires, Nicolas Sarkozy se pose en victime.

    Les affaires peuvent-elles empêcher Nicolas Sarkozy d'effectuer un retour en politique ? Le sujet reste le principal motif d'inquiétude des sarkozystes. "L'environnement n'est pas positif car c'est vrai qu'il est la cible de plusieurs flèches", soupire un proche. "Il peut se retrouver dans une situation compliquée...", craint un autre.

    De l'affaire Bettencourt à celle de Karachi, en passant par l'arbitrage en faveur de Bernard Tapie, le nom de l'ex-président est mêlé de près ou de loin à cinq dossiers judiciaires.

    [Financement de la campagne présidentielle de 2007 par Kadhafi, affaire des sondages de l'Elysée, affaire des primes de 10 000 euros par mois touchés par Claude Guéant en liquide, etc, etc]

    M. Sarkozy ne décolère pas d'être la cible d'autant d'enquêtes. "Nicolas est ulcéré par l'entreprise de déstabilisation dont il est l'objet et par la dérive des magistrats", témoigne son amie Isabelle Balkany. D'autant qu'il ne veut pas répondre pour ne pas briser son silence sur ce type de sujets...

    "Il en a ras la casquette", souffle un autre. L'ancien chef de l'Etat juge par exemple "stupide" d'être suspecté d'avoir favorisé Bernard Tapie en validant la procédure de l'arbitrage.

    "Pourquoi aurait-il fait ça ?", demande un de ses fidèles, jugeant qu'"il n'avait pas grand intérêt à être soutenu par Tapie en 2007..."

    Prudents, des partisans de M. Sarkozy assurent tout de même que "c'est Claude Guéant qui a piloté l'affaire" et non l'ex-président...

    Tous assurent que M. Sarkozy n'a rien à voir dans les soucis de son ex-bras droit, dont le nom apparaît également dans l'affaire d'un présumé financement libyen et dans celle de primes en liquide.

    Les sarkozystes en sont convaincus : leur champion sera mis hors de cause dans tous les dossiers le concernant. "Aucun ne peut déboucher", assure un proche de l'ex-président. Seule l'affaire des sondages de l'Elysée est citée comme pouvant "être embêtante sur le plan juridique".

    La mise en examen de M. Sarkozy pour "abus de faiblesse", au détriment de Liliane Bettencourt, lui reste particulièrement en travers de la gorge. A égalité avec M. Fillon, le juge Gentil est son deuxième ennemi.

    "C'est son meilleur soutien, ironise un ex-conseiller de l'Elysée. Regardez les juges avec Berlusconi, ils ont prolongé sa carrière de dix ans !"

    http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/06/22/face-aux-affaires-nicolas-sarkozy-se-pose-en-victime_3434793_823448.html

    La comparaison est très parlante.

    Les Italiens ont Berlusconi.

    Les Français ont Sarkozy.

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