3 juin 2013

Le chômage contre l'Europe



Les 17 pays de la zone euro comptent près de 20 millions de chômeurs: 19,37 millions à fin avril, d'après EUROSTAT, l'office statistique de l’Union européenne, sur un total de 26,5 millions dans l'ensemble de l'Union Européenne.

Ce n'est pas la surprise du jour. Mais la comparaison européenne permet de contextualiser certaines analyses, et de mesurer combien le chômage et ses conséquences sont en passe de désagréger l'Europe elle-même.

1. Le taux de chômage est en moyenne plus élevé dans la zone euro que dans les pays européens hors de la zone euro: 12,4% en moyenne contre 11,0% dans l'UE à 27. Mais l'aggravation du chômage est plus rapide hors zone euro que dans la zone euro.

2. Une dualité d'est logée au coeur de la zone euro. La zone euro comprend les pays au chômage le plus élevé (Grèce 27%; Espagne 26%; Portugal 17%) mais aussi ceux au chômage le plus faible (Autriche, Allemagne)... Pour mémoire, les Etats-Unis affichent un chômage à 7,5%, en légère baisse versus le mois précédent.

3. Par rapport à mars 2013, le nombre de chômeurs a augmenté de 104 000 dans l’UE27 et de 95.000 dans la zone euro. Les pays les plus contributeurs à cette hausse mensuelle sont: la France +26.000; l'Espagne +24.000; l'Italie +22.000; et la Pologne +13.000.

4. Le Royaume Uni et la Grèce n'ont rien publié depuis février. A l'époque, ils comptaient respectivement 2,6 et 1,3 millions de chômeurs.

5. Les masses sont impressionnantes: 19,75 millions de chômeurs dans la seule zone euro; plus de 6 millions en Espagne, plus de 3 millions en France et en Italie.

6. L'Europe du Sud concentre les trois quarts du contingent: 17% viennent de France (3,25 millions), 31% d'Espagne (6,1 millions !), 16% d'Italie (3,1 millions), 5% du Portugal (0,9 million), et 7% de Grèce (données de février).

7. Sur un an, le taux de chômage a augmenté dans dix-huit États membres de l'UE, et a baissé dans seulement neuf. Après une pause voire un recul fin 2010, le chômage est reparti à la hausse depuis bientôt deux ans. Difficile d'accuser l'équipe Hollande d'être seule responsable de la situation.



8. Dans son allocution commune avec Angela Merkel le 30 mai dernier, François Hollande évoquait une triste spécificité française, le chômage des jeunes. Il a presque raison. Les statistiques détaillées par pays en Europe dessinent un tableau édifiant de la désespérance collective de la jeunesse. La France échappe de peu à ce malheureux podium, avec 769.000 chômeurs moins de 25 ans. L'Espagne nous dépasse de peu, avec 964.000 (sur plus de 6 millions de chômeurs). Suit l'Italie (655.000), puis la Pologne (417.000). En pourcentage, l'Espagne bat tous les records, 56% de sa jeunesse est chômeuse. L'Europe du Sud toute entière frôle l'explosion: 40% en Italie, 42% au Portugal, ... 63% en Grèce (données de février).

 9. Ces chiffres, pris isolément du reste de l'analyse socio-économique, sont trompeurs. Un bas taux de chômage ne dit pas grand chose de la précarité du travail. L'Allemagne affiche les meilleures statistiques: un taux de chômage d'à peine 7%, y compris pour les jeunes (trois fois mieux que le reste de la zone euro). Mais la précarité des travailleurs pauvres y est incroyable.

10. Ces chiffres sont incomplets. En France, quelque 1,9 million de jeunes ne sont "ni en emploi, ni en études, ni en formation". D'après une étude du Conseil d'analyse économique sur l'emploi des jeunes peu qualifiés citée par le Monde, "une petite moitié d'entre eux ne se considèrent plus comme demandeurs d'emploi".




 

(*) Ces données diffèrent d'autres mesures nationales. Par exemple, en France, Pôle Emploi publie mensuellement le nombre d'inscrits. Eurostat définit les personnes au chômage comme les personnes de 15 à 74 ans qui: "sont sans travail; sont disponibles pour commencer à travailler dans les deux semaines; et ont activement recherché un emploi pendant les quatre semaines précédentes."


Crédit illustration: DoZone Parody

 

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