11 juin 2013

Pourquoi la Commission de Bruxelles n'a rien compris

Il y a quelques semaines, la Commission européenne a donc publié ses recommandations pour chacun des Etats membres de l' Union européenne. C'était une illustration supplémentaire qui montrait combien ces gens-là pouvaient être "hors sol", interventionnistes, et irresponsables.

Pour la France, les consignes sont claires. La sortie d'un commissaire Oli Rehn qui heurta François Hollande la veille de son mini-sommet avec Angela Merkel à Paris n'était rien en comparaison des "recommandations" de la Commission dirigée par José-Manuel Barroso que l'on pouvait lire in extenso sur leur site.

"Il est impératif", prévient-elle, que les dépenses publiques "croissent beaucoup moins vite que le PIB potentiel, dans la mesure où les améliorations du déficit structurel ont jusqu’à présent reposé principalement sur les recettes." En d'autres termes, Bruxelles attend des coupes. Au passage on ne comprend pas pourquoi une certaine gauche crie à l'austérité bruxelloise en France alors que celle-ci n'a visiblement pas débuté.

La Commission a plein d'idées: elle adore la "Modernisation de l’action publique"; elle aimerait que la loi de décentralisation permette de "rationaliser davantage les différents niveaux et compétences administratifs afin d’accroître encore les synergies, les gains d’efficacité et les économies"; que les dépenses publiques de santé, notamment pharmaceutiques, soient "plus efficaces"; et qu'une nouvelle réforme des retraites soit lancée.

Sur ce dernier chapitre des retraites, la Commission est particulièrement prolixe, elle attend des mesures "d’urgence" mais qui doivent préserver "l'adéquation du système". la Commission se fait plus précise: "Il pourrait notamment être envisagé de relever encore l’âge minimal de départ à la retraite et l’âge légal de départ à la retraite à taux plein, ainsi que la durée de cotisation nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein, d’adapter les règles d’indexation et de réexaminer les nombreuses dérogations au régime général de certaines catégories de travailleurs." Comme il s'agit pour elle de défendre à tout prix le coût du travail le plus bas, la Commission européenne veut exclure tout nouveau financement: "Une augmentation du niveau des cotisations de sécurité sociale aurait une incidence négative sur le coût du travail et devrait dès lors être évitée." Quelle idéologie néo-lib... Qui en doutait ?

Noir sur blanc, la Commission enjoint aussi la France de réduire encore davantage son coût du travail, afin de le rapprocher de la médiane de l'OCDE. Cette course à la déflation salariale - dénoncée de toutes parts comme socialement inique, économiquement inefficace - ne change pas nos chantres bruxellois: "Il est possible de prendre d’autres mesures dans ce domaine étant donné que le CICE ne comble que la moitié de l’écart de coin fiscal pesant sur le travail au niveau du salaire médian en France par rapport à la moyenne des pays de l’OCDE." 

Il est même stupéfiant de lire que la Commission s'inquiète de la maigre hausse du SMIC de juillet 2012: "elle pourrait néanmoins avoir une incidence négative sur l'emploi et la compétitivité." A-t-elle conscience de la désagrégation de la demande nationale et européenne ? La Commission lâche ce constat, comme pour nous convaincre combien ces salauds de pauvres sont décidément trop payés: "Entre 2002 et 2012, le salaire horaire minimum a augmenté de 38 % (16 % en valeur réelle)."

En France, le gouvernement a justement rendu une première évaluation du déficit budgétaire, à fin avril. Les nouvelles sont mauvaises puisque les recettes rentrent mal. Elles sont "globalement stables" par rapport à la même période de 2012. Les taxes directement liées à la consommation rapportent moins, conséquence de la récession: -2,3% pour la TVA, -5,8% pour l’impôt sur les sociétés, -6,1% pour la taxe intérieure de consommation sur les produits énergétiques. L’impôt sur le revenu progresse au contraire de 11%,

Bref, où trouver les signes qu'une compression du fameux coût du travail, c'est-à-dire des revenus et donc de la consommation est favorable à l'amélioration des comptes publics ?

Nulle part.



3 commentaires:

  1. " Au passage on ne comprend pas pourquoi une certaine gauche crie à l'austérité bruxelloise en France alors que celle-ci n'a visiblement pas débuté."

    Très vrai !

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  2. Le Monde du 7 mai 2013 titrait : "En Allemagne, Pierre Moscovici promet le "sérieux budgétaire". Eh oui ! l'austérité n'a pas commencé, elle n'existe pas plus que n'existent la rigueur ou les injonctions comminatoires de l'UE.

    En vérité, il ne s'agit pas d'austérité pour notre beau pays, mais de sa soeur cadette : "le sérieux budgétaire" qui lui ressemble et annonce sa venue.

    Il faut dire que, quand on compare notre situation française à celle de la Grèce ou de l'Espagne, on a de quoi prendre peur au vu de ce qui nous attend. Pourtant,les Européens du sud ne subissent pas les effets d'un "remède de cheval", mais de mesures courageuses destinées à rétablir l'équilibre des comptes du pays. Les mots sont importants et la formulation change tout.

    Ainsi, comment appelle-t-on :
    - la politique qui a consisté à servir sur un plateau d'argent 1000 milliards aux banquiers responsables de la crise ?
    - un chômeur qui a vu son entreprise fermer ses portes pour s'installer en Chine ou en Pologne ?
    - un fonctionnaire européen bien payé appellant des millions d'Européens à faire des efforts, voire des sacrifices ?
    - un Président de la république élu sur la base d'un programme et fait exactement le contraire ?

    Ad libitum ....

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