20 juin 2013

Retraites: ce rapport Moreau qui les énerve tous

Il fut commenté avant d'être publié. Il fut assimilé à la future réforme des retraites. Il est enfin disponible et les critiques contradictoires sont nombreuses. Le rapport Moreau, qui assemble plusieurs recommandations pour réformer nos régimes de retraite a fini par attirer des critiques somme toute contradictoires.

De toutes les critiques, il y en a une existentielle: faut-il travailler plus longtemps si l'on vit plus longtemps. 'Quand on vit plus longtemps, on peut travailler plus longtemps !' C’est ce que vient, malheureusement de déclarer notre ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine. Cette phrase est inexacte. On peut mais on ne doit pas !"

C'est un choix de société, ou qui ne se poserait pas avec la même acuité si la pénibilité était réellement prise en compte dans nos régimes actuels. On vit plus longtemps,  certes. Mais on ne vit pas en bonne santé plus longtemps. 

 A droite et sans surprise, on râle. Le 18 juin, triste symbole, Laurence Parisot lance sa charge, l'une des dernières avant qu'elle le lâche les reines du MEDEF. Elle est en colère. On lui a préparé les éléments de langage qui vont bien. Le rapport est qualifié d'inacceptable, inenvisageable, irresponsable. "A court terme, les leviers d'action envisagés sont une fois de plus des pistes fiscales, de hausse des cotisations des employeurs et des salariés. (...) C'est faire comme si personne n'avait entendu parler de la chute de la compétitivité des entreprises françaises, du décrochage de l'économie et de la régression du pouvoir d'achat des salariés." Elle est en fureur. "La piste de l'âge et celle de la durée de cotisation sont considérées marginalement"

Plus grave, plus sérieux, plus légitime, le collectif des Economistes atterrés s'inquiète de la "mollesse" des propositions. Il dénonce même la démarche: pourquoi donc vouloir équilibrer les comptes publics en période de récession ? La crise, et surtout elle, serait responsable de nos tracas: le déficit "provient essentiellement de la profondeur de la récession". Pourquoi donc, sommes-nous tentés de répondre, a-t-il fallu quatre réformes (de droite) depuis 20 ans pour remédier à la chose ?

L'un de leurs chefs de file détaille son atterrement. Il exècre la désindexation des pensions suggérée par les auteurs du rapport - de façon exceptionnelle. Jean-Marie Harribey ne comprend pas non plus pourquoi il faudrait tenter de rapprocher les régimes publics et privés. Après tout, le rapport Moreau conclut (1) que "le taux de remplacement médian est proche pour la génération 1942 entre les salariés du privé (74,5%) et les salariés civils du secteur public (75,2%)"; (2) que les salariés du privé, s'ils liquident en moyenne plus tardivement leur retraite (61,3 ans contre 57,5 an dans le publics), ont en fait "cessé de travailler quasiment au même âge (à 58,8 ans contre 58,2 ans)."

En d'autres termes, pourquoi nous embête-t-on avec ces fichues inégalités entre fonctionnaires et salariés du privé ? C'est bien là l'une des heureuses (et fausses) trouvailles du récent débat: on comprend peu à peu que les métiers de la Fonction Publique sont structurellement différents de ceux du privé: policiers, militaires, enseignants, professions qualifiées, etc. Justement, là est la vraie critique fondamentale qu'il faut apporter à ce rapport, que cet Economiste Atterré ne porte pas: il fallait une remise à plat générale, considérer les métiers en fonction de leur pénibilité, de leurs rémunérations, et en déduire - qu'importent les statuts - un système lisible et pérenne.

Pour éviter de toucher les seuils d'âge de départ à la retraite (minimal ou à taux plein), les auteurs du rapport préfèrent l'augmentation de la durée de cotisation: de 41,5 ans actuellement à 44 ans en 2050. L'Economiste n'apprécie pas. Il argumente, allonger cette durée est vain à cause du chômage. Reprenons le point: deux années et demi supplémentaires de cotisations d'ici ... 37 ans, est-ce donc si dramatique ?

alignement des taux de la CSG des retraités (6,6%) sur celui des actifs (7,5%) ; suppression progressive de l’abattement fiscal de 10% pour frais professionnels ; et fiscalisation des majorations de pension pour trois enfants et au-delà de trois. Une logique "libérale", assure-t-il, qui pénalise les petits aux détriments des gros. Pour le coup, l'argument tient difficilement la route.

Il fallait lire l'analyse presque objective conduite par





Qu'il s'agit d'un choix économique qu'il faut assumer; dix à vingt milliards de déficit annuel, c'est autant de trop dans une dette qui s'aggrave.



7 commentaires:

  1. Wow, quand je lis "deux années et demi supplémentaires de cotisations d'ici ... 37 ans, est-ce donc si dramatique", les bras m'en tombent. Oui, Juan, ce sera dramatique. La gauche (enfin, le parti socialiste) va plus loin que la droite sur les retraites, elle ne s'en relèvera pas. Si elle fait quoi que ce soit, sous influence de Bruxelles, elle ne s'en relèvera pas. Il n'y a aucune urgence à réformer les retraites en pleine récession, les économiste atterrés ont parfaitement raison. En agissant ainsi, non seulement on risque de voter une nouvelle loi de régression sociale (après l'ANI) mais en plus en désespérant complètement l'électorat de gauche, qui ne pardonnera jamais.

    Ton avant-dernier paragraphe est effrayant, j'y vois du renoncement, une abdication face aux oukazes de TINA.

    A quoi sert la richesse nationale, si ce n'est à faire des choix de société ?

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    1. j'ai essayé d'être plus pondéré que tu sembles le dire: j'en ai marre de payer pour rembourser la dette davantage d'impot que ceux qui servent à l'éducation nationale. Mais je n'accepte pas qu'une réforme des retraites affecte les plus fragiles.

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    2. Pour que la dette soit moins élevée, il y a bien d'autres solutions que les remèdes libéraux appliqués par Hollande, notamment en redonnant son pouvoir à la banque centrale de notre pays, en contrôlant les mouvements de capitaux ... etc.
      Je t'invite à lire ceux qui proposent autre chose que la mise en oeuvre d'une politique reaganienne destructrice et à ouvrir les yeux sur "l'ennemi autoproclamée de la finance" qui ne tient aucune de ses promesses économiques et sociales. Il fait même le contraire (cf. l'ANI). Il est tout juste bon à mettre le feu au pays pour permettre à quelques homosexuels de se marier ou demain aux étrangers de voter. Tu me diras : chacun ses priorités. Les bobos, qui ont une situation privilégiée ne savent pas et ne veulent pas savoir comment vivent ceux qui sont de l'autre côté du périphérique. A tel point que même leur parti, le PS, ne s'en préoccupé plus, n'est-ce pas Terra Nova ?

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  2. Jeudi 20 juin 2013 :

    Kadhafi aurait financé Sarkozy en 2007, affirme un diplomate libyen.

    Moftah Missouri, ancien interprète de Kadhafi, va révéler ce soir sur France 2 avoir appris que le régime libyen avait versé « une vingtaine de millions de dollars » à Nicolas Sarkozy à l’occasion de sa campagne de 2007, confirmant une information de Mediapart en date d'avril 2012.

    Le régime de l’ex-dictateur libyen Mouammar Kadhafi a versé une vingtaine de millions de dollars à Nicolas Sarkozy, à l’occasion de sa campagne de 2007, écrit Mediapart. L’information sera confirmée ce soir sur France 2 par le diplomate libyen Moftah Missouri.

    Ce diplomate, qui a rang d’ambassadeur et fut également ministre de Mouammar Kadhafi, révèle jeudi soir dans l’émission « Complément d’enquête », avoir appris de Kadhafi lui-même que la Libye avait versé « une vingtaine de millions de dollars » à Nicolas Sarkozy à l’occasion de sa campagne de 2007.

    Dans cette émission, le diplomate confirme l’authenticité du document officiel libyen dévoilé par Mediapart le 28 avril 2012 . Il fait référence à une note datée du 10 décembre 2006 selon laquelle la Libye avait décidé « d’appuyer la campagne électorale » de M. Sarkozy à la présidentielle de 2007, et ce pour un « montant de cinquante millions d’euros».

    Après cet accord de principe, c’est plus d’un tiers de la somme qui aurait été effectivement versé. Interrogé par les équipes de France 2, le 15 juin dernier à Tripoli, Moftah Missouri analyse le document révélé par Mediapart : « Ca c’est le document de projet, d’appui ou de soutien financier à la campagne présidentielle du président Sarkozy ». Il conclut : « C’est un vrai document ».

    En mars 2011, l'un des fils du dictateur libyen, Saïf Al-Islam, avait déclaré à Euronews : "C'est nous qui avons financé sa campagne (...) On a tous les détails et on révélera tout prochainement." (voir la vidéo ci dessous)

    http://www.lesechos.fr/economie-politique/politique/actu/0202841841680-kadhafi-a-finance-sarkozy-a-hauteur-de-20-millions-d-euros-en-2007-ecrit-mediapart-577825.php

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  3. ça m'énerve aussi !
    le fait d'avoir à participer au redressement des comptes non....

    Mais d'être cuit à petit feu... mitonné, retourné sur la broche....
    quitte à trinquer OK mais que je sache tout de suite quelle va être ma participation !

    Cette valse à quatre temps ce ne serait pas pour cacher que la direction des opérations a été confiée à des aveugles un peu pervers ?
    Je préférerais des borgnes claudiquant qui ne cherchent pas à me mettre en condition de bonne cuisson !

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  4. Non, ce n'est pas un "choix de société".

    Ou alors il faudra avoir accepté, mais consciemment, puis vouloir pérenniser cet état de fait : que le bien-être et la bonne santé de la population soit une simple variable d'ajustement dans le bilan comptable de la Nation.. et pas l'objectif réel des politiques menées par nos élus.

    L'espérance de vie en bonne santé recule, tu le dis toi-même... ces 2 années et demi à l'horizon 2050, qui te semblent négligeables, sont d'ores et déjà à ajouter à ce recul qui s'est amorcé dans d'autres pays de l'OCDE également.

    Et chez nous, bien que comparativement nous n'ayons pas à rougir de l'efficacité de notre système de santé, cela se dégrade aussi avec une population de plus en plus nombreuse faisant le choix de ne plus se soigner correctement, pour espérer subvenir à d'autres besoins essentiels.

    Avec une vision globale, le slogan des égoutiers, que rappelle Filoche, est fort à propos... Les éléments poussant à envisager que le nombre de personnes décédant avant de pouvoir prétendre à la retraite va exploser, et nous ramener une siècle en arrière, sont déjà là.

    Choix de société ? Clairement pas le mien.

    Surtout sans s'assurer que l'espérance de vie, et en bonne santé, va progresser à nouveau, c'est-à-dire sans rétablir une politique de Santé publique adéquate, plus ferme envers l'argument purement économique.. qui domine chaque fois plus dans l'évaluation bénéfice/risque.

    Ce dont ne tient absolument pas compte le discours officiel, trompeur pour le citoyen, car présentant ce fait comme un acquis. Quand il ne l'est pas du tout.

    Et au vu des "bombes" sanitaires probablement en gestation (qualité de l'eau se dégradant, pesticides avec effets à long terme dans l'alimentation, notamment les farines, etc etc) le sera de moins en moins...

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  5. Touchante conclusion, Juan.

    Il n'en demeure pas moins qu'Hollande et ses amis mènent une politique de régression sociale qui ne fait qu'accroître la pauvreté et les difficultés pour la majorité des Français en leur promettant des lendemains qui chantent sur le ton du "hou, hou, croissance es-tu là ?" ou encour "en 2014 (en 3014 ?) on va "raser gratis", le chômage va baisser.

    Pendant ce temps-là, ces messieurs dames, dont ce cher Hollande, se préparent à négocier un accord suicidaire avec les Etats-Unis, ne préservant - pour un court moment - l'exception culturelle. Préparons-nous à déréguler dans les domaines où ce n'est pas encore fait, à ouvrir les portes grandes ouvertes à des Américains pratiquant le protectionnisme, à manger de la viande lavée à l'acide, des OGM non identifiés ...
    Vive l'UE ! Vive les sociaux libéraux, clones pervers des pires conservateurs UMP !

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