19 juin 2013

Les Prédateurs: le système Sarkozy à travers l'affaire Tapie



Le tournis nous reprend. Ils se sont littéralement servis. Leur chef fait mine de prendre un air pincé comme s'il découvrait la chose. Quelques proches dénoncent une chasse à l'homme. Il s'agit pourtant de dévoiler la vérité, fut-elle au prix d'une carrière politique.

Eric Woerth, l'ancien ministre du Budget de Sarkofrance, s'indigne: "je pense qu'un système anti-Sarkozy est en train de s'organiser.  (...) Là dessus, c'est quelque chose qui me choque profondément. Les membres du gouvernement devraient faire très attention quand ils parlent de l'ancien Président, de l'ancien gouvernement..." Il a la mémoire courte:  "Quand une affaire est devant la Justice, laissons la Justice, encore une fois sereinement, avec indépendance, dire les choses..." Quand le scandale Bettencourt éclata, au cours de l'été 2010, le gouvernement auquel il appartenait consacra toute son énergie à freiner les révélations. Un procureur conciliant, fidèle ami du chef de Sarkofrance, avait été dédié à étouffer l'affaire. Des journalistes trop curieux furent même écoutés clandestinement.

Trois ans plus tard, Eric Woert espère que l'affaire Bettencourt, finalement dépaysée à Bordeaux en 2011, sera à nouveau transféré ailleurs. Le juge Gentil est trop méchant. Sept avocats, dont ceux de Sarkozy et Woerth, ont réclamé son désaisissement. D'après Mediapart, le procureur de Bordeaux a récusé leurs arguments.

L'inquiétude de ce proche de Nicolas Sarkozy est réelle. L'affaire Tapie se dévoile jour après jour. Elle donne le tournis. Dans son édition du 18 juin, Le Monde publie ses dernières révélations. Elles sont signées par Gérard Davet et Fabrice Lhomme. L'arbitrage qui procura 403 millions d'euros bruts à Bernard Tapie dans son litige avec le Crédit Lyonnais était "pipé" écrivent les deux hommes.

1. L'un des juges n'était pas indépendant. Sa nomination a été suggérée par l'avocat de Bernard Tapie dont il était un proche. La relation entre Maurice Lantourne, avocat de Bernard Tapie, et Pierre Estoup, qui sera l'un des trois arbitres nommés pour juger le litige est désormais prouvée. Elle a été cachée. Même Christine Lagarde s'en est étonnée. Pierre Estoup connaissait également très bien Bernard Tapie : les enquêteurs ont trouvé les numéros de téléphone de l'arbitre dans l'agenda de Tapie, tout comme une dédicace de l'homme d'affaire à l'ancien juge datant de 1998: "votre soutien a changé le cours de mon existence". Dix ans avant d'être nommé arbitre, Estoup avait donc laissé grande trace dans la mémoire de Tapie. Il facturait même des honoraires de conseil à l'avocat de Tapie de l'époque. Pire, il a même conseillé Tapie ... dans son litige contre le Crédit Lyonnais !

2. La décision de recourir à l'arbitrage privé fut "politique" et "initiée à l'Elysée par Nicolas Sarkozy et Claude Guéant". Un autre ex-conseiller, François Pérol, est aussi visé, mais il dément. "La police a identifié trois niveaux d'intervention : la décision est politique, initiée à l'Elysée par Claude Guéant et Nicolas Sarkozy. Deux architectes sont désignés, Stéphane Richard, directeur du cabinet de Mme Lagarde, et Jean-François Rocchi, patron du CDR, l'organisme chargé de gérer le passif du Crédit lyonnais, tous deux mis en examen. Et deux maîtres d'oeuvre gèrent l'arbitrage : Me Maurice Lantourne, le conseil de M. Tapie, et M. Estoup.

3. Estoup, l'ami de Tapie, a bien manoeuvré, écrivent les journalistes. Des courriers saisis par la police, on retient comment l'arbitre Estoup s'est employé à éviter tout recours de l'Etat contre la décision favorable à l'homme d'affaires. Il tient aussi la plume davantage que ses deux autres collègues arbitres, "neutralisés" par des honoraires confortables (près de 400.000 euros chacun). Ces derniers ont confirmé à la police qu'Estoup avait été celui qui avait écrit la plupart des actes de cette procédure.

4. Christine Lagarde, dont le Monde a publié un édifiant courrier manuscrit de soutien à Nicolas Sarkozy, s'est "défaussée" sur son ancien directeur de cabinet Stéphane Richard. Devant les membres de la Cour de Justice de la République, elle a confié: "M. Richard paraissait très favorable à l'arbitrage." Pire, elle a affirmé qu'un courrier capital, , donnant instruction au président de l'EPFR, la structure chapeautant le CDR, d'accepter l'arbitrage, a été "rédigé à son insu".

5. Nicolas Sarkozy est désormais le principal suspect. Quand il était ministre, Bernard Tapie lui avait chiffré ses prétentions. Entre mi-2007 et fin 2008, il s'est rendu 22 fois à l'Elysée, dont 4 fois pour des têtes à têtes avec Sarkozy lui-même. "M. Sarkozy est désormais ouvertement soupçonné d'avoir, depuis au moins 2004, oeuvré en faveur d'une solution profitable à M. Tapie" écrivent les deux journalistes. Une fois l'arbitrage lancé puis décidé, ses proches ont multiplié les interventions pour décourager les opposants et les critiques.

Revenons à l'inquiétude de nos proches de Sarkofrance. Eric Woerth, comme Henri Guaino, fustigent ces attaques qu'ils estiment "orientées". Xavier Bertrand, interrogé par France Inter mardi 18 juin, avait la grimace aux lèvres quand il fallait commenter l'affaire. François Fillon préfère prendre encore davantage ses distances avec l'ancien monarque - et de fustiger la ligne buissonnienne qui sied encore tant parmi les partisans de la Droite forte.

Reconnaissons-le, il y a bien un système anti-Sarkozy qui se construit à fur et à mesure des découvertes inouïes que nos juges réalisent. Dévoiler et comprendre l'ampleur de Sarkofrance nécessite une approche systémique.

Quitte à en avoir le tournis.


7 commentaires:

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  2. "ses deux autres collègues arbitres, "neutralisés" par des honoraires confortables (près de 400.000 euros chacun"

    ==> sachant que l'un deux n'était rien moins que l'ancien président du Conseil constitutionnel !! Ce qui n'a pas l'air de choquer grand monde !

    Je préconise une tolérance zéro et une sévérité sans faille à l'égard des délinquants de la République et l'application systématique d'une double peine !

    Car il n'est pas permis d'entacher ainsi les institutions d'un Etat républicain ! Que les faits aient été commis avant, pendant ou après l'exercice des fonctions.

    Les serviteurs de l'Etat doivent soit se conduire exemplairement et irréprochablement soit être sanctionnés exemplairement et tout aussi irréprochablement !

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    1. Et ira-t-on jusqu'à nous dire que MM. Mazeau et Bredin n'étaient au courant de rien et qu'ils auraient été abusés ... A ce niveau de responsabilité on ne peut plaider l'ignorance sous peine d'avouer son incompétence et son irresponsabilité avec pour conséquence de devoir rendre publiquement les sommes perçues à titre indu dès lors ! Cas de figure bien évidemment absurde !

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  3. Lu sur lemonde.fr ==>

    "Le 30 juin 2008, nouveau courrier, cette fois rédigé par M. Estoup et adressé à ses collègues [ arbitres ]: "J'ai pratiquement terminé, non sans mal, la rédaction de la sentence..." C'est bien lui qui est à l'œuvre, ce que reconnaît Pierre Mazeaud, dans une missive : "Je tiens donc à vous remercier pour tout ce que vous faites, d'autant plus que j'en serais totalement incapable." M. Mazeaud n'est pas un expert en arbitrage, et paraît se désintéresser du dossier, au point qu'il a confié le soin aux collaborateurs de M. Estoup de rédiger ses propres courriers, avec son en-tête. Il s'agace quand les policiers le titillent : M. Tapie "est un voyou", lâche-t-il, "mais comme tout voyou, il a droit à la justice"."

    ==> http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/06/17/affaire-tapie-comment-l-arbitrage-a-ete-verrouille_3431193_3224.html

    ==> no comment

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  4. Mercredi 19 juin 2013 :

    M6, Hollande et le témoin aux revenus changeants : la suite...

    La réforme du quotient familial, c’était déjà compliqué (même si c'était très bien expliqué ici). A la sauce M6, ça devient franchement difficile à suivre.

    Lundi, le député PS Christian Eckert avait dénoncé la mauvaise foi de la chaîne M6 lors d’un reportage diffusé pour l’émission spéciale avec François Hollande. On y voyait Chloé, une mère de trois enfants, gagnant 5900 euros par mois avec son mari, affirmer qu'elle perdrait, du fait de la réforme, 1000 euros par an.

    Impossible, avait dit Eckert, pour qui une famille de trois enfants n’est impactée par la réforme qu’à partir de 6820 euros par mois. M6 avait répondu au député en maintenant ses calculs, lesquels étaient «évidemment vérifiés».

    Le problème, c’est que le sérieux de la démonstration est fragilisé par... un reportage diffusé sur M6 deux semaines plus tôt. Le 3 juin, le jour de l’annonce de la réforme, le JT de M6 avait déjà fait un reportage sur l’impact de la réforme du quotient familial. Ô surprise, on y retrouvait déjà Chloé. En fait, c'est exactement la même séquence tournée pour le JT qui a été réutilisée pour Capital.

    La seule différence, c’est que le niveau de revenus de Chloé et son mari varie sensiblement entre les deux. Le 3 juin dans le JT, la voix off affirme que le couple gagne environ 6800 euros... Quinze jours plus tard, Thomas Sotto lance le sujet en affirmant qu'elle gagne 5900 euros. Chloé a donc perdu près de 1000 euros en deux semaines...

    En revanche, l'impact de la réforme sur ses finances reste le même : à savoir 1000 euros par an.

    Interrogée sur cette déroutante fluctuation des revenus, la rédaction de Capital nous a affirmé que le témoin n'avait pas souhaité que ses revenus réels apparaissent lors de la deuxième diffusion....

    Mais dans tous les cas, l'exemple est mal choisi : tel que décrite dans les deux reportages, la situation du couple de Chloé la met de toute manière à l'abri de la réforme du quotient familial... qu'il gagne 5900 ou 6800 euros par mois.

    Comme nous l'avions calculé, pour retrouver un impact de 1000 euros sur la feuillle d'imposition du couple, il aurait fallu que Chloé et son mari gagnent 7415 euros mensuels.

    Dans le prochain reportage peut-être ?

    http://www.liberation.fr/politiques/2013/06/19/m6-hollande-et-le-temoin-aux-revenus-changeants-la-suite_912082

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  5. Quand Woerth et Guaino parlent d'"attaques orientées", il s'agit en réalité d'éléments objectifs pesant sur le présumé coupable. Non ?
    Venant en outre de deux olibrius dont la moralité est loin d'être au-dessus de tout soupçon, la remarque ne manque pas de piquant.

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  6. Front National, histoire d'une trahison :
    http://florianrouanet.wordpress.com/2013/06/18/front-national-histoire-dune-trahison/

    Conférence de Florian Rouanet donnée le 17 juin 2013, basée sur l’ouvrage du même nom, rédigé par Philippe Ploncard d'Assac président des Cercles Nationalistes Français.

    Sujets abordés :
    Jean-Marie Le Pen (origines, parcour personnel et politique, évolution, fortune et question migratoire...) ; Front National (affaire Lambert, SERP, la Veuve Poignet, Parti Populaire Français, Action Française, Division Charlemagne, Waffen SS française, passage de Philippe Ploncard d'Assac, gaullisme, question juive, mort de MM. Stirbois et Duprat, empire coloniale, PME, MSI, diabolisation, trahison, base militante et escroquerie démocratique...) ; Marine Le Pen (gauchisme, Vatican II du nationalisme, dédiabolisation, affaire Gabriac, l'Œuvre française, départ de Roger Holeindre, droit de l'homme, 1789, laïcité, Radio J et Israël...) ; Bruno Gollnisch (ralliement, LICRA, Dominique Venner) ; Cadres (Florian Philippot, Christian Bouchet, Gilbert Collard, Paul-Marie Couteau, Bruno Megret) ; Camp "national" (Radio Courtoisie, Club de l'Horloge, Nouvelle-Droite) ; Doctrine et analyses (Nationalisme, Décalogue, Mondialisme, "droit du sang", antiracisme, problème du "mariage" homosexuel, avortement et racialisme, Franc-Maçonnerie, électoralisme, décret Crémieux)...

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