31 juillet 2013

Pourquoi le gouvernement ne peut plus partir en vacances



Les congés estivaux de nos gouvernants sont l'un de ses marronniers d'une actualité politique qui se vide. On pourrait profiter de l'été pour se ressourcer, revenir sur une saison parfois agitée, procurer quelque recul à l'auditoire. Il n'en est rien.

Certes, chaque journal, quotidien ou hebdomadaire, profite de l'été pour publier des « séries » commandées de longue date. Mais il faut aussi meubler le quotidien. La dernière incarnation de l'hystérisation du débat public est cette affaire de vacances hollandaises.

François Hollande, donc, a demandé à ses ministres de rester à portée de main, c'est-à-dire à portée de micro. Convaincu que ses vacances de président normal en août 2012 lui ont beaucoup coûté, il s'est décidé à faire savoir qu'il restait sur le pont, tout comme ses ministres. Cette année, il restera à La Lanterne, cette demeure en marge du Château de Versailles que Sarkozy adorait tant.

Le show doit continuer, encore et toujours.

Le Canard Enchaîné du 31 juillet s'amuse: "dernière consigne de Hollande avant les vacances: non au laisser-hâler". Selon le même Canard, des communicants élyséens lui ont fait savoir qu'il est "hors de question de donner l'impression que le Président se repose pendant que les Français endurent la crise." Dans le même journal, on apprend que Hollande est tout autant agacé par les gesticulations estivales de son ministre de l'intérieur: "Valls en fait trop, il fait du Sarko." On est heureux que la chose soit enfin perçue au Château. L'opération vallsienne n'est pas que médiatique. Le fond trouble et énerve autant que la forme.

Un conseil des ministres a été calé vendredi 2 août. La République n'avait connu cela depuis quelques décennies. On devrait même remonter aux sombres heures de sa chute en 1940 ou quelque part vers les crises du printemps 1958 ou de l'été 1968.

Pire, chaque ministre qui passe au gril de l'interview politique se voit poser les mêmes questions de journalistes goguenards sur leur lieux de villégiature. Ainsi ce mercredi 31, dernier jour de juillet, la ministre du Tourisme et de l'Artisanat Sylvia Pinel se frottait à une interwieuse perspicace de France info qui lui lança tout de go: "ne pas partir en vacances, c'est pas démago". Mme Pinel, le ton trop sérieux, répliqua: "mais c'est toujours comme cela !", avant de reconnaître qu'elle partirait quand même une semaine en Corse. On avait compris qu'elle pensait à la permanence ministérielle qu'on lui réclamait, et non pas à la mise en scène. On pouvait sourire tant la réponse sentait le souffre et le manque de conviction, la langue de bois et l'inefficacité.

Car la question centrale demeure: sommes-nous obligés de se plier à ce cirque dont on ne sait plus qui l'a créé ni qui l'impose ?

Oui.

La réponse est malheureusement forcément affirmative. Quasiment chaque ministre peut penser à son cauchemar médiatique estival, celui où une catastrophe frappe son périmètre d'activité tandis qu'il est loin en vacances; et que ces fichus médias font tourner en boucle l'information selon laquelle la situation est gravissime mais que le ministre en charge est loin.

Chacun des 38 ministres peut être ainsi emporté dans une polémique néfaste. On sait pourtant que leur présence ne changerait rien; que leur propre ministère est souvent également en vacances; que l'action publique ne se mesure pas, heureusement, à la présence de nos ministres devant les caméras de télévision.

Mais nos habitudes – que l'on osera qualifier de sarkofrançaises puisque l'ancien ministre de l'intérieur Nicolas Sarkozy nous a collectivement habitué voici 11 ans à cette intoxication médiatico-politique – sont ainsi.

Imaginez une nouvelle émeute publique tandis que Manuel Valls se repose dans le pays basque espagnol. Imaginez une nouvelle catastrophe ferroviaire pendant que Frédéric Cuvillier, notre ministre des transports, se repose quelque part en villégiature en Corse. Imaginez qu'une panne paralyse l'ensemble du réseau Free ou SFR tandis que la ministre déléguée à l'économie numérique serait en vacances lointaines.  

Imaginez qu'un musée brûle alors qu'Aurélie Filippetti (Culture) se dore le dos quelque part dans le Sud. Imaginez qu'un lycée vide soit vandalisé en plein été mais que Vincent Peillon (Education) ne soit pas là pour commenter la triste affaire au micro de BFM-TV. Imaginez quelques morts de trop à cause de la chaleur mais que Marisol Touraine (Santé) soit trop éloignée pour réagir.  

Imaginez qu'un SDF succombe à une canicule et que Cécile Duflot (Logement) ne soit pas là pour réagir. Imaginez un épisode judiciaire faramineux dans l'affaire Tapie tandis que Christiane Taubira serait retournée dans sa Guyane natale. Imaginez que Michel Sapin (Travail) ne soit pas là le 29 juillet ou le 29 août pour commenter les derniers chiffres du chômage.

Imaginez un nouveau massacre en Syrie alors que François Hollande se reposerait au Fort de Brégançon. L'an dernier, un ancien monarque crut bon pondre un communiqué depresse aoûtien pour exiger des actions immédiates en Syrie.

Imaginez toutes ces absences et personne du gouvernement pour parler au micro. Imaginez ces commentaires médiatiques, vous les avez souvent entendus: "pendant ce temps, le ministre Untel se dore la pillule à l'autre bout du monde."

 Vous vous surprendrez alors à reconnaître que la chose serait médiatiquement, tristement, politiquement, insupportable. De la gauche mélenchoniste à l'UDI borlooïsée, de l'UMP en faillite à l'extrême front mariniste, il se trouvera toujours quelque responsable politique et militants de base pour fustiger cette (fausse) vacance du pouvoir.

On peut, on doit regretter cette infantilisation de la pratique et du débat politiques. Mais elle est réelle, elle se constate tous les jours. 



30 juillet 2013

Hollande et la reprise économique: "ne la laisse pas tomber"

Les signes d'une sortie de récession sont visibles et mesurés. Ce n'était pas une lubie quand François Hollande, lors de son intervention télévisée du 14 juillet dernier, annonça tout de go que "la reprise est là".

Oui, elle est là. Mais elle bien fragile.

On pourrait lui adapter le refrain de cette chanson plus que trentenaire de Cookie Dingler: "Ne la laisse pas tomber, elle est si fragile".

Car la reprise est économique est bien fragile.

1. La zone euro est sortie de la récession.
"Plusieurs indicateurs montrent une amélioration en Europe et, surtout, un retour de la confiance", expliquaient les Echos dans son édition du 26 juillet dernier. Quelques jours après l'affirmation de François Hollande qui, sur le coup, avait pris les commentateurs professionnels par surprise, " les indicateurs économiques tombent les uns après les autres et les bonnes nouvelles s'amoncellent." Pêle-mêle: l'indice d'activité PMI (première hausse depuis 18 mois), le baromètre allemand IFO (quatrième hausse d'affilée du moral des entrepreneurs (106,2), l'indice belge sur le moral des chefs d'entreprise (en progrès); la poursuite de la croissance en Grande-Bretagne (+ 0,6 % au deuxième trimestre 2013, contre 0,3 % au premier trimestre); la baisse du chômage en Espagne (de 27,16 % à 26,26 %).

2. La France sort aussi de la récession: la confiance des ménages rebondit en juillet, d'après l'un des indicateurs de l'INSEE. Les prévisions sont meilleures qu'avant: ainsi la Banque de France a-t-elle relevé à +0,2 % sa prévision de croissancedu PIB au deuxième trimestre (qui s'est clôt en juin), contre +0,1 % auparavant. Des représentants du secteur automobile disent voir la fin du tunnel. L'INSEE rapporte une rebond de la production industrielle en juin dans la plupart des secteurs.

Alors l'euro s'emballe. C'est une presque une surprise. Près de 8% sur un an. Quel bonheur, on frôle l'extase.

Serait-ce Noël en juillet ?

Ben non.

3. Cette reprise est fragile, très fragile. 
"Il y a un petit rebond à cause du déstockage" nous explique un expert. Un autre s'inquiète du resserrement persistent du crédit aux entreprises dans la zone euro (en recul de 1,6 % en juin après un repli de 1,1 % en mai):
"De façon particulièrement décevante et préoccupante, les prêts aux entreprises de la zone euro ont reculé de 13 milliards d'euros en juin après une chute de 17 milliards d'euros à la fois en mai et en avril, ce qui reflète clairement la combinaison d'une offre limitée et d'une demande modeste". Howard Archer, chef économiste Europe pour IHS Global Insight.
C'est exactement cette inquiétude qui a poussé Moscovici en France à accepter de transférer 30 à 50 milliards d'euros des fonds du Livret A aux banques pour qu'elles augmentent leurs prêts aux entreprises.  En France, l'un des leviers de crédit est la BPI, dont le bilan du premier semestre d'activité a été publié ces derniers jours. On relèvera que le préfinancement du crédit d'impôt Compétitivité Emploi frôle les 800 millions d'euros.

La reprise est fragile car les offre d'emplois recueillies par Pôle Emploi en juin ont chuté. Les embauches ont également à nouveau baissé en juin d'après l'URSSAFF relève la même tendance: pour des contrats de plus d'un mois, hors intérim, elles sont en recul de 6,5% en juin par rapport au mois précédent. Et l'emploi intérimaire, dont l'évolution est généralement un signe avant-coureur, s'est encore effondré en juin (-11% versus mai-.

La reprise est fragile, donc.

Il faudra la soigner, c'est-à-dire préserver la demande publique, cibler les économies budgétaires sur les dépenses improductives, protéger les dépenses sociales.




Les vacances de Valérie Trierweiler

Elle est en vacances, mais sans lui. Et ses vacances font inévitablement jaser. Il fallait s'y attendre. En politique, on appelle cela un contre-feu. Certains, comme celui-ci, s'éteignent tout seuls.



Valérie Trierweiler est quelque part en Grèce, dans un hôtel cinq étoiles, le Barcelo Hydra Beach Resort, à Thermisia, d'après le magazine Closer.


Un séjour payé par elle-même, à en croire quelques proches. De surcroît en promotion. Sur internet, en pleine saison et sans réservation, la nuité se trouve entre 160 la chambre et 800 euros le bungalow, un vrai scandale !

Mais il fallait bien que certains à droite s'imaginent tenir là un filon suffisant pour faire oublier les travers de leur ancien mentor: les voyages privés payés en marge des déplacements officiels, les multiples allers-retours en jets présidentiels entre le Cap Nègre et l'Elysée, les invitations par quelques richissimes amis et le soupçon de conflit d'intérêt que cela créé. La question posée par les pratiques estivales de notre ancien monarque n'était pas tant de savoir où il partait en vacances mais d'évaluer la confusion des intérêts public/privé et l'utilisation détournée des fonds publics.

Pour certains, à droite, il fallait aussi oublier l'une des toutes récentes révélations de la cour des Comptes. Ce repère de gauchistes anti-sarkozystes eut la maladresse de clore le dernier bilan des dépenses de Nicolas Sarkozy par une nouvelle peu ragoutante: le site internet spécialement construit pour Carla Bruni quand son époux était président de notre République a coûté environ 410.000 euros aux contribuables français en 2011 et 2012. L'ex-chanteuse a réagi par avocat interposé, expliquant qu'il s'agissait de la page Web qui lui était consacré sur le site de l'Elysée.

On sourit, on pleure.

Valérie Trierweiler dérange un peu plus que Carla Bruni: elle n'est pas mariée civilement, cela choque les bonnes âmes, ça fait couiner dans quelques chaumières qui restaient silencieuses en Sarkofrance.   Si elle passait devant le maire avec son compagnon, les brailleries cesseraient peut-être. Pour l'heure, elle doit donc s'habituer à la chose. Un évadé fiscal et quelques députés UMP s'acharnent à s'interroger sur le coût pour la République de ce concubinage pas très catholique.

La démarche est à peine moins misérable que ses auteurs.







29 juillet 2013

Donc l'été, on expulse des familles.

Source: Un Toit Un Droit
Cela fait désordre.

Cela rend triste, parfois enragé.

C'est plus discret qu'avant, mais ça continue. On laissera à d'autres le soin de dériver en délires.

On dira juste qu'on a honte, même si la loi doit s'appliquer. On peut même dire qu'on n'a pas voté pour cela.

Cela faisait une semaine - le 21 juillet - qu'une famille de clandestins tchétchènes mais sans papier, était détenue au centre de rétention administrative de Rennes. On avait pourtant cru que les mineurs ne pouvaient plus, ne devaient plus être retenus dans tels centres. Cette famille, les Mejidov, était composé d'un père, d'une mère et de deux garçons de 3 ans et demi  et  2 ans et demi. Elle demandait l'asile politique.

Depuis mai 2012, RESF rapporte qu'une vingtaine d'enfants ont été ainsi détenus. 

C'est une vingtaine de trop.

Quelques photos de la détention de la famille Mejidov sont consultables sur le site "Un toit, un droit".

La Ligue des Droits de l'Homme, section de Loudeac, relaye :
"La famille tchétchène avait réussi à s’enfermer dans leur chambre en bloquant la porte. Au bout d’une demi-heure, les policiers ont fini par pénétrer dans la pièce. « Nous avons alors entendu les cris des enfants et de leurs parents qui tentaient de résister à leur expulsion ». Expulsion programmée à 9h45 vers la Pologne, pays par lequel la famille est rentrée dans l’espace européen. Et il est quasiment certain que la Pologne les renverra en Tchétchénie, où c’est leur vie qui est menacée.
Un policier est sorti avec les enfants dans les bras, suivi quelques minutes plus tard des parents menottés.
Les enfants ont été habillés par les policiers, puis toute la famille a été embarquée à 4h15 dans 2 véhicules pour l’aéroport de Roissy.
Leur téléphone est coupé…"

La famille a été expulsée ce lundi matin pour la Pologne d'où elle sera expulsée vers la Tchétchénie.


Source: Twitter: AliceBis

Quand ils se focalisent sur le mensonge politique



Il a touché juste. Il a mis le doigt sur un malaise grandissant.  Dans le dernier numéro de Marianne, daté du 27 juillet 2013, Jacques Julliard consacre son édito à l'objet du magazine, notre obnubilation collective sur le mensonge.

Celui que l'on ressent en écoutant les cris d'orfraie des députés participant à la commission Cahuzac, ceux des critiques de gauche comme de droite contre la moindre décision qui ne correspond pas au verbatim exact d'un programme électoral. Deux exemples parmi d'autres.

On s'attaque aux mensonges davantage qu'à leurs objets. Cette focalisation est l'une des dégénérescences de la démocratie américaine. Comment ne pas ressentir que le mal n'est pas loin ? La Vérité y est exagérément portée aux nues comme un substitut du débat sur le fond.

Comprenons-nous: le mensonge en politique n'est certainement pas acceptable. Il faut le combattre, fustiger en permanence quand on nous reprend la parole donnée; rappeler les promesses pour mieux les comparer aux actes politiques une fois parvenu en situation de gouverner. 

Le mensonge est quelque chose qui peut être terrible, dévastateur, définitif. Le lien de confiance rompu se répare mal. En France, combien d'études et d'enquêtes pour nous expliquer que les Français ont de moins en moins confiance dans nos médias, notre classe politique, les "élites" en général ?

L'hebdomadaire Marianne consacre donc l'essentiel de son numéro de la semaine à cette généralisation du mensonge. Là n'est pas notre propos. Nous complèterons cette analyse d'un rappel historique.

L'une des caractéristiques de la machine sarkozyste mis en place dès 2002 puis en pratique après 2007 fut qu'elle porta à un niveau inégalé la promesse politique. Un niveau si ambitieux, si élevé, qu'il en était infantile. Il y avait le slogan ("Ensemble, tout est possible"), le positionnement ("la Rupture") et surtout l'incroyable abécédaire de promesses qui fit le régal des commentateurs et blogueurs antisarkozystes.

L'un des tous premiers ressorts de l'antisarkozysme fut l'incrédulité: comment l'ancien maire de Neuilly pouvait-il promettre autant de choses ? Comment l'électorat, pourtant formé et informé, avait-il pu se laisser berné ?

Au-delà des accords et désaccords de fond ou de forme que nous pouvions porter sur François Hollande et sa campagne, le candidat socialiste avait une immense vertu: son catalogue de promesses était ... modeste. Nous pensions que les journalistes - au moins les plus sérieux -, les opposants de droite comme de gauche au sarkozysme d'antan, et plus généralement le corps politique mobilisé aurait compris et digéré combien cette infantilisation du débat politique était néfaste.

Ce ne fut, ça n'est pas toujours le cas.

Pendant la campagne, on reprocha donc d'abord au candidat Hollande son "flou". La belle affaire ! On voulait une campagne qui ressemble à un catalogue Ikea ou un menu de restaurant chinois.  L'homme fut élu, moins par adhésion que par rejet de l'autre monarque. Dont acte. Ce n'était que le début.

La présidence normale fut jugée à l'aune des moindres faits et gestes. On dépiautait le moindre voyage en train en trop ou en moins; on comparait des projets de loi de quelques centaines articles avec ses slogans de campagne. Pourtant, il s'agissait, question de méthode, de s'interroger sur l'efficacité et la justice de telle ou telle décision. Nulle besoin de s'abriter derrière l'argument criard du mensonge pour fustiger l'ANI ou la loi bancaire.

Combien de fois reprochera-t-on d'ailleurs à François Hollande sa fameuse maxime "mon ennemi, c'est la finance" ? Difficile d'évaluer. On nous la ressort à chaque fois, même quand cela ne sert à rien. Cette phrase est un slogan, pas une promesse de combat, ni même d'"épuration", ou de guerre à mort. Qui attendait un duel ? Hollande reçoit des banquiers, et voici qu'on ressort la phrase. Extrême gauche et éditorialistes de droite tous ensemble pointent le décalage. On sourit.

L'infantilisation du débat politique consiste aujourd'hui à négliger le fond, les alternatives, le combat des idées ou de leur mise en oeuvre, au profit d'innombrables commentaires, billets et échanges radio-télévisées sur le "mensonge". L'infantilisation du débat politique consiste à passer davantage de temps, d'écrits et d'énergie à brailler contre les mensonges, l'"insincérité" et autre duplicité plutôt qu'à se préoccuper des fameux plans B.

Il y a bien sûr une raison simple et évident à tout cela.

Attaquer la "vérité" ou le "mensonge" est quand même plus simple que de se poser les questions sérieuses.









27 juillet 2013

325ème semaine politique: de la nullité politique française



Le débat politique est donc nul, surtout l'été.

Jugez plutôt.

Cela fait peut-être 325 semaines que cela dure. 


C'est le jour de la libération fiscale. 
Depuis vendredi, vous bossez pour vous, et pas ces affreux impôts et autres prélèvements obligatoires que les méchantes administrations vous ponctionnent. L'information est brillamment publiée en une du "Best Of" hebdomadaire des Echos. Le quotidien économique s'esbaudit chaque année sur cette incroyable nouvelle quasi-mathématique. Puisque les prélèvements obligatoires en France frisent ou dépassent les 50% de la richesse produite, on peut imaginer assez simplement qu'à la moitié de l'année de production, le fameux seuil de la libération fiscale est enfin atteint.
"La France est décidément un enfer fiscal pour les salariés. Selon l’institut Molinari qui a compulsé les données chiffrées fournies par Ernst and Young, son taux d’imposition réel est de 56,61 %."
En 2013, cette libération tombe donc un 26 juillet.  A partir de cette date, nous ne payons plus ce fichu entretien des rails de la SNCF y compris à Brétigny sur Orge, ni ces hôpitaux trop couteux, ni ces policiers en surnombre à Trappes et ailleurs, ni ces professeurs qui laissent échapper un gros tiers d'une classe d'âge avant même le bac. Nous ne payons plus pour ces dépenses sociales qui ne servent à encourager la paresse et "l'assistanat". Nous pourrions continuer encore longtemps cette longue liste des dépenses publiques trop inutiles pour nos commentateurs libéraux. La prochaine réforme des retraites promet de belles embardées néo-lib.

Nous pourrions être d'encore plus grande mauvaise foi en relevant ce détail, pas si futile, publié par les mêmes Echos: l'autre pays où l'on taxe trop durement les salariés est la Belgique - 60% d'imposition globale. La Belgique, le paradis des riches Depardieu et autres Mulliez épargnent de ses fourches fiscales les grosses fortunes, les rentiers, mais pas les salariés. La nouvelle vaut son symbole.

Manuel Valls promet une réduction de la vitesse maximale sur nos routes. On sait que la chose est relativement et tristement corrélée avec le nombre d'accidents de la route. Et qu'il serait bon de laisser peut-être le privilège de la vitesse à nos transports collectifs. Mais un professeur émérite parvient à convaincre les Echos d'une tribune pour expliquer,  simulation grossière en main, qu'abaisser de 5 km/h la vitesse moyenne automobile couterait 8 milliards d'euros par an à la collectivité... On se pince...

Manuel Valls avait autre chose à faire que de lire la dite "étude".

A Trappes, les dégâts d'une nuit de caillassage sont nombreux.
Matériellement, il n'y a certes pas grand chose, pas même de blessés. Mais symboliquement, politiquement, éthiquement, le score est haut. On a l'embarras du choix. Il y a donc ce ministre de l'intérieur qui ne cesse trois jours durant de soutenir sans nuance ses policiers locaux malgré les témoignages de leur agressivité. Il y avait ce mari angélique d'une femme voilée à l'origine des troubles qui expliquait la barbe tranquille mais le verbe trop rapide combien il se fichait de payer des amendes pour infraction à l'interdiction du voile intégral, une jolie provocation.

Il y avait ce Figaro et quelques sbires émérites de l'UMP-FN si prompts à comparer l'évènement aux trois semaines d'émeutes et d'état d'urgence de 2005. Il y avait ces quelques médias continus si rapides à relayer la version officielle des heures durant et en boucle sans attendre une enquête.

A Brétigny, des bagages de voyageurs, sans doute de victimes, ont donc bel et bien été volés. Il fallait juste attendre quelques jours pour s'en convaincre. Pas grand chose à voir avec le détroussage de cadavres encore fumants que l'on nous décrivait sur Twitter le soir du drame. Mais ce sont des actes odieux, évidemment odieux.

Nos prisons débordent, encore et toujours: 68.569 détenus au 1er juillet, pour 57.320 places...  un nouveau record. Qui a dit que la Justice était soudainement laxiste depuis que Christiane Taubira est Garde des Sceaux ? Il faudra comprendre, et répéter, que l'action politique requiert un temps parfois long; que les agitations médiatiques que nous critiquions tant quand nous étions en Sarkofrance sont tout aussi critiquables.

Un député de l'UDI, le parti de Jean-Louis Borloo, s'énerve contre des Roms de sa ville de banlieue: "Comme quoi, Hitler n'en a peut-être pas tué assez". Cette "libération" de la parole décomplexée, de surcroît chez un gars qu'on nous présente comme "centriste" est odieux, ignoble, désespérant.  Il démissionne de l'UDI. Ailleurs, le gouvernement dissout encore quelques groupuscules fascisants.

Le Monde, dans un éditorial fameux le 25 juillet, s'interroge sur la "nullité du débat de l'été."
Oui, le débat politique est nul.

Le Sarkothon continue.
Il ne reste plus que 3 ou 4 jours avant la fin de la grande souscription nationale pour sauver Nicolas Sarkozy l'UMP de la faillite. Les militants s'agacent. Des voix, malheureusement anonymes, se lèvent pour exprimer leur gêne et leur colère.

Finalement, Sarkozy n'a pas fini de payer son retour précipité, "Get Lucky"

La Cour des Comptes nous apprend que le site personnel de Carla Bruni a coûté aux contribuables quelques 410.000 euros. Elle ne dit pas si on doit envoyer la facture au Cap Nègre.

Son ancien mentor Balladur a quelques soucis. L'étau judiciaire se resserre. L'enquête des magistrats sur le financement illégal de sa campagne de 1995 à l'aide de rétrocommissions sur des ventes d'armements a été élargie à des faits de détournements de fonds publics. Sur le premier volet, Ziad Takieddine, l'ancien ami de Jean-François Copé et intermédiaire de la Sarkozy ante-2007, a avoué avoir remis près d'un million d'euros à des membres de la campagne Balladur.

A l'Assemblée, les députés UMP et UDI suspendent de (fausse) rage leur participation à la commission d'enquête Cahuzac. Jean-Marc Ayrault ne viendra pas témoigner. Il faudra longtemps se rappeler ce désolant et dérisoire spectacle: cette commission n'enquête pas sur l'objet du délit - il est connu, avoué, sanctionné politiquement et une instruction est cours. Non, cette commission enquête sur la "gestion" de l'affaire pendant un peu mois de 4 mois qu'elle a duré.  Mais son président, l'UDI Charles de Courson, s'est mué en "procureur". Le gars est l'un des piliers du parti de l'ancien avocat de Bernard Tapie.

Ne souriez pas. C'en est triste.

Aurélie Filippetti se réjouit. C'en serait fini de la Télé Sarko ? Ah bon... Mais de l'indépendance des médias, de leur pluralisme, qu'en est-il ? On ne sait pas. Sa loi est votée mercredi, en première lecture. Encore une promesse de tenue, c'est déjà cela. Mais restez modestes, bordel !

Quel choc !
Lundi soir, ça couine, grince et raille à propos d'un dîner.  François Hollande invite à l'Elysée un quarteron de leaders de "sa" majorité. On pouvait se moquer de la présence du politiquement-minuscule MUP de Robert Hue. Quelques-uns font le procès facile à Hollande d'avoir rompu sa promesse de campagne de ne pas s'occuper de sa majorité, de ne jamais prétendre en être le chef.

La salve des critiques, qui nous fait quand même perdre quelques temps médiatiques absurdement consacré à la chose, est ridicule. Hollande est loin de tenir des meetings politiques secrets comme le faisait son prédécesseur à chaque déplacement (rappelez-vous celui-ci, en 2009); il ne sollicite pas davantage quelques riches donateurs à l'hôtel Bristol en face de l'Elysée.

Non, Hollande est bien loin de l'agitprop sarkozyste.

Le chômage a pris 15.000 recrues supplémentaires, sans aucune activité aucune, en juin. Sur un an, la première année de son quinquennat, le chômage officiel a donc progressé de 11,2%. En ajoutant les temps partiels, les chômeurs sont 5,1 millions inscrits à pôle emploi, +0,1% en juin.

Hollande croit encore.
Il croit à son inversion de la courbe du chômage. Grâce aux emplois d'avenir, le chômage des moins de 25 ans baisse encore en juin, légèrement.  Cela fait deux mois consécutifs, une première depuis deux ans. Les emplois aidés sont un pis-aller.

Quand il visite Dunkerque, Hollande annonce 100.000 formations prioritaires pour les chômeurs d'ici 2014. Son ministre du Travail complète d'une interview dans Vosges Matin: "pour 2014, nous ciblerons les aides (à l'apprentissage) sur les petites entreprises." Devant les caméras, il questionne une entreprise, l'usine d'AstraZeneca: "où ils sont les postes à pourvoir ?".  Hollande n'est pas plus économe en shows médiatiques que son prédécesseur, puisque la "masse" médiatique n'attend que cela. Mais nous ne sommes plus dupes. On frise même la saturation.

De Mélenchon à Hollande, de Copé à Le Pen, on prie au retour de la croissance. Les plus lucides sont contraints de composer. Chacun sa méthode, mais tous font plus ou moins fausse route. Il faudra qu'un jour ils réalisent que le modèle a changé sans prévenir. Nous serons 79 millions en France en 2050, et 9,6 milliards dans le monde. L'incapacité politique à débattre du monde surprend toujours. On peut, on doit s'indigner sur les signes manifestes de précarisation massive de la société. L'INSEE vient d'ailleurs de livrer une dernière étude qui sous-évalue les difficultés alimentaires des foyers les plus modestes. Mais on peut, on doit reconnaître que le filet social est encore là, et plus que jamais indispensable: depuis 2007, les dépenses sociales ont progressé de 22% en moyenne dans les pays de l'OCDE. Et la France n'est pas la Grèce: 33% de son PIB reste dédié aux pensions et autres prestations sociales, contre 13% en Grèce.

En France, un "épisode caniculaire" de quelques jours affaiblit nos anciens, mais ravit nos commentateurs. Il faut chaud, très chaud. Il y a des orages forcément "violents". Samedi, Bordeaux est "sous l'eau". Pour un peu, on se croirait dans Pacific Rim version changement climatique. L'Europe a perdu la moitié de ses papillons en 20 ans.

Il y a encore des gens pour nous dire que l'écologie est dépassée.

Le ciel s'est vidé de ses hirondelles. 

26 juillet 2013

Filippetti : Radio Sarko ou Télé Elysée ?

Le 24 juillet, l'Assemblée nationale adopte deux textes de lois audiovisuels qui réforment le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel et supprime la désignation des patrons de l'audiovisuel public.

Aussitôt, la ministre de la Culture s'emballe: "On veut en finir avec Radio Sarko et la Télé Elysée".

Vraiment ?

1. Oui, sa loi, adoptée mercredi 24 juillet, qui annule la nomination des dirigeants de l'audiovisuel public par le Président de la République est une bonne chose. Nicolas Sarkozy avait remis la France à contre-courant du monde démocratique. Au point d'installer des patrons mal à l'aise dans leurs baskets et suspects de collusion sarkozyste permanente. Le licenciement de Stéphane Guillon et de Dider Porte fut ainsi commémoré comme la manifestation évidente de cette servilité d'Etat.

Il y a beaucoup à dire contre France Télévisions ou France Inter. Mais on a du mal à les considérer comme des suppôts systématiques du sarkozysme.Sarko parti, on mesure surtout combien le paysage médiatique reste surtout étouffant. Les raisons sont nombreuses - concurrence extatique qui pousse à la course au scoop; collusion socio-économique qui bride ou interdit certaines paroles; etc. Le sujet mérite déjà plusieurs sites à lui-tout seul.

2. Oui, Nicolas Sarkozy se comportait en directeur des programmes. Enfant de la télé, il donnait bruyamment son avis sur tout et n'importe quoi de ce qui se passait sur les ondes publiques. Et sa parole présidentielle faisait évidemment du bruit. Il s'était aussi vanté d'être à l'origine de quelques nominations. François Hollande est bien plus discret, même si sa ministre de la Culture s'est déjà pris quelques salves de critiques - au point de rétro-pédaler - quand elle s'est permis quelques avis qu'on ne savait plus s'ils étaient personnels ou professionnels.

3. Oui, l'indépendance des médias, et notamment publics, est une noble cause, mais cette loi ne change finalement pas grand chose. C'est un toilettage nécessaire de quelques symboles désastreux.
Article 1er :
Réduction du nombre de membres du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) de neuf à sept.
Modification du mode de nomination des six membres désignés par les présidents de l'Assemblée nationale et du Sénat.

Article 3 :
Institution d'un rapporteur permanent auprès du CSA chargé des fonctions de poursuites et d'instruction.

Article 5 :
Modification du mode de nomination des présidents des sociétés nationales de programme.

Article 7 :
Organisation dans le temps du passage de neuf à sept membres, les mandats en cours n'étant pas interrompus du fait de l'entrée en vigueur de la loi.

Il y a bien d'autres sujets relatifs à l'indépendance des médias publics. Par exemple, l'actuel président du CSA, choisi par François Hollande, est un ancien directeur de cabinet de Lionel Jospin. On ne lui fera pas le procès d'intention d'être dépendant du pouvoir politique, mais ce choix a forcément fait grincer des dents et des mâchoires.

Autre exemple, sous forme d'interrogation: qui mettra fin, par exemple, aux pratiques délétères révélée par un site d'informations lyonnais en janvier dernier, à propos du mode de sélection des candidats aux fréquences terrestres ?

On continue ?



Quand l'INSEE sous-estime ces Français qui peinent à se nourrir.



Le 17 juillet dernier, l'INSEE livrait une édifiante mesure de ces foyers qui peinent à se nourrir pour des raisons financières.

Question de méthodologie
L'analyse portait sur l'ensemble des dépenses de consommation entre 2005 et 2011.

Elle repose sur un ... sondage de 10.342 ménages en France. Posons la question: comment l'INSEE sonde-t-elle les quelque 140.000 sans domicile fixe que l'on recense par ailleurs en France ?

L'étude reste aussi trop sommaire car les ménages sont découpés en quintiles, ce qui a pour effet de "noyer" les très riches dans la grande catégorie des "20% les plus aisés". 

Des constats stables...
Globalement, la structure de consommation des ménages éclaire sur la réalité des inégalités sociales. Ainsi l'INSEE rappelle-t-elle quelques constats:

1. Les 20 % de ménages les plus aisés consomment 2,5 fois plus que les 20 % de ménages les plus modestes (*). On se rappelle que les écarts de revenus et patrimoine sont bien plus importants: selon l'INSEE, les 20 % de ménages les plus aisés ont un niveau de vie environ 4 fois supérieurs à celui des 20 % de ménages les plus modestes (**). Ces écarts seraient d'ailleurs bien plus importants si l'analyse était plus fines (1% plus riches par exemple). Le constat est connu: plus on est riche, plus on peut épargner.

2. Une personne seule consomme 34% de moins que la moyenne en 2011 (40% en 2005). Un couple avec enfants consomme 36% de plus que la moyenne.

3. L'alimentation représente environ 18% de la consommation des 20% de ménages les plus modestes - contre 11% pour les 20% les plus aisés.

... ou presque
La crise a eu peu d'effets sur ces disparités: "entre 2005 et 2011, la structure moyenne de la consommation est stable, malgré l’ampleur des chocs économiques survenus sur la période". Les écarts de niveau de consommation entre ménages sont quasi-stables, sauf sur un item: les loyers se sont envolés pour tout le monde: riches ou modeste, le loyer représente plus de 20% de la consommation du ménage (24% pour les plus modestes; 21% pour les plus aisés). Tous les médias les répètent: les inégalités de consommation ont été à peine modifiées par la crise.

La crise a même eu peu d'effet sur la part du budget consacré aux loisirs, autre enseignement de l'étude: "Contrairement au logement, le poids des dépenses de loisirs et culture croît avec le niveau de vie." rappelle l'INSEE. Pour ajouter: "Le recul du poids des loisirs tient en réalité à la baisse continue, depuis de nombreuses années, des prix des matériels audiovisuels, photographiques et informatiques, qui représentent un cinquième de la dépense dans le poste." Hormis cet effet prix, les loisirs restent un poste important des dépenses de consommation (10%).

Et la bouffe ?
Le budget d'alimentation était en baisse régulière de 1979 à 2005: "Sous l’effet de l’amélioration continue du pouvoir d’achat des ménages, au-delà des fluctuations conjoncturelles, le poids de l’alimentation a ainsi reculé au cours des dernières décennies." Cette baisse s'est stabilisée depuis. L'INSEE y voit une conséquence directe de la contraction du pouvoir d'achat des ménages les plus modestes: "Le phénomène doit être rapproché du recul, depuis 2008, du niveau de vie de la moitié la moins aisée de la population. Ce recul est d’autant plus marqué que l’on se situe plus bas sur l’échelle des niveaux de vie."

Mais le plus grave suit: "en 2011, 16 % des ménages du premier quintile de niveau de vie ont déclaré qu’ils consacreraient un éventuel surcroît de revenu en priorité à ces dépenses (encadré 2), contre 11 % six ans auparavant."

Vous avez bien lu: 16% des ménages les plus modestes contraignent leurs dépenses d'alimentation, un bond de 5 points en 5 ans !


Sur le site de l'Expansion qui relayait brièvement la nouvelle, le 17 juillet dernier, on pouvait lire ce commentaire d'un internaute: "Mais, tout le monde achèterait plus s'il le pouvait! Quant à ce genre d'information, à faire pleurer, je suis toujours curieux de voir à quoi les gens dits modestes dépensent le peu qu'ils ont et sur quoi ils feraient bien de rogner afin de mettre quelque chose dans leur assiette!"

Depuis leur création en 1986, les Restos du Coeur. n'ont malheureusement cessé d'augmenter le nombre de repas servis, 130 millions l'hiver dernier, soit 15 millions de plus en un an.

A bon entendeur...






(*) "La consommation correspond à l’ensemble des dépenses d’un ménage dont sont exclues les dépenses d’investissements comme les achats immobiliers, les gros travaux et les placements financiers. On exclut aussi les impôts directs acquittés par le ménage (impôts sur le revenu, taxe d’habitation, taxe foncière,..)."

(**) Ces disparités sont sous-évaluées, reconnait l'institut, car l'occupation d'un logement par son propriétaire n'est pas mesurée, ni en revenu, ni en consommation.

25 juillet 2013

Les 6 victimes des évènements de Trappes

Moins d'une semaine après les "évènements" de Trappes, les dégâts sont symboliques mais nombreux, politiques et sociaux mais larges. Tout le monde, ou presque, en prend malheureusement pour son grade.

Victime #1: Manuel Valls. 
ça chauffe pour le ministre de l'intérieur. Sa "méthode" - assumer un discours de fermeté sans davantage de mesure que celui d'un ancien ministre de l'intérieur dénommé Sarkozy - fait débat, mais cette fois-ci encore, elle heurte. Il a certes attendu deux jours avant de se rendre sur place, moins agité qu'un de ses prédécesseurs. Il fut interpellé par une habitante, largement et longuement filmée par les caméras. On ne retiendra pas grand chose de ce détail, sauf que le ministre a perdu finalement son calme, à la quatrième minute. Et pourtant la dame ne cessait de répéter combien Valls avait raison de ramener l'ordre dans sa cité. Le vrai sujet était ailleurs.

Valls était coupable d'avoir trop rapidement félicité/soutenu/applaudi les forces de l'ordre. A Trappes, il était impatient et méprisant.

Il ne s'agissait pas d'accuser ni de féliciter mais d'attendre a minima de savoir ce qui s'était passé. Et d'avoir la patience d'entendre que les policiers à l'origine du fait initial sont doublement accusés: (1) d'avoir agressé verbalement au moins le couple interpellé et ses proches présents; (2) d'avoir refusé de prendre leur plainte au commissariat ensuite.

Victime #2: L'"UMPFN"
UMP et FN se sont évidemment et trop rapidement réjouis par une salve de communiqués, quelques heures à peine après l'évènement, de l'inefficacité de la méthode Valls et de cette nouvelle manifestation d'une prétendue attaque contre la laïcité.

La réacosphèren'est pas en reste. Quelques militants d'extrême droite ont multiplié les publications de fausses informations sur les réseaux sociaux (Twitter, Facebook): la manoeuvre qui consistait d'envoyer, à chaud, des clichés de violences urbaines et autres de précédents faits divers ou graves (2005) en faisant croire qu'il s'agissait de photographies de ce qui se passait à Trappes était grossière, mensongère, disqualifiante. Ces nouvelles "Racailles" de la République sont désormais connues, exposées, dévoyées.

Glapir ainsi si vite était triste, dangereux, et somme toute très peu républicain.

Victime #3: les médias d'information continue
Une seule version des faits a tourné en boucle sur nos chaînes et radios d'information vendredi et samedi dernier, elle était en substance celle-ci: "le mari d'une femme intégralement voilée a tenté d'étrangler un policier qui procédait à un contrôle légitime; son arrestation a attiré environ 250 personnes plutôt jeunes qui ont assailli le commissariat de Trappes la nuit durant." Il fallu attendre quelques jours, presque trois, pour que des versions contradictoires soient relayées.

C'est pourtant le B-A-BA du métier journalistique.

Victime #4: Le Figaro
Le 24 juillet, le Figaro rappelle combien la gauche d'opposition avait critiqué la droite de gouvernement lors des émeutes de 2005. Il s'agissait, pour l'ex-Pravda de Sarkofrance, de déculpabiliser/légitimer l'utilisation par la droite d'aujourd'hui de ce funeste fait divers. Oser comparer les évènements de Trappes - quelques heures, des cailloux, trop de médias - avec trois semaines de violences, une déclaration d'état d'urgence par le gouvernement de l'époque, 10.000 véhicules incendiés, des bâtiments publics calcinés dans toute la France - avait quelque chose d'indécent. Rappelons aussi que le ministre de l'intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, s'était rendu à la Courneuve, caméras et journalistes en grappe autour de lui, pour fustiger les "racailles".

Victime #5: La Gauche Forte
Il n'y pas qu'une droite pour s'égarer dans le communiqué précipité. Le 21 juillet, elle déroule sa conclusion absurbe: "Trappes a connu une flambée de violence dans la nuit du vendredi 19 au samedi 20 juillet, qui n’est pas sans rappeler la vague d’émeutes qui ont enflammé les banlieues françaises à l’automne 2005". Belle comparaison spontanée ! Certes, les auteurs rappellent combien ces banlieues savent souffrir. Mais leur objectif était d'expliquer combien Manuel Valls était efficace ("Manuel Valls a fait preuve d’une grande fermeté, sans céder à la panique qui avait caractérisé l’attitude des autorités lorsque l’état de siège avait été décrété en 2005."). Là n'était pourtant pas l'enjeu. Il s'agissait simplement de rester prudent.

Victime #6: quelques Trappistes
A Trappes même, l'affaire a aussi ses victimes: la police locale d'abord. Elle est doublement accusée: agressivité voire agression contre une femme interpellée pour un fait symbolique mais non violent; et refus d'enregistre une plainte ensuite.

Le mari de la dite dame ensuite: sa défense fut filmée, le dit Mickael expliqua à une télévision locale - la Locale - combien ces contrôles sont fréquents mais qu'il est ravi de payer les amendes (sic!) à chaque fois que sa femme voilée est surprise en infraction de la loi sur le voile intégral. C'est en soi étonnant et odieux.

Enfin, qui a compris ce qui s'est vraiment passé ? Parmi les "jeunes" interpellés puis jugés, certains ont expliqué qu'ils étaient là "par hasard", ou "pour voir", à 1h30 du matin.


24 juillet 2013

Hollande était à Dunkerque, et ?

L'une des videos le montre zen. On cherche la mise en scène.

Je cherche.

40.000 emplois d'avenirs dans la région, l'Expansion relève le chiffre.

J'ai retrouvé une vieille video montrant Sarkozy interpellé par une femme à propos d'une fermeture d'hôpital.


Le dernier choc de la République Hollande

Oh mon dieu.

Les images étaient insoutenables, aussi insupportables que l'information elle-même. Elle était venue plus tôt dans la journée de lundi. Quand elle est parvenue aux agences, ces dernières ont tremblé devant le choc. On a rappelé des reporters du terrain, convoqué les plus grands spécialistes. Immédiatement, tout ce que le pays comptait d'experts et d'analystes s'est mobilisé.

La cause le méritait.

Des journalistes ont réajusté toutes leurs interviews des heures et jours à venir en conséquence. Il fallait des réponses, que l'on comprenne et donne à comprendre sur cette incroyable et insupportable nouvelle. On allait demander des comptes car la coupe des promesses non tenues était pleine. Et cette nouvelle-là avait provoqué une onde de choc jusque dans nos campagnes les plus reculées.

Le soir venu, l'évènement était scruté. Il était si secret, que l'on connu assez vite tous les détails, et jusqu'au menu. Car vous l'aurez compris, cette nouvelle insoutenable et insupportable, c'était ce dîner de François Hollande, président de la République, avec des responsables de sa majorité, un lundi chaud de juillet à l'Elysée: Harlem Désir (PS), Jean-Michel Baylet (PRG), Pascal Durand (EELV), Robert Hue (Mouvement unitaire progressiste) et Jean-Luc Laurent (MRC) sont arrivés peu avant 20H30 pour y rester environ 2 heures et trente minutes. Jean-Marc Ayrault était également présent. On compris qu'ils dégustèrent du pigeon et du ris de veau, car Hollande a de l'humour; qu'ils ont parlé politique et majorité, et finalement assez peu de leur projets de vacances.

On en avait presque oublié la naissance de l'héritier britannique, la guerre civile qui menace en Egypte, les élections au Mali, les résultats du Tour de France, la prétendue guérilla à Trappes, et les a-coups verbaux et scandaleux d'un maire d'obédience frontiste.

Hollande avait rompu sa promesse de ne pas inviter des responsables de son camp à l'Elysée. Harlem Désir, secrétaire général du Parti socialiste, ou Bruno Le Roux, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, étaient quasiment persona non grata au Palais.

En cause, une déclaration de fin de campagne, lors du débat de l'entre-deux tours avec Nicolas Sarkozy, dont se régalaient des commentateurs en fin de parcours et à bout d'idées.

"Hollande prend lui-même en main sa majorité" (Le Figaro)

"Moi président, j'inviterai les responsables de la majorité à dîner" (Le Nouvel Obs)

"Promesse non tenue: Dîner de la gauche à l’Elysée, Hollande "câline" sa majorité" (Atlantico)

"Majorité présidentielle: un dîner à l'Elysée pour resserrer les rangs en vue des municipales" (L'Express)


"Dîner de la majorité à l'Elysée : la famille se rassemble... malgré les divergences" (France Info)

"le dîner du renoncement" (communiqué officiel de l'UMP)

"Hollande et les chefs de la majorité: un dîner stratégique" (BFM TV)


Oh certes, on n'avait pas oublié que Nicolas Sarkozy, l'ancien monarque, tenait chaque début de semaine, cinq années durant, son bureau politique à l'Elysée même, qu'il appelait ses "petits-déjeuners de la majorité"; ni qu'il invitait chaque mois des centaines de parlementaires UMP aux frais du contribuable à l'Elysée; ni qu'il se rendait dans des discrètes rencontres de militants UMP en marge de la plupart de ses déplacements provinciaux; ni encore qu'il avait sollicité des fonds auprès du Premier Cercle des donateurs de l'UMP à l'Hôtel Bristol. Personne n'avait oublié cette débauche d'énergie militante, cette confusion généralisée des intérêts que l'on appelait la Présidence des Riches. Mais il fallait surjouer la trahison : "l'invitation signe la fin d'une fiction, celle d'un président qui ne se mêlerait pas de la vie des partis. Elle signe, aussi, la mort d'une tradition et d'une promesse de campagne. 'Moi président de la République, je ne serai pas le chef de la majorité'" explique ainsi un éditorialiste du Nouvel Obs.

Il est temps d'un aveu, double et sincère.

1. Cela fait des lustres que certains attendent qu'Hollande sorte de sa présidence trop normale, sans pour autant tomber dans la débauche sarkozyste. A dire vrai, avec un repas tous les 16 mois, Hollande a quelque marge de ce point de vue-là. Il souffre au contraire d'un isolement de sa propre majorité, d'une absence de relais forts, d'un parti socialiste amorphe et divisé; de confrontation avec ses alliés ou son opposition de gauche suffisante: "Si l'anaphore valait pour conclure une campagne essentiellement construite autour de l'antisarkozysme, elle s'avère, à l'usage, peu adaptée à la réalité pratique du quinquennat" commente

2. Il n'est même pas certain qu'Hollande devienne enfin le chef de sa majorité. C'est une curieuse réflexion que de considérer la gauche politique à l'aune du caporalisme de sa droite. La gauche est plurielle, et souvent divisée. C'est une tradition, qui, ces temps-ci, se porte avec une acuité voire une violence inédites. Les confidences d'après-repas sur la teneur des échanges n'indiquent d'ailleurs pas de grandes injonctions autoritaires. Les Ecologistes présenteront autant de listes autonomes aux prochaines élections municipales qu'ils le pourront. Cécile Duflot l'a rappelé pour Paris, la capital, mardi 23 juillet sur France Info.

Pour le reste, la caravane passe, ...


Quand Cécile Duflot tacle la droite.

Il y aura sans doute à redire sur cette loi même si l'unanimité à gauche semble se faire jour, Front de gauche compris. La loi pour l'accès au logement et un urbanisme rénové de Cécile Duflot déboule à l'Assemblée.

Pour l'heure, avant toute analyse, voici quelques mots de combat, une adresse à une droite finalement désemparée devant l'un des objets de sa conservation sociale, le Logement.

"Je sais qu'il y a sur ces bancs de très nombreux combattants du droit au logement, je sais qu'il est venu le temps de la régulation, celui qui mettra fin à l'exagération de la spéculation et je sais (...) que visiblement, ça dérange", a lancé la ministre dans l'hémicycle lors des questions au gouvernement. (...) Alors je dirai à certains des collègues, sur les bancs de la droite de l'Assemblée, 'Attaquez-vous à notre projet de loi, attaquez-vous à ceux qui défendent le droit au logement!', mais je dirai aussi que c'est au nom de toutes celles et de tous ceux qui ne sont pas dans cette salle et qui ont du mal à se loger, que vos attaques insidieuses ne porteront pas", a-t-elle poursuivi. (...) Je suis heureuse de ce projet de loi, qui remettra le logement au centre du pacte républicain et social (...) et je dirai à ceux qui essaieront d'y faire échec, que je ne suis pas en tungstène, mais je serai solide, et comme diraient les Malouins : 'Qui qu'en grogne !'"

A bon entendeur...

Lire le texte.

23 juillet 2013

En fait, Cahuzac finit par lasser

Quand Hollande rencontre le lobby bancaire

source: JDN

Vendredi dernier, François Hollande a rencontré le lobby bancaire. Autant désigner par son nom les les membres du comité exécutif de la Fédération bancaire française. L'entretien fut court, mais suffisamment important pour que les rumeurs fusent. En fait, la diversion était belle, même si l'enjeu du rendez-vous était sacrément important.

Encourager les prêts aux PME
Le rendez-vous était tout sauf secret, n'en déplaisent à quelques critiques rapides. On avait appris quelques jours avant que l'actuel Livret A verrait sa rémunération baisser de 1,75% à 1,25%. C'est triste mais c'est comme ça. La rémunération de cette épargne populaire est notamment calculée sur l'inflation.

L'information plus importante était le prochain transfert de 25 milliards d'euros des fonds du Livret A gérés par la Caisse des Dépôts à nos banques nationales. Ce montant fut porté à 30 milliards en fin de semaine dernière.  Encore un cadeau ? Ben non. Il fallait lire, comprendre, et analyser. Les fonds du livret A servent à financer le logement social. Depuis 2009, les Caisses d'Epargne et la Poste n'en ont plus le monopole de la collecte, mais 65% des fonds ainsi collectés sont ensuite reversés à la Caisse des Dépôts. En en transférant une fraction (30 milliards sur 237 milliards), les banques font coup double: primo, elle pourront les comptabiliser dans les ratios de solvabilité imposés au niveau international. Secundo, elles pourront financer davantage d'autres activités économiques que la construction, des financements fléchés vers les PME. Un communiqué officiel précisait que "ces ressources permettront aux banques de prêter davantage pour le financement de l'économie, principalement au bénéfice des petites et moyennes entreprises. (...) Les établissements bancaires baisseront leur taux de commission de 0,5% à 0,4% afin de réduire le coût de la ressource du fonds d'épargne, au profit notamment du financement du logement social"."

Prêter aux entreprises petites et moyennes à bas coût, en période de crise, l'idée est plutôt nécessaire. Car l'une des conséquences de la crise financière, l'une des rares actions concrètes décidées par nos gouvernants du monde, fut d'exiger davantage de fonds propres et assimilés en contrepartie des crédits que nos banques accordent.

Ce rendez-vous élyséen n'était là que pour cela.

Hollande a tardé avant de rencontrer ces représentants de la profession bancaire. Il paraît que Hollande voulait mettre mettre un visage sur des noms. Il n'avait pas cette proximité de son prédécesseur avec ces têtes d'affiches. Les Echos nous ont livré les noms:
Jean-Paul Chifflet, directeur général du Crédit Agricole et président de la FBF, Jean-Laurent Bonnafé, directeur général de BNP Paribas, Michel Lucas, président de Crédit Mutuel-CIC, François Pérol, président du directoire de BPCE, Séverin Cabannes, directeur général délégué de la Société Générale, qui remplaçait son PDG, Frédéric Oudéa, et Philippe Wahl, président du directoire de La Banque Postale.
Un an sans rendez-vous officiel, un vrai scandale ! D'après les Echos, l'Elysée pourrait faire mieux encore que ces premiers 30 milliards débloqués. "Selon nos informations, un bilan de cette mesure est prévu à l’automne. Si la production de crédits aux PME a repris d’ici là un rythme dynamique, les établissements bancaires pourraient obtenir 20 milliards d’euros supplémentaires d’épargne réglementée."

Une carotte plutôt qu'un bâton.

Il y avait d'autres sujets que nous attendions de cette rencontre. Pour être précis, une explication vire une confrontation sur tout ce qui manquait dans les rapports entre l'actuel gouvernement et la "finance": davantage que du donnant/donnant. Certes, une taxe sur les transactions financières avait été votée en août 2012. Mais il manquait encore son pendant européen. Et les récentes déclarations de Pierre Moscovici devant un autre parterre de banquiers ont provoqué une jolie confusion.

Nous pourrions aussi revenir sur la loi bancaire. Nous avons expliqué dans ces colonnes que s'alarmer que nos banques n'aient pas été démembrées plus fortement ne méritaient pas autant de rage. François Hollande, dans son fameux discours du Bourget, avait promis: "Maîtriser la finance commencera ici par le vote d’une loi sur les banques qui les obligera à séparer leurs activités de crédit par rapport aux opérations spéculatives". Et, oui, certes, bien sûr, les banques françaises n'ont pas fini coupées en deux comme on le pensait. Les mêmes qui critiquent d'ailleurs ce recul dans les modalités furent désemparées ou surprises par la "solution chypriote". Car nous parlons bien de démembrement, comme l'explique fort bien Attac: 
"En réalité, c’est parce qu’il n'y a pas de possibilité de faire fonctionner une banque de marché seule, sans garantie des États. La banque de marché vit de la banque de dépôt, elle s’en nourrit. Isolée, sans les dépôts des épargnants, sans garantie de l’État et de la banque centrale, face à la difficulté d'obtenir une notation financière suffisamment élevée dans ces conditions, confrontée aux risques et à la nécessité de maintenir sa crédibilité vis-à-vis de ses contreparties, la banque d’affaires n’est plus vraiment une affaire." 
La loi bancaire veut créer quelques instruments préventifs, pour éviter une répétition de la crise financière de 2008: un fonds de résolution de 10 milliards d'euros constitué par les banques elles-mêmes, une nouvelle autorité de surveillance, l'imputation prioritaire des pertes sur les dividendes et créances, etc. Ces instruments sont insuffisants, mais c'est un début, comme l'a reconnu la députée socialiste Karine Berger, lors de son adoption définitive, en seconde lecture à l'Assemblée la semaine dernière. "Oui, il y aura d'autres crises financières, et nous devrons donc ajouter des étages à cette tour de Babel de la régulation financière, comme le shadow banking, qui n'est pas abordé par notre loi. (...) Cette loi constituera un cessez-le-feu entre nous et la finance folle mais pas la fin de la guerre."

Mais ce vendredi 19 juillet à l'Elysée, que donc se sont-ils dits, Hollande et ces grands banquiers à ce propos ? 

Nous pouvions nous également demandés si Hollande les avait prévenus que les "produits financiers toxiques […] seront purement et simplement interdits". La réforme bancaire accorde davantage de moyens de suppression à l'AMF, mais point d'interdiction pure et simple. On peut comprendre que le sujet est suffisamment complexe pour que l'appréciation soit délégué à un juge - l'AMF.

En fait, nous devions nous demander cette question simple et directe, l'une des plus simples qu'il nous soit donné de poser en matière bancaire: François Hollande a-t-il demandé à ces grands banquiers, patrons d'indispensables rouages de l'économie nationale, quand ils comptaient supprimer leurs filiales et placements dans des paradis fiscaux.

"Aucune banque française ne pourra avoir de présence dans les paradis fiscaux."

22 juillet 2013

Hollande, ravi de la crèche ?


L'hebdomadaire Marianne (1) titre sur François Hollande, "ravi de la crèche" dans son édition du 20 juillet. Notre président serait un insupportable optimiste, déconnecté de la gravité du monde réel, insuffisamment actif, et manquant du charisme napoléonien qui sied à la fonction présidentielle.

Fichtre.

La charge est facile, presque crédible, parfois insupportable. 

1. Première accusation, il serait auto-satisfait. Est-il sûr de confiant dans son action ? Assurément. Est-il optimiste ? Autant qu'on peut l'être. Est-il convaincu d'avoir raison ? On peut l'espérer. Mais là n'est pas seulement le reproche de Marianne. Il serait le ravi de la crêche ? C'est-à-dire quelqu'un aussi heureux d'être là qu'indifférent au sort de ses concitoyens, aussi satisfait de sa situation qu'il sous-estime, ignore, ou nie l'ampleur des difficultés, des souffrances, des obstacles des autres.

2. Seconde accusation, Hollande ne fait pas assez leader. Il "surfe". Ce n'est pas tant son action que sa posture qui dérange. "Il ne porte pas le costume, le costume le porte". Certes, l'hebdo se défend de réclamer un Napoléen de pacotille. Mais il résume son avis d'une formule belle mais creuse: "Il va là où il est." Car "Hollande ne projette pas. Ni sa personne, ni ses idées." Marianne, hebdo du débat républicain, réclame sans le dire un Napoléon de pacotille. L'antisarkozysme a-t-il fait trop de ravages ?

3. Troisième accusation, "Hollande ne fait pas grand chose (et donc rien de vraiment mal)".
 L'hebdo loue quelques initiatives, "la fin du cumul des mandats, l'instauration du principe de transparence, voire l'accord sur la flexibilité de l'emploi", mais l'actuel président serait immobile, l'agitation sarkozyste en moins.

4. Quatrième accusation, celle qui porte le mieux mais qui est aussi la plus faiblement développée: Hollande croit qu'un retour à la croissance suffira. Son appel à la "reprise" qui "est là", ce 14 juillet, était étonnant. Non pas tant que la reprise ne soit pas là. L'important est ailleurs: la croissance, au sens de ce modèle qui a porté le développement du monde du monde dit moderne est à bout. Cette crise, la Grande Crise, est autre chose qu'un soubresaut temporaire. Hollande est ainsi fidèle et cohérent avec l'immense majorité de la classe politique, du monde médiatique (Marianne compris), de la société entière. Le dieu Croissance a encore trop d'adeptes.

Bref, Hollande serait heureux, sans charisme et inactif... Fichtre... 

En fait, Marianne prend l'écume pour le fond, confond l'agitation médiatique à laquelle nous participons tous avec les innombrables réformes, bonnes ou mauvaises, que ce gouvernement conduit depuis un an. L'article, d'ailleurs, effleure le problème.

Le débat politique ne joue plus son rôle. Le commentaire médiatique non plus.

On préfère ruminer le sort de 20.000 gens du voyage - un sujet de feuilleton médiatique ô combien précieux pour une fraction de la gauche et une droite déboussolée (2) - plutôt que de s'acharner à analyser et réfléchir sur les 141.500 personnes, dont 30.000 enfants, sans domicile en France. On adore grossir les sinistres a-côtés d'une catastrophe ferroviaire plutôt que de s'interroger sur les plus grandes difficultés d'accès à l'alimentation en France. On en fait des caisses sur une ministre limogée, le nouveau timbre de Marianne, ou la dernière petite phrase politique du jour. Nos enquêteurs et blogueurs des temps modernes passent davantage de temps à scruter le plus grotesque de Twitter qu'à dépouiller les projets de loi. Considérez l'incroyable débauche d'énergie à commenter comment Hollande a "rompu" sa promesse en rencontrant des députés socialistes, voire, pire, des responsables de la majorité ! Qui peut croire que les Français s'en soucient ?

Imaginez que nos médias s'emploient avec la même persévérance, le même souci du détail, la même énergie de répétition à enquêter sur tous les ressorts et conséquences de la loi Duflot, sur la réforme des aides aux étudiants, sur le CICE (dont on "découvre" aujourd'hui qu'il sera insuffisamment contrôlé). La plupart des mesures du quinquennat ont été évacuées par paresse ou facilité, subjectivité ou a priori.

Où est passé cette persévérance à fouiller, révéler, détailler les (mauvaises) réformes que nous avions en Sarkofrance ?

Prenez même la loi bancaire. Cette dernière, qui vient d'être votée, a fait l'objet d'un service plus large que d'autres. Et pourtant, quel massacre ! Le débat fut vorace mais finalement en surface: il s'est d'abord immédiatement attaché à attaquer le renoncement du gouvernement avant-même que la loi ne fut débattue. Ce procès était d'abord d'intentions. Pierre Moscovici ne devait pas réussir puisqu'il était "mouillé". La Hollandie comptait trop de "compromis" en son sein. Lors de son passage à l'Assemblée, le dialogue sembla de sourds. Il y avait ceux qui se réfugiaient derrière une formule de campagne ("mon ennemi, c'est la finance") pour fustiger la loi car elle ne démembrait pas nos banques. Qui mesure l'incroyable délabrement du débat public qui fait rendre des "slogans" de campagne pour des lois ? Aurait-on pu débattre d'alternatives ? En juillet, neuf mois après les premiers débats, la loi est définitivement adoptée. Mais nos médias (sauf Marianne, Politis ou le Monde Diplomatique) en sont à compter le nombre de smartphones dérobés en marge d'une catastrophe ferroviaire.

La faute des médias ? L'accusation est ancienne et facile, mais elle se justifie chaque jour. Nos médias se jettent sur le futile s'il présente bien; préfère le sensationnel s'il se vend facilement. Nos médias traitent mal le monde qui nous entourent.

Marianne pourrait marquer des points en fustigeant la "tentation sociétale", c'est-à-dire réduire l'action gouvernementale à l'amélioration de nos libertés publiques (mariage gay, égalité Femmes/Hommes) aux détriments d'une politique sociale d'envergure. Le mariage gay a obscurci l'actualité gouvernementale du début du quinquennat. Mais il suffisait d'être attentif.

Marianne pourrait marquer des points en se faisant l'écho, comme elle l'a fait parfois, des critiques "de gauche" contre la politique gouvernementale. Mais louer l'un des accords les plus inutiles et certainement politiquement néfaste qu'est celui sur la flexibilité de l'emploi comme l'une des rares réelles mesures de cette équipe est assez surprenant. Ne refaisons pas le débat, mais ce dernier a été ô combien incomplet. Qui peut croire que les entreprises n'embauchent pas à cause des rigidités du marché de l'emploi ? Analyser ces prétendus "obstacles" auraient été un joli dossier.

Hollande énerve la droite sarkozyste pour deux raisons: cette dernière ne tolère pas la défaite, les procès outranciers et séditieux contre la légitimité de l'élection de 2012 en sont une triste illustration. Et elle s'agace qu'il puisse réussir sur les terrains où elle réclame une supériorité historique indue, la sécurité et la maîtrise des comptes.

Hollande désespère une gauche qui préfèrerait une autre relève qu'elle ne sait pourtant pas qualifier précisemment.

Hollande est en passe d'accomplir une révolution, la seule qui lui tient à coeur pour quiconque suit avec un peu d'honnêteté son parcours, une "juste"  remise en ordre des comptes publics. Une telle ampleur n'a jamais eu lieu en France depuis la guerre. La loi de finances rectificative de juillet 2012, puis la loi de finances 2013 ont rééquilibré d'environ 37 milliards d'euros le budget annuel de l'Etat. On pourra juger cela insuffisant (cf. nos agences de notation ou la Commission Bruxelloise), injuste (la droite, la gauche), austéritaire (la gauche), mais cet effort est réel et inédit.

C'est de l'équilibrisme. C'est évident.

Mais c'est tout sauf anodin.





Lire aussi:




(1) qui héberge le blog Sarkofrance, saison 2.
(2) Nulle envie ici de minorer les difficultés des gens du voyage, mais simplement de remarquer l'écart de traitement entre un phénomène massif - le mal logement - et un autre aux contours plus restreints. 

21 juillet 2013

Trappes ou Brétigny: les barbares de la diversion agitée.

La rumeur ne s'éteindra pas. Un homme politique, paraît-il candidat à l'élection présidentielle à plusieurs reprises, s'est permis d'affirmer, sans davantage de preuve, qu'il savait "de source sûre" qu'il savait que les "victimes avaient été dépouillées" après le déraillement du train de Brétigny-sur-Orge.

On imagine que la police l'interrogera. Cette histoire reste sans fin, et pourtant, il suffit de s'en tenir à ce que l'on sait:

1. Une déléguée d'un syndicat de police classé à droite, Alliance, a rapidement accusé des "jeunes" d'avoir caillassé les forces de l'ordre qui avaient interrompu un pillage collectif des victimes du drame.
"Sur Europe 1, c'est une déléguée du syndicat de police Alliance qui a fait état de la présence, un quart d'heure après la catastrophe, d'un groupe de jeunes "qui semblaient porter secours aux victimes". Mais, selon elle, les policiers sur place "se sont rendus compte que ces individus étaient présents pour dépouiller les victimes et notamment les premiers cadavres". (source: Le Monde)
2. Aucune confirmation ni témoignage n'est venu conforter cette thèse, près de 8 jours plus tard.

3. Les journalistes les plus rapidement sur le terrain ont nié tout "pillage de cadavres par des hordes de jeunes". Un rapport de la direction centrale des CRS semble confirmer les dires de la déléguée. Problème, les CRS sont arrivés une belle heure et demi après le drame...
"Un rapport de la Direction centrale des compagnies républicaines de sécurité (DCCRS), révélé jeudi par Le Point , évoque non seulement des «jets de projectiles» après le déraillement du train, mais aussi des «vols d'effets appartenant aux victimes»." source: Le Figaro
4. Quatre plaintes pour vols ont été déposées par des personnes bien vivantes dont un médecin urgentiste qui se serait fait voler son smartphone, et une "jeune voyageuse" qui "s'est aperçue seulement après l'accident de la disparition" d'objets "personnels". Le Figaro cite un témoignage de passager:
Difficile, dans la pagaille, de faire la différence entre «des jeunes qui voulaient aider et d'autres venus pour voler», soulignent les policiers. «Certains sont venus nous aider à sortir des wagons, raconte d'ailleurs Jean-Robert Baroux, l'un des passagers. En revanche, à la sortie de la gare, alors que je parlais à un journaliste, un jeune a mis la main dans le sac de ma compagne.»
5. Six personnes ont finalement été interpellées.

Puis il y eu Trappes, un autre fait divers dramatique, sans mort cette fois. Quelques twittos se sont excités avant autant de rapidement qu'un animateur de chaîne d'info contraint d'alimenter son flash. Toute la journée de samedi, même la radio France Info nous expliquait donc - les guillemets désignent les formulations de la station - que des "affrontements" avaient eu lieu, en "trois vagues" dans la nuit de vendredi à samedi, contre un commissariat de Trappes. En cause, des policiers avaient tenté de "verbaliser" une femme portant le voile "intégral", chose interdite en France. Le mari de la dame aurait essayé "d'étrangler" le ou les policier(s). "Deux cents à deux cent cinquante personnes" auraient participé à l'assaut. Une résidente qui "habite à 200 mètres du commissariat" témoigne... qu'elle a entendu "comme des pétards" mais qu'elle n'a "rien vu" (sic!). Une chaîne d'info file enregistrer le témoignage d'un autre gars qui trouve normal d'aller "défendre ses frères".

Samedi soir, les caméras de nos chaînes nationales étaient là pour filmer les cars de CRS dépêchés sur place. 

Nous avions donc la confirmation de l'effroyable: les barbares de la diversion agitée étaient bien à l'oeuvre. 

C'était l'été, il fallait du pain et des jeux.