5 juillet 2013

Chroniques espérées: après l'antisarkozysme.

 Les mots n'ont plus de sens.

Le débat politique se nourrit sur deux chemins parallèles, que se contredisent parfois. Celui des idées, des principes, des positions qui guident l'esprit et la morale. Celui de l'action, de la mise en oeuvre ou en pratique, de la confrontation au réel.

Le débat politique n'a de sens que si les mots ont un sens, si l'on sait nommer ce que l'on voit, ce que l'on sait, ce que l'on vit. Or force est de constater que la France de 2013, malgré une année de sevrage sarkozyste, s'est encore plus profondément enfoncée dans une confusion parfois totale.

La droite classique n'a plus rien de classique. Elle continue de se dissoudre lentement dans le Front national. A force d'user et d'abuser des mêmes diversions électorales – immigration, identité, insécurité-, elle valide peu à peu les instruments idéologiques de la frange la plus ancienne et la plus détestable de notre communauté.

La gauche n'est pas mieux lotie. Celle du pouvoir assume une gouvernance difficile sans voir qu'elle s'éloigne de son électorat sur quelques fondamentaux couteux. Celle d'opposition croit utile de surjouer l'outrance pour provoquer la prise de conscience. La seconde accuse la première d'être l'antichambre d'un néolibéralisme violent ou, pire, de la Réaction fasciste. On pourrait pleurer de cette guerre des gauches qui débute par un dialogue de sourds.

Les mots n'ont plus de sens. D'un bord à l'autre, parfois proches, les mêmes formules ne désignent plus les mêmes phénomènes. Les constats ne sont plus partagés. Le seul point d'accord est d'être en désaccord systématique.

La démarche de Sarkofrance était de convaincre le plus grand nombre que Nicolas Sarkozy avait tort. Passés quelques moments de flottements euphoriques, les victorieux de 2012 ne doivent plus convaincre qu'Hollande a raison mais chercher les points d'alliance et de convergence. La période est à la nostalgie. A défaut de comprendre le futur, on aime se réfugier dans l'histoire: le Front populaire de 1936, le Conseil National de la Résistance de 1944, la victoire de 1981, le faux « tournant » de 1983, le drame du 21 avril 2002.

Justement, l'histoire nous apprend que la gauche et la France n'ont jamais gagné par la division.

Jamais.







Billet publié sur 365mots.com. Merci à Custin d'Astrée. 

7 commentaires:

  1. "Le seul point d'accord est d'être en désaccord systématique." Voilà.

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  2. Très bon article.

    Reste à savoir, pour chaque blogueur, où il se situe: dans le débat d'idées, ou dans le militantisme politique; les deux me semblent inconciliables.

    On peut très bien militer dans la vie réelle, et rester dans le domaine des idées sur son blog; mais ce n'est que ma position personnelle.

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  3. Si "les mots n'ont plus de sens", les actes, eux, en ont encore un. Ainsi en est-il du projet d'accord de l'UE avec les USA, porté par les sociaux-libéraux français. Obama donne un éclairage très cru à ce marché de dupes en déclarant : « Cet accord donnera plus de pouvoir à nos multinationales ». Bravo donc à l'UE et au pouvoir français prétendument de gauche qui continue à déréguler et à suivre la politique du pire. Bientôt viendra le temps où les électeurs les renverront à leurs chères études.

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    1. Demos: je ne crois plus au réveil spontané des peuples. Il faut y participer pour qu'il y participe.

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  4. "...je ne crois plus au réveil spontane des peuples."

    Moi non plus, je propose d'envoyer des lacrymo aux dictateurs pour mater les débordements.

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  5. Tout rassemblement à gauche ne pourrait se faire qu'autour du Front de gauche .... si les mots ont encore un sens ... Cautionner toute autre éventualité est un contre-sens et contribue ainsi à vider les mots de leur sens !

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