11 juillet 2013

Grand Emprunt sarkozyste contre Investissements d'Avenir de Ayrault

 Il n'y a plus d'argent dans les caisses. Mais le gouvernement a quand même trouvé 12 milliards.

Retour sur un ancien gadget, le "programme d'investissement d'avenir" aujourd'hui convoqué pour ressouder une majorité.

De l'arnaque Sarkozy...
Quand Nicolas Sarkozy, alors président, avait lancé son Grand Emprunt, en décembre 2009, on raillait cette mystification divertissante. L'ancien monarque avait lancé l'idée en pleine crise, quelques mois après le Grand Crash boursier de l'automne 2008. Il s'agissait d'éviter un plan de relance et toute mesure sociale. Des manifestations mobilisaient beaucoup de monde pour réclamer autre chose que cet affichage pompidolien. Sarkozy installa une "commission" fin août. Finalement, le Grand emprunt arriva. Il ne fut pas de 100 milliards d'euros comme le désirait Henri Guaino, ce conseiller si spécial qui prenait l'ex-maire de Neuilly pour un nouveau de Gaulle. Il ne fut pas de 35 milliards d'euros comme on le prétend encore aujourd'hui. L'effort réel, qui s'ajouta à un endettement public qui pulvérisait tous les records, fut de 22 milliards.

Vingt-deux milliards que Nicolas Sarkozy utilisa ensuite comme une cagnotte à annonces pour chacun de ses déplacements provinciaux entre 2010 et 2011 quand il s'agissait de marcher vers sa réélection. Sarkozy investissait dans son avenir.

Par vague, tour à tour, ses ministres annonçaient les heureux gagnants de cette sélection "d'excellence". Car la démarche, proposée par l'improbable duo Michel Rocard/Alain Juppé qui co-présidaient la commission conciliante nommée par Sarkozy, se voulait innovante: ces 35 milliards allaient être dépensés après des appels à projets "ciblés", évalués par un "jury indépendant".

Trois ans plus tard, à peine 5 milliards d'euros auraient été engagés.

La belle arnaque...

Certains ministres du gouvernement Hollande ont été très surpris de constater que l'argent n'avait pas été dépensé. Ainsi la ministre de l'Enseignement Supérieur Geneviève Fioraso s'est-elle étonnée qu'aucun des 13.000 logements étudiants décidés en 2010 avec notamment 1,3 milliards d'euros du Grand Emprunt, n'avaient été construits. La belle arnaque !

Sa collègue de l'Economie Numérique, Fleur Pellerin, fut tout aussi surprise de découvrir que le "plan très haut débit" si cher à Nicolas Sarkozy, avec son objectif de 100% de logements fibrés à l’horizon 2025, n'en était resté qu'au stade de l'annonce... Elle commentait la supercherie en mars dernier: "Sur 1,9 milliard d’euros du «grand emprunt» consacrés au très haut débit, 900 millions seulement étaient destinés aux zones les moins rentables. De plus, moins d’un tiers de cet argent a été dépensé. Ils n’avaient prévu ni équipe - cinq personnes à temps partiel ! - ni le moindre pilotage du dossier." La  Cour des comptes avait aussi pointé sur l'absence de financement en matière de fibre optique, dans un rapport rendu en avril 2013.

Bref, il y avait des besoins.

... au jouet hollandais
Quand François Hollande est élu, il ne casse pas le jouet. Après quelques mois, il nomme même Louis Gallois, haut commissaire pour s'en occuper. Finalement, Hollande aime le PIA, le Programme d'Investissement d'Avenir

Mardi 9 juillet 2013, roulement de tambours à l'université Pierre et Marie Curie. Jean-Marc Ayrault promet une nouvelle tranche. Il paraît bizarrement trop bronzé. Il a le verbe toujours théâtral: "je suis venu vous parler de la France de demain". On est content. "La France ne subit pas les évènements, elle a un destin, elle a une politique". Il est assez probable, comme en 2010 au plus fort de la Grande Crise, que les Français aimeraient qu'on leur parle d'aujourd'hui. Le vocabulaire sarkozyste de 2009 ne craignait plus le ridicule. Celui de Jean-Marc Ayrault, si ce dernier n'y fait gaffe, est en bonne voie de le rattraper.

Mais les ambitions du "nouveau programme d’investissements d’avenir" dénommé PIA 2, avec ses 12 milliards d'euros, sont nobles, évidémment. "50% concerneront directement ou indirectement la transition énergétique, plus de 3,5 Mds € seront consacrés aux universités". Les autres priorités concernent l’industrie de demain et l’innovation, le numérique, la santé, "l’excellence technologique". N'en jetez plus !

Cela donc de l'affichage politique, évidemment.

Cette annonce était devenue depuis quelques jours un enjeu politique. Ce jeu est agaçant, pénible, digne de Sarkofrance. Le limogeage psycho-dramatique d'une jeune ministre socialiste à l'Ecologie la semaine précédente avait crispé les alliés écologistes. Ces derniers réclamaient des preuves d'amour ! Il fallait prouver que la présence des écologistes dans l'alliance gouvernementale était utile à l'écologie. Pascal Durand, le secrétaire national d'EELV, s'évertuait sur tous les plateaux radiotélévisées de clamer cette exigence d'utilité.

Notre monde politique est ainsi fait et discipliné par la dictature de l'image qu'il se contraint à suivre cette course stupide à l'échalote politique. Les Verts aussi ont besoin d'affichage, peut-être plus que d'autres encore tant leur "cause" nécessite un temps long.

Les écolos, ce mardi, auraient dus être satisfaits. Ils avaient leur cadeau: la moitié des 12 milliards annoncés seraient consacrés à la fameuse "transition écologique".  Pascal Durand exulte (un "excellent signal"), Cécile Duflot ne dit mot. Noël Mamère, député écologiste, s'agace: Ayrault fait de la "calinothérapie écologiste", d'après lui. Pour son collègue du Sénat Jean-Vincent Placé, cela ne suffit pas. Il veut 3% ... d'augmentation du budget du ministère de l'écologie, soit... un peu moins de 300 millions d'euros. Le gars réclame 300 millions d'euros sur ce périmètre sinon... "nous en tirerons toutes les conséquences". Fichtre !

Revenons à nos moutons d'avenir, pardon, nos investissements. La méthode Hollande/Ayrault innove un peu et enfin.

Primo, le premier ministre est chargé de l'annonce. On reste fidèle à la méthode Hollande, que l'on avait cru un temps amendée, celle qui consiste à placer le premier ministre dans le rôle qui est le sien, gouverner. Du coup,  ces investissements d'avenir redeviennent ce qu'ils auraient toujours du rester, une modalité de plus et sans plus de l'action gouvernementale. Ayrault normalise le gadget présidentiel sarkozyste.

Secundo, Ayrault amende la méthode: il invente l'éco-conditionnalité dans les critères de sélection des projets d'investissement. On se pince: nos anciens investissements dits d'avenir et d'excellence n'étaient donc pas eco-conditionnés.

Tertio, ce n'est plus un Grand Emprunt. Sarkozy abusait de l'image de l'Emprunt de guerre, le "Grand Emprunt". Ayrault n'évoque que des investissements. Car ces derniers seront principalement financés par des prêts plutôt que des subventions ou des avances remboursables.

Quarto, cette nouvelle tranche de 12 milliards d'euros est correctement programmée: elle est proposée au moment où la séquence budgétaire débute. En 2009, Nicolas Sarkozy avait balancé le projet en décembre 2009. Le budget de l'année venait d'être adopté qu'il était déjà obsolète de 35 milliards ! Cette fois-ci, on remerciera Ayrault d'un professionnalisme qui tranche d'avec l'amateurisme de l'ancien monarque.





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13 commentaires:

  1. "Il n'y a plus d'argent dans les caisses. Mais le gouvernement a quand même trouvé 12 milliards." Faut expliquer qu'il va vendre ce qu'il reste des bijoux de famille.

    Franchement j'étais là quand Sarkozy gouvernait, je l'ai vu faire et me rappeler chaque jour à chaque billet quel butor il fut ne rend pas les socialistes plus intelligents, meilleurs gouvernants, et gens plus sages.

    Ainsi il est traditionnel que les grands investissements qui sont décidés un temps T ne se réalisent pas dans la minute pour de multiples raisons techniques.

    Nous verrons à la fin de ce quinquennat ce qui a été fait et réellement investi et si cette nouvelle fadaise d'Ayrault, "l'éco-conditionnalité" qui semble contenter aujourd'hui les Verts. C'est à croire qu'ils ne méritent pas plus que le score de Madame Joly à la dernière présidentielle. Il est à craindre que bientôt on verra la recherche, puis l'exploitation des gaz de schiste défendus par Duflot dès lors qu'elle pourra rester au gouvernement ou diriger une agence gouvernementale d'importance repeinte en vert pâle.

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  2. Il est beau le camembert, très très beau. On reconnait la patine d'énarques qui gribouille en atttendant de diriger une banque dans 5 ans. C'est les même qui annoncent une baisse du taux du livret A outrancière qui donnera au gouvernement l'occasion de jouer les généreux en MODERANT la baisse, ils nous font toujours le coup avec les cigarettes aussi, toujours la même guignolade.

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  3. JOUEZ AU CON D 'ENARQUE - faites comme moi.

    Marcher dans les rues sera partiellement payant, je propose de faire un prix d'entrée a Paris-Plage qui rentrerait alors dans le cadre des parc d'attraction.
    Le seconde etape est la privatisation mais l'installation serait toujours effectue par les services de la ville de Paris donc payée par les impôts locaux.

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    1. @Justice, rien ne sert de railler ainsi les énarques. Il y a davantage d'abrutis non-énarques puisque statistiquement les non-énarques sont plus nombreux que les énarques.

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    2. Essaye pas de m'enpapaouter avec la méthode de mémé Todd, toi .

      Électricité +10%
      gaz + 10%
      cigarette +8%
      cocacola de mon supermarché +25%

      Inflation selon INSEE 1%, ils vivent sur la lune a l' INSEE ou quoi ?

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  4. Jeudi 11 juillet 2013 :

    330 milliards d’euros. La fortune totale des 500 Français les plus riches a progressé de presque 25 % en un an. De quoi donner le tournis. Et fournir quelques arguments à une France qui a toujours détesté ses riches, surtout en période de crise.

    Jamais depuis 1996, année où Challenges a lancé son classement des "500", leur fortune globale n’avait atteint de tels sommets.

    En une décennie, ce chiffre a plus que quadruplé, alors que le produit intérieur brut (PIB), lui, n’a fait que doubler.

    http://www.challenges.fr/classement/20130709.CHA1933/classement-niel-free-rejoint-arnault-et-bettencourt-au-top-10-des-plus-grandes-fortunes-de-france.html

    Je relis cette phrase :

    "La fortune totale des 500 Français les plus riches a progressé de presque 25 % en un an."

    Et je relis ces chiffres :

    En 1985-1986, les Restos du Cœur ont distribué 8,5 millions de repas.
    En 1987-1988, les Restos du Cœur ont distribué 22 000 000 de repas.
    En 1991-1992, les Restos du Cœur ont distribué 29 000 000 de repas.
    En 1994-1995, les Restos du Cœur ont distribué 50 000 000 de repas.
    En 1996-1997, les Restos du Cœur ont distribué 61 000 000 de repas.
    En 2005-2006, les Restos du Cœur ont distribué 70 000 000 de repas.
    En 2006-2007, les Restos du Cœur ont distribué 81 700 000 repas.
    En 2007-2008, les Restos du Cœur ont distribué 91 000 000 de repas.
    En 2008-2009, les Restos du Cœur ont distribué 100 000 000 de repas.
    En 2009-2010, les Restos du Cœur ont distribué 103 000 000 de repas.
    En 2010-2011, les Restos du Cœur ont distribué 107 000 000 de repas.
    En 2011-2012, les Restos du Cœur ont distribué 115 000 000 de repas.
    En 2012-2013, les Restos du Cœur ont distribué 130 000 000 de repas.

    Nous n'en sommes pas encore au moment précis où l'élastique se brise.

    Mais ce moment approche.

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    1. C'est le système qu'on appelle le système des vases communicants, ceci dit sans ironie, ni cynisme aucun.
      Juste histoire de rappeler les fadaises racontées par les privilégiés et leurs laquais. Vous connaissez sans doute la théorie du ruissellement qui affirme que les revenus des individus les plus riches sont réinjectés dans l'économie, contribuant ainsi à l'activité économique générale et à l'emploi dans le reste de la société, ce qui conduit naturellement (la loi naturelle de la jungle) à prouver que les impôts sont nuisibles.
      Vous pouvez si nécessaire y ajouter l'argument selon lequel l'enrichissement récompense l'initiative, le travail, le courage (au choix ou en cumulé).

      Elle est pas belle, la vie ! Les riches s'enrichissent et les pauvres en profitent. Malheureusement, les pauv', y sont ingrats, y voudraient t'être à la place des riches, v'là tout.

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  5. En désaccord complet avec cet article:

    -autant les déficits pour assurer les dépenses de fonctionnement sont inacceptables et mènent dans le mur ( assurance-maladie, retraites, etc.),

    -autant les déficits pour l'investissement constituent sans doute la meilleure façon...de lutter contre les déficits.

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    1. Un milliard par an, c'est même pa l'épaisseur d'un trait de crayon. Il n'y aucun chance de le voir sur un Powerpoint.

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  6. Hollande est aussi à gauche qu'Obama. Le réveil est difficile et il enfonce le clou des libéraux chaque jour. Il tape fort et amuse la galerie comme un certain bonimenteur. Ah, au fait Moscovici est maintenant contre la taxe sur les transactions financières, ça pourrait déstabiliser les marchés comme scinder les banques. ça va taper fort aux municipales. S'agit il d'un manque de courage politique ou d'un véritable alignement choisi sur les (néos)libéraux ? Pourquoi parlent-ils encore de la gauche ?

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  7. Hollande est aussi à gauche qu'Obama. Le réveil est difficile et il enfonce le clou des libéraux chaque jour. Il tape fort et amuse la galerie comme un certain bonimenteur. Ah, au fait Moscovici est maintenant contre la taxe sur les transactions financières, ça pourrait déstabiliser les marchés comme scinder les banques. ça va taper fort aux municipales. S'agit il d'un manque de courage politique ou d'un véritable alignement choisi sur les (néos)libéraux ? Pourquoi parlent-ils encore de la gauche ?

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  8. Comment peut-on qualifier un projet d'investissement d'avenir qui se monte à 12 Mds d'euros sur 10 ans et qui représente 0.2% du budget annuel de la France ? Impossible si je veux rester dans les limites de la politesse élémentaire. Chacun jugera.

    Par ailleurs et ce n'est pas une plaisanterie, le budget 2013 de notre pays est grevé par deux dépenses européennes, l'augmentation de capital de la Banque européenne d'investissement (1,6 milliard) et la dotation au Mécanisme européen de stabilité, le fonds de secours de la zone euro (3,3 milliards) alors que des coupes sombres dans les dépenses et des augmentations d'impôts et de taxes frappent les ménages, donc la consommation.

    Quand et qui va siffler la fin de la partie ? Là est la question.

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