19 juillet 2013

Hollande et son "Off" avec 100 journalistes


L'expérience était inédite, inattendue, et même drôle. François Hollande a dîné avec une centaine de journalistes pour une rencontre qualifiée de "Off". Dans le jargon, cela veut dire que la parole présidentielle n'est pas censée être rapportée telle quelle. Hollande parle pour expliquer, donner du sous-texte et de la perspective. Sans surprise, des critiques se sont exprimées contre l'opération. Qu'un président rencontre des journalistes, quelle horreur ! Quelle collusion !

Le dîner n'était pas à l'Elysée, ni même initié par la Présidence de la République. Il était organisé par l'Association de la Presse Présidentielle, à la Maison des Polytechniciens, dans le bourgeois 7ème arrondissement de Paris. Il dura trois heures. D'après l'AFP, Hollande fut le premier des présidents de la Vème à accepter l'invitation.
"Etre un bon président, c'est de permettre au suivant de réussir" (propos tweeté par Carole Barjon, Nouvel Obs)
Rencontrer autant de journalistes en une seule fournée permet assurément de neutraliser les faux scoops que certains aiment publier dans la foulée d'un entretien Off traditionnel. Combien de "fuites" volontaires ou pas ont-elles ainsi dégénéré en couacs ? La parole est cette fois-ci directe et collective. On évite aussi à de nombreux journalistes étrangers de recycler ce qu'ils lisent dans le Figaro.

Les "Off" sont fréquents, en particulier lors des voyages officiels. La nouveauté ici-bas fut que le "Off" était l'objet même de ce dîner estival.
"Ce qui m’a frappé quand je suis revenu, c’est que rien n’avait changé, le même mobilier, parfois les mêmes huissiers et le même silence (…) Un jour j’ai reçu François Bayrou dans le cadre de consultations. Je lui dis : 'Qu’est-ce que vous voulez prendre?'; il me dit : 'Un jus de pamplemousse, il existe toujours?' 'Oui, il existe toujours'."  (Hollande, cité par Cécile Amar, JDD)
Sans surprise, nombre de participants se sont confiés sur Twitter en "direct". On a photographié le menu (Terrine de canard et foie gras, filet de poulet et subric de petits pois, bouillon de lard fumé, fromages et "bouquet de salade", sablé breton et blanc-manger, le tout servi avec du Pigmentum, Ugni blanc Colombard 2012 et du Château Haut-Perringue, Côtes de Bourg 2008). Les quelques clichés des lieux montraient un président assailli par des journalistes en grappe.
"Certains me disent : 'Ah Pilhan, ça c’était de la com.'On pouvait attendre des semaines et après le tonnerre de Zeus, s’abattait. Je dis Zeus, à l’époque c’était pas Pépère, c’était Tonton. Mais ce n’est plus possible." (Hollande, via le JDD)
Sur le fond, François Hollande réaffirme sa confiance. Comme souvent, il parvient à déminer d'une formule, ridiculiser d'un bon mot des centaines de commentaires futiles. Il paraît plus lucide et distanciée avec sa propre réalité que nombre d'éditocrates. Là où certains sur-abusent de commentaires et d'interprétations, le président évacue d'une formule.  La "présidence normale" ? Un concept "vieux et ancien". Est-il inquiet des tensions dans le pays ? Ben oui. Les divisions de sa majorité, notamment au Sénat ? Il ne faut "pas vivre chaque vote" négatif "comme un problème pour la majorité". Et "il y a toujours des doutes dans la majorité mais que nos sorts sont liés. On est tous ensemble." L'inversion de la courbe du chômage ? "Si j'ai raison, c'est formidable pour moi. Si j'ai tort, j'aurai pris mon risque."

Il reste convaincu qu'il faut réduire les déficits ("Avec 7 points de déficit, on allait mieux ?").

Florilèges de tweets.
"On n'est pas dans la situation de 1997 d'une croissance forte." (Hollande, via Sabine Wibaux, AFP)
"Ce n'est pas l'histoire de la France qu'il faut rappeler, c'est le récit de la France de demain" (Hollande, via Sabine Wibaux, AFP)
"Hollande très préoccupé par la forte poussée des populismes en France" (Hollande, via Philippe Goulliaud, Le Figaro)
"Vous pensez que Sarkozy ira jusqu'au bout et se représentera ? - Je ne sais pas, il ne m'a pas fait de confidences" (Hollande, via Ludovic Piedtenu, France Culture)
"Nous sommes sortis de la crise de la zone euro (...) Et maintenant, nous sommes sortis de la récession" (Hollande, via Pierre-Alain Furbury , Les Echos)
"Il ne s'agit pas seulement d'être au pouvoir, c'est prendre le pouvoir" (Hollande, via Ludovic Piedtenu, France Culture)
"Pourquoi les Français adhéreraient-ils à une politique qui ne se traduit pas encore par des résultats probants ?"(Hollande via Thomas Wieder, Le Monde)

6 commentaires:

  1. Il avait une beau costume Ludovic Piedtenu mais qu'est ce qu'il fait comme pets !

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  2. Pour les blogueurs, on exige le "off" "off"?

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  3. Sur l'inversion de la courbe du chômage : "Si j'ai raison, c'est formidable pour moi. Si j'ai tort, j'aurai pris mon risque."
    C'est lui qui prend un risque ? Qu'est-ce qu'il risque ? D'être ridicule ? Qu'il se rassure, il l'est déjà, et puis on dit que ça ne tue pas.
    Nous, en revanche, nous risquons de nous retrouver à la rue ou dans la précarité.

    Cette impression terrible que le sort de 60 millions de personnes est entre les mains d'un minable petit flambeur de poker...

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    1. "d'un minable petit flambeur de poker"

      Il faudra des dizaines de Juan pour sauver le soldat Hollande ;)

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