25 juillet 2013

Les 6 victimes des évènements de Trappes

Moins d'une semaine après les "évènements" de Trappes, les dégâts sont symboliques mais nombreux, politiques et sociaux mais larges. Tout le monde, ou presque, en prend malheureusement pour son grade.

Victime #1: Manuel Valls. 
ça chauffe pour le ministre de l'intérieur. Sa "méthode" - assumer un discours de fermeté sans davantage de mesure que celui d'un ancien ministre de l'intérieur dénommé Sarkozy - fait débat, mais cette fois-ci encore, elle heurte. Il a certes attendu deux jours avant de se rendre sur place, moins agité qu'un de ses prédécesseurs. Il fut interpellé par une habitante, largement et longuement filmée par les caméras. On ne retiendra pas grand chose de ce détail, sauf que le ministre a perdu finalement son calme, à la quatrième minute. Et pourtant la dame ne cessait de répéter combien Valls avait raison de ramener l'ordre dans sa cité. Le vrai sujet était ailleurs.

Valls était coupable d'avoir trop rapidement félicité/soutenu/applaudi les forces de l'ordre. A Trappes, il était impatient et méprisant.

Il ne s'agissait pas d'accuser ni de féliciter mais d'attendre a minima de savoir ce qui s'était passé. Et d'avoir la patience d'entendre que les policiers à l'origine du fait initial sont doublement accusés: (1) d'avoir agressé verbalement au moins le couple interpellé et ses proches présents; (2) d'avoir refusé de prendre leur plainte au commissariat ensuite.

Victime #2: L'"UMPFN"
UMP et FN se sont évidemment et trop rapidement réjouis par une salve de communiqués, quelques heures à peine après l'évènement, de l'inefficacité de la méthode Valls et de cette nouvelle manifestation d'une prétendue attaque contre la laïcité.

La réacosphèren'est pas en reste. Quelques militants d'extrême droite ont multiplié les publications de fausses informations sur les réseaux sociaux (Twitter, Facebook): la manoeuvre qui consistait d'envoyer, à chaud, des clichés de violences urbaines et autres de précédents faits divers ou graves (2005) en faisant croire qu'il s'agissait de photographies de ce qui se passait à Trappes était grossière, mensongère, disqualifiante. Ces nouvelles "Racailles" de la République sont désormais connues, exposées, dévoyées.

Glapir ainsi si vite était triste, dangereux, et somme toute très peu républicain.

Victime #3: les médias d'information continue
Une seule version des faits a tourné en boucle sur nos chaînes et radios d'information vendredi et samedi dernier, elle était en substance celle-ci: "le mari d'une femme intégralement voilée a tenté d'étrangler un policier qui procédait à un contrôle légitime; son arrestation a attiré environ 250 personnes plutôt jeunes qui ont assailli le commissariat de Trappes la nuit durant." Il fallu attendre quelques jours, presque trois, pour que des versions contradictoires soient relayées.

C'est pourtant le B-A-BA du métier journalistique.

Victime #4: Le Figaro
Le 24 juillet, le Figaro rappelle combien la gauche d'opposition avait critiqué la droite de gouvernement lors des émeutes de 2005. Il s'agissait, pour l'ex-Pravda de Sarkofrance, de déculpabiliser/légitimer l'utilisation par la droite d'aujourd'hui de ce funeste fait divers. Oser comparer les évènements de Trappes - quelques heures, des cailloux, trop de médias - avec trois semaines de violences, une déclaration d'état d'urgence par le gouvernement de l'époque, 10.000 véhicules incendiés, des bâtiments publics calcinés dans toute la France - avait quelque chose d'indécent. Rappelons aussi que le ministre de l'intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, s'était rendu à la Courneuve, caméras et journalistes en grappe autour de lui, pour fustiger les "racailles".

Victime #5: La Gauche Forte
Il n'y pas qu'une droite pour s'égarer dans le communiqué précipité. Le 21 juillet, elle déroule sa conclusion absurbe: "Trappes a connu une flambée de violence dans la nuit du vendredi 19 au samedi 20 juillet, qui n’est pas sans rappeler la vague d’émeutes qui ont enflammé les banlieues françaises à l’automne 2005". Belle comparaison spontanée ! Certes, les auteurs rappellent combien ces banlieues savent souffrir. Mais leur objectif était d'expliquer combien Manuel Valls était efficace ("Manuel Valls a fait preuve d’une grande fermeté, sans céder à la panique qui avait caractérisé l’attitude des autorités lorsque l’état de siège avait été décrété en 2005."). Là n'était pourtant pas l'enjeu. Il s'agissait simplement de rester prudent.

Victime #6: quelques Trappistes
A Trappes même, l'affaire a aussi ses victimes: la police locale d'abord. Elle est doublement accusée: agressivité voire agression contre une femme interpellée pour un fait symbolique mais non violent; et refus d'enregistre une plainte ensuite.

Le mari de la dite dame ensuite: sa défense fut filmée, le dit Mickael expliqua à une télévision locale - la Locale - combien ces contrôles sont fréquents mais qu'il est ravi de payer les amendes (sic!) à chaque fois que sa femme voilée est surprise en infraction de la loi sur le voile intégral. C'est en soi étonnant et odieux.

Enfin, qui a compris ce qui s'est vraiment passé ? Parmi les "jeunes" interpellés puis jugés, certains ont expliqué qu'ils étaient là "par hasard", ou "pour voir", à 1h30 du matin.


4 commentaires:

  1. "C'est en soit étonnant et odieux."
    en soi

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  2. L'UMPS' c plus percutant et plus évocateur que l'"UMPFN" . C qd même pas le FN qui partage le pouvoir avec l'UMP depuis 32 ans en une égale soumission structurelle à l'égard de l'UE dont on sait qu'elle est elle-même vassalisée par les Etats-Unis ! Bien essayé néanmoins

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    1. Encore une formule qui a pschitt !
      A part ça, grâce à ce cher Juan, on connaît le nom des victimes au rang desquelles ne figurent pas les provocateurs, qui doivent pourtant être au nom de la défense de la liberté individuelles des victimes pour les sociaux-libéraux.

      Préoccupation partagée par Mme Viviane Reding, commissaire européenne à la justice qui donnait il y a deux jours sur France inter des leçons de démocratie et de promotion des libertés individuelles aux auditeurs.

      Ah, la belle et douce Union européenne dans laquelle les technocrates bruxellois se subsituent aux politiques incapables de prendre en charge les vraies questions pour cause d'élections (d'après Reding).

      A quand une loi européenne pour permettre aux croyants d'exprimer leur foi en toute liberté ?

      Penser que notre pays a mis plusieurs centaines d'années à se débarrasser de la camisole de la religion pour assister à de tels querelles et spectacles a quelques chose de rétrograde et d'écoeurant.

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