11 juillet 2013

Quand il faut savoir être précis sur le dernier recul de Mosco

De quoi parle-t-il précisément ? De la taxe sur les transactions financières. L'un des sujets les plus obscurs et flous qui soit depuis une décennie.

Qui en parle ? Pierre Moscovici, devant des banquiers et représentants de la finance. L'image est belle, terrifiante.

Qui nous en parle ? L'excellente Martine Orange, de Mediapart. Elle vise juste mais elle tape trop loin. Elle accuse: "La France enterre la taxe sur les transactions financières".

C'est techniquement et factuellement faux, et il est dommage de gâcher l'autre vraie révélation - le comportement de Moscovici - avec un raccourci aussi caricatural.

Il suffit d'ailleurs de lire l'article jusqu'au bout pour comprendre que l'auteure ne confirme pas que la taxe sur les transactions financières est purement et simplement abandonnée par le gouvernement français.

1. Dans les faits, cette taxe existe déjà en France. Si, si, rappelez-vous. Sarkozy l'a créé. Enfin, presque. Il avait rétabli un impôt de bourse qu'il avait lui-même supprimé. Puis Hollande en a créé une seconde, en août dernier, pour les acheteurs d'actions d'entreprises disposant d'un siège en France. Elle devait rappeler environ 1,6 milliard d'euros en année pleine.

2. En mai, puis octobre 2012, Hollande rappelle qu'il compte bien en avoir une plus large au niveau européen dans le courant de l'année 2013. Une dizaine de pays le soutiennent. Le Royaume Uni créé la sienne. Soyons précis: avec ou sans projet européen, la taxe sur les transactions financières existe sous des formes variées en Europe.

3. Les propos de Pierre Moscovici, ministre des finances, ont été tenus devant des "banquiers, réunis dans le cadre d’un colloque organisé par Europlace, le lobby financier chargé officiellement de veiller au « rayonnement de la place de Paris »". Mediapart a totalement raison de balancer l'information. Au passage, doit-on interdire au ministre des finances de rencontrer des banquiers ?

4. Mediapart a totalement tort d'assimiler la prudence d'un ministre notoirement effrayé sur un sujet si complexe comme l'abandon pur et simple du projet lui même. Car Moscovici ne dit pas que le projet de taxe est refusé. Au contraire: "Le travail que je veux mener, c'est un travail d'amélioration de la proposition de la Commission pour mettre en œuvre une taxe qui ne nuise pas au financement de l'économie ". Il dit qu'il trouve le projet de la Commission européenne est trop difficile: "La proposition de la Commission, je lui ai fait cette remarque, m'apparaît excessive et risque d'aboutir au résultat inverse si nous ne remettons pas les choses dans les rails."

5. Attac a raison quand elle dénonce le risque que la prudence française pourrait "saborder" le projet européen. L'association est d'ailleurs précise à souhait sur les différents points qui font grincer des dents l'équipe de Mosco: taxation à l'origine, taxation des crédits à très court terme, taxation des acheteurs (et pas seulement des vendeurs), etc.

Bref, la véritable information est comment Moscovici justifie son attitude devant des banquiers, et sur quels points. Mais assimiler la chose à l'abandon d'une taxe qui existe déjà en France est assez .... cocasse.

A bon entendeur...



8 commentaires:

  1. Oui, le récit sans nuance est parfois fatiguant. Merci d'être un sage encore une fois.

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    1. mais Mosco déconne et m'effraie.

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    2. Ce qui déconne est qu 'Axel Jones d'infos war tv présente Hollande comme la nouvelle recrue des Bildeberg. Le gars est pas franchement ce qu'on appelle un complotiste, il dénonce les conditions de détention dans les prisons américaines, dénonce la NRA, les conséquences des subprimes etc...
      Il est même pour les nouvelles énergies écologiques !!!
      Alors Juan ?

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    3. Alex Jones n'est pas franchement ce qu'on appelle un complotiste ? Effectivement, si on partage ses opinions, à savoir que le gouvernement est derrière les attentats du 11 septembre, derrière celui d'Oklahoma City, entre autres. Alex Jones, le type qui a tellement perdu les pédales au cours d'une interview avec le journaliste Piers Morgan que même un fou comme Glenn Beck, qui partageait l'opinion de Jones en débat lors de l'interview, a été horrifié ?

      Alex Jones dénonce un tas de choses, c'est vrai. C'est un imprécateur dans l'âme. Il faut juste faire le tri, et vérifier si ce qu'il dit est raisonnable, ce qui doit bien arriver parfois.

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    4. Le plus ennuyeux dans l'affaire est que AJ se fout totalement de la France, lui ce qui l'interresse sont les ramifications de Goldman Sachs, ce qui a amener a foutre des millions d'américains a la rue.

      D'un autre cote, cela explique en partie l'hystérie festive au siège du MEDEF, non ?

      Hollande et Monti même combat ? That is the question

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    5. Je n'ai rien de personnel contre Alex Jones, ni contre Marcel Duchmol d'ailleurs , mais on n'a franchement besoin de personne pour voir qu'Hollande est un libéral pur jus. Quant à Moscovici, il est fidèle à lui-même. Qu'il retourne auprès de son père spirituel DSK.
      Ces socialos sont ignobles et pires que qui vous savez. Tu vois de qui je veux parler, Juan ? Le type dont est-ce que je cause est pourtant pas un cadeau.

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  2. P. Moscovici : "Le travail que je veux mener, c'est un travail d'amélioration de la proposition de la Commission pour mettre en œuvre une taxe qui ne nuise pas au financement de l'économie"
    Il n'est pas de meilleure phrase politique pour tuer et enterrer en première classe n'importe quel projet qui tente un tant soit peu de changer les choses. Il avait le choix, soit annoncer un comité d'expert sur le modèle Théodule pour réexaminer les tenants et aboutissants (mais c'est la méthode Hollande qu'il appelle la concertation), soit passer pour le bon gars qui veut mieux et refuse avec intransigeance le petit pas qui conduit sur le chemin du changement. Un grand pas dans le néant contre un petit pour avancer dans la bonne direction.
    En ce moment il suffit que n'importe quel lobby annonce qu'une mesure envisagée pour redresser les comptes sera nocive pour l'économie et l'emploi en France pour la voir ruinée aussitôt.
    C'est ce qu'on appelle sans doute le changement dans la continuité, cher à... Valéry Giscard d'Estaing.

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