31 août 2013

330ème semaine politique: où certains voudraient battre en retraite...


Il faudra bosser longtemps - 43 ans au moins. Mais dans l'immédiat, c'est la guerre qui menace. Quelques jours avant nos enfants, l'équipage politique du pays a fait sa rentrée de manière tonitruante et violente: réforme des retraites ou guerre en Syrie, choisissez.

Battre en retraite
Le projet de réforme des retraites est mauvais. Gérard Filoche le résume d'une formule: il "n'est pas digne d'un gouvernement de gauche".  Il est présenté mardi soir par le premier ministre, après une sixième séquence de consultations syndicales. Tout n'est pas ficelé mais les grandes lignes, parfois très détaillées, sont là.

On salue les avancées: la pénibilité professionnelle, sur 10 paramètres définis par les partenaires sociaux, permettra de "gagner" jusqu'à 24 mois de cotisations. On salue aussi la répartition, plus équilibrée, de l'effort. On applaudit à la meilleure comptabilisation des congés maternités, des études, des petits temps partiels, des périodes chômage non indemnisé.

Mais le gouvernement, sans surprise, allonge jusqu'à 43 ans la durée de cotisations. Comment cotiser autant quand les carrières sont heurtées, hachées, déstructurées ? Et, Hollande renie l'une de ses promesses: les petites retraites seront affectées par le report de 6 mois de l'indexation des pensions sur l'inflation. Enfin, les grosses retraites sont peu touchées.

La presse loue l'habileté. La gauche s'énerve. Quelques ministres ne voient pas la grogne, le ras-le-bol, notamment chez leurs soutiens. Ils vont comprendre, plus tard, trop tard.

Le 10 septembre, il y aura donc manifestation.

La droite s'outrage. Elle cache son échec précédent. Les régimes sociaux coûtent encore 7 milliards par an. On croyait que Sarko-Zorro avait tout résolu.  L'ex-Présidence des Riches a toujours eu un problème avec l'argent: le sien, le nôtre, celui du pays ou des contrats cachés.

L'un de ses anciens conseillers, Boris Boillon, a semble-t-il voulu partir avec une partie de l'inventaire Sarkozy. 350.000 euros et 40.000 dollars en cash. Le gars, ancien conseiller de Sarkozy et ex-ambassadeur de France en Tunisie, a été arrêté avec une belle somme, en tongs et polo. 
 
Le Sarkothon est terminé. Jean-Pierre Raffarin, cet indifférent premier ministre qui fut moqué en "Raffarien" par Sarkozy lui-même, règle ses comptes dans le Monde, mercredi. Il note "quelques faiblesses comportementales" de l'ancien monarque. L'UMP s'est échouée dans l'inventaire du passé. Alain Duhamel, dans les colonnes de Libé, raille le retour de "la droite la plus bête du monde."

D'après la Cour des Comptes, la précédente majorité nous laisse deux contentieux avec le droit communautaire, sur des facilités fiscales, qui ont été sous-provisionnés dans le budget de l'Etat. L'ardoise de ces incompétents est de 10 milliards d'euros.

Courbettes
Jeudi, Pierre Moscovici achève notre mauvaise humeur. Il va sourire à l'université du MEDEF. Et confirme que la hausse des cotisations vieillesse (+0,3 point, soit 3 milliards en 2020), sera intégralement compensé par une baisse des cotisations familiales. Il s'inquiète comme ces patrons du "coût du travail". Il est attentif à éviter le "matraquage fiscal".

Pierre Moscovici est social-démocrate. Délivrer des étiquettes est un grand jeu à gauche; ça en divertit certains. Mais pour le coup, le jeu peut amuser les chandelles quand il s'agit de notre ministre de l'économie. Il a filé à l'université d'été du Medef. Nous aurions trouvé plus drôle et cocasse qu'il envoie Benoit Hamon, ministre de l'Economie Solidaire.

Devant ce parterre de patrons, "Mosco"promet d'exempter le CICE de contrôles fiscal. Le 22 juillet dernier, il disait exactement le contraire. En cause, il paraît que ce nouveau dispositif marche mal car, entre autres, les entreprises craignent qu'il ne suscite la curiosité du fisc.

Mosco ne réalise pas combien sa symbolique peut être aussi détestable que son action.

Son collègue de l'Education nationale pourrait davantage se montrer. C'est la rentrée scolaire. Il y a 7.561 enseignants supplémentaires dans les classes; une demi-journée d'enseignement en plus par semaine pour alléger l'année. Mais Vincent Peillon reste modeste. Tout juste l'a-t-on entendu à l'Université d'été du PS à la Rochelle se démarquer largement, fortement, simplement sur la scolarisation des enfants roms.

Fixettes
Hollande arbitre en faveur de Taubira pour sa réforme pénale. Mediapart critique quand même le manque de moyens. Le syndicat policier Alliance dépêche son secrétaire général au Grand Journal de Canal+. L'homme explique combien il est mécontent, combien Valls avait raison, combien ses adhérents seront découragés, combien les "voleurs, les délinquants, les mineurs" (sic !) vont désormais s'en donner à coeur joie. Au passage, il confie qu'il n'en sait rien de l'impact de la prison sur la récidive. Nous avions la nausée.

A l'inverse, le Parti de Gauche rompt avec son habituelle opposition systémique/systématique. Il applaudit presque la réforme: "Suppression des peines-plancher, création d’une "contrainte pénale" en lieu et place de l’incarcération, limitation des sorties sèches de prison: les premiers arbitrages dévoilés sur la réforme pénale vont dans le bon sens."

Toute la semaine, le ministre de l'intérieur donne des gages de réserve et de fidélité. Il n'a jamais autant été à gauche de son (courte) existence politique nationale. Mercredi, deux décrets facilitent les naturalisations d'étrangers. Déjà, 60% des demandes sont acceptées, contre 40% un an plus tôt. Valls s'est même fixé un chiffre - 100.000 en 2013, contre 46.000 en 2012. Il y aura bien quelqu'un à gauche pour râler contre cette politique du chiffre, fut-elle à l'envers des précédentes; et à droitepour fustiger le "laxisme" du gouvernement.

Mais la grosse affaire est devenue cette menace de guerre. Certains nous la prédisent même mondiale.

Embrasement
C'est la nouvelle real-politik, il faudra s'y faire. Cette propension qu'ont nos hommes politiques à amender leur vision du monde en fonction de leurs intérêts bien compris. Cette fois-ci, elle prend des formes presque inattendues, mais nous avions l'habitude. Cette real-politik, en 2013, rassemblait l'ensemble disparate de  l'opposition à la guerre est disparate.

On retrouve les partisans du complot américain. Ainsi, Mélenchon: "Nous savons que les Nord-Américains ont l'habitude d'utiliser n'importe quelle sorte d'argument pour justifier une intervention militaire"; (...) Cette fois-ci, c'est le gaz." Comprenez donc qu'il ne faut JAMAIS intervenir si cela sert les intérêts américains. Le raisonnement tient évidemment aussi s'il y a des intérêts économiques.

Il y a ceux qui prônent la non-intervention au nom de la légalité internationale. Puisque le Conseil de Sécurité, à cause des vetos de la Chine et la Russie, est bloqué depuis deux ans sur la guerre en Syrie, il faut laisser l'horreur progresser encore davantage. D'autres critiques ajoutent qu'il faut rester coi puisque la France ni l'ONU n'interviennent sur tous les conflits du mondeOn argue aussi que les choses ne sont pas encore si sûres.  Il y a aussi le refus de prendre parti, puisque l'opposition syrienne est largement composée de djihadistes d'al Qaïda.

Il y a ceux qui craignent l'embrasement. L'argument est déjà plus sérieux. Mélenchon, encore: "Ce serait une erreur gigantesque, peut-être le seuil d'une guerre beaucoup plus large que toutes celles que nous avons vues dans cette région". Marianne, dans son édition du 31 aout, rappelle 1913. L'histoire éclaire parfois puisqu'elle se répète souvent.

Le Parlement britannique refuse à Cameron d'aller jouer au soldat en Syrie. Le précédent de la guerre en Irak, mensongère, était dans toutes les têtes de ces députés.

Parfois, il faut l'horreur de trop pour motiver ce petit monde diplomatique pour agir, "l'exaction de trop" confiait un internaute sur Twitter vendredi.

Hollande, donc, lâche une longue interview au Monde, veille de weekend de rentrée scolaire. Il n'y aura pas de guerre, mais il souhaite une intervention ciblée si les preuves sont là. On sait déjà que le massacre a eu lieu. Qu'il a été chimique. Que les autorités syriennes ont ces armes sales -là. Le régime n'a jamais approuvé le traité prohibant les armes chimiques.

Alors ... ?

Combien de temps faudra-t-il attendre et se taire ?

Bonne rentrée.

30 août 2013

Syrie: Hollande et la punition nécessaire


L'interview éclaircit davantage que le simple sujet international. Mais la perspective d'une intervention militaire en Syrie est dans tous les esprits. La veille, la Chambre des Communes britannique a refusé à son premier ministre David Cameron une action militaire là-bas. Ce fut un choc, et une leçon de parlementarisme retrouvé.

Mais Hollande défend encore et toujours la perspective d'une intervention, mais sous conditions.
"Aujourd'hui, une étape dans l'horreur a été franchie. Et c'est la riposte, et non l'inertie, qui imposera une solution politique." François Hollande, 30 août 2013

1. Il recadre quelques points: n'en déplaise aux réticents et dubitatifs, le massacre chimique a bien eu lieu: "C'est un fait établi. Même les autorités syriennes ne le nient plus". On ne parle pas d'hypothétiques armes de destruction massive. Parallèlement, John Kerry, le secrétaire d'Etat américain, ne disait pas autre chose: "la question n'est plus ce que nous savons mais ce que nous allons faire" face à "un crime indicible" en Syrie. Selon RFI, les Etats-Unis affirment que "1 429 personnes ont été tuées lors d’attaques chimiques en Syrie, dont au moins 426 enfants".

2. "La question est de savoir qui en sont les auteurs". Or il y a, explique-t-il, "un faisceau d'indices": (1) le régime a déjà pratiqué; les stocks sont en sa possession; (2) "il est avéré", affirme le président, "que l'opposition ne détient aucune de ces armes"; (3) la zone frappée était "clé pour le contrôle par le régime des voies de communication vers Damas"; (4) et, enfin, " tout a été fait dans les heures qui ont suivi ces exactions pour en effacer les traces par des bombardements dont on est sûr de l'origine".

3. Un massacre chimique peut-il rester impuni ? Non, pour des raisons morales mais aussi d'efficacité. Il faut décourager. "Le massacre chimique de Damas ne peut ni ne doit rester impuni. Sinon, ce serait prendre le risque d'une escalade qui banaliserait l'usage de ces armes et menacerait d'autres pays."Pouvait-on applaudir cette real-politik là pour une fois qu'elle se conjugue avec une nécessité morale impérieuse ?

4. Hollande clarifie l'objectif: il ne s'agit pas d'une invasion, d'une guerre d'un renversement, comme en Irak en 2003, en Afghanistan en 2001, ni même comme en Libye en 2010: "Je ne suis pas favorable à une intervention internationale qui viserait à 'libérer' la Syrie ou à renverser le dictateur."

5. Certains chercheront de la "légalité" internationale, au sein du Conseil de Sécurité. Celui est "bloqué". Hollande rappelle d'autres conventions internationales. Si l'ONU ne donne pas son blanc-seing, il y aura une coalition internationale. Quelques heures après la publication de cet entretien, John Kerry mentionne les mêmes contours d'une alliance - les Etats-Unis, la France, la Ligue arabe, l'Australie.

6. Le Parlement est prévenu. Il est convoqué en urgence le 4 septembre. "J'exclus de prendre une décision avant de disposer de tous les éléments qui la justifieraient." Il ne les a donc pas encore.

"Chaque situation est différente. Pour chacune d'entre elles, la France prend ses responsabilités au nom de ses valeurs et de ses principes."

Retraites: les braillards et ... Moscovici

On ne compte plus les commentaires anticipés sur cette énième réforme des retraites, dont les premiers contours ont finalement été dévoilés mardi soir. Quarante-huit heures après le premier "choc", la poussière est loin d'être retombée.

Refaire le film
Lundi, François Hollande avait promis de revaloriser les retraites des agriculteurs jusqu'à 75% du SMIC d'ici la fin du quinquennat. Même cela, Sarkozy l'avait oublié... Lundi 26 et mardi 27 août, Jean-Marc Ayrault avait reçu les "partenaires sociaux". Le CFDT était "ravie" de ce qu'elle n'avait pas entendu (aucun relèvement de la durée de cotisation avant 2020, aucune baisse des pensions). Elle suggéra la comptabilisation d'une année de retraite par tranches de 10 ans de pénibilité professionnelle. Rappelons qu'un ouvrier a 7 années d'espérance de vie de moins qu'un cadre. La CGT fut déçue, elle contestait même le principe de cette réforme. Le MEDEF fut heureux d'une "ouverture", la proposition d'augmenter la CSG contre une baisse des cotisations familiales. 

Mardi soir, donc, la messe commençait à être dite. Ayrault dévoile quelques heures après une intervention télévisée de François Hollande sur la politique étrangère et notamment la crise syrienne, des contours assez précis de la future réforme. Le texte sera présenté le 18 septembre en conseil des ministres. Il y aura ensuite d'autres textes, plus complets, débattus en commissions parlementaires, puis en séance plénière.

Ecouter les critiques
Depuis mardi soir, les critiques ont été nombreuses et discordantes. Les plus rapides furent les moins audibles.

Il y avait ceux pour qui la messe avait été dite depuis longtemps. A droite, quelques sarko-fans ne supportaient plus qu'on accuse leur ancien mentor d'avoir menti sur le caractère définitif de sa propre réforme. Ils sur-jouèrent avec hargne leur rôle d'opposants critiques, oubliant pourtant l'essentiel. Brice Hortefeux, jeudi matin sur Europe 1, fustige la "lâcheté". L'homme a conservé le vocabulaire insultant des grands moments de Sarkofrance.

Le Figaro, jeudi matin, relaye l'argument principal, avec trois économistes, dont deux experts en placements boursiers (sic!): cette réforme n'en serait pas une. L'un d'entre eux, s'étrangle contre la prétendue injustice d'avoir épargné les régimes spéciaux, qui "ne sont toujours pas alignés sur le régime général." Ces gens-là réclament-ils aux mineurs, par ailleurs licenciés en masse, de travailler 43 ans ? Au passage, on s'étonne, on s'agace, on s'amuse: Nicolas Sarkozy n'avait-il pas supprimé les régimes spéciaux dès l'automne 2007 ?

La critique, comme souvent, est globale et sans détail, discordante et amnésique.

A gauche, certains aussi avaient enterré la réforme avant de la lire. Cette réaction prévisible les empêchaient de comprendre les avancées du texte. Car, à la relecture, la véritable différence entre les réformes Sarkozy et Ayrault portait sur le volet des contreparties: comme nous l'avons détaillé jeudi dans ces colonnes, la réforme Sarkozy en avait deux: (1) moins de 20% de l'effort sur une hausse des prélèvements sociaux et fiscaux des revenus des plus aisés, et du capital ; (2) des avancées symboliques et/ou iniques: la retraite à 60 ans pour les handicapés du travail; une promesse de sanction plus forte pour les entreprises sans accord d'équité salariale hommes/femmes; un pécule pour 5.000 étudiants.  La réforme Ayrault "promet" largement plus: un gros tiers de l'effort est re-basculé en "avantages" (compte pénibilité, comptabilisation des maternités, études, etc); et les entreprises assumeront 20% du financement via le compte pénibilité. 

Ceci n'empêche nullement d'autres critiques (dont votre serviteur) de clamer que le compte n'y est pas (notamment en matière de rééquilibrage des prélèvements) ; et que cette réforme commet la grave heure de réclamer une durée de cotisations plus allongée encore alors même que (1) les déséquilibres financiers sont à court terme, et (2) la promesse d'une carrière pleine et sans heurt est un vœu largement pieux depuis trois décennies déjà.

Le show Mosco
Jeudi, le ministre de l'économie s'est précipité à l'université du MEDEF. Pierre Moscovici avait une bonne nouvelle, la confirmation de l'ouverture signifiée dès mardi: "La hausse des cotisations patronales conséquente à la réforme des retraites sera intégralement compensée par une baisse des cotisations famille dès 2014 et pour l'intégralité du mandat l'augmentation des cotisations vieillesse" (1 milliard d'euros l'an prochain; 3,2 milliards en 2020).

Le matin même sur France Inter, Marisol Touraine bafouillait maladroitement que les entreprises "participaient" même si l'opération serait blanche. L'arnaque sémantique était belle. Ne pouvait-elle pas assumer sa mesure ? A l'inverse, elle fut plus convaincante en chiffrant à 1000 euros l'aide par étudiant pour qu'ils rachètent un trimestre d'études (c'est à peu près le coût quand on s'y prend jeune).

Pierre Moscovici avait une autre belle nouvelle: le CICE, dont le coût initial semble finalement surévalué, serait exclu du champ des contrôles fiscaux.

Sourires, soupirs, nausée.

Le même ministre avait, plus heureusement, validé la réintégration de l'île anglo-normande de Jersey, des Bermudes, et des Iles Vierges Britanniques à sa liste des paradis fiscaux. Mais le choc des symboles restait terrifiant.

On pouvait tomber de sa chaise.

Le vrai tabou ? Les retraités d'aujourd'hui
Il y avait un terrain que d'aucuns évoquaient peu, la belle générosité de notre système pour ses retraités... d'aujourd'hui. Quel beau tabou ! Sur le sujet, Jean-Luc Mélenchon, pourtant bavard, était silencieux. Chez les critiques du PS, même son de cloche.

A droite, pas touche à nos seniors, électorat choyé. Le vieillissement général de la population a cet effet largement constaté qu'il fait de cette catégorie une exception fiscale, sociale et économique. "Globalement", notait le Monde, "les retraités ont, en France, un niveau de vie équivalent à celui de l'ensemble de la population." Et comparés aux seuls actifs, "on note un petit décalage de niveau de vie de 9 % en défaveur des retraités."

Puisque cette réforme ne plait pas, pouvions-nous espérer en débattre d'ici le débat parlementaire ?

Et tout mettre sur la table ?



29 août 2013

Retraites: le goût amer de la réforme Ayrault

Il parait que c'est une réforme "habile, trop habile".

Cette habileté-là laisse un goût amer.

Rappelez-vous 2010...
Le 17 juin 2010, nous écrivions notre premier compte-rendu du projet de réforme des retraites par Nicolas Sarkozy. Le titre résumait la chose: "l'heure des mensonges est arrivée". 

Cela faisait des mois, presque quatre, que le gouvernement Sarkozy "trimballait" son auditoire de fausses confidences en réunions pour finalement livrer un résultat surprenant, injuste, et la veille de l'été. La méthode Ayrault fut différente. La réforme des retraites était prévue dans le programme, de nombreux rapports (outre ceux du COR) ont été publiés avant les annonces; le plan est proposé à la rentrée (grandes lignes le 28 août, conseil des ministres le 18 septembre, examen à l'Assemblée à compter d'octobre, vote quelque part fin décembre ou en janvier).

Depuis mardi 28 août au soir, nous disposions donc de ce fameux document. Nous pouvions l'évaluer et, aussi, le comparer aux critiques énoncées à l'époque contre la réforme Sarkozy, présentée le 16 juin 2010, et adoptée définitivement le 9 novembre 2010.

Même cause, mêmes effets. L'air est connu. Il s'agit de "1) Garantir dans la durée notre système, 2) Prévenir et prendre en compte la pénibilité , 3) Rendre notre système plus juste et 4) Rendre notre système plus simple et plus lisible pour les assurés."

Au final, il y avait de quoi être déçu. 

Toujours la même absurdité: travailler plus longtemps
En 2010, la réforme Sarkozy faisait porter 60% des financements proposés pour rééquilibrer le régime sur des mesures d'âge. En 2013, l'argument de fond est le même mais "l'effort" est sans rapport.

La réforme Ayrault prolonge le dispositif Fillon qui allongeait la durée de cotisation en fonction de la progression de l'espérance de vie : 41 ans à compter de 2012; 41 ans et demi à compter de 2020, cette durée de cotisation sera portée à 43 ans en 2035. C'est là que le bas blesse, la plus grave erreur de cette équipe.

On ne jouera pas les "surpris". La direction du parti socialiste s'est ralliée depuis longtemps à l'allongement de la durée de cotisations. Il faudrait une belle dose de mauvaise foi pour oublier qu'en 2010 déjà, ses principaux leaders (Martine Aubry, Ségolène Royal, François Hollande, etc) expliquaient la chose. Certes, la France de 2035 restera mieux lotie que l'Allemagne de 2013. Chez nos voisins d'Outre-Rhin, il faut 45 années de cotisations (*). Mais nos dirigeants ne comprennent pas que l'essentiel n'est pas tant de risquer de travailler vieux que d'avoir à travailler aussi longtemps dans un monde où l'insécurité professionnelle atteint des proportions inédites: qui donc peut penser travailler 43 années sans rupture ni heurts ?

Ce point est assurément le gros morceau de la réforme, et celui qui passera le moins.

Au passage, tuons un mythe: la réforme Ayrault ne modifie pas les deux seuils d'âge de départ en retraite : un minimum de 62 ans (en 2018), et  pour une retraite à taux plein, 67 ans (en 2018). Donc personne n'a besoin de travailler jusqu'à 69 ou 70 ans, en cas d'études tardives, pour bénéficier d'une retraite pleine.

En 2010, écrivions-nous,  "le recul de 60 à 62 ans de l'âge minimal de départ à la retraite, assorti de l'allongement parallèle de l'âge de retraite à taux plein (de 65 à 67 ans) pénalise bien en priorité celles et ceux qui démarrent tôt leur carrière professionnelle.  La France qui travaille tôt travaillera plus longtemps." En 2013, c'est presque tout l'inverse... Les carrières longues ne sont pas lésées comme sous Sarkozy. En juillet 2012, le gouvernement avait corrigé cette injustice de la précédente réforme Sarkozy.

N'en déplaisent à certaines critiques, le gouvernement n'a pas détruit le système par répartition: les principes et les modalités de solidarité inter-génération demeurent. Il n'y aucune dégradation des pensions ni autre incitation vers d'autres modalités de retraites.

Pour "compenser" l'allongement - anxiogène - de la durée de cotisations, le gouvernement avance donc quelques mesures de "justice". Leur coût pèse pour 200 millions l'an prochain, mais 4 milliards estimé en 2020.

La pénibilité, version Ayrault
En 2010, Eric Woerth avait tenté de confondre la reconnaissance de la pénibilité avec le handicap physique avéré: si à 60 ans, vous pouviez prouver un handicap d'au moins 20% et d'origine professionnelle, alors vous aviez droit à partir en retraite. Woerth refusait même ce dispositif aux salariés qui ne pourraient pas prouver un "affaiblissement physique avéré au moment de la retraite." La tartufferie était totale.

La réforme Ayrault prend enfin en compte la pénibilité, mais de façon limitée dans le temps (2 ans de cotisations supplémentaires maximum) et les personnes (les salariés). Sarkozy nous avait enfumé. Hollande promet un vrai nouveau droit. Mais le financement de ce droit n'est pas encore précisé – pour un coût estimé à 2,5 milliards; et l'on voit mal comment il s'appliquera aux non-salariés.

On en connait en revanche les contours: un compte de pénibilité sera créé à partir de 2015. Sur la base des dix facteurs de pénibilité définis par les partenaires sociaux en 2008, ce compte sera crédité en " points " - plafonné à 100. Les autres seront transformables en trimestres de retraites. La " conversion " de la pénibilité en équivalent cotisation retraites est simple: 
10 trimestres d'exposition = 10 points = 1 trimestre de cotisation. 
En cas de double exposition pénible, 10 trimestres vaudront 20 points. Les 20 premiers points devront être consacré à des actions de formation. Pour ne pas léser les salariés du privé trop proches de l’âge de la retraite pour bénéficier pleinement de ce nouveau droit, " les points acquis seront doublés et le minimum de 20 points de formation ne s’appliquera pas."

Au final, la pénibilité professionnelle pourra au maximum ajouter 2 années de cotisations à la retraite. 
 
S'il vous manque des années de cotisations...
La plupart des avancées ne sont pas qu'affaire de justice. Elles visent à compenser - partiellement - les effets négatifs de l'allongement de durée de cotisations, en neutralisant l'impact des "trous" de carrières: temps partiels, maternité,  études, etc. Des dispositions qui n'existaient pas dans la réforme Sarkozy

1. La réforme corrige une injustice faite aux femmes: A compter du 1er janvier 2014, "tous les trimestres de congé maternité seront réputés cotisés." En 2010, Woerth n'avait que promis de durcir les sanctions contre les entreprises ne signant pas d'engagements d'égalité salariale hommes/femmes. Durcissement qui n'est jamais venu avant... décembre dernier.

2. A compter du 1er janvier 2014, la réforme permettra aussi de valider des trimestres de cotisations aux petits temps partiels, souvent féminins. Ces derniers, quand la durée ou le revenu sont trop faibles, ne génèrent effet aucun droit à retraite ("sont validés autant de trimestres que le salaire annuel représente de fois 200 heures rémunérées au Smic "). Le gouvernement corrige la chose en abaissant à "150 heures Smic de cotisations" (au lieu de 200) pour valider un trimestre, et en ouvrant la possibilité de report des cotisations non utilisées pour valider un trimestre sur l’année suivante.

3. Les périodes de formation professionnelle seront incluses dans le calcul des droits à retraites: " À compter du 1er janvier 2015, toutes les périodes de formation professionnelle seront assimilées à des périodes d’assurance, dans les mêmes conditions que les périodes de chômage indemnisé (validation d’un trimestre pour chaque période de 50 jours de stage)."
4. De même, les périodes de chômage non indemnisées seront validées continument si l’assuré reste inscrit à Pôle emploi, "même en cas de reprise d’emploi."
5. La réforme Woerth/Sarkozy n'offrait aux étudiants qu'une avancée: la validation de 2 trimestres supplémentaires d'assurance retraite (de 4 à 6)  lorsqu'ils sont au chômage non indemnisé. La réforme Ayrault va autoriser la validation, pour les apprentis et aux jeunes en alternance, de tous leurs trimestres d’apprentissage ("un nombre de trimestres de retraite correspondant aux nombres de trimestres travaillés, quelle que soit leur rémunération ")
6. Le gouvernement veut aussi subventionner le rachat de trimestres de cotisation par les jeunes, sous conditions ("rachat effectué dans un délai de cinq ou dix ans suivant la fin des études ; - quatre trimestres au maximum seront rachetables à ce tarif ; - le montant de l’aide sera forfaitaire afin d’avantager relativement les assurés les plus jeunes")

Et les retraités ? 
Nulle augmentation de la CSG, ni autre impôt. Les deux contributions demandés aux seniors sont les suivantes. Primo, le recul de l'indexation sur l'inflation (cf. infra). Secundo, les retraités soumis à l'Impôt sur le Revenu et parent de 3 enfants ou plus devront y inclure la majoration de 10% de leur pension qui était jusqu'à lors exonérées. Et hop ! Une niche fiscale en moins.

Plus positif, le gouvernement lâche quelques avancées sur les petites pensions (avec l'amélioration du minimum contributif via le relèvement de son seuil d'écrêtement de 1028 euros à 1120 euros l'an prochain; et la revalorisation des pensions agricoles à 75% du SMIC d'ici la fin du quinquennat).

Le calcul des retraites est un maquis. Le gouvernement va homogénéiser, à compter de 2016, le calcul des pensions entre mono- et poly-pensionnés, dès lors qu’ils relèvent de régimes à règles comparables (régime général, RSI, salariés agricoles).

Il va aussi créer un compte retraite unique pour chaque Français et un formulaire de demande unique de retraite en ligne avec une déclaration pré-remplie.

Au passage, les majorations de pension pour les parents seront revues à compter de 2020, sans que les détails soient précisés à ce stade: d'une part, pour en étendre le bénéfice dès le premier enfant (versus le 3ème actuellement); d'autre part pour basculer ce bénéfice vers les mères, alors que les pères en sont aujourd'hui le principal bénéficiaire.

Un financement juste... ou équilibré ?
La réforme Sarkozy faisait porter l'essentiel des efforts sur les salariés. L'analyse des économies et des nouveaux prélèvements montrait qu'en 2020, deux tiers de l'effort proviendrait des mesures d'âge, tandis que les maigres mesures sociales promues par Woerth/Sarkozy ne représentaient que 3% de contreparties réinjectées en faveur des plus précaires (jeunes, etc). Second grand perdant à l'époque, la Fonction Publique, avec l'alignement de certains taux et durées.  

Comme Sarkozy, la réforme Ayrault n'équilibre que le régime de base. Le gouvernement ne s'en cache pas. Si le gouvernement demande finalement peu d'efforts financiers immédiats, c'est aussi parce qu'il renvoie vers d'autres la résolution d'une partie des déficits actuels et futurs. En effet, le déficit est certes de 20 milliards à l'horizon 2020 – l'expérience des 20 dernières années montre que les prévisions de déficits sont systématiquement dépassées.

Comme Woerth en son temps, Ayrault ne traite pas des régimes complémentaires (ils sont "gérés par les partenaires sociaux qui ont pris au printemps dernier des mesures visant à rétablir leurs comptes ") ni de la fonction publique ("Les pensions de l’État sont financées par le budget de l’État, qui est soumis à une norme générale de gel en volume ").  Ces milliards manquants (9 en 2014; 13 en 2020), le gouvernement les trouve de façon plus équilibrées qu'avec Sarkozy:

Il augmente les cotisations vieillesse tant salariales que patronales, et pour un même montant
(1 milliard chacun l'an prochain; 3,2 milliards chacun en 2020). Pour les salariés, ce sera +0,3 points (d'ici 2020): " Les cotisations des actifs et des entreprises seront augmentées dans la même proportion, de façon mesurée. Tous les régimes seront concernés. La hausse sera progressive sur 4 ans : 0,15 point pour les actifs et les employeurs en 2014, puis 0,05 pour les 3 années suivantes. Au final en 2017, l’accroissement aura été de 0,3 point pour les actifs et 0,3 point pour les employeurs. "

Il recule l'indexation des pensions sur l'inflation d'avril à octobre: 600M d'euros d'économies l'an prochain, 2 milliards en 2020. Il intègre aussi dans l'IR les majorations de pension que touchent les retraités ayant élevé 3 enfants ou plus. Cela concerne celles et ceux qui déclarent au moins 13.000 euros de revenu fiscal (17.000 pour un couple). Cela rajoute 1,2 milliard l'an prochain; 1,7 milliards en 2020.

La mesure d'allongement de cotisations ne génère rien à court terme, mais 5,6 milliards d'euros espérées. En 2010, le report des âges de départs avait coûté tôt et vite. Enfin, il promet 200M d'euros d'économies sur les frais de gestion après 2016.

Au final, oui, les efforts sont équilibrés, mais sont-ils pour autant justes ? La seule mesure d'âge pèsera cher (33% de l'économie totale), mais plus tard. Les cotisations sont relevées, mais peu sur les bas salaires (à due proportion). Les entreprises participent (3,2 milliards de cotisations vieillesse et 2,5 milliards de comptes pénibilité, mais une partie sera compensée plus tard par un allègement des cotisations familiales). Et le gouvernement "réinjecte" près d'un quart des économies et financements trouvés.


Reste donc un goût amer.

43 ans de cotisations pour arriver à quoi ?





(*) mais la décote est moins forte.


Lire aussi:

1. La réforme des retraites… à gauche… ou à droite (Sarkofrance).
2. Retraites : la non-réforme foireuse de la gauche (Melclalex)
3. Les propositions de l’UMP pour les retraites (Arnaud Mouillard)
4. Réforme des retraites, trop bien (El Camino)
5. Le retour de l’attaque des retraites (Seb Musset)
6. Ne pas battre en retraite (Cycee)
7. Une réforme irréaliste qui pénalise les jeunes (Stef)
8. Retraite : la réforme de trop (Jegoun)
9. Retraites, quand Ayrault écoute Aubry (Cyril Marcant)
10. Retraites? La Bérézina… (Nicolas)
11. La retraite des réformes? je vous explique… (Extimités)

28 août 2013

La réforme des retraites... à gauche... ou à droite.

Il y a trois ans, le temps d'un siècle, un ancien président qui a encore quelques nombreux fidèles nous avait promis la réforme de toutes les réformes, la mère de toutes les batailles. De déplacements en tables rondes, de discours en tribunes, Nicolas Sarkozy avait, deux années durant, propagé cette curieuse idée selon laquelle il avait sauvé le régime de retraites d'une faillite inévitable et proche.

Dès la révélation du fameux plan, en juin 2010, nous avions la confirmation par les chiffres, les propres données du gouvernement, que cette réforme ne donnait qu'un répit aux prix de quelques injustices supplémentaires et de joyeux mensonges: primo, le bilan financier de la réforme laissait une quinzaine de milliards d'euros par an de déficit sur le budget de l'Etat; secundo, la réforme reposait sur des prévisions de retour au plein emploi et à la croissance déjà farfelues à l'époque; tertio, l'administration Sarkozy elle-même ne croyait pas vraiment à la vantardise présidentielle puisque la loi du 9 novembre 2010 prévoyait un nouveau rendez-vous dès ... 2013, après les élections.
La question de la pérennité de nos systèmes de retraite sera réglée à l'automne prochain” Nicolas Sarkozy, 15 février 2010.
Bref, ce grand cirque du printemps puis de l'été 2010 avait surtout servi à affaiblir une fois de plus l'équité du régime général: report de l'âge minimal, report de l'âge de retraite à taux plein, augmentation de la durée de cotisations,  et, suprême arnaque sémantique, assimilation de la pénibilité au handicap professionnel avéré... Juste après son élection, François Hollande a corrigé partiellement une injustice, en ré-autorisant la retraite à 60 ans pour les salariés aux cotisations complètes (*). Le parti socialiste avait depuis longtemps digéré l'idée qu'il faudrait cotiser plus longtemps. En 2013, quelques grincheux sincères faisaient mine d'ignorer qu'en 2010 déjà tout ce que compte le PS de dirigeants assumaient la chose. En revanche, et c'était là la différence, il ne fallait ajouter de report de délais, ni négliger la pénibilité.

Reste le déséquilibre, né de la crise et de la démographie. N'en déplaisent à certains, il est difficile de nier l'impact de la crise. Les cotisations vieillesse "rentrent" moins bien qu'avant. Elles étaient déjà insuffisantes. La masse salariale du secteur privé régressait même au premier trimestre 2009, au plus fort de la dégradation.
"La progression de la masse salariale du secteur privé s’est fortement ralentie depuis deux ans avec la dégradation de la conjoncture et de la situation de l’emploi. Après 3,6 % en 2011, elle a été de 2,2 % en 2012 et l’hypothèse retenue pour 2013 est de 1,3 % ce qui constitue le taux le plus bas depuis vingt ans à l’exclusion de 2009 (-1,3 %)." Source: Les comptes de la sécurité sociale : résultats 2012, prévisions 2013, page 21, La Documentation Française
Ceci n'empêchait pas Jean-Luc Mélenchon d'expliquer qu'après 5 ans de crise, une réforme restait inutile ("La réforme ne sert strictement à rien", 27 août 2013). Par un tout de passe-passe argumentaire dont il a le secret, il nous enfumait d'une formule que la CGT devait pourtant contester:
"Ces gens-là prétendent savoir quel va être le niveau de déficit des caisses de retraite en 2020. Ce qui veut dire qu'ils ne croient pas à leur propre politique, car si elle conduisait à inverser la courbe du chômage et à créer de l'emploi, le déficit des retraites disparaîtrait". Jean-Luc Mélenchon, 27 août 2013.
Car à la CGT, le son de cloche est bien différent: oui, assure-t-on depuis longtemps, il manque structurellement des ressources ! La CGT sait lire les chiffres. Depuis 2008, le déficit de cotisations par rapport aux dépenses varie, chaque année, de 5 milliards d'euros (2008) à 13 (2011), et encore 9 milliards d'euros (2012).  En 2011, après la réforme Sarkozy, la CGT privilégiait déjà une double explication aux déficits de la Sécurité sociale: un manque structurel de recettes et la faiblesse conjoncturelle de l'emploi à cause de la crise.

Lundi soir vers 22 heures, elle appelait encore à "récupérer les 80 milliards de fraude et d'évasion fiscales" et à "revenir sur les 200 milliards d'euros d'aides publiques aux entreprises, notamment en supprimant les exonérations de cotisations sociales".

En d'autres termes, nous avions, à gauche de la gauche, et quelques heures trop tôt, deux positions: l'une du leader contesté du FDG qui clamait - comme d'autres au Parti socialiste - qu'il suffisait de "résoudre" le problème du chômage. L'autre, de la CGT, qui clamait que le déséquilibre deu financement était tel qu'il fallait remettre en cause 200 milliards d'euros de niches et attaquer 80 milliards de fraude... Une broutille...

Sans attendre de connaître les modalités exactes de la réforme, les critiques se sont donc multipliées. C'est chose habituelle désormais, en cette période d'hystérisation systématique du débat politique. Ayrault teste cette semaine quelques idées, avant une présentation plus complète de la réforme ... le 18 septembre prochain.

Mardi 28 août, vers 19 heures, les services de Matignon balancent les grandes lignes retenues après ces deux journées de conciliabules syndicaux.  Chacun y va de sa formule immédiate. Rares sont les lecteurs de la dite réforme. Nous n'avons qu'un dossier de presse et, sans doute, quelques éléments, de part et d'autres.

Il y aura matière à dire, plus tard, bientôt.

Et à droite ?

Le centriste François Bayrou fustige trop tôt un "bricolage": "Au lieu de rééquilibrer le système, on va augmenter les cotisations, soit celles des entreprises, soit des salariés. C'est le même type de bricolage qui a été fait les années précédentes auxquelles la gauche s'était à l'époque opposée". Manque de chance pour lui, le Bayrou, le gouvernement ne retient pas l'augmentation de la CSG. Pire, l'augmentation proposée ne concerne que les cotisations vieillesse. Et elle est ... ridiculement faible.




L'UMPiste Bruno Le Maire accuse le gouvernement de lâcheté, rien que cela. L'ancien fidèle ministre de Nicolas Sarkozy, ex-fidèle chiraquien qui tente de porter une autre voie à droite, n'a rien trouvé de mieux.

François Fillon est plus radical. En juin dernier, il se prononce pour un report de 62 à 65 ans. Fin juillet, il lance son programme présidentiel, déjà 2017 en ligne de mire. Double peine, il promeut l'allongement de la durée de cotisation (comme le PS) ET le report de l'âge minimal: "Je propose d’augmenter la durée d’activité en jouant à la fois sur une hausse de l’âge légal de départ en retraite qui doit progressivement atteindre 65 ans et une augmentation de la durée de cotisation."

Jean-François Copé le suit de près, autre illustration de cette course à l'échalote qui se pratique à droite. Dans ses propositions du weekend dernier, en vue de 2017, il réclame aussi le report à 65 ans. En juin, il s'était déjà livré à une succession d'approximations et d'erreurs (sur le nombre d'annuités, l'intégration des primes dans les calculs, les ambitions affichées de la réforme de 2010, etc).

Finalement, pouvions-nous dire que la gauche et la droite de gouvernement étaient deux choses différentes, en cette année 2013 ?

Oui.

Est-ce suffisant ?

Non.

A suivre.


Lire aussi:

(*) Dans les faits, François Hollande a fait autoriser le départ à la retraite dès 60 ans des salariés ayant suffisamment cotisé (soit 41 années pour les départs en 2012).

27 août 2013

Etes-vous prêts à la guerre en Syrie ?

L'ONU suspend sa mission d'inspection sur place. David Cameron convoque le parlement britannique jeudi pour évoquer une intervention militaire en Syrie. Barack Obama est rentré précipitamment de vacances.

Alors, c'est la guerre, n'est-ce pas ?

On se parle au téléphone. Hollande à Obama. Le Drian et son homologue américain. Fabius et Hollande. Les Européens entre eux. Balancer une bombe sur Damas, envoyer quelques commandos dans un pays soutenu par la Russie et la Chine...
"Le massacre chimique de Damas ne peut rester sans réponse. et la France est prête à punir ceux qui ont pris la décision infâme de gazer des innocents." François Hollande, 28 août 2013
Il est sûr de lui, notre Président. "Pépère" va nous amener dans une autre guerre. On aimerait que l'Assemblée en fut saisie. 

Quelques trouillards diront que la cause est incertaine. D'autres expliqueront qu'il s'agit d'obéir à un complot judeo-américain. Tristes caricatures...

Il y a des questions plus sincères, plus directes, plus simples.

Sommes-nous sûrs des coupables de ce "massacre chimique" ?

Non.

Mais à l'Elysée, aux Etats-Unis, la chose est entendue. La détermination est totale mais les options encore ouverte. "Tout va se jouer cette semaine" La formule est de Hollande lui-même, au Parisien. "Il y a plusieurs options sur la table, qui vont du renforcement des sanctions internationales aux frappes aériennes en passant par l’armement des rebelles. Il est encore trop tôt pour se prononcer de façon catégorique sur ce qui va se passer. Les experts de l’ONU vont enquêter sur place. On laissera aussi un peu de temps au processus diplomatique (NDLR : le Conseil de sécurité se réunit mardi soir). Mais pas trop non plus. On ne peut pas rester sans réagir face à l’utilisation d’armes chimiques."

Osons encore une question: avions-nous besoin de cette attaque chimique de trop pour choisir d'intervenir ? Oui et non.

Les opinions ont besoin de symboles, tristes symboles.

La catastrophe syrienne, l'écrivions-nous il y a quelques jours, a déjà eu lieu. Sanctionner Bachar serait toutefois un "geste", un signal, un mouvement qui maintient une idée. Il n'enlèvera pas que le front d'en face est composé d'islamistes al-Qaïdesques. Mais il signifiera que la "Communauté internationale", enfin et encore, sait intervenir quand il le faut.




Impôt sur le revenu 2013: qui va payer quoi ?

Le Syndicat "Solidaires Finances Publiques" (ex- Snui-Sud Trésor) vient de publier un bien instructif tract sur les évolutions de l'Impôt sur le Revenu 2013. C'est le sujet qui agite de nombreux (cadres) journalistes, stars de l'éditocratie et autres anciens suppôts de feu la Présidence des Riches, et, par ricochet, quelques ministres: où en est-on de ce "ras-le-bol" fiscal ?

Pour en avoir le coeur net, et tenter d'apaiser nos esprits de cette intoxication si habituelle - les riches agitent la peur de l'impôt pour que les pauvres les soutiennent - nous reproduisons ci-après le document comparatif (2013 contre 2012) publié par Solidaires Finances Publiques.

Source: SNUI-Sud



Merci à Melclalex pour l'alerte.

Ayrault contre le front anti-fiscal

Le premier ministre a paraît-il repris la main. Le Monde nous l'explique dans une longue et grande page, samedi dernier. Pour preuve, ces petits symboles que seuls les spécialistes repèrent et qui, il faut l'avouer, n'intéressent personne: Ayrault s'est donc réservé quelques annonces récentes plutôt que de les laisser à ses ministres (renforts à Marseille, réforme des rétraites, titularisation de 28.000 auxiliaires de santé Handicap); il est "plus à l'écoute" d'après Benoît Hamon et, last but least, il a assuré le discours de clôture des Universités d'Eté du Parti socialiste à la Rochelle ! Quelle affaire !

Dimanche soir, l'incroyable suspense d'une séquence présentée à coup de roulement de tambour médiatique se clôturait au journal télévisé de France 2: non, Ayrault n'avait rien à dire de définitif sur la réforme des retraites puisque les rencontres avec les partenaires sociaux débutaient cette semaine.

Plus grave, plus sérieux, plus inquiétant, Ayrault dût réagir tout-de-go au front anti-fiscal. Ce front, pour l'instant composite, comprend sans surprise la droite politique, mais déborde jusqu'à la "droite de la gauche" et quelques ministres, sans compter les innombrables journalistes et éditocrates qui s'auto-commentent. En cause, le poids des "prélèvements obligatoires". Le sujet tombe dans cette actualité de rentrée pour une raison simple: les Français vont recevoir leurs avis d'imposition 2013: impôt sur le revenu, taxe d'habitation, taxe foncière.
Marie Drucker: "Quand allez-vous mettre un coup d'arrêt aux augmentations d'impôts ?"
Jean-Marc Ayrault: "D'abord je voudrais vous dire que je suis le premier ministre de la détermination à redresser  notre pays et nous allons réussir (...)."
Certes, il y avait donc les retraites à l'agenda de cette si dure rentrée. D'ailleurs, là aussi, on craignait encore davantage de taxes. Taxe, cotisations, impôts, les termes honnis. En quelques jours, quelques semaines tout au plus, le poids de la fiscalité semblait être l'obsession de la rentrée. Même quelques ministres finissaient par s'en inquiéter...

Pourtant, pouvait-on se rappeler quelques faits ?

1. Depuis quelques années, l'inquiétude était, à juste titre, ailleurs: dans l'effondrement de nos recettes fiscales pour cause de libéralisme incongru qui ne profita qu'à certains. En 2000, le gouvernement Jospin avait, certes, réduit le taux de TVA normal précédemment augmenté par le gouvernement Juppé. Dix-huit milliards de francs, près de 3 milliards d'euros de baisse d'impôt... pour tous. Mais le vrai traumatisme fiscal, dénoncé depuis jusque dans les rangs de la droite, était ailleurs. Depuis cette fichue année 2000, les impôts sur les revenus - travail et capital - rentrent moins puisqu'on les a baissé. "On" les a baissé pour le plus grand bénéfice des plus fortunés, des cadres sup' et autres bénéficiaires de ces tranches supérieurs.

2. Malgré un large réajustement l'an passé, le compte n'y est pas. La plus forte des mesures du gouvernement Ayrault, peu commenté, fut le plafonnement en valeur absolue (sic!) du bénéfice fiscal qu'un foyer fiscal pouvait retirer des niches fiscal. A quelques exceptions près - allez donc vous acheter quelque bien immobilier en Martinique -, il n'y a plus que 10.000 euros de réduction d'impôt par an... Mesurez l'écart, déjà mentionné dans ces colonnes

3. Il est utile de rappeler, à ce stade, que quelques sarkozystes vous expliqueront que leur ancien mentor avait aussi prévu un plafond au bénéfice de ces niches fiscales. C'est vrai, il était de 18.000 euros par an plus 4% des revenus annuels... Plus vous gagniez, plus le plafond était élevé... Sans commentaires.

4. Le gouvernement Ayrault, donc, a assommé quelques-uns de ces drogués du revenu défiscalisé par un coup de massue incroyable: abaissement drastique du plafond, création d'une nouvelle tranche supérieure (45%), intégration des revenus du capital dans le barème de l'iR, le choc fut rude... pour les plus fortunés: car qui paye plus de 10.000 euros d'impôts sur le revenu par an ? Bref, en ces temps de stress fiscal à l'approche de la réception de nos fameux avis d'imposition sur les revenus, celles et ceux concernés par la chose ne sont pas tous logés à la même enseigne: comme l'expliquait notre confrère Melclalex, en octobre dernier, "7,4 millions de contribuables sont concernés par cette décote, dont 4 millions de contribuables les plus modestes verront leur impôt sur le revenu diminuer, 3,4 millions bénéficieront quant à eux d'une neutralisation du gel du barême."

5. Ce front anti-fiscal qui s'organise, et intoxique quelques-uns de nos plus brillants  mais impatients journalistes (sic!), mélange tout et tout de suite. Il y a bien sûr quelques UMPistes. Nous avons entendu Jean-François Copé réclamé 130 milliards d'euros de baisse de dépenses et autant d'impôts. Son collègue Gilles Carrez, longtemps rapporteur du budget au Parlement, dénonçait la stratégie du "tout-impôt". Le même, il y a trois ans, une éternité, accusait ses propres confrères de la droite au pouvoir: "Entre 2000 et 2009, le budget général de l'État aurait perdu entre 101,2 milliards d'euros (5,3 % de PIB) et 119,3 milliards d'euros (6,2 % de PIB) de recettes fiscales". Le gouvernement Ayrault n'a même pas récupéré ces fameux 100 milliards...

De quoi parle-t-on ?






http://www.perdre-la-raison.com/2012/10/impots-sur-le-revenu-4-millions-de.html
http://www.lemonde.fr/politique/article/2013/08/25/ayrault-pas-question-de-repousser-l-age-legal-de-depart-a-la-retraite_3466161_823448.html

26 août 2013

Après Fillon, Copé: la surenchère conservatrice à droite

Surréaliste démarche... Voici Jean-François Copé qui livre à son tour ses grandes propositions politiques pour l'après-2017. Et c'est la stupeur, la grande surenchère à droite. Où s'arrêteront-ils ? La direction choisie les placent quelque part entre Margareth Thatcher et Marine Le Pen. Un assemblage incohérent et improbable.
"Notre pays porte des chaînes que notre œil ne voit pas. La France doit se libérer de ces chaînes et refaire confiance à chaque Français, avec ses forces et ses faiblesses."  Jean-François Copé, 23 août 2013.
A droite, on a donc décidé de faire la course au pire - destructions fiscales, réduction des services publiques, retraite à 65 ans.

L'ancien ministre et actuel président - contesté - de l'UMP ne pouvait laisser à François Fillon le monopole de l'initiative libérale à droite. Dans une interview au Figaro Magazine, il livre ces idées. Il les a complété ce weekend lors d'un meeting de rentrée à Chateaurenard. En comparaison, Sarkozy était social-démocrate, et Chirac un franc communiste.

1. Le discours se veut thatchérien de la grande époque. Grandes tirades sur l'idéologie socialo-communiste et contre la bureaucratie, nous voici en 1979 ! L'homme a conservé un logiciel du siècle d'avant. L'accusation est drôle quand on sait combien Hollande, flanqué de son secrétaire général adjoint Macron, est accusé de social-libéralisme à outrance !

2. Il n'y a pas que l'intention qui est caricaturale, les idées promettent un choc, la nouvelle République des Riches. Copé débute d'abord par quelques mensonges et outrances: ainsi, accuse-t-il le gouvernement de "réduire à néant le statut des auto-entrepreneurs, je me dis qu’il voit le monde à l’envers". A-t-il la réforme Pinel ? Le moins que l'on puisse dire est qu'elle ne change pas grand chose !

3. Copé voudrait commencer les 6 premiers mois de son mandat en 2017 par gouverner par ordonnances ("consacrer les six premiers mois de l’alternance à mener par ordonnances"). Rappelez-vous les cris d'orfraie quand Hollande expliqua la même méthode quand il ne s'agissait que du logement ?

4. Copé a des idées pour l'Education: bien que l'autonomie des universités soit un bel échec, il veut "l’autonomie des chefs d’établissement du secondaire", tout comme "l’examen d’entrée en 6ème, le développement massif de l’apprentissage".

5. Plus grave, il souhaite réduire de 10% la dépense publique. "Soit 130 milliards de dépenses en moins". On cherche les détails, Copé reste flou. Détruire 130 milliards de services publics, ça se cache le plus longtemps possible.

6. Cela ne suffit pas. Copé nous promet 20 milliards de hausse de TVA... Il faut bien financer les 40 milliards d'euros de réduction d'impôts qu'il assume pour les entreprises et les plus fortunés.

7. Comme tout le monde, de gauche à droite, l'homme veut "simplifier" nos réglementations. Le choc de simplification, un concept galvaudé, est repris avec bonheur tant il s'inscrit parfaitement dans le choc libéral que l'actuel président de l'UMP envisage: "Il ne faut pas craindre de s’atteler à la réécriture des codes, de l’urbanisme, du travail."

8. Notez le dernier: réécrire le code du travail pour le simplifier ? Il faut " réformer notre modèle social" assure-t-il. Copé précise: "alignement sur le régime d’indemnisation du chômage allemand, avec la dégressivité des allocations, un programme de lutte contre la fraude avec des sanctions renforcées comme la coupure des allocations, un travail hebdomadaire pour ceux qui touchent le RSA et bien sûr une vraie réforme des retraites." La formule est connue: le chômage trouverait sa cause dans un régime trop généreux... Cinq ans après le déclenchement de la Grande Crise, on croit rêver...

9. A Chateaurenard, dimanche, Copé complète sur l'immigration: contre les clandestins, il s'agira de supprimer l'aide médicale d'Etat. Une mesure dangereuse pour la santé publique, mais réclamée par le Front National.

Pour finir, on se souviendra que ces bonnes leçons d'un apprenti candidat qui se prenait pour de Gaulle (sic!) s'accompagnaient en coulisses de conférences rémunérées par quelques autocraties africaines.

On applaudit la grandeur.

On applaudit.



Ce que Jean-François Copé a dit au Congo par francetvinfo
http://www.jeanfrancoiscope.fr/wordpress/2013/08/figaro-magazine-lump-doit-preparer-lavenir-de-la-france


25 août 2013

Un weekend politique en 5 videos


"Le pire, c'est de reprendre les mots de l'adversaire, pour dire que le problème, ce n'est pas le financier, c'est l'immigré" Jean-Luc Mélenchon, que nous critiquons ici et ailleurs souvent, avait parfaitement raison. Parfaitement raison. La politique est une affaire d'actes et de discours.



Mélenchon accuse Valls de reprendre "les mots... par francetvinfo

"Quand on s'attaque à une mosquée, quand on s'attaque à un cimetière, quand on s'attaque à une femme dans la rue, on s'attaque à la République." C'est Manuel Valls qui prononce ces mots, samedi à la Rochelle. Ils sont forts, ils viennent tard. Manuel Valls a-t-il compris qu'il avait dépassé les bornes depuis longtemps ?



Valls : "Oui, l'islam est compatible avec la... par francetvinfo

La politique, c'est de la preuve. Ségolène Royal ouvre cette université d'Eté du PS. Elle est "ovationnée", l'épisode Falorni est oublié. "Nous avons été élu pour mettre fin aux scandales financiers, comme celui de la banque DEXIA, la banque des collectivités locales qui a coûté 6 milliards d'euros aux contribuables." 


Plénière d'ouverture : Ségolène Royal par PartiSocialiste

 Christiane Taubira vole la vedette. Acclamée à l'Université d'été des écologistes à Marseille, elle est aussi chaleureusement applaudie à La Rochelle. Taubira n'est pas socialiste, faut-il le rappeler ? "La prison courte peine aura contribué à dé-socialiser." Cette formule, peu reprise, est décisive du débat qui nous agite. La prison est si contreproductive qu'elle transforme en délinquants endurcis de petites racailles.


Plénière Justice : Christiane Taubira par PartiSocialiste

La dernière video du weekend est sans espoir. Jean-François Copé, à Chateaurenard, attaque justement Taubira d'une formule: "c'est l'impunité qui créé la délinquance". Et il assène mensonge sur mensonge sur la réforme pénale de la Garde des Sceaux: réduction automatique des peines ? C'est faux, Copé n'avait pas écouté Taubira (cf. video ci-dessus). Réforme laxiste responsable de l'insécurité ? La réforme taubira n'a même pas été voté. Le sarkozysme judiciaire est tout entier encore en vigueur. De quoi parle donc Copé ?

Copé fustige la réforme pénale de Taubira - 25/08 par BFMTV

24 août 2013

329ème semaine politique: quand la droite a craqué

C'est un combat brutal, et même une guerre qui n'est pas terminée. Elle a commencé au milieu de la décennie précédente, elle est presque gagnée: la République, c'est-à-dire cet ensemble politique qui repose sur une devise, des principes, et une organisation politique, est en passe de perdre une large fraction de sa droite.

Quelques évènements de plus, cette semaine, ont révélé que le mal était profond.

A défaut d'agir pour le pays, Nicolas Sarkozy a cassé, une à une durant son quinquennat quelques-unes de ces digues qui séparaient la droite de l'extrême droite: remise en cause du droit du sol et des droits sociaux, assimilation de l'immigration à la délinquance, affirmation du leadership chrétien dans l'organisation culturelle du pays. Le compromis républicain, conforté après la dernière guerre, existe encore dans les faits. Il n'existe bientôt plus dans les esprits d'une droite radicalisée.

La "lutte" contre les mariage gay fut un exemple de cet échauffement. Des "fous de Dieu" - ces gens qui ne supportent pas que d'autres n'agissent pas suivant les préceptes de leur croyance, forme ultime de l'intolérance religieuse - se sont montrés dans des recoins de la société auxquels on ne pensait pas, chez des bourgeois, peu suspects de fragilité sociale ni d'inquiétude économique. La participation d'une (large) fraction de la hiérarchie catholique à cette entreprise anti-républicaine est quelque chose de troublant.

L'agitation, microscopique mais virulente, de quelques fanatiques anti-Hollande prend des tours inattendus: certains, pétition à l'appui, espèrent "destituer" le président élu. Leur motif - Hollande n'aurait pas signé un papier officiel - prête à sourire. Leur obstination sur un prétexte aussi futile mérite une assistance psychologique D'autres, emmenés par un millionnaire exilé fiscal en Suisse (sic!) et quelques soutiens d'une droitosphère idéologiquement désemparée, ne supportent pas que le couple présidentiel ne soit pas marié. Plutôt que de porter le combat sur le terrain politique - sur lequel même la gauche trouve matière à critique - ces gens-là sont coincés sur cette situation pourtant si commune dans la France d'aujourd'hui.

Plus grave car plus sérieux, la surenchère idéologique à l'oeuvre entre les rivaux de la droite anciennement classique, en vue des élections de 2017, démontre comment la droite a craqué.

Car le plus étonnant dans cette évolution dramatique, est la consistance idéologique que ces gens-là donnent à un positionnement politique qui n'a bientôt plus grand chose de commun avec la République que nous connaissons.

Le Front National, depuis plus de quarante ans, n'était qu'un mouvement protestataire et parallèle, la petite entreprise du leader Jean-Marie qui dansait sur toutes nos lignes jaunes sans jamais vouloir travailler pour réellement exercer le pouvoir. Sa fille Marine à qui fut donné le parti oeuvre, certes, à normaliser son mouvement pour mieux prétendre au pouvoir. Mais son programme économique et social est si incohérent et crétin qu'il ne convainc personne; et contraint les dirigeants du FN à rester sur le terrain habituel de la protestation bruyante.

A l'UMP, la situation est toute autre. On observe, effaré, François Fillon, Laurent Wauquiez, puis Jean-François Copé s'échiner à donner du corps à ce qui devrait être un programme ultra-libéral, anti-fiscal, conservateur, chrétien, sécuritaire et réactionnaire. Quelque chose qui ferait paraître de Gaulle pour un laxiste, Jean Monnet pour un gauchiste... et le le Tea Party pour un lointain cousin. 

Après les 35 propositions-choc de François Fillon, puis les déclamations antisociales de laurent Wauquiez, Jean-François Copé s'est livré à son tour à l'exercice, ce vendredi dans les colonnes du Figaro-Magazine: retraite à 65 ans, "baisse massive des impôts", réduction de 130 milliards d'euros des dépenses publiques, augmentation de 20 milliards d'euros de la TVA, suppression du RSA,
dégressivité des allocations sociales, etc. 

A droite, le politiquement correct a changé. Les bobos de la pensée sont ces staliniens réacs, comme les appelait l'hebdomadaire Marianne le 17 août dernier, qui trouvent normal, légitime, inévitable et nécessaire de traquer les Roms, les Musulmans, les "pédés", les "Noirs", les athées, les impôts et les "assistés". Et de multiplier les surenchères verbales (écoutez Copé parler de l'ultra-égalitarisme de la gauche hollandaise...). Après le site "antigitan" réalisé par quelque décérébrés, le dossier anti-Rom de l'hebdomadaire Valeurs Actuelles en est une belle illustration. Dévier l'attention populaire et politique vers quelques boucs-émissaires et/ou des sujets sensibles mais marginaux... ça ne vous rappelle rien ?

A gauche, le spectacle est à peine plus reposant, mais il est républicain.

Hollande a ouvert la semaine avec un séminaire sur la France d'après, en 2025. Il s'agissait de regarder plus loin. L'exercice, qui durera quelques mois, était vertueux. Il n'empêchait pas l'action plus immédiate, comme cet improbable projet de loi de Sylvie Pinel pour "moderniser" le statut d'autoentrepreneur. Nous y reviendrons.  C'était aussi la rentrée politique des écologistes - Université d'Eté à Marseille; et du Parti socialiste - rencontres à La Rochelle.

Pour réorienter la fiscalité et décourager les comportements polluants, le nouveau ministre de l'écologie, annonce à Marseille qu'une Contribution Climat/Energie sera proposée et votée l'an prochain. Le concert des critiques reprend... à gauche. On accuse le gouvernement de faire du sarkozysme fiscal. La belle affaire ! Ils avaient oublié qu'en 2009, la taxe carbone prétendument sarkozyste avait déjà causé des débats. En 2013, le projet n'est pas détaillé mais ça couine très fort déjà. Cécile Duflot (Logement) applaudit, Stéphane Le Foll (Agriculture) est "réservé". Il pense à ses ouailles agricoles qui n'apprécieront pas un renchérissement du diesel.

Il y avait aussi ceux qui couinaient du matraquage fiscal. BFM TV, vendredi, demandait aux internautes si leur fiche d'impôt avait augmenté. Les Echos promettaient un "nouveau tour de vis" l'an prochain pour l'impôt sur le revenu.Mélanger les contribuables modestes et fortunés pour rassembler un front anti-impôts qui comme souvent ne profitent qu'aux plus riches... Belle manoeuvre...

Quelques socialistes, même des ministres, s'inquiètent ainsi d'un ras-le-bol fiscal. Une inquiétude toute ... néo-libérale ? Qui réclamait il y a quelques mois encore de sabrer davantage dans les niches fiscales (une autre façon d'augmenter les impôts) ? Qui se plaignait de ses incroyables déséquilibres fiscaux entre travail et capital, revenus et patrimoine, que nos gouvernants de ces dernières décennies - et cruellement depuis 2000 - avait laissé prospéré ? En 2010, le député UMP Gilles Carrez se plaignait qu' "entre 2000 et 2009, le budget général de l'État aurait perdu entre 101,2 milliards d'euros (5,3 % de PIB) et 119,3 milliards d'euros (6,2 % de PIB) de recettes fiscales". Et pour moitié à cause d'une réduction de l'impôt sur le revenu des plus riches entamée par la gauche, amplifiée par la droite !


Contre les déficits, chacun a sa formule magique qu'il résume parfois en slogans de salon: sabrer dans nos dépenses publiques (sauf bien sûr les policiers quand il y a encore un coup dur à Marseille ou ailleurs; les matons puisque nos prisons débordent; les cheminots quand un train déraille faute d'entretien; les infirmières quand une canicule menace nos hôpitaux; les militaires puisque l'indépendance nationale est en jeu; etc); ponctionner nos "grandes" entreprises de quelques-uns de leurs milliards de bonus, profits, dividendes - ajoutez-y le chiffre d'affaires tant que vous y êtes;  relever la TVA puisque l'assiette est si large; chasser la fraude (fiscale, sociale et autres), mais sans recruter davantage d'inspecteurs, cela coûterait trop.

Contre les déficits, chacun a sa formule magique.
A gauche, le spectacle fut surtout éprouvant à cause d'un improbable duo, Manuel Valls et Jean-Luc Mélenchon.  Le premier fut bruyant et surexposé, trop proche de nos écrans. L'autre était carrément silencieux, trop loin de notre continent. Les deux se sont retrouvés, involontairement, pour une double clash de rentrée. Comme Mélenchon, Valls a excédé davantage encore ... à gauche. Les deux sont confrontés à une question: au-delà des idées qu'ils défendent, et qui ne sont pas politiquement compatibles, leur stratégie politique est-elle la bonne ?

Jean-Luc Mélenchon a fait sa rentrée par une interview tonitruante dans les colonnes du JDD le 18 août, superbe illustration du "Parler cru et dru" si cher au leader du Parti de Gauche. Valls y fut accusé d'être contaminé par Marine Le Pen. Le lendemain, Manuel Valls provoque une ire plus large encore. Sa déclaration n'est pas publique, mais rapportée par des témoins anonymes, dans les colonnes du Parisien et de Libération: lors du séminaire gouvernemental de rentrée, on lui prête d'avoir remis en cause le regroupement familial, de s'être inquiété de la compatibilité de l'Islam avec la République et de la surpopulation africaine.

Mardi, Valls en remet une couche, à peine plus légère sur les ondes de BFMTV. Les responsables écologistes, ministres ou pas, lui tombent dessus. Mardi, Jean-Marc Ayrault et 4 ministres encadrent Valls lors d'un déplacement à Marseille, après un énième règlement de comptes entre malfrats. Mercredi, François Hollande siffle la fin de la récrée, "le regroupement familial n'est pas un sujet." Valls rétropédale. Christiane Taubira, dont la future réforme pénale fut mise en cause par Valls dans un courrier révélé la semaine précédente, est accueillie en star à l'université d'été d'EELV à Marseille. Elle a la formule qui claque, moqueuse et déterminée à souhait. Les sourires de circonstances, mardi dans la cité phocéenne, avec son collègue Valls, n'y ont rien changé.

De son côté, Mélenchon souffre. Pierre Laurent, le secrétaire national du PCF, lui apporte une critique cinglante dans les colonnes de Libération: "Pour convaincre, nous ne devons pas confondre la colère et la radicalité nécessaire avec la provocation et l’invective". Le patron du PG fait mine de ne pas comprendre, avant de reconnaître sa "déception" aux Estivales de son parti, à Grenoble. 



Finalement, c'est à Christiane Taubira que nous devons la devise de la semaine.

"Nous n’allons pas céder face aux discours aux airs martiaux, aux grandes menaces, et à la virilité intimidante".


23 août 2013

Syrie: pourquoi il fallait intervenir... avant

Le Monde du 23 août 2013

Ce qui ressemble à un nouveau massacre à l'arme chimique en Syrie, pour l'essentiel de civils, pose la question d'une intervention militaire dans l'un des pires conflits du moment.

A moins qu'il ne soit trop tard.

1. La coïncidence est terrible. Des experts de l'ONU venaient d'entamer, depuis dimanche, une visite d'enquête sur d'autres faits d'attaque chimique, dénoncés preuve à l'appui il y a 5 mois. Mercredi 21 août, la nouvelle d'un nouveau et plus massif massacre a fait l'effet d'une bombe.

2. Le régime dément mais les indices sont troublants. Nous avons ces photos, ces videos, ces témoignages. Certains s'étonnent, comme cet ancien expert onusien des contrôles en Irak en 2003 sur France Inter jeudi à 19h, que la Syrie ait pris pareil risque. Mais les éléments d'information actuellement à notre disposition laissent effectivement croire à un massacre massif: l'un des responsable de l'opposition syrienne cité par le Monde évoque 1.300 morts civils dans son édition de jeudi daté de vendredi 23 août. "L'Organisation syrienne des droits de l'homme ne confirmait provisoirement qu'une centaine de morts" rapporte le Monde.

3. Jeudi 22 août, Hollande évoque à son tour "l'usage probable d'armes chimiques", lors d'un entretien téléphonique avec le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon. On dit quoi ? Hollande dit même pire: "il a fait part de l’émotion suscitée en France par les massacres intervenus en Syrie dans la nuit du 20 au 21 août, et de l’usage probable d’armes chimiques".

4. L'ONU s'est décidé au service minimum. La réunion d'urgence du Conseil de Sécurité mercredi soir n'a rien donné. Au contraire, la Russie et la Chine se sont opposés à une résolution autorisant les experts de l'ONU actuellement présents en Syrie à se rendre sur les lieux du massacre. Cette hostilité renforce les soupçons. Elle démontre aussi que les efforts récents de l'Arabie Saoudite pour inciter Moscou à cesser son aide au régime de Bachar el Assad ont été vains.

5. Le régime actuel est affaibli, à en croire nos "spécialistes". Cette attaque a eu lieu dans la banlieue de Damas, à quelques centaines de mètres du palais présidentiel, preuve que le territoire est loin d'être "reconquis". Bachar el-Assad a beau investir les réseaux sociaux Facebook, Twitter et même Instagram pour "prouver", clichés à l'appui, qu'il est tranquille, rien n'y fait.

6. L'Europe ou l'ONU auraient du intervenir depuis longtemps. Le conflit a démarré en mars 2011, pour ne cesser de s'aggraver. A l'époque, il fallait soutenir, consolider, armer les composantes "démocratiques" et laïques d'une opposition disparate et désorganisée. Désormais, cette dernière est structurée autour d'Al Qaïda et d'autres mouvements islamistes. L'un des plus gradés américains a traduit, avec l'habituel vocabulaire utilitariste:
"Je considère que le camp que nous choisissons doit être prêt à promouvoir ses intérêts et les nôtres quand l'équilibre penchera en sa faveur. Aujourd'hui ce n'est pas le cas." Général Dempsey, chef d'état-major interarmées.
7. En France, notre ministre des Affaires Etrangères ne rate pas une occasion de dénoncer sans détour les dernières atrocités commises sur ce terrain-là. L'indignation diplomatique et médiatique est nécessaire. Mais cela ne suffit pas, n'a jamais suffit, ne suffira plus.

Nous voici donc face à l'une des pires guerres, le conflit d'un régime de boucher contre des fanatiques d'un autre âge. Il faudra le drame humanitaire plus massif encore, une horreur plus grande encore, pour que certains se décide à franchir le pas. Le même Dempsey explique pourtant que l'intervention américaine serait décisive: "Nous pouvons détruire l'aviation syrienne. (....) Ce ne serait pas décisif sur un plan militaire mais cela nous engagerait résolument dans le conflit."

Cette déclaration est terrifiante.


22 août 2013

Valls: le temps des clarifications

On essaiera de ne pas tout confondre, comme la nécessaire lutte contre la délinquance avec l'agitation médiatique du moment; des règlements de comptes entre bandits avec des agressions d'honnêtes citoyens; la bavure d'un policier et l'ensemble des forces de l'ordre; la popularité sondagière d'un ministre de l'intérieur avec l'avenir de la gauche.

Voici encore des violences à Marseille, un homme criblé de balles. Des violences sur l'exact terrain d'intervention de Manuel Valls, l'un des plus dangereux. C'est dit, confirmé, affirmé. Valls aurait échoué. Grossière confusion. La droite est en peine de déclarer quelque chose de crédible. Difficile d'accuser Valls ne pas en faire assez. Il a envoyé davantage d'effectifs - 230 en un an, après les 175 suppressions de postes par l'administration Sarkozy. Même les reproches d'un François Bayrou - "le mimétisme Valls et Sarkozy" à Marseille - sonnent comme une critique dérisoire et décalée. Ce n'est pas sur ce sujet-là - la lutte contre le banditisme - que l'action vallsienne fait débat à gauche.

On essaiera de ne pas tout confondre. 

 "Marseille a besoin de la France, la France a besoin de Marseille" a expliqué, sur place, Jean-Marc Ayrault.  A Marseille, il faudrait s'attaquer à la "racine du mal". Quelle est-elle ? La ville tressaute de règlements de compte en tous genres. Mais depuis le 1er janvier dernier, les atteintes aux personnes ont chuté de 13% par rapport à la même période que l'an passé. On ne confondra pas un énième règlement de comptes avec la délinquance qui frappe nos vies quotidiennes.

Le grand banditisme est un fléau qui date. Car il s'agit, encore et toujours, nous dit-on, d'un règlement de comptes dans le milieu du banditisme. Le 13ème depuis janvier. Six déplacements de Valls plus tard, cette délinquance est évidemment toujours là. Ayrault explique que cette agitation meurtrière est causée, pour partie, par l'action des forces de l'ordre. Mais il rappelle, heureusement et surtout, le manque de services publics, le chômage, le décrochage scolaire, les trafics. La présence de Marisol Touraine (Santé) et de Cécile Duflot (Logement) dans le cortège voulait signifier que le sujet n'est pas que sécuritaire. Ayrault évoque le "Grand Marseille" - avec le vote de la loi portant sur la création d’une métropole à l’échelle de Marseille-Provence-Aix. Il promet de revenir avec des annonces "sur les déplacements, les transports, sur la rénovation urbaine, sur l’éducation, sur la lutte contre l’exclusion et le décrochage scolaire, pour l’emploi des jeunes".

Il y a un journal, Le Monde, qui ose regretter qu'Ayrault n'ait pas déjà ces propositions sous le coude. L'hystérisation frappe même les plus grands, parfois.

Ce déplacement de 6 ministres avait donc une double signification. Politique d'abord. Le sujet mobilise tout le gouvernement; le maintien de l'ordre est une préoccupation collective tant la situation est grave; et il ne s'agit pas que d'une affaire de répression.

Plus personnelle ensuite: il s'agissait d'encadrer le ministre de l'Intérieur. On avait murmuré dans les coulisses que Hollande avait dépêché Ayrault hier à Marseille pour ne pas laisser Valls seul. "Hollande apprécie son travail mais veut qu’il joue plus collectif" a confié un conseiller élyséen. Valls va donc rester au gouvernement. Pourrait-il au moins changer de logiciel ? Rien n'est moins sûr.

On essaiera de ne pas tout confondre.  On croit que Valls se montre trop. Que c'est là le problème. Funeste erreur. Valls se montre comme d'autres, mais sa présence attire les mouches médiatiques. Qu'ils soient critiques ou supporteurs, certains ont oublié ce qui se passait hier, avant 2012. Pendant une décennie, Nicolas Sarkozy avait imposé un monopole du langage sécuritaire. Il avait étouffé, écrasé, supplanté tous ses rivaux sous un tapis de déclarations, lois et déplacements. Pas une semaine sans une nouvelle outrance ! Son omniprésence médiatique, volontaire, avait largement profité de l'absence d'opposants sérieux. Après 2002, la gauche politique était sonnée. Chirac, un président absent.

Aujourd'hui, Valls a du mal à exister. Car Hollande se montre beaucoup, son gouvernement également. Le danger, avéré, est que ce ministre cherche son existence médiatique dans quelques outrances. Des mots de trop - qui doivent être taclés vite et fort. Des postures insupportables qui caressent nos instincts reptiliens contre la raison et le coeur.

Mercredi matin, à en croire quelques témoignes anonymes, François Hollande a donc recadré, dès le début du Conseil, en invitant ses ministres à cesser "d'inventer des sujets qui n'existent pas, de faux sujets comme le regroupement familial". Car après les "mots de trop" du ministre en plein séminaire 2025, le même Valls en avait rajouté une couche le lendemain matin sur RMC: "c'est l'ensemble de nos politiques migratoires qui devront être questionnées pour la France et pour l'Europe, et notamment sur le bassin méditerranéen. Toutes les questions seront posées et (...) parmi d'autres la question du regroupement familial peut être posée." Les écologites Duflot, Placé et Canfin ont alors riposté.

Interrogée lors de son point-presse habituel, la porte-parole Najat Vallaud-Belkacem a sobrement confié: "Je vous confirme que le président de la République a estimé que la politique migratoire et le regroupement familial ne faisaient pas partie des débats de cette rentrée".

On essaiera de ne pas tout confondre. Les vrais sujets et les autres.

Mercredi, Valls descend à Aurillac, pour l'ouverture du festival de théâtre la ville. Il est "hué et suivi par une centaine de personnes" d'après le quotidien local La Montagne. Qui sème le vent récolte la tempête, dit l'adage. Qui osera s'en réjouir ?

Il y a cette video, vue plus d'un million de fois. Un policier qui finit par frapper de sa matraque une femme noire, dans une rue. On se jette dessus. Le maintien de l'ordre, ses excès, ses bavures, est un sujet qui ravit nos médiacrates. On en fera donc des louches alors que la chose mérite plus une enquête que des supputations. Mediapart ajoute un complément video mercredi. Le site "remet" une pièce dans le jukebox. On y comprend que la bavure, manifeste, a ces circonstances. Les "mouches" vont se régaler.

On essaiera de ne pas tout confondre.