30 septembre 2013

Impôts: ce qui vous attend. Ou pas.

Le feuilleton fiscal se poursuit. Il n'y a aucune raison qu'il s'arrête de sitôt. Le sujet imprègne l'actualité depuis que divers lobbies ont fait du ras-le-bol fiscal une cause nationale. Et voici que la loi de finances 2014 est enfin présentée en Conseil des ministres. Jean-Marc Ayrault, devant les parlementaires socialistes mardi 24 septembre, s'excuse d'avoir augmenté les impôts.

Depuis quand est-ce un souci ?

Voici au moins quelques "nouvelles". Car depuis mercredi, le fameux projet de loi de finances 2014 était presque dévoilé, enfin.

1. Les impôts augmenteront peu, trois milliards d'euros d'après les prévisions du gouvernement. Car l'essentiel de l'effort, on vous l'a dit et rabâché, portera sur des réductions de dépenses publiques - 15 milliards d'euros.

2. A ce stade, le projet de loi ne comporte aucune surprise fiscale. Cela ne veut pas dire qu'il sera voté en l'état. Le travail parlementaire débute.

3. On pouvait clore la polémique sur le nombre de foyers nouvellement imposés à l'IR à cause du gel de barème décidé par Nicolas Sarkozy, maintenu par François Hollande en 2013: chaque année, entre 2 et 3 millions de foyers fiscaux deviennent imposables alors qu'ils ne l'étaient pas l'année précédente. (2,91 millions en 2012 ; 2,62 millions en 2011 ; 3,10 millions en 2010 ; 2,05 millions en 2009 ; 2,73 millions en 2008, d'après le Monde.) Ces données sont "brutes", c'est-à-dire sans tenir compte de ceux qui sortent de l'IR. Le solde "net" est bien plus faible; en 2012, 939.000; en 2013, 787.000. Les chiffres avancés par l'Opinion ("1,2 à 1,6 million" par an), relayés par l'opposition de droite étaient bien farfelus. Au total, en 2013, 44% des foyers français ont vu leur impôt sur le revenu progresser. 

4. La "décote" de l'impôt sur le revenu sera augmentée de 5% cette année (après avoir été relevée de 9% en 2013). Quelque 7 millions de ménages sont concernés par cette baisse d'impôt. Et 135.000 foyers deviendront non-imposables à l'IR.
"Si son impôt brut ne dépasse pas 1.016 euros l’an prochain, le contribuable pourra faire la différence entre 508 euros (la moitié de 1.016) et la moitié de son impôt, pour obtenir le montant de l’impôt sur le revenu qu’il devra payer in fine." (Source: Les Echos)
5. On savait déjà que le barème de l’IR serait de nouveau être revalorisé du montant de l’inflation constaté en 2013 (0,8 %), après deux ans de "gel".

6. La réforme fiscale est, encore, paraît-il, enterrée; ça débat encore un peu, la bête n'est pas mort. Les opposants à toute réforme plaident qu'elle déstabiliserait les acteurs économiques. Moscovici est évidemment sur cette ligne. Bernard Cazeneuve est plus ouvert, il croit à une réforme "sur la durée", par "petites touches". Rien que cela.  A la gauche du PS, on a même prévu de déposer deux amendements pour créer une CSG progressive: "Selon cette proposition, le taux de CSG, actuellement proportionnel au salaire, serait plus faible pour les bas salaires et plus élevé pour les hauts revenus. Avec une CSG progressive, un couple marié, rémunéré au smic, avec deux enfants à charge, verrait son pouvoir d'achat augmenter de près de 75 euros par mois."

7. A lire la presse conservatrice, la réforme fiscale est déjà là. C'est un paradoxe. Comment pouvions nous lire la même réalité avec des regards si différents ? Le mensuel Capital s'inquiète donc, ce 24 septembre, du "coup de massue" fiscal, à cause, notamment, de "l'alignement de la taxation des revenus du capital (dividendes, intérêts, plus-values sur la vente d'actions) sur celle des revenus du travail."

8. Le plafonnement, en valeur absolue, à 10.000 euros par foyer et par an, des avantages fiscaux des défiscalisations diverses que la loi autorise encore, va faire du mal. C'est bien heureux, mais cela sera incroyable pour nombre de foyers de cadres supérieurs qui parvenaient à réduire leur impôt sur le revenu de plus de 10.000 euros par an. La dernière loi de finances de l'ancien régime prévoyait un plafond de déduction fiscale de 18.000 euros et 4% du revenu par an. Qui parlait de révolution ?

9. Le Figaro s'indigne, encore, de ces familles "encore sévèrement touchées en 2014". Le quotidien d'opposition reconnaît pourtant que la mesure incriminée, une nouvelle baisse du quotient familial, ne pèse concerne pas 88% des familles: "1,3 million de ménages seront concernés, soit 12 % des familles avec enfants, avec une hausse moyenne de leur impôt de 768 euros." Le quotidien rassemble trois autres mesures, non encore votées, qui concernent également les familles: "la suppression des réductions d'impôts pour les parents ayant des enfants scolarisés (61 euros par collégien, 153 par lycéen et 183 par étudiant); (...) la fiscalisation de la majoration de 10 % pour les retraités qui ont plus de trois enfants (1,2 milliard); (...) les coupes sur la prestation d'accueil du jeune enfant".

10. La hausse de la TVA sera moins douloureuse qu'annoncée pour les ménages. La décision date de la loi de finances 2012 pour 2013. Entre-temps, certains secteurs ont finalement obtenu que leur TVA n'augmente pas - comme par exemple le livre, et, récemment, les salles de cinéma. D'autres ont annoncé qu'ils ne répercuteraient pas la hausse - crise oblige - sur leurs tarifs aux clients.

11. Les salariés qui bénéficient de mutuelles seront mis à contribution: "la participation de l'employeur à leur contrat collectif de complémentaire santé sera désormais imposable".

12. Pour les heureux propriétaires d'actions ou de biens immobiliers, il y avait quelques simplifications et aussi davantage de fiscalité: une simplification de l'imposition pour la taxation des plus-values mobilières: 50 % d'abattement si le bien est détenu entre deux et huit ans, 65 % à partir de huit ans. Pour les cessions de titres de PME, l'abattement sera de 50 % entre un et quatre ans de propriété, de 65 % entre quatre et huit ans, de 85 % au-delà. Les droits de mutation, eux, progresseront de 5,09 % à 5,80 %.


Chômer tous les jours, sauf le dimanche

C'est donc une réunion surréaliste, ce lundi matin, qui se déroule chez Jean-Marc Ayrault.

La ministre Marisol Touraine, la veille, avait cédé à cette improbable pression des "travailleurs du dimanche". Car il y avait prétendument urgence, 22 magasins sur plus d'une centaine, des enseignes Leroy Merlin et Castorama, avaient bravé l'interdiction prononcée par un tribunal la semaine précédente.

Quel affront !

"A l'évidence le statu quo n'est pas tenable", avait donc déclaré la ministre de la Santé, sur France 5. "Il y a des salariés qui ont envie de travailler dimanche, des gens qui ont envie de faire leur courses le dimanche".

Il fallait se pincer.

Les services de Matignon, ce dimanche, ont donc confirmé que Michel Sapin (Travail), Benoît Hamon (Consommation), Sylvia Pinel (Commerce) et Pierre Moscovici (Economie), allaient se retrouver dès potron-minet pour discuter de cette affaire.

La porte-parole du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, a toutefois voulu modérer les ardeurs léo-lib de sa consoeur: la réunion du lundi se déroulerait "en gardant à l'esprit que l'intérêt des salariés reste de préserver le droit à un repos dominical".


La France compte 5 millions d'inscrits à Pôle Emploi.


29 septembre 2013

L'actualité politique, vue par 10 blogs (S01e01)

Dimanche, 13 heures. L'actualité politique se décrypte aussi, et souvent surtout, dans les blogs et leurs commentaires. 

Voici donc une première sélection dominicale, 10 billets de la semaine écoulée qu'il ne fallait pas rater. Un tri subjectif qui complète celle publiée en support de notre chronique hebdomadaire.

Chez Affichage libre, "J'ai infiltré la Manif Pour Tous" est un témoignage surprenant chez les opposants au mariage pour tous. 

Le Cri du peuple se moque d'EELV: "Noël Mamère quitte EELV, un parti en état de mort clinique": Il paraît que le Parti de Gauche, ici ou là, tend la main aux écologistes. La chose n'a pas pourtant grand chose à voir avec le départ de Mamère.

Chez Extimités, Bembelly moque le travail dominical: "11ème commandement: Le dimanche, tu ne bricoleras point…"

Politeeks lui emboîte le pas rappelant quelques vérités sur le même sujet, et sur un autre qui échauffe les esprits malins - les Roms.

Iboux, du blog "Mon avis t'intéresse?", s'indigne, comme d'autres, sur cette dernière polémique; comment les "borgnes du supportables" sont dépassés.

Fred Camino s'inquiète des militants de Greenpeace emprisonnés en Russie - "Poutine et les très dangereux activistes de Greenpeace".

Le SPD doit-il accepter de participer à un gouvernement de coalition ? Romain Blachier trouve Merkel "confortée".

Et justement, Gérard Filoche publie sur son blog une analyse du scrutin allemand de Mathieu Pouydesseau: "la grande clarification", effectivement, était nécessaire. Un SPD qui progresse, une extrême gauche qui régresse, une gauche globalement majoritaire, ces constats, factuels, sont loin des commentaires entendus toute la semaine.

Jegoun s'attarde sur la mixité urbaine, un long billet sur un sujet essentiel en ces temps de stress social et d'excitations violenes.

Vincent Guibert raille son ras-le-bol fiscal, qui a beaucoup plus à voir avec l'absence de réforme fiscale et la pause moscovicienne qu'avec le niveau des impôts .



28 septembre 2013

334ème semaine politique: instincts meurtriers en Sarkofrance

Crédit: Showtime
Angela Merkel est à Berlin. "Mutti" savoure. Elle a largement gagné sa troisième élection législative. Le SPD est à genoux, les libéraux disparaissent. En France, on multiplie les fausses leçons, il faudrait retenir les vraies: Merkel a gagné au centre. La gauche est majoritaire, mais éclatée.

François Hollande est à New-York Russes et Américains se mettent d'accord sur la Syrie. Une résolution sans sanction automatique si Bachar el Assad ne respecte pas ses engagements de désarmement chimique. Hollande salue le (nouveau) président iranien, Hassan Rouhani. Trois jours plus tard, Obama franchit à son tour le pas, un coup de fil. Le premier depuis 1979. Rouhani relate cette conversation sur Twitter. Un nouvel Iran politique se déploie sous nos yeux, enfin.

François Hollande est à Florange. Il y a des sifflets, sans surprise. Mais du respect de part et d'autres. Les représentants des salariés des hauts fourneaux d'Arcelor-Mittal sont reconnaissants de cette rencontre, "d'homme à homme" dit l'un d'entre eux. Arnaud Montebourg n'est pas là, "évacué" à Bruxelles pour une réunion. On se souvient qu'il avait failli quitter le gouvernement quand Hollande et Ayrault avaient refusé la nationalisation provisoire du site. Interrogée sur cette éviction lors de son point presse, Najat Vallaud-Belkacem sourit. A Florange, Hollande promet de revenir chaque année.

Il est rare qu'un chef d'Etat revienne physiquement rencontrer ceux qu'il a déçus.

C'est la reprise, timide bien sûr. Mais tout de même. Au dernier trimestre, l'INSEE confirme une hausse de 0,5% du PIB. La consommation des ménages et la production industrielle se redressent, le pouvoir d'achat ne baisse plus.  Mercredi soir, les chiffres du chômage sont presque bons. Hollande ne pavoise pas. Michel Sapin demande de la patience. 50.000 sans emploi de moins en août, une baisse des radiations et des demandes d'inscriptions. Mais, ô tâche, ô désespoir, une explosion du nombre de cessations d'inscriptions pour défaut d'actualisation. Le phénomène est habituel en août, mais pas de cette ampleur. On évoque un changement de gestion chez Pôle Emploi. Le chômage statistique devrait bondir le mois prochain.

Mercredi, la fausse surprise est budgétaire. Hollande adopte le projet de budget 2014 en Conseil de sministres. La potion est amère mais prévue. Prévue, mais amère. Quinze milliards d'euros d'économies... Pierre Moscovici, notre ministre des finances qui vient de recruter un conseiller économique chez les néo-libéraux, est tout sourire: "Nous préférons faire des économies plutôt que d'augmenter les impôts". Impôts, le terme est devenu tabou.

L'intoxication néo-libérale a contaminé nos médias: riches et rentiers, effrayés d'un coup de barre fiscal qui débutait pourtant à peine, ont rameuté à leur cause journalistes et lobbyistes. L'offensive fut si générale que même notre ministre Mosco fut tétanisé au sortir de l'été.

A l'inverse, les critiques contre l'austérité dépassent parfois l'entendement. Il n'y a peut-être pas eu de "grand soir fiscal", mais depuis 2011, les impôts ont cru de plus de 60 milliards d'euros. Fustiger une prétendue "révolution conservatrice" quand les dépenses publiques baissent en réalité de moins de 1% est une autre aberration. Cela n'empêche pas de constater combien certaines économies feront mal: encore 3 milliards à "sauver" de l'assurance maladie; des retraites indexées plus tard (800 millions); des aides au Logement désindexées; des aides publiques au développement supprimées; etc.

Jeudi, le tribunal de commerce de Bobigny ordonne la fermeture de plusieurs magasins en Ile-de-France le dimanche. Quel scandale ! Quelques salariés, étudiants précaires qui cherchaient dans ces jobs d'appoint de quoi survivre, sont appelés à la rescousse de cette cause du Grand Marché. Sur les Champs Elysées, Sephora est contraint de fermer ... la nuit. Sur CANAL+, Antoine de Caunes invite donc une employée modèle du dit magasin qui témoigne combien elle aime travailler la nuit. La dite "Marie-Cécile" est vite démasquée sur les réseaux sociaux, militante UMP photographiée en tee-shirt du parti aux côtés de Jean-François Copé.

Journées parlementaires, ce moment de rentrée où chaque parti rencontre ses élus et ministres. Crispations, chagrins et énervements. A l'UMP, mardi, un sénateur, donc âgé, confie publiquement des "instincts meurtriers" contre Hollande et ses 40 ministres. Jean-Claude Gaudin lui propose des "Kalashnikovs". Ces gens sont fous.

"Instincts meurtriers" ?!

Au PS, l'aile gauche "ne comprend plus rien", elle "ne voit plus le cap" qui permettra de réduire les inégalités. Pourquoi restent-ils ? Noël Mamère se barre d'EELV, on s'excite sur son cas quelques heures, puis c'est oublié. Partir pour aller où ? La critique est facile, et nécessaire. Mais après ?

Chez EELV, encore, Cécile Duflot exprime sa colère. On critique son carriérisme. Curieuse attitude que de critiquer une ministre quand elle rompt enfin la langue de bois. Son collègue Valls a encore dérapé sur les roms. Il est intouchable puisque sondagièrement populaire. Le ministre de l'intérieur, mardi sur BFM, en a remis une couche sur la prétendue "non-intégration consubstantielle" des Roms en France. De quoi parle-t-on ? De 17.000 personnes concentrées dans 400 bidonvilles. C'est un sale hochet du débat politique, une diversion pour des politiciens en souffrance. Ayrault veut calmer le jeu. La ministre George-Pau Langevin, déléguée à la réussite éducative, rappelle une évidence: "nul peuple n'est délinquant ou marginal par nature."

Pourquoi faut-il le rappeler au sein d'un gouvernement socialiste ?

Dans le Puy-de-Dôme, un couple que l'on dit "toxico" est accusé d'avoir tué leur fillette. La mère avoue, puis le beau-père. Le Point décrit ce dernier comme une "racaille". Quand les deux sont emmenés dans le tribunal de Clermont-Ferrand, une petite foule de Dupont-Lajoie est là, on entend des appels au lynchage - "à mort!".

"A mort" ?

Valeurs Actuelles, obscur torchon hebdomadaire, glace les coeurs de ses couvertures sur les Roms puis les Musulmans.

Nous sommes toujours en Sarkofrance. Les mots, la rage, les salissures du débat public, tout est encore là.

Nicolas Sarkozy est à Cannes, embauché pour quelques milliers d'euros par une multinationale indienne et une conférence devant des patrons. A Bordeaux, il a perdu son coup. La Cour d'appel a validé la procédure Bettencourt, instruction dans laquelle Eric Woerth et lui-même ont été mis en examen.

Nicolas Sarkozy déjeune à Nice, avec une dizaine d'élus UMP (et un UDI). Il délivre ses bons mots... contre les siens. Quelle drôlerie ! Il trépigne de revenir, mais il faut attendre 2015. Il trépigne et donc il accuse, raille et détruit comme il peut. Contre Copé ou Fillon, cela donne des aveux parfois bizarres, comme sur ces 35 heures qu'il ne voulait finalement pas supprimer... Il conclue, comme toujours, qu'il ne "reviendra pas".

Contre Copé ou Fillon, on comprend qu'il a désormais des instincts meurtriers.

La fin est proche.

Ou bien ?


27 septembre 2013

Sarkozy: "je ne reviendrai pas"..

Il a la hargne, mais avec le sourire. Tellement la hargne qu'il se lâche, en petit comité mais sans compter. Vendredi, Nicolas Sarkozy déjeunait à Nice, avec ses "amis". Il confie, encore, qu'il ne reviendra pas, sauf si, encore, la France l'appelle.

Un pure plaisir de commentateur.

On remarqua qu'il était trop en colère. Car il racontait n'importe quoi. Comme des aveux. Des choses qu'il n'avait jamais osé avouer quand il était président puis candidat. Rappelez-vous... la suppression des 35 heures, c'était son dada, le leit-motiv de son quinquennat, le slogan du moindre déplacement. Ces "35 heures" étaient la cause de tout et devaient être absolument supprimées.

Puis, ce 27 septembre à Nice, le voici qu'il lâche, confie, avoue, qu'il valait mieux les conserver pour mieux compter les heures supplémentaires... En février dernier, il y a à peine 6 mois, il confiait encore regretter de ne les avoir supprimées. Mais l'homme divague

"C'est un drôle de programme de promettre les 39 heures payées 35 et la retraite à 65 ans. Bon courage à celui qui veut se faire élire là-dessus!"

Cet immense travail névrotique de refaire le match, l'histoire et le reste, le conduit encore plus loin: "Moi, je n'ai jamais fait de courant. Ce que vous faites, les électeurs ne le comprennent pas". Car Sarkozy est énervé de ces clans qui se forment et dont il n'est pas... Fillon, Copé, ou même Wauquiez. 

Sarkozy n'aime pas les courants... vraiment ? Comment expliquer cette affreuse campagne de la Firme ... contre Jacques Chirac lui-même avant l'élection triomphale de 2007 ? 

Il trépigne, il en rage sourde, il fallait qu'il lâche et crache contre celles et ceux qui aimeraient un inventaire de sa propre présidence: "Je vois, je lis, j'entends que beaucoup de mes ministres ont souffert en silence. C'est étrange, personne ne m'a demandé de partir. Mais parce que je suis un bon chrétien, je veux leur promettre que plus jamais ils ne souffriront avec moi à l'avenir."


Il paraît qu'il ne veut plus revenir, qu'il l'a encore redit ce vendredi, dans ce restaurant niçois. 
"Je ne reviendrai pas"..

Vraiment ? 

Chiche. 

   

Roms: les 10 points qu'il fallait simplement dire.

C'est comme si notre pays ne voulait plus trouver de solutions. Comme s'il fallait donc s'écharper, ne regarder que la réalité qui nous arrange. La question des Roms en France pollue le débat politique. Ce vendredi 27 septembre, le quotidien La Croix publie quelques extraits d'un nouveau rapport de la délégation interministérielle à l'hébergement sur ce sujet qui se prête à toutes les caricatures.

1. L'installation d'un campement Rom pose des problèmes que des élus dénoncent. Les élus n'ont aucune raison de dénoncer si cela ne reflète pas une réalité. Les témoignages de tensions existent. Nul ne sert de les nier. La situation est aggravée par le fait que les campements de Roms sont concentrés dans peu d'endroits en France: "À elle seule, l’Île-de-France concentre 39 % des campements et 41 % des personnes vivant dans des campements en France. Les 62 campements présents dans le seul département de Seine-Saint-Denis regroupent 20 % des habitants. Viennent ensuite le Nord-Pas-de-Calais (3 116 personnes), Pays de la Loire (1 469), Provence-Alpes-Côte d’Azur (1 250) et Rhône-Alpes (1 080)… " (La Croix).

2. Personne - répétons - personne n'est en mesure d'expliquer/prouver que les Roms ne veulent pas s'intégrer. Personne. Il n'y a aucune étude qui prouve, démontre, assume, affirme que les Roms ne peuvent s'intégrer. D'après le rapport cité par La Croix, les Rroms sont majoritairement installés en rance depuis plus de 5 ans.

3. En août 2012, le gouvernement Ayrault a publié une circulaire qui explique qu'on ne déloge pas des roms d'un campement sans qu'une solution de logement n'ait été trouvée.

4. Il n'y a pas de solution de logement facile. Ni pour les Roms, ni pour personne. La France compte près de 4 millions de Français mal logés.

5. Les campements détruits sont illégaux. C'est-à-dire qu'il y a une décision de justice derrière pour les "valider". Ils sont parfois sauvages, sur des zones dangereuses. Les conditions de salubrité ne sont pas remplies. D'après le rapport cité par La Croix, il y aurait 394 bidonvilles. La Croix explique que "1 300 personnes ne disposent d’aucun traitement des déchets, 3 700 personnes vivent sans accès à l’eau courante."

6. Quand un maire refuse la scolarisation à une communauté Rom présente sur sa commune, ou à tout autre service public, il favorise l'exclusion de cette communauté. Les consultations de Médecins du Monde témoignent de cette précarité.  Ces bénévoles s'inquiètent, il y a "les conditions d’admission, la méconnaissance du système de santé français, les barrières de la langue, l’instabilité et les expulsions multiples, les délais d’instruction de l’AME.

7. Les Roms sont estimés à 17.000 en France. C'est un nombre marginal. Politiquement, c'est une diversion nationale, un sujet qui divertit. Imaginez que ces 17.000 personnes s'éparpillent dans quelque 400 campements. Cela signifie que 35.600 communes de France ne sont pas concernées. 15 ou 17.000 personnes sur 66 millions de résidents en France, ce n'est rien; juste une diversion. Plus de la moitié des Roms sont installés en Ile-de-France et dans le Nord-Pas-de-Calais.

8. Les Roms ont des interdictions de métiers. Nous sommes en 2013.  Il y a encore une liste de métiers. En septembre 2012, quelque 291 étaient autorisés aux Roms. Cet assouplissement a permis à un millier de Roms supplémentaire (soir 4.200 au total), de travailler. Pourquoi y-a-t-il encore des restrictions ?

9. Généraliser un propos sur une communauté, sans aucune preuve autre que l'anecdote locale est, techniquement, une stigmatisation. Quand cette communauté est étrangère, c'est de la xénophobie. Les statistiques ethniques sont illégales en France. Quand un ministre de l'intérieur et de l'immigration, qu'il s'appelle Manuel Valls, Brice Hortefeux ou Eric Besson évoque la délinquance roumaine et bulgare pour évoquer les Roms, on dépasse l'entendement républicain. Affirmer qu'une communauté ne "veut pas" quelque chose, sans preuve collective, ce détail est crucial, est une stigmatisation.   Cécile Duflot, jeudi 26 septembre, a rappelé une évidence: "On ne peut pas dire qu'il y a une catégorie de population où leur origine justifierait qu'elle ne puisse pas être intégrée et que leurs pratiques et modes de vie sont un dérangement pour leur voisin. Quand on dit cela, on est au-delà ce qui met en danger le pacte républicain."

10. On ne peut pas entendre ceci sans réagir: "les Roms ont vocation à rester en Roumanie ou à y retourner".  Aucun Européen n'a "vocation" à rester dans son pays. Aucun. Nous sommes en Europe.

Il y a une histoire, récente, elle date de 2010, trois ans à peine. Elle s'appelait "la pensée irresponsable de Nicolas Sarkozy", un discours immonde, qui a blessé.
"Quand tous nous avons dit que le discours de Grenoble est un scandale absolu, nous ne pouvons pas tenter de, ou envisager, ou laisser penser que nous pourrons utiliser les mêmes méthodes".  Cécile Duflot.


26 septembre 2013

Noël Mamère, Jean-François Copé: deux abandons en cours d'étape

L'un a davantage fait parler de lui que l'autre. Et pourtant les deux illustrent cette crispation générale né d'un climat politique qui reste tendu.

Noël Mamère quitte les écologistes
Noël Mamère, député-maire de Bègles, quitte Europe Ecologie Les Verts. Furax contre les dirigeants historiques, en rage contre la politique du gouvernement qu'il soutenait hier, en colère contre Hollande, Duflot et quelques autres.

L'homme suit donc ses convictions, mais pour aller où ? Un député seul n'a pas grande utilité collective. Jean-Luc Mélenchon lui a presque tendu la main. Cette décision n'est pas qu'une affaire de désaccord politique avec la majorité hollandaise. Bien au contraire... Il y a de la rancoeur interne et des rivalités de pouvoir pour l'animation ou le contrôle d'EELV.
"J'ai décidé de quitter EELV parce que je ne reconnais pas le parti que j'ai représenté à la présidentielle en 2002. Notre parti ne produit plus rien : il est prisonnier de ses calculs et de ses clans. Nous sommes devenus un syndicat d'élus." Noël Mamère. 
Mamère moque une "Firme" qui contrôlerait en son désormais ex-parti. Mais il reste prudent, qualifiant Cécile Duflot de "bonne ministre."

Le désaccord serait politique. On dira que Mamère en marre d'avaler des couleuvres. Chacun a sa propre ligne jaune.

Jean-François Copé abandonne 2017
L'autre abandon du jour concernait Jean-François Copé. Une journaliste infiltrée, oeuvrant pour RMC, croyait savoir que le président contesté de l'UMP avait renoncé à se présenter à la présidentielle de 2017. Quelle surprise !

Copé aurait fait le deuil, provisoire, de cette ambition présidentielle à cause de mauvais sondages. Dépassé sur sa droite par Fillon, abimé par l'image de tricheur qui lui colle à la peau depuis la présidentielle interne ratée de l'automne 2012, effacé par son ancien modèle Sarkozy qui térpigne en coulisses.

Copé, donc, aurait décidé de jeter l'éponge pour la prochaine course. Il s'imagine encore jeune. Il se réserverait pour 2022.

Quel est donc ce pays où le paysage politique est bouché aussi longtemps à l'avance ?

C'est la France.






Austérité version Hollande: Où trouve-t-il 15 milliards d'euros d'économies ?

(source)
Le gouvernement nous l'avait promis, 80% des efforts pour redresser les comptes publics l'an prochain porteraient sur des réductions de dépenses. Mercredi 25 septembre, le projet de loi de finances livre enfin quelques-uns de ses secrets.

Au final, le déficit budgétaire ressort quand même en hausse à 82,2 milliards d’euros l'an prochain, (contre 72 milliards attendus en 2013), à cause des 12 milliards de crédits décaissés pour les programmes d’investissement d’avenir.

Les services de Bercy ont trouvé 15 milliards d'économies, ce qui n'est pas rien. Six sont piochés sur la Sécurité sociale, neuf sur les dépenses de l'Etat.

Plus précisément, voici quelques-unes de ces économies proposées. La liste est loin d'être exhaustive, d'autres analyses suivront.



  • Report du 1er avril au 1er octobre de l'indexation des retraites (hors minimum vieillesse): 800 millions d'euros
  • Réduction du quotient familial : un milliard d'euros
  • Réduction des dépenses d'assurance maladie (sans détail à ce stade): 2,9 milliards d'euros
  • Réduction des aides familiales pour les familles aisées: 200 millions
  • Réforme des frais de justice: 45 millions
  • Réduction des dépenses de fonctionnement des ministères (-2%) - le gouvernement évoque ainsi 47 millions sur les ministères économiques et finances.
  • Suppression de 13.000 postes de fonctionnaires pour l'essentiel aux Finances (2.600) et à la Défense (8.000). Compte tenu des recrutements dans l'Education, la justice et la police, le solde net ressort à 3.347 suppressions seulement (après +5000 créations en 2013)
  • Dotations aux chambres de commerce, chambres consulaires, chambres d'agriculture: 300 millions
  • Remplacement de la prime d’apprentissage par "une nouvelleaide concentrée sur les très petites entreprises ": 550 millions
  • Réduction des dotations aux collectivités locales: 1,5 milliards d'euros, dont 840 millions pour les communes, 476 millions pour les départements et 184 millions pour les régions. Au passage, le gouvernement évoque une "meilleure péréquation en faveur des collectivités les plus fragiles" ("le Fonds national de péréquation des ressources intercommunales et communales (FPIC) passera de 360 M€ à 570 M€ en 2014 ; le Fonds de solidarité des communes de la région d’Île-de-France (FSRIF) progressera de 230 M€ en 2013 à 250 M€")
  • Réduction du bonus automobile : 230 millions d'euros
  • Durcissement du malus automobile: 100 millions sur le malus, dont le niveau maximal est porté à 8.000 euros au-delà de 200 grammes de CO2 émis au kilomètre.
  • Non-indexation des aides au logement (APL): 177 millions d'euros (ce qui annule le coup de pouce de 2013).
  • Réduction des aides publiques au développement: 163 millions d’euros (qu'en pense Pascal Canfin ?)

15 milliards d'euros sur près de 300, est-ce de l'austérité ?

Techniquement, non. Politiquement, sans doute.


[NDR: L'affaire régale les commentateurs néo-libéraux. Ecoutez donc Nicolas Doze, l'éditocrate enroué de BFM-TV. On évitera, ici, de critiquer la démarche dans son ensemble, mais plutôt les arbitrages qui ont été retenus: l'intoxication neo-lib sur le "ras-le-bol" fiscal a fait son oeuvre. Certaines mesures d'économie ici présentées sont proprement scandaleuses, comme le gel des APL. Nous n'avons pas fini d'en parler. ]


Lire aussi:
L'intégralité du projet de loi
Ces dépenses qu'aucun gouvernement ne peut diminuer (Le Monde)

Pourquoi l'emploi s'améliore mais le chômage ne baisse pas.

La publication des statistiques de Pôle Emploi à fin août 2013 était comme une nouvelle réjouissante. Ou presque.

Officiellement, le nombre d'inscrits à Pôle emploi dans les trois premières catégories d'inscrits - celles qui recouvrent ceux en recherche active d'emploi qu'ils aient travaillé un peu ou pas - a baissé de près de 62.000. Et ceux sans aucune activité avaient chuté de 50.000.

En parallèle, il fallait, comme toujours, observer les flux d'entrées et de sortie. Et, si possible, les comparer à des périodes comparables.

1. Ainsi, à fin août 2013, les cessations d'inscription pour défaut d'actualisation ont bondi de 77.000 unités (de 200 à 277000 d'un mois à l'autre). Cette hausse est partiellement saisonnière: en août 2011, ces mêmes défauts d'inscription avaient augmenté de 15.000; en août 2012, elles avaient augmenté de 6.000 personnes (à 197000). Bref, en août 2013, Pôle Emploi a largement "bénéficié" d'un effondrement des inscriptions de l'ordre de 50.000 par rapport aux niveaux des périodes comparables des années 2011 et 2012.

2. Les radiations administratives ont chuté en août, mais elles restent élevées n: 40.000 en aout, contre 43.000 deux ans plus tôt. Ou 38.000 en août 2012...

3. Enfin, les reprises d'emploi déclarées sont plus nombreuses qu'il y a un an ou deux: 95.700 à fin août 2013 (+ 4,5% versus juillet), contre 92.500 à fin août 2012, et 95.300 à fin août 2011.

Au final, on retiendra que les sorties de Pôle Emploi ne sont pas dues à un rebond de l'emploi mais à des défauts d'inscriptions.

A l'inverse, les entrées à Pôle emploi ont chuté sensiblement, alors que la rentrée est traditionnellement une période de forte "reprise" des inscriptions depuis 2008: 489.000 nouveaux inscrits, ce qui reste terrifiant, mais en baisse de 50.000 d'un mois sur l'autre.  Pour mémoire, en août 2012, les entrées s'élevaient à 506.000 personnes.  Sur la seule France métropolitaine, l'amélioration est plus marquée: 447.000 entrées en aout dernier, contre 490.000 il y a un an à la même date.



Lire aussi: la publication de la DARES.

25 septembre 2013

Finalement, Hollande ira à Florange

On se souvient de l'Autre. Nicolas Sarkozy, presque oublié. Il était allé à Florange, une fois. Il avait évoqué "Carla" sur l'estrade. Il venait de se marier. Nous étions suffoqués.

Puis, malgré les CRS, les quartiers bouclés, les carrefours filtrés, malgré tout ce tintamarre officiel qui accompagnait chaque déplacement de l'ancien monarque, nous cherchions l'instant courageux, ce moment où Nicolas Sarkozy oserait revenir.

François Hollande encadre ses déplacements, mais moins que l'Autre. C'est parfois dommage. Il n'est plus à l'abri d'un citoyen mécontent - il paraît qu'ils sont majoritaires d'après les sondages. Il ne filtre pas non plus les photographies. Elysée.fr n'est plus le fournisseur officiel de nos images médiatiques. C'est aussi dommage, car on ne compte plus les clichés ridicules ou drôles.

François Hollande a donc décidé, et annoncé, d'aller à Florange ce 26 septembre
Depuis la présidentielle, ArcelorMittal a arrêté en avril les hauts-fourneaux de Florange, les derniers en activité en Lorraine avec 629 salariés, sur les quelque 2 500 qu'il emploie sur le site. Dans un accord avec le gouvernement intervenu en novembre, après un débat sur une éventuelle nationalisation temporaire, le groupe s'est engagé à investir 180 millions d'euros sur le site sur cinq ans. (source: Le Monde)
A Florange, Hollande pourra peut-être se réjouir, publique, d'une proposition de loi rédigée par des députés socialistes et écologistes dont nous nous sommes fait l'écho ici. Quelques libéraux la trouvent stupides, contre-productives. Quelques syndicalistes la trouvent insuffisante. Quelques patrons la trouvent trop rigide.

Au final, elle durcit les conditions dans lesquelles le propriétaire d'un établissement peut fermer sans chercher de repreneur (*).

A Florange, qui va donc rencontrer François Hollande ?

La visite prend l'essentiel de la journée, de l'arrivée prévue vers 9h à la dernière rencontre en milieu d'après midi. L'Elysée a fait savoir qu'Hollande s'enfermerait à huis-clos avec les représentants syndicaux de salariés d’ArcelorMittal. S'en suivra une visite de Saint-Agathe à Florange, d'une usine à Pompey, et une table ronde à  la préfecture de Metz.







(*) NDR: je vous invite à lire aussi les commentaires critiques sur cette proposition de loi dans le billet d'origine.

La prestation pas trop normale de Hollande à l'ONU

Ils sont peu nombreux, celles et ceux qui ont noté cette tranquille métamorphose. François Hollande a trouvé sa place en matière de politique extérieure. Elle suscite des désaccords, évidemment. Mais il a trouvé sa ligne.

Mardi, il eut sa vingtaine de minutes, à l'estrade de l'ONU. Le discours était attendu, les thèmes connus d'avance. L'ensemble fut donc convenu: Syrie, Centrafrique, Iran, et même la Somalie, nous saviosn à quoi nous attendre.

Les services de l'Elysée nous avaient épargné les anciennes mises en scènes théâtrales de l'ancien monarque. De cette intervention onusienne, nous savions qu'elle s'accompagnerait de quelques visites importantes (avec le président iranien notamment), mais "normales". Du temps de Sarkofrance, chaque "prestation" élyséenne était accompagnée d'un emballage qui nous faisait croire à une attention médiatique mondiale sur quelques propos sarkozystes. Nicolas Sarkozy "débarquait" à New York comme on envahit un pays ou le Stade de France. Le surjeu sarkozyste est oublié. Hollande la joue ferme et normal.

Ce qui n'empêche pas les critiques.

1. Le discours du président de la République fut attendu, mais convenu. Sur la Syrie, il a rappelé ses arguments. En résumé, la pression a payé, mais l'affaire n'est pas terminé. Il faut accepter l'éventualité de sanctions si le désarmement chimique n'est pas correctement mené à son terme. Et Hollande, devant tous les autres représentant des Etats membres de l'ONU, rappelle son accusation contre la Syrie: "Face à ce crime terrifiant, la France a voulu une réaction forte pour sanctionner une violation du droit international mais aussi pour dissuader le régime de Bachar al Assad de commettre de nouveaux massacres".

2. Hollande a lancé deux alertes sur l'Afrique. L'une sur la Centrafrique, "je souhaite que le Conseil de Sécurité donne mandat (...) à une force africaine". Il y a urgence. "Nous devons mettre un terme aux exactions, qui prennent également des formes confessionnelles. (...) Le chaos s’est installé et les populations civiles en sont les premières victimes." Mais qui sont ceux qui, en France, soutiendront cette intervention après les reculs sur la Syrie ? Seconde alerte, la République Démocratique du Congo, où "des femmes, des enfants sont violentés chaque jour dans le Kivu; là encore il est impératif de renforcer la MONUSCO".

3. La ligne "hollandaise" est simple: il faut agir, partout et tout le temps, sinon le terrorisme nous rattrape. En version diplomatique, cela donne: "Partout où le désordre règne, le terrorisme prend de l'ampleur." Et de citer la récente attaque à Nairobi, au Kenya. Un journaliste d'Europe 1, anti-Hollandais notoire, a raillé sur Twitter:
4. Hollande fut le seul chef d'Etat à rencontrer le nouveau président iranien. Cette rencontre est une bonne chose, diplomatiquement. Mais l'on regrettera autre chose, un point qui suscitait déjà une large réprobation du temps de Sarkofrance. Hollande, comme Sarkozy hier, expliqua sur la tribune puis plus tard devant quelques dizaines de journalistes que l'Iran avait bien le droit à un nucléaire civil.

Un nucléaire civil ... Car Hollande, comme hier Sarkozy, répète qu'il attend "des gestes concrets qui témoignent que ce pays renonce à son programme nucléaire militaire même s’il a le droit a un programme civil ."

5. Hollande avait une première belle annonce, une modification du fonctionnement du Conseil de Sécurité, qu'"en cas de crime de masse, les Etats membres puissent décider de renoncer collectivement à leur droit de veto".

6. Hollande avait une seconde grande proposition, pour l'Afrique. Une conférence de paix, pour l'Afrique, sera organisée à la fin de l'année. Retour de la Françafrique ? Non, pas grand chose à voir. "Les Africains doivent assurer eux-même leur sécurité. Mais nous ne pouvons les laisser seuls face au terrorisme." Et il insiste: "Mon message est simple: dans tous les domaines (développement, climat, ), le pire risque, c'est l'inaction."




24 septembre 2013

Cet UMP qui a un instinct meurtrier contre Hollande

Où sommes-nous ?

En France.

Qui parle ?

Un sénateur UMP.

Un sénateur.

"Moi je dois vous dire que j'ai un instinct meurtrier en ce moment. Je suis comme la plupart des citoyens, moi je ne supporte plus Hollande et sa bande !" Eric Doligé, sénateur UMP du Loiret


Ecoutez.



Municipales: la nausée, déjà.

Le scrutin municipal approche. C'est déjà la nausée.

A Paris la capitale, la candidate UMP souffre tant qu'elle en dérape. Elle s'est lâché contre les Roms qui "harcèlent les Parisiens", en accompagnant Rachida Dati quelque part dans l'un des quartiers les plus chics de la capitale.

Quelques jours après, effroi et consternation. Anne Hidalgo, la rivale PS, avait un temps raison d'attaquer les "réseaux" mafieux qui empoisonnent de leurs trafics la cité dont elle brigue la mairie. Puis, dans la même séquence sur RMC, devant l'efficace Jean-Jacques Bourdin, la voici qui lâche:
"Paris ne peut pas être un campement géant".
Mon dieu...

Que fallait-il retenir d'une pareille bêtise ?

En une phrase, Anne Hidalgo validait donc les craintes de l'électorat le plus âgé, le plus craintif de cette capitale.

Formidable.

Elle n'a d'ailleurs aucune chance de gagner sur ce terrain-là, celui qui est labouré par une extrême fascisante.

Anne Hidalgo.

A Paris, donc.

La candidate socialiste a publié, lundi, son "brouillon de campagne". Cette interview radiotélévisée, ce lundi 24 septembre, en faisait-elle partie ? 

Mardi, c'est au tour de l'Opinion, ce journal neo-libéral, de publier sa "carte des camps Roms en France". France Inter, radio de service public, consacrait sa matinale au même sujet. Et voici l'emballement... 

Les six mauvaises leçons allemandes à notre classe politique française

La victoire d'Angela Merkel fut en France un choc, à plus d'un titre. Mais pour qui ? Et comment ?

1. Angela Merkel a gagné au centre. En France, Nicolas Sarkozy a perdu à l'extrême droite. Pourtant,  d'après le Figaro, l'UMP "voit dans la victoire de la CDU-CSU une raison d'espérer". D'espérer gouverner avec le PS ? Le Monde, dans un éditorial fameux, s'amuse de ce "centrisme" allemand qui, en pleine crise, nous semble inaccessible. Mais lundi soir, Angela Merkel cherche sa majorité. Curieux contre-coup, la nouvelle "Mutti" du pays doit chercher avec qui la coalition sera la moins douloureuse. Un SPD défait ou des écologistes affaiblis ? On évoque un mois de tractations.

2. Le SPD a été grignoté sur sa droite ET sur sur gauche: il touche le fond, à 25% et 192 députés. Quelle leçon le PS, et la gauche, peuvent-ils en tirer ? Qu'il faudrait être plus à gauche ? Plus au centre, c'est-à-dire à droite ?

3. La gauche est majoritaire au Parlement. "Arithmétiquement parlant" souligne le Figaro. Mais politiquement, elle est en vrac. A force de taper sur un SPD jugé compromis, die Linke ne peut s'allier à ce dernier, et réciproquement... Une gauche éclatée, et voici le résultat.

4. Car Die Linke a doublé son score, il dépasse les Grünen. Politiquement, c'est une performance... totalement inutile. Avec 8% de suffrages, son avenir politique est réduit à une opposition frontale contre une future grande coalition.

5. Les écologistes allemands sont relégués à un maigre score qui leur procure, tout de même, 63 sièges au Bundestag. Les libéraux n'existent plus non plus. Partout en Europe, les "purs libéraux" sont en jachère.

6. Cette victoire personnelle d'Angela Merkel en ferait la "chef de l'Europe", à en croire la plupart de nos commentateurs nationaux. On ne savait pas que le scrutin allemand avait été exceptionnellement ouvert à l'ensemble des citoyens de l'UE... S'il est incontestable qu'elle a une légitimité exceptionnelle dans son pays, on ne voit pas trop en quoi cela engage ni impose au reste de l'Europe.


23 septembre 2013

Marine Le Pen dépasse ses bornes

La présidente du Front national n'effraie pas seulement parce qu'elle côtoie Bruno Gollnisch, parce qu'elle aimerait cette révolution nationale qui expulserait ceux-là de nos résidents qui bien que légalement installés ici ont le tort de ne pas être nés Français ni de Français.

Marine Le Pen effraie aussi parce qu'elle raconte des absurdités incroyables.

Dimanche, elle s'est exclamé que la France, votre pays, le nôtre aussi, soutenait "le fondamentalisme islamique terroriste". Rien que ça... On se demande quel intérêt cette France qu'elle aspire à gouverner aurait à soutenir Al Qaïda. Qu'importe... le complotisme névrotique ne s'attache pas aux raisonnements raisonnables.


Si le sujet n'était grave, deux Françaises tuées à Nairobi dimanche, nous pourrions éclater de rire. Il valait mieux pleurer.
"J'accuse de manière extrêmement claire le gouvernement d'aujourd'hui de François Hollande, et celui d'hier de Nicolas Sarkozy d'être en Libye et en Syrie intervenus directement au soutien du fondamentalisme islamique terroriste."
Marine Le Pen a un argument qu'il faut suivre:
"Le fondamentalisme islamique, et notamment d'Al-Qaida, est aidé de manière absolument directe par un certain nombre de capitales européennes, dont hélas la France, comme cela a été le cas hier en Libye, et comme c'est le cas directement par la fourniture d'une aide, de conseils et même d'armes en Syrie." 
S'il ne s'agissait d'un sujet grave et sérieux, nous pourrions sourire.

1. Marine Le Pen ment effrontément en accusant la France de soutenir "directement", via la "la fourniture d'une aide, de conseils et même d'armes" au mouvement d'Al Qaïda. Elle n'a aucune preuve. A minima, elle aurait pu s'interroger sur comment aider militairement ou financièrement une rébellion infiltré par des éléments islamistes. Mais non, chez Marine Le Pen, on surjoue dans l'outrance, on raconte n'importe quoi. Plus c'est gros, plus cela devrait passer.

2. Au Front national, on aime bien Bachar el Assad. Début 2012, la révolution n'avait que 11 mois que Jean-Marie Le Pen lui même excusait la répression officielle. Quelques très proches de Marine Le Pen soutiennent aussi le régime de Bachar el Assad. Frédéric Chatillon, ce grand brun musclé qui entoure Marine Le Pen lors de ses meetings, qui fréquente Tlass, l'un des responsables des services secrets d'Assad, avait créé le site Infosyrie, agence de "ré-information" sur le conflit syrien, qui a cessé son activité le 31 janvier dernier.  Ce site était animé par Louis Denghien. Le même qui louait, en janvier dernier, "Bachar, président, résistant, battant".

3. Le sujet syrien est embarrassant pour Marine Le Pen. La Syrie est une menace pour Isarël. Or  l'entreprise mariniste de "dédiabolisation" suppose un rapprochement avec la communauté juive en France. Insister sur le danger islamiste pour mieux excuser le régime officiel syrien est une manoeuvre assez prévisible.
"On retrouve avec tout ce beau monde le fondateur du Réseau Voltaire, Thierry Messan, qui s’est fait un nom en soutenant que le 11 Septembre était un attentat intérieur et son vice-président Issa El-Ayoubi, cadre du Parti social nationaliste syrien. Ce groupe libano-syrien est violemment anti-communiste et à tendance nazie bien visible avec son drapeau (ci-contre) et son hymne reprenant la musique de Deutschland Uber Alles. Cette formation politique est dotée d’une milice partie prenante dans la traque des opposants syriens, jusqu’au Liban." (Source: l'Humanité du 5 mars 2012)


Pénibilité: les jeunes sont les plus touchés

C'est peut-être le seul acquis d'une réforme des retraites qui déçoit à gauche, celui dont l'application sera scrutée avec une attention toute particulière: la prise en compte, réelle, de la pénibilité dans le calcul des droits à retraite.
La semaine dernière, le gouvernement a publié son projet de loi de réforme des retraites, comprenant notamment une "étude d'impact". Il y avait matière à mieux cerner cette fameuse pénibilité au travail.

Mesurer la pénibilité
Ce nouveau droit est aussi responsable d'une relative démobilisation sociale contre la réforme. Même la CGT, très hostile comme d'autres à l'allongement (sans fin ?) de la durée de cotisations, a dû concéder ce progrès qui était l'une de ses revendications.

Cette pénibilité revêt donc un enjeu majeur. Rappelons le principe: un salarié exposé à au moins un facteur de pénibilité se verra attribuer un point par trimestre d’exposition, ou deux points en cas d’exposition à plusieurs facteurs de pénibilité, "en fonction de seuils qui dépendent de l’efficacité des mesures de protection mises en place par l’employeur."

Ce compte "pénibilité" personnel sera ouvert en 2015. En termes pratiques, "pour ne pas compliquer la tâche des entreprises, ce sont les fiches de prévention de la pénibilité, créées en 2010, qui serviront de support à l’attribution des points par les employeurs" (cf. la loi du 9 novembre 2010).

Il sera financé par une cotisation de toutes les entreprises (jusqu'à 0,2% de la masse salariale, taux fixé par décret), et une cotisation additionnelle appliquée aux seules entreprises exposantes ("entre 0,3 % et 0,8 % pour les salariés exposés à un seul facteur de pénibilité et entre 0,6 % et 1,6 % pour les salariés exposés à plusieurs facteurs."). Son coût total est estimé à 2,5 milliards d'euros en rythme de croisière.  Ces sommes collectées seront versées dans un fond, établissement public de l'Etat.

Les dix critères du code du travail pour mesurer la pénibilité sont les suivants:
  • Les manutentions manuelles de charges définies à l’article R.4541-2 du code du travail ;
  • Les postures pénibles définies comme position forcée des articulations ;
  • Les vibrations mécaniques définies à l’article R.4441-1 du code du travail ;
  • Les agents chimiques dangereux mentionnés aux articles R.4412-3 et R.4412-60 du code du travail, y compris les poussières et fumées ;
  • Les activités exercées en milieu hyperbare définies à l’article R. 4461-1 du code du travail ;
  • Les températures extrêmes ;
  • Le bruit mentionné à l’article R. 4431-1 ;
  • Le travail de nuit dans les conditions fixées aux articles L.3122-29 à L.3122-31 ;
  • Le travail en équipes successives alternantes ;
  • Le travail répétitif caractérisé par la répétition d’un même geste, à une cadence contrainte, imposée ou non par le déplacement automatique d’une pièce ou par la rémunération à la pièce, avec un temps de cycle défini.

La loi prévoit aussi l'obligation faite aux entreprises de moins de 50 salariés de conclure un accord de prévention de la pénibilité si au moins la moitié de leur effectif est exposé. Les entreprises de 50 à 300 salariés peuvent être exonérées d'un tel accord si elles sont couvertes par un accord de branche. étendu. A fin août 2013, on dénombrait 15 accords de branche et 4.800 accords d'entreprises.

Les lacunes de la réforme Woerth...

L'étude d'impact fournit quelques chiffres issues de diverses études et évaluations. Ils donnent le tournis. Ils bousculent quelques idées reçues. On mesure aussi combien la réforme Sarkozy/Woerth était ignominieuse sur ce sujet-là, en confondant pénibilité et handicap pour mieux masquer l'ampleur du phénomène: "le nombre de demandes a été plus faible que ne l’indiquaient les prévisions."

D'après le rapport, moins de 9.238 demandes de retraite anticipée pour cause de handicap (accident du travail ou maladie professionnelle) avaient été ainsi effectuées à fin août 2013: 1.515 avaient été rejetées, et 1.218 sont encore en instruction.

Les rédacteurs rappellent les deux failles du dispositif Sarkozy: primo, il supposait "que la reconnaissance de la pénibilité suppose la survenance effective d’une pathologie avant l’âge de la retraite alors que, pour l’essentiel, ce sont des dégradations de la santé survenant postérieurement qui pourront affecter l’espérance de vie en bonne santé" ; secundo, il ne prenait pas en compte "certains facteurs de pénibilité, non encore reconnus comme cause de pathologies spécifiques (comme le travail de nuit)."

Or, et c'est une évidence encore rappelée dans ce rapport, l'allongement de la durée de la vie - surtout en bonne santé- ne profite pas à tous: "l’espérance de vie à 35 ans pour les hommes cadres était plus élevée en moyenne de 6,8 années que pour les hommes ouvriers, dans les conditions de mortalité de 2000-2008." Ou encore: "Les ouvriers sont 6 à 7 fois plus exposés que les cadres à au moins une contrainte physique intense, et jusqu’à 10 fois plus exposés aux risques chimiques."

Qui souffre ?

1. On compte près de 3,3 millions de salariés exerçant des métiers pénibles (2010), soit 18,2% des salariés du secteur privé.  Le secteur public n'est pas évalué.

2. Les jeunes sont plus affectés: 20,4% des moins de 25 ans sont exposés à au moins un de ces critères. "Seuls" 12% des salariés de 60 ans et plus sont concernés. 



3. Quatre secteurs d'activité représentent le gros du contingent des salariés exposés: la réparation automobile et motocycle (569.000 salariés), la construction (374.000), les transports et l'entreposage (345.000) et les services administratifs (303.000).

Les fameux seuils d'exposition aux 10 critères de pénibilité ne sont pas définis. On attend une "concertation" avec les partenaires sociaux.




[NDR: nous avons exprimé ici notre désaccord avec le principe général de cette réforme, l'allongement sans fin de la durée de cotisation, une mesure anxiogène et injuste. Mais la prise en compte de la pénibilité est enfin une bonne chose, il faut noter qu'elle ne permet finalement que de gagner, au maximum, deux années de cotisations sur les 43 qu'on nous demandera en 2035]


Lire aussi:

22 septembre 2013

Merkel réélue: le syndrome allemand.

Angela Merkel a gagné, largement et sans conteste. Elle a écrabouillé son opposant social-démocrate, éteint son allié libéral. A l'heure où nous écrivons ces lignes, Merkel n'a pas même besoin d'une alliance avec un partenaire pivot pour prétendre à la majorité politique.

Le camp Merkel rassemble environ 40% des suffrages, le SPD est loin derrière avec un quart.

1. Pendant la campagne présidentielle française en 2012, François Hollande comptait sur un changement de majorité en Allemagne pour impulser une autre direction à l'Europe. Depuis, bien des choses ont changé. Hollande a accepté le TSCG en septembre 2012. Contrairement à l'intoxication néo-sarkozyste, Hollande n'a pas fait "campagne" pour le SPD.

2. Déjà, les commentaires pullulent sur ce modèle allemand qui ne serait pas si horrible qu'on le décrit. Tout ce que la France compte d'éditocrates complexés ou assermentés défilent sur les réseaux sociaux et audiovisuels depuis quelques heures pour louer cette incroyable réussite. Au fait, combien de ces 16% de pauvres ont voté ?

3.  Politiquement, la récupération bat évidemment son plein. Jean-François Copé a largement applaudi la victoire de Merkel - c'est normal - et surtout insisté sur la défaite du SPD: "le SPD, qui prônait une hausse des impôts a été sévèrement défait". La formule permet d'éviter de se poser la question de l'échec sarkozyen de l'an passé. On notera aussi que Merkel a poussé le pragmatisme politique au point de reprendre à son compte, il y a à peine 6 mois, les mesures phares de son opposant social-démocrate (salaire minimum, encadrement des loyers, augmentation des allocations familiales), pour un programme social évalué à 28,5 milliards d’euros par le quotidien économique “Handelsblatt”.

4. Si la France avait le même mode de scrutin que l'Allemagne, le PS serait obligé de composer avec le Front de gauche, l'UMP aurait quelques dizaines de députés de moins, le Front national pourrait brailler dans l'hémicycle, le centre-droit serait également représenté. Bref, inutile de se comparer, nous aurions le vertige.

5. En Allemagne, l'hypothèse d'une nouvelle coalition CDU/CSU/SPD a été évoquée jusqu'à peu, quand il paraissait possible que la CDU n'ait pas la majorité parlementaire seule. L'Allemagne est un doux pays où ces alliances de circonstances sont possibles sans qu'on hurle à je-ne-sais-quelle trahison politique.

6. Enfin, Angela Merkel est la seule dirigeante de l'Union européenne à s'être fait réélire depuis le début de la crise "contrairement à ses homologues espagnol (José-Luis Zapatero), français (Nicolas Sarkozy), anglais (Gordon Brown) et italiens (Silvio Berlusconi, Mario Monti)." La situation allemande est si atypique qu'on cherchera longtemps les leçons à tirer de ce résultat.


Lire aussi:

21 septembre 2013

333ème semaine politique: Fillon, Hollande, Le Pen, comment ils ont tous changé.


On vous l'assure, on vous le répète, on nous l'assène. Ils ont tous changé. Certains sont devenus respectables, d'autres veulent faire bouger les lignes. D'autres encore ont changé malgré eux. François Fillon court devant Sarkozy pour dépasser Le Pen. La blonde Marine cherche à cacher la Bête Immonde. Et Hollande n'en finit plus d'être accusé de trahison.

Le naufrage Fillon
Tout lui réussit. Il est "au top" dans les sondages chez les sympathisants UMPistes. Grand bien lui fasse !

François Fillon se déplace en Russie. C'est son droit. Devant l'autocrate local, Vladimir Poutine, il critique l'action diplomatique... française sur le dossier syrien. Je souhaite à cet égard que la France retrouve cette indépendance et cette liberté de jugement et d'action qui, seules, lui confèrent une autorité dans cette crise"

François Fillon a changé, comme Sarko en son temps. Mardi, le conseil politique de l'UMP se réunit, il y a de la tension dans l'air. L'ancien premier ministre vient d'en remettre une louche, le weekend précédent, sur ses consignes aux élections municipales - plutôt un FN conciliant qu'un PS sectaire. Emotion dans les rangs. Alain Juppé est excédé, Jean-Pierre Raffarin s'énerve. Mardi, ils sont tous réconciliés. Fillon rentre dans le rang, mais lâche qu'il doit "faire bouger les lignes". Surtout la sienne, très à droite, plus à droite.

Jeudi, il est en Russie, pour un colloque. Il y a Poutine. Fillon se régale. Il fait assaut d'amabilités envers l'un du boucher de Tchétchénie. Il fustige même la diplomatie française. En d'autres temps, on appellerait cela de la trahison. Comme Sarko en 2005, devant Bush, contre cette France qui s'était refusée à partir en Irak.

Cette application à singer l'ancien monarque, surtout dans ses travers les plus désagréablement frontistes, est si maladroite qu'elle en effraye plus d'un. Fillon fonce labourer les terrains politiques de Sarkozy pour empêcher l'autre de revenir. D'ailleurs, ce dernier a bien vu la manoeuvre. Comme par hasard, mercredi, il surgit en Haute-Savoie, pour une remise de Légion d'honneur à un ancien député. Les videos amateurs sont rapidement postées pour immortaliser cette fausse spontanéité. Amour de la terre, Sage au dessus des parties, Sarkozy joue à de Gaulle. Nous ne sommes pas encore en 1958, mais on s'en approche.

Fillon a changé. 

Marine et la Bête immonde
Le Front National aussi. Marine Le Pen n'en finit plus de jubiler que d'autres aient réussi sa rentrée pour elle. Lors de son université d'été, dimanche dernier, il fallait écouter le discours et les applaudissements au discours de Le Pen, Jean-Marie, le patriarche du "détail", le président "d'honneur" du Front.

Oui, Jean-Le Pen est président d'honneur du Front national.

Deux jours après, Marine s'inquiète d'une éventuelle "guerre civile". A cause de la crise, du chômage, de la pauvreté, ou des impôts ? Non, à cause des Roms, nous explique-t-elle. Les journalistes sont en grappe autour d'elle, dans un restaurant parisien, quartier bourgeois, presque aristo.

Marine Le Pen assène les clichés, enchaîne les outrances: "câbles brûlés jour et nuit qui rendent l'air irrespirable", "animaux volés et égorgés", "têtes de chevaux jetées le long des grillages, où elles pourrissent ensuite..."

15 à 20.000 "Romanichels" en France seront donc son thème de campagne municipale. Dans le Nord, un maire UMP confie qu'il soutiendra quiconque de sa commune qui tuerait un Rom. A Paris, Nathalie Kosciusko-Morizet, accompagnée de Rachida Dati, choisit aussi d'éclairer le sujet d'une brillante formule: "les Roms harcèlent les Parisiens".  L'aristocrate parachutée ne sait plus comment animer sa course vers la Mairie de Paris. Elle aussi a "changé".

Certaines mentalités se disloquent.

Hollande a changé
 A l'Assemblée, les lois se succèdent. Des députés de gauche déposent une proposition issue de la promesse du candidat Hollande pour interdire les fermetures d'établissements sans rechercher de repreneur. La loi Duflot, qui encadre les loyers, est largement votée. L'autre relative à la transparence également. Mais elle a été vidée d'une belle fraction des annonces hollandaise de départ. Au Sénat, le projet Hamon sur la consommation termine son examen.

Les sénateurs, y compris socialistes, refusent l'interdiction du cumul des mandats nationaux. Ces gens-là n'ont rien compris.

Une gauche disqualifie cette gauche d'être de gauche. Quel débat...

Et Hollande ?

En 2012, on critiquait son inexpérience diplomatique. C'est là pourtant qu'il se déploie. Il a changé.

Dimanche soir sur TF1, installé à l'Hôtel Marigny à quelques mètres de l'Elysée, il "explique" le sens de son action. Les spectateurs étaient là, nombreux. Il est efficace sur la Syrie. La pression franco-américaine a payé. Bachar el-Assad accepte de démanteler son armement chimique, dont il contestait l'existence quelques heures avant. Hollande rappelle aussi que nul conflit au sol n'avait été envisagé; que la force des djihadistes au sein de la rébellion est inquiétante. Lundi, l'ONU publie son rapport d'expertise sur le massacre chimique du 21 août: l'armement utilisé, l'origine des tirs, la trajectoire des missiles, tout accuse Bachar el Assad.

Mais nous en resterons là. Lâche soulagement général. Pour certains, prétendument gaullistes ou soit-disant internationalistes, la France n'est grande que seule et recroquevillée.

Jeudi, Hollande est au Mali. Inauguration du nouveau président élu. L'opération Serval, lancée en janvier pour déloger des sbires d'Al Qaïda, est un succès. On se souvient des critiques d'alors. Hollande est satisfait. Il a raison.

Il se "révèle" sur ces estrades internationales.

Mais en France ?

Le PS, intoxiqué
On ne retient plus grand chose de ces exercices pédagogiques à répétition. Devant Claire Chazal, Hollande se qualifie de Président des entreprises. Qui pense-t-il convaincre avec de pareilles formules ? Les patrons n'ont pas besoin de slogans. Les salariés et les chômeurs retiendront qu'Hollande pense ailleurs.

En France, Hollande croit à sa bonne étoile: une reprise économique, une inversion de la courbe du chômage. Les emplois d'avenir - ces contrats aidés, dans le secteur public ou associatif, ciblés sur les jeunes les plus précaires, décollent enfin. Mais l'autre mesure, la grande idée du candidat Hollande, les fameux "contrats de génération", ne convainc pas grand monde. 10.000 signés, à peine 10% de l'objectif annuel.

La presse qui ne vend plus s'amuse d'un couac sur la pause fiscale. Pause ou pas, les impôts augmenteront l'an prochain, c'est mécanique. Les hausses ont été votées l'an passé. On devrait se réjouir du dégel du barème de l'impôt sur le revenu, des réductions de défiscalisations, les relèvements de taux, du plafonnement en valeur absolue des niches fiscalesà 10.000 euros par an.

Il ne faut pas de pause fiscale. Le ras-le-bol fiscal est une intoxication des plus riches. " Le bluff des plus aisés a marché" s'indigne Louis Maurin, directeur de l'Observatoire des inégalités. C'est une construction idéologique pour empêcher tout rééquilibrage des impôts et protéger les plus aisés. Il rappeler, encore et toujours, que les comparaisons internationales des prélèvements obligatoires d'un pays à l'autre n'ont pas grand sens si "les services rendus (sont) totalement différents selon les pays".

On devrait s'indigner qu'il y ait une pause fiscale.  L'intoxication vient d'en haut, de très haut. Cette semaine, le lobby patronal envoie L'Opinion, ce nouveau quotidien financé des actionnaires anonymes qu'on envoie s'inquiéter de ces Français nouvellement imposés à l'IR...

A qui profite le crime ?






20 septembre 2013

Sarkozy: le Père Noël est encore une ordure.

"La petite actualité politique, c'est fini, je ne veux plus m'en occuper. La France c'est autre chose."

C'est un feuilleton presque prévisible.

Régulièrement, entre deux conférences rémunérées, Nicolas Sarkozy fait mine de revenir. A chaque fois, il teste son auditoire médiatique. A chaque fois, il revient dans notre actualité pour ne pas se faire oublier. A chaque fois, il intervient quand on lui dispute l'héritage, l'avenir et une place dans la prochaine compétition.

Après le "Sauveur" qui lança le Sarkothon du 5 juillet dernier, voici le "Sage".

On sourit.

Il était en Haute-Savoie, pour décorer de la légion d'honneur un ancien député UMP, Claude Birraux. Il y avait une dizaine de journalistes présents, une estrade, un micro, un pupitre transparent. On vous l'assure, c'était une coïncidence. "J'aime beaucoup le mot 'terre'... C'est peut-être parce que je suis plus âgé que je le préfère au mot 'territoire'... Parce que la 'terre', elle a une histoire..." Oui, c'est clair. Sarkozy nous la joue "retour-du-vieux-sage".

Il voudrait que sa traversée du désert, entamée par son licenciement le 6 mai 2012, c'est-à-dire il y a à peine 18 mois, s'arrête là, maintenant, bientôt, "avant 2015". Il refuse de comprendre que ce 6 mai-là, c'est bien lui qui a été viré, et non Hollande qui a été élu.

"On ne m'a pas interrogé sur l'opportunité d'ouvrir, ni même de conclure, ce débat. Je ne me projette pas dans la lutte interne. (...) Parfois, quand les gens réfléchissent, ils se demandent s'il ne faut pas quelqu'un au-dessus de la mêlée."
On le retrouve, inchangé, incroyablement sûr de supériorité, presque hautain. Personne ne l'a convié, surtout pas ses anciens alliés ou supporteurs. Fillon, Copé, Borloo et les autres sont passés à autre chose. Ils pensent à leur avenir, pas au sien.
Alors Sarkozy s'invite, s'incruste, s'impose. 

Ce mercredi, Sarkozy ressemblait à Monsieur Preskovic et son fameux "kloug" dans la pièce "le Père Noël est une Ordure".

Il veut à tout prix participer à la fête, mais aucun convive ne veut de lui.





Loi Florange : Hollande s'est-il souvenu de sa promesse ?

C'était l'une des promesses du candidat Hollande et la voici en loi, déposée à l'Assemblée ce mercredi 18 septembre 2013. Sans surprise, il y a de la critique dans l'air. Et le texte n'est pas encore voté. La loi dite "Florange" est un symbole depuis le refus d'une nationalisation du site mosellan et sa fermeture en décembre dernier.

Le projet de loi, déposé le 15 mai dernier en "procédure accélérée", a déjà été amendé en commissions.

Promesse de campagne
Il s'était perché sur une estrade improvisée, un jour gris de février 2012, à Florange. Le moment était chargé d'émotions, la tension était forte. Et Hollande lâcha sa fameuse promesse:

" Je suis venu vous dire que si Mittal ne veut plus de vous, je suis prêt à ce que nous déposions une proposition de loi qui dirait (et je veux que ce soit ici comme pour d'autres sites): quand une grande firme ne veut plus d'une unité de production mais ne veut pas la céder, nous ferions obligation pour que des repreneurs viennent et puissent donner une activité supplémentaire."

Dix-huit mois plus tard, qu'en est-il ?

Quelle obligation de reprise ?
Le grand objectif de cette loi est d'obliger les grandes entreprises à trouver un repreneur, (1) c'est-à-dire leur interdire de fermer un site; (2) de les sanctionner si elles n'y parviennent pas; (3) sauf s'il n'y a pas de repreneur.

L'Article 1er créé ainsi de nouvelles obligations pour le dirigeant d'une entreprise de plus de 1000 salariés, souhaitant fermer l'un de ses établissements. Certains ont critiqué le seuil de 1.000 salariés: à quel seuil considère-t-on une entreprise comme "grande". La loi vise tout établissement ou filiale d'un groupe d'au moins 1000 salariés.

En premier lieu, l'obligation de chercher un repreneur: le dirigeant aura trois mois pour rechercher un repreneur:  réalisation d'un bilan économique, social et environnemental, communication de "toute information nécessaire" aux candidats à la reprise, "exceptées celles dont la communication serait de nature à porter atteinte aux intérêts de l’entreprise ou mettrait en péril la poursuite de l’ensemble de son activité", examen des offres de reprise et, finalement, réponse motivée aux candidats.

Il faudra qu'il informe en parallèle "les salariés, par la voie du comité d’entreprise" et l'administration des raisons économiques, financières ou techniques du projet de fermeture ; et des mesures qu’il envisage de mettre en œuvre pour trouver un repreneur. 

Le comité d'entreprise peut décider de "participer à la recherche d’un repreneur", et, alors, recevoir les informations adéquates et, de plus, recourir à "l’assistance d’un expert rémunéré par l’entreprise".

En cas d'échec de cette phase préventive, il faut juger si l'entreprise a fait le maximum. Le comité d'entreprise peut "saisir le président du tribunal de commerce en cas de non-respect par le dirigeant de l’entreprise des obligations mentionnées aux articles L. 614-1, L. 614-3, L. 614-5 et L. 614-6 ou de refus de donner suite à une offre ayant reçu un avis favorable du comité d’entreprise". Et le tribunal de juger l'affaire. Il pourra sanctionner l'entreprise d'une nouvelle pénalité pouvant aller jusqu'à vingt fois la valeur mensuelle du SMIC par emploi supprimé.

Edouard Martin, l'une des figures emblématiques de la lutte à Florange, délégué CFDT, s'est emporté. La loi, selon lui, est insuffisante puisqu'elle ne prévoit pas la nationalisation des sites à vendre: "Quand l'Etat veut faire passer une autoroute ou une ligne TGV, il ne se gêne pas pour exproprier. Pourquoi ne pas faire pareil quand on estime qu'une industrie est stratégique pour le pays ?"

L'article 2 promet la remise d'un rapport par le Gouvernement au Parlement sur les modalités d'affectation de la nouvelle pénalité prévue à l'article 1er aux territoires et aux filières concernées. L'article 3 impose à l'administrateur chargé de la procédure de redressement judiciaire d'informer les salariés qu'ils peuvent déposer une offre de reprise totale ou partielle de l'entreprise.


Mais la loi essaye d'aller plus loin, et cela effraye notre patronat. On mesure, à leur crainte exprimée, que le chemin est long... Il s'agit pourtant de favoriser ce fameux capitalisme industriel, celui qui pense à l'investissement plutôt qu'au cours de bourse. Jugez plutôt: le seuil de déclenchement obligatoire d'une offre publique d'achat (OPA) serait abaissé de 30 à 25% du capital. Mieux, l'article 5 promet la généralisation du droit de vote double aux actionnaires détenant des parts d'une entreprise depuis plus de deux ans. Récompenser les actionnaires durables, n'est-ce pas souhaitable ? Deux ans... est-ce si long ?

Cet été, quelque lobbies puissants se sont acharnés pour détricoter la loi.

L'article 6 traite de l'élargissement des attributions du comité d'entreprises lors d'une OPA. Cette disposition a fichu la trouille au patronat. En juillet dernier, l'AFEP, le MEDEF et Paris Europlace s'étaient déjà émus des dispositifs anti-OPA hostile qui, selon eux, risquaient de dévaloriser le cours de bourse des entreprises françaises. Pensez-vous ! Combien de millions d'actions gratuites et autres stock-options cette disposition allaient déprécier ? En commission, la loi fut donc charcutée.

Reste une mesure qui permet encore, au comité d'entreprise, de bloquer une OPA hostile, en imposant une procédure de médiation.

C'est peu.

Mais c'est déjà cela. 


Lire le projet de loi.