12 septembre 2013

Les 34 travaux d'Hercule Montebourg


Donc la France a une politique industrielle. Il est temps de penser, présenter, discuter d'autre chose que de "redressement", de "rigueur" et autre "austérité". Jeudi 12 septembre, François Hollande et son ministre du Redressement productif présentaient à l'Elysée à quelques centaines de journalistes (et de blogueurs politiques) les 34 "plans" qu'ils se fixaient pour redresser notre industrie.

On connaît le bilan, il est sévère. De crises en désindustrialisation, l'emploi s'y est effondré. Les nouveaux "working poors" ont migré vers les services. Voici donc 34 filières où la France, d'après le gouvernement, a ses chances de changer la donne.
  1. - Big data
  2. - Cloud computing
  3. - Objets connectés
  4. - Réalité augmentée
  5. - Logiciels et systèmes embarqués
  6. - Services sans contact
  7. - E-éducation
  8. - Hôpital numérique
  9. - Cybersécurité
  10. - Nanoélectronique
  11. - Robotique
  12. - Supercalculateurs
  13. - Innovation dans l’agroalimentaire
  14. - TGV du futur
  15. - Véhicule deux litres aux 100 km pour tous
  16. - Véhicule à pilotage automatique
  17. - Bornes électriques de recharge
  18. - Autonomie et puissance des batteries
  19. - Avion électrique et nouvelle génération d’aéronefs
  20. - Satellite à propulsion électrique
  21. - Dirigeable pour les charges lourdes
  22. - Navire écologique
  23. - Énergies renouvelables
  24. - Réseaux électriques intelligents
  25. - Qualité de l’eau et gestion de la rareté
  26. - Biotechnologies médicales
  27. - Dispositifs médicaux innovants
  28. - Souveraineté des télécoms
  29. - Industrie du bois
  30. - Recyclage et matériaux verts
  31. - Rénovation thermique des bâtiments
  32. - Chimie verte et biocarburants
  33. - Textiles techniques et intelligents
  34. - Usine du futur
Concrètement, de quoi s'agit-il ? Chaque plan fixe des objectifs larges, et rappelle les enjeux de la filière. Le premier sujet de ces travaux depuis an était d'identifier ces filières qui méritent une mise "en cohérence, et en perspective, les travaux du Conseil national de l’industrie, la création de la BPI, le Pacte pour la compétitivité, la croissance et l’emploi, les investissements d’avenir et l’accord sur la sécurisation de l’emploi."

Pour 28 de ces plans, des industriels ont été désignés pour animer le pilotage.  Quelle horreur! allait-on crier ! Concevoir la politique industrielle en "projets", conçus avec une "logique participative et collaborative", et adossés à une forte participation de chefs d'entreprises petites ou grandes  est l'une des originalités de la chose. "Ces chefs d'entreprise de grands groupes, de PME comme de start-up, et tous leurs salariés, ont un intérêt immédiat à ce que ces plans soient une réussite" a commenté Montebourg.

Non, il ne s'agit pas d'une vaste distribution de subventions ou autres prêts bonifiés. Il ne s'agit pas non plus d'un énième Grand Emprunt - habituel cache-misère d'un manque de volontarisme.

La palette des moyens d'action est bien plus variée que cela. Et les financements qu'il faudra mobiliser sont soumis à leur propre procédure de validation. Pourtant, sans surprise et bien rapidement, l'accusation a rapidement fleuri jusque dans les colonnes de Marianne: "Un programme en technicolor financé massivement par de l’argent public …au profit de groupes privés" écrivait donc, trop vite, Laurence Dequay sur le site du journal.

Certes, le gouvernement envisage de mobiliser des fonds existantes (par exemple le 1,7 milliard d’euros dédiée à l’industrie dans les investissements d'avenir) pour ces plans industriels. Il a même évoque la création de fonds dédiés (par exemple pour le Big Data). Mais il y a bien davantage: mise en commun d'équipements partagés et des données publiques; développement de formation, mobilisation de la commande publique (par exemple pour les Nouveaux Equipements de Santé), simplification ou adaptation des réglementations (Dispositifs médicaux innovants, Véhicule à basse consommation), soutien au capital-risque, modernisation des systèmes d’information.

Depuis la création du ministère du redressement productif, il y a un grand jeu médiatique interrompu, un concours Lépine du pessimisme néo-lib: celui qui consiste à vouer à l'échec toute initiative politique en matière économique. Il fallait se souvenir du ravissement à peine caché de quelques éditocrates à commenter les plans sociaux de l'automne 2012.


Ecouter la matinale de France Inter, ce jeudi 12 septembre, inviter un économiste ancien patron de hedge fund fustiger le dirigisme hollandais avait, à cet égard, quelque chose de tristement cocasse et prévisible.



[ Un regret, les équipes d'Arnaud Montebourg et Fleur Pellerin ont oublié ce délicieux projet de téléphone mobile à monter soi-même... ]

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