16 septembre 2013

Hollande, Président des entreprises ... ou des salariés ?


Hollande parle à la télévision, un dimanche soir.

Mais l'exercice pédagogique sur la Syrie fut effacé par une formule, "Président des entreprises".

Dans le pays...
"Hollande doit revenir à gauche" La phrase est répétée, entendue, telle quelle ou avec des variantes. Parole de militants communistes. Nous sommes à la fête de l'Humanité, le PCF tenait sa grand-messe, les 13, 14 et 15 septembre 2013. Ailleurs, le secrétaire national d'Europe Ecologie Les Verts pose un ultimatum: qu'Hollande donne quelques signes de fiscalité verte sinon... il démissionnera de son poste de patron des Verts. Autant dire que Pascal Durant ne sera donc plus secrétaire national d'EELV dans 5 jours.

L'excitation médiatique était encore sur cette page Facebook de soutien à un bijoutier qui avait abattu un braqueur d'une balle dans le dos.

Quelques minutes après 20 heures,  le président est sur TF1. Il se livre à Claire Chazal. Sa parole était devenue trop rare paraît-il. On attendait un propos sur la Syrie. La France a failli intervenir, on ne sait comment. Mais la course diplomatique a suivi une autre voie. La pression militaire a eu son efficacité, partielle, trop partielle. Samedi 14 septembre, l'accord conclu entre Russes et Américains prévoit le désarmement chimique du régime syrien d'ici la mi-2014... Et ce lundi, les experts de l'ONU doivent livrer, enfin, leur rapport d'enquête sur le massacre chimique du 21 août dernier.
"Sur la Syrie, on ne peut pas dire que Hollande ait chômé". Alain Barluet, Le Figaro, 15 septembre 2013.
Quelques minutes après 20 heures,  le président est donc sur TF1. Hôtel Marigny, à côté de l'Elysée. Hollande porte une cravate bleu nuit, un costume encore plus triste. Claire Chazal porte une robe gris foncé. Quelques plans de profils nous la dévoilent. Elle est courte. Un journaliste du Parisien se demandera plus tard si le décor symbolisait l'effort d'économies. Sans doute préférait-il qu'Hollande fasse sa courte interview quelque part dans une rue sous une tente.

En d'autres temps, d'autres lieux, un autre président aurait mobilisé jusqu'à 16 chaînes et radios simultanément pour être sûr d'être dans tous les foyers.

En Syrie...
"La Syrie, c'est la tragédie la plus grave du début du 21ème siècle." Hollande embraye, dès la première minute, sur la Syrie. Et d'ajouter: "Une réaction était nécessaire. (...) Ce drame n'a que trop duré". En quelques phrases, le président rappelle trois évidences que d'aucuns ont eu tendance à oublier.

Primo, il n'a jamais envisagé de guerre à proprement parlé: "Nous avons menacé d'utiliser la force, à travers des frappes." Plus tard, il précise, "les frappes auraient été proportionnées, graduées. " Secundo, la pression militaire a été efficace: "La pression que la France a exercé a convaincu la Russie de prendre une initiative". Bachar el Assad s'est empressé d'avouer ce qu'il niait encore il y a quelques jours, la possession d'armes chimiques. Tertio, la Russie accepte désormais l'éventualité d'une sanction militaire si d'aventure le régime syrien contrevenait à son engagement de ne pas utiliser d'armes chimiques.

Au passage, Hollande explicite que personne n'est dupe sur la situation locale: "Les Djihadistes et le régime de Bachar el Assad se donnent la main". En Syrie, rien n'est terminé. Lundi, l'ONU remet son rapport sur le massacre du 21 août.
"La pression que nous avons exercée a payé. (...) La prochaine étape, c'est de trouver une solution politique. "
Claire Chazal s'inquiète: "Vous souhaitiez le départ du président Bachar el Assad..." Mais "Je l'ai toujours dit" tranche Hollande, avant de pointer vers les dangers des rebelles islamistes, des "massacreurs". "Il ne s'agit pas d'installer au pouvoir ceux que nous avons combattus au Mali ou il y a quelques mois en Libye."

Et les opposants à la guerre ? "Je comprend les Français qui cherchent une autre solution. (...) La sécurité de la France, c'est notre affaire." Faire voter le Parlement ? Hollande n'y pense plus. Y-a-t-il jamais sérieusement pensé ? "Bien sûr que je suis soucieux de ce que peut représenter le Parlement, de ce qu'il peut prononcer."

Président des entreprises
La formule restera. Hollande répond à Chazal qui lui rappelle cette formule de Libération, publiée en une il y a 8 jours. Hollande rétorque: "Moi, j'assume l'avenir de la France." et il lâche: "Président des entreprises pour notre pays, oui."

Il y a ces impôts qui stressent jusqu'à Claire Chazal ("Les Français ont reçu leur feuille d'impôt."). Pourquoi une pause fiscale ?

Président des entreprises ? Le socialisme de l'offre fait des ravages. Virage social-démocrate ? "Je dois faire en sorte d'améliorer le marché du travail qu'on nous dit trop rigide" Argh... Pouvions-nous hurler ? Oui. L'emploi est bloqué pour cause de crise." Nous avons donné de la compétitivité, nous avons donné de l'emploi".

Sur l'inversion de la courbe du chômage, "on est loin du compte ? ". "Non, on est tout près du but" mais "ça reste difficile". Hollande rappelle qu'il ne s'était pas trompé sur la reprise le 14 juillet dernier. "La croissance commence à redémarrer. Nous devons accompagner ce processus."

Président des entreprises ? La "Vrauche" et quelques autres se jetteront sur la formule. "Il faut que les entreprises se sentent soutenues. (...). L'avenir des entreprises, c'est l'avenir de l'emploi des salariés." C'est sûr... "Nous n'aidons pas les entreprises pour aider les entreprises, mais pour qu'elles aient plus de marges." On s'étouffe, on s'étrangle. Hollande insiste encore sur la comparaison avec l'Allemagne, mauvais modèle.


Pause fiscale... écolo ?
Hollande confirme la pause fiscale, après 60 milliards d'euros de hausse d'impôts en deux ans (répartis à 50/50 entre Sarkozy et Hollande): "il y a eu des augmentations d'impôts depuis deux ans." Il rappelle ce "déficit à réduire". Pour 2014, il nous promet 2% de baisse des dépenses publiques. Un peu de pédagogie sur la TVA: "J'ai annulé une hausse de la TVA. (...) J'ai annulé une augmentation de la CSG qui était annoncée." Mais il faudrait une pause.
"L'imagination fiscale est sans limite"
Les écologistes de sa majorité s'énervent. Hollande lâche une formule qui claque : "Ce n'est pas rendre service à l'écologie que de la réduire à des impôts. L'écologie c'est une obligation et une opportunité". EELV s'agace de la taxation du diesel ? Hollande confie une annonce: "Je vais annoncer très prochainement un dispositif pour la rénovation thermique. " Les aides pour favoriser la rénovation thermique des bâtiments, encore insuffisante, existent déjà. Et il assure que la contribution climat-énergie sera bien proposée, qu'elle "intègrera toutes les énergies, dont le gazole", mais qu'elle sera sans impact fiscal l'an prochain. ... Pas sûr qu'EELV sera réconforté...

Hollande fait dans le hollandisme extrémiste...

Il ajouta, heureusement, que le dégel du barème de l'impôt sur le revenu ferait du bien à quelques 16 millions de foyers. Cette mesure-là était attendue, plus que certaines formules inutiles. Il fallait aussi rappeler que la hausse Sarkozy de la TVA - générale - a été supprimée et remplacée par une autre plus indolore ? Hollande assume aussi la suppression de cette aberration économique qu'était la défiscalisation des heures supplémentaires: "quand une entreprise pouvait payer moins cher une heure supplémentaire qu'une heure normale d'un salarié recruté, elle prenait l'heure supplémentaire."




[NDR: Il fut réjouissant d'écouter Hollande calmer le jeu et expliquer le dossier syrien. Trop d'outrances, trop de contradictions, trop de n'importe quoi, trop de confusions avaient obscurci le dossier syrien ces derniers jours pour qu'Hollande reste encore davantage silencieux même s'il n'y aura pas de frappes. 
Hollande fut pédagogue sur l'économie, mais décevant, gravement décevant sur une formule, Président des entreprises. Il est normal et de bon sens qu'un gouvernement soutienne les entreprises, n'entrons pas dans ce mauvais débat. Mais comment ignorer le contexte ? Nous attendions un Président des salariés. Comment négliger que chaque mot porte et frappe au-delà du sens littéral de la formule ? ]

2 commentaires:

  1. Président des salariés ou des consommateurs ?

    Est-ce qu'une politique de la demande aide les entreprises françaises à se refaire ?

    Si les aides sont assorties d'engagements (remboursements, embauche,.) pourquoi ne pas favoriser les entreprises produisant en France ?

    Réduire le chômage, prendre des parts de marché en France, mais aussi en Europe et dans le Monde, c'est une idée de droite ou de gauche ?

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  2. belles questions, mais l'exercice est aussi symbolique. La gauche défend les salariés, les faibles, les fragiles, les pauvres. On peut trouver cela ringard, mais c'est sa mission. Elle le fait mal parfois, mais c'est ainsi. Et ce genre d'intervention a toujours une portée symbolique supérieure aux termes employés.

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