16 septembre 2013

La ministre et "l'économiste" sur France inter

Quelques semaines avant une cascade de krash et déconfitures boursières, le gérant d'un hedge fund voulait rassurer ses clients. Aidé d'un camarade de jeu, il publia une tribune remarquée dans les Echos, un jour de juillet 2007. Non, ces secousses sur les marchés financiers n'étaient pas si graves. Six ans plus tard, l'homme avait été choisi par la Matinale de France Inter pour porter la contradiction à une ministre de la République. Il était présenté comme "économiste", venait de publier un livre contre cet Etat qui ruine la France et empêche la libre-entreprise de se développer.

Le 10 juillet 2007, dans les Echos n° 19970 du 27 Juillet 2007 quelques semaines avant le plus violent krach boursier que le monde ait connu depuis les années 30, 14 mois avant la disparition brutale de Lehman Brothers, Augustin Landier et David Thesmar commettaient un article dans les Echos au titre évocateur:

"Le grand krach n'aura pas lieu"

Ils expliquaient en long, en large et surtout de travers, pourquoi, selon eux, "le danger d’une explosion financière, et donc le besoin de régulation, n’est peut-être pas si grand qu’on ne le pense." Ils nous assuraient que la crise de l'endettement n'était pas si grave.

"L'idée que les marchés sont dopés par un excès d'endettement", expliquaient-ils, "et sur le point d'exploser, est devenue assez banale". Réfutant le "scénario pessimiste d'une « overdose de dette » pour l'économie mondiale", ils assuraient que le grand krach n'aurait pas lieu car grâce à la financiarisation extrême de l'économie, "le risque de la dette n'est plus supporté par quelques acteurs (les banques, les assurances), mais réparti dans l'ensemble de l'économie." Et la contagion de défaillances était peu probable puisque l'environnement financier est "plus sûr". Ecrire de pareilles bêtises n'est visiblement nullement handicapant pour reprendre études, enseignements et publications.

Six ans plus tard, ces deux auteurs ont oublié, pas nous. Ils écrivent encore ensemble, Augustin Landier est bien installé en France, à l'école de Toulouse. Il a fermé ou revendu son "hedge fund".

La séquence est parfois difficile. C'est le matin, sur France Inter, on se réveille, on a du mal. Nous sommes jeudi 12 septembre. Quelques heures plus tard, Arnaud Montebourg, en présence de François Hollande, présente ses 34 chantiers industriels pour la France d'après-demain. Patrick Cohen a invité l'un des deux auteurs d'un ouvrage au titre évocateur ("10 idées qui coulent la France"). Augustin Landier est de retour. Il n'a pas eu connaissance des 34 plans Montebourgeois, mais le livre est déjà écrit. Il fustige "le capitalisme de subventions", titre retenu par Patrick Cohen pour désigner son débat.

Cet économiste répète un argument central: l'Etat doit "simplifier" les impôts et le cadre administratif du pays; il faut laisser le "marché et "l'innovation" se développer de façon "organique". "Il faut que la chose fiscale qui plombe les entreprises soit simplifiée" rabâche-t-il. Bref, un credo connu qui fleure bon ce monétarisme originel qui, de l'université de Chicago au FMI pollue les débats économiques du globe. L'homme a d'ailleurs un peu travaillé dans ces deux institutions.

L'ouvrage qui lui valait cette invitation sur France Inter défendait un propos libéral sans originalité, un machin à la "TINA" qui est la forme moderne du renoncement myope. "On a voulu dénoncer un certain nombre de poncifs, de contre-vérités qui ont acquis le statut de vérité absolue dans le débat public, ce qui est assez malsain, surtout quand elles sont à contre-courant de l'évolution du monde" expliquait au point David Thesmard, le co-auteur du bouquin. "Les gens n'ont pas besoin de subventions pour avancer et trouver, ils ont besoin de contenus innovants."

Sur France inter ce jeudi matin, Augustin Landier rame un peu, beaucoup même. 

Face à lui, Fleur Pellerin, ministre des PME et de l'économie numérique, s'amuse à lui expliquer combien il brasse du vent: "vous vous battez contre un ennemi invisible". 

Car ces 34 chantiers, que ni Augustin Landier ni David Thesmar, n'avaient jugé bon d'étudier, n'étaient pas la caricature de "Gosplan créationniste" qu'ils décrivaient.



« Pour sauver l’emploi, il faut sauver l’industrie », « C’est à l’État de nous sortir du marasme et de préserver la croissance », « Les marchés, c’est la dictature du court terme », « La solution à la crise, c’est plus d’Europe ! » – voilà autant de clichés coriaces qui pourrissent le débat public en France, entretiennent la morosité ambiante et finissent par couler le pays.
Des évidences postiches, des mythes néfastes qu’Augustin Landier et David Thesmar décryptent ici d’une plume acérée, dénonçant du même coup les lobbies qui les entretiennent et abordant au passage nombre de questions très concrètes : pourquoi avons-nous peur de la robotisation ? À quoi doit servir un ingénieur à l’heure du numérique ? Pourquoi nos PME peinent-elles à trouver de l’argent ?...
Il est temps d’entrer dans l’ère postindustrielle, d’aller vers une société de services et une économie dématérialisée. Pour ce faire, finissons-en d’abord avec un capitalisme de subvention, empoisonné par la nostalgie des Trente Glorieuses. Telle est la cure de désintoxication à laquelle invite ce livre salutaire. - See more at: http://vitrine.edenlivres.fr/publications/29977-10-idees-qui-coulent-la-france#sthash.xKlKQlHe.dpuf
« Pour sauver l’emploi, il faut sauver l’industrie », « C’est à l’État de nous sortir du marasme et de préserver la croissance », « Les marchés, c’est la dictature du court terme », « La solution à la crise, c’est plus d’Europe ! » – voilà autant de clichés coriaces qui pourrissent le débat public en France, entretiennent la morosité ambiante et finissent par couler le pays.
Des évidences postiches, des mythes néfastes qu’Augustin Landier et David Thesmar décryptent ici d’une plume acérée, dénonçant du même coup les lobbies qui les entretiennent et abordant au passage nombre de questions très concrètes : pourquoi avons-nous peur de la robotisation ? À quoi doit servir un ingénieur à l’heure du numérique ? Pourquoi nos PME peinent-elles à trouver de l’argent ?...
Il est temps d’entrer dans l’ère postindustrielle, d’aller vers une société de services et une économie dématérialisée. Pour ce faire, finissons-en d’abord avec un capitalisme de subvention, empoisonné par la nostalgie des Trente Glorieuses. Telle est la cure de désintoxication à laquelle invite ce livre salutaire. - See more at: http://vitrine.edenlivres.fr/publications/29977-10-idees-qui-coulent-la-france#sthash.xKlKQlHe.dpuf

5 commentaires:

  1. Merci pour le rappel du "track record" d'Augustin Landier.

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  2. Belle illustration de ce que j'appelle l'impunité des économistes:ils annoncent, ils prédisent,ils vaticinent , sont démentis par les faits , les réalités...cela ne les empêchent pas de continuer et d'asséner leur vérité ( de l'ordre de la révélation divine pour certains)sans que pour autant ils perdent leur crédit ( sans jeu de mots ), étrange phénomène...

    CASTOR

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  3. Tiens quelle coïncidence, j'ai taillé un short à son compère David Thesmar sur un autre site (le forum de discussion Actu-Politique.info) pas plus tard que vendredi dernier :

    http://actu-politique.info/post284135.html#p284135

    Je crois que la France peut se passer des prévisions de tels talents.

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  4. Dans tous les secteurs productifs, on exige que soient tenues compte la complexité du monde et les conséquences induites par toutes les contraintes (sécurité, écologie, rentabilité, productivité...). et pourtant l'intelligence humaine a permis de s'y adapter.
    Alors pourquoi les économistes seraient-ils en droit d'exiger une simplification des règles de l'économie?
    - Par paresse?
    - Pour trouver des failles à exploiter?

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  5. C'est la définition du métier d'analyste : sometimes right, sometimes wrong, always certain. :D

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