25 septembre 2013

La prestation pas trop normale de Hollande à l'ONU

Ils sont peu nombreux, celles et ceux qui ont noté cette tranquille métamorphose. François Hollande a trouvé sa place en matière de politique extérieure. Elle suscite des désaccords, évidemment. Mais il a trouvé sa ligne.

Mardi, il eut sa vingtaine de minutes, à l'estrade de l'ONU. Le discours était attendu, les thèmes connus d'avance. L'ensemble fut donc convenu: Syrie, Centrafrique, Iran, et même la Somalie, nous saviosn à quoi nous attendre.

Les services de l'Elysée nous avaient épargné les anciennes mises en scènes théâtrales de l'ancien monarque. De cette intervention onusienne, nous savions qu'elle s'accompagnerait de quelques visites importantes (avec le président iranien notamment), mais "normales". Du temps de Sarkofrance, chaque "prestation" élyséenne était accompagnée d'un emballage qui nous faisait croire à une attention médiatique mondiale sur quelques propos sarkozystes. Nicolas Sarkozy "débarquait" à New York comme on envahit un pays ou le Stade de France. Le surjeu sarkozyste est oublié. Hollande la joue ferme et normal.

Ce qui n'empêche pas les critiques.

1. Le discours du président de la République fut attendu, mais convenu. Sur la Syrie, il a rappelé ses arguments. En résumé, la pression a payé, mais l'affaire n'est pas terminé. Il faut accepter l'éventualité de sanctions si le désarmement chimique n'est pas correctement mené à son terme. Et Hollande, devant tous les autres représentant des Etats membres de l'ONU, rappelle son accusation contre la Syrie: "Face à ce crime terrifiant, la France a voulu une réaction forte pour sanctionner une violation du droit international mais aussi pour dissuader le régime de Bachar al Assad de commettre de nouveaux massacres".

2. Hollande a lancé deux alertes sur l'Afrique. L'une sur la Centrafrique, "je souhaite que le Conseil de Sécurité donne mandat (...) à une force africaine". Il y a urgence. "Nous devons mettre un terme aux exactions, qui prennent également des formes confessionnelles. (...) Le chaos s’est installé et les populations civiles en sont les premières victimes." Mais qui sont ceux qui, en France, soutiendront cette intervention après les reculs sur la Syrie ? Seconde alerte, la République Démocratique du Congo, où "des femmes, des enfants sont violentés chaque jour dans le Kivu; là encore il est impératif de renforcer la MONUSCO".

3. La ligne "hollandaise" est simple: il faut agir, partout et tout le temps, sinon le terrorisme nous rattrape. En version diplomatique, cela donne: "Partout où le désordre règne, le terrorisme prend de l'ampleur." Et de citer la récente attaque à Nairobi, au Kenya. Un journaliste d'Europe 1, anti-Hollandais notoire, a raillé sur Twitter:
4. Hollande fut le seul chef d'Etat à rencontrer le nouveau président iranien. Cette rencontre est une bonne chose, diplomatiquement. Mais l'on regrettera autre chose, un point qui suscitait déjà une large réprobation du temps de Sarkofrance. Hollande, comme Sarkozy hier, expliqua sur la tribune puis plus tard devant quelques dizaines de journalistes que l'Iran avait bien le droit à un nucléaire civil.

Un nucléaire civil ... Car Hollande, comme hier Sarkozy, répète qu'il attend "des gestes concrets qui témoignent que ce pays renonce à son programme nucléaire militaire même s’il a le droit a un programme civil ."

5. Hollande avait une première belle annonce, une modification du fonctionnement du Conseil de Sécurité, qu'"en cas de crime de masse, les Etats membres puissent décider de renoncer collectivement à leur droit de veto".

6. Hollande avait une seconde grande proposition, pour l'Afrique. Une conférence de paix, pour l'Afrique, sera organisée à la fin de l'année. Retour de la Françafrique ? Non, pas grand chose à voir. "Les Africains doivent assurer eux-même leur sécurité. Mais nous ne pouvons les laisser seuls face au terrorisme." Et il insiste: "Mon message est simple: dans tous les domaines (développement, climat, ), le pire risque, c'est l'inaction."




4 commentaires:

  1. "en cas de crime de masse, les Etats membres puissent décider de renoncer collectivement à leur droit de veto"

    Belle envolée, mais je doute que Washington accepte ainsi de se lier les mains si l'on assiste à nouveau à une horreur du genre de Gaza 2008 ("Plomb Durci") : et Hollande le sait très bien. C'est pourquoi ce sont de belles phrases inutiles, qu'il le veuille ou non.

    Quant aux interventions ici et là, si l'on analyse bien chaque dossier (ils ne manquent pas), à chaque fois leur résultat fut largement pire que si les Grands s'étaient abstenus. Pourquoi ? Sans doute parce que le prétexte humanitaire, ou celui d'un danger pour la planète, n'étaient là que pour couvrir des intentions financières, commerciales, politico-industrio-militaires, en un mot pour que des "Gros" gagnent toujours plus d'argent.

    L'humanitaire, c'est Attila déguisé en Florence Nightingale.

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  2. @babalouest: "pire que si les grands n'étaient pas intervenus": comment le savez vous? il est impossible de faire des expériences comparatives en histoire...

    Sur le point 4, je ne comprends pas votre phrase: "un point qui suscitait déjà une large réprobation du temps de Sarkofrance". Juridiquement parlant, l'Iran a effectivement droit à un programme civil (TNP). Sur quoi porte donc votre réprobation? Sur ce droit ou sur sa contestation?

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    1. @ Javi
      L'Afghanistan, l'Irak, le Kosovo, la Libye, le Mali, le Rwanda, etc.... les Grands n'ont rien résolu. Au mieux, ils n'ont rien fait. Au pire, ils ont tout écrabouillé. Alors, qu'ils restent chez eux, et qu'ils laissent les choses se dérouler toutes seules même si parfois cela peut paraître terrible si on n'a pas toutes les données. Mais qu'on ne s'y trompe pas. Il faut interdire toute intervention, y compris celle des marchands d'armes : c'est bien là où le bât blesse, car les Grands adooorent vendre des armes directement, ou en sous-main. Directement, c'est mieux, parce que leur pourcentage est plus juteux. Je suis cynique ? Ils le sont bien plus encore.

      Pour l'Iran, c'est Juan qui a parlé, mais bien sûr l'Iran a droit au nucléaire, et j'ajouterai : même au nucléaire militaire, au même titre par exemple que le Pakistan, quand il s'agit de dissuader ; et pas au même titre que les faucons israéliens, qui gardent cet "atout" en réserve, et qui ont l'outrecuidance de ne pas accepter de l'avouer.

      Après tout, qui jusqu'à présent, qui a eu l'audace de mettre en pratique la force nucléaire, même pas pour se défendre, même pas pour abréger un conflit, mais simplement pour couper le pied d'un "rival" international ? Entre les deux riverains du détroit de Behring, ce n'est qu'une ridicule partie gamine de "qui a la plus grosse", quitte à mettre cent fois, mille fois , dix mille fois plus dans le militaire que dans la lutte contre la pauvreté.

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    2. L'ennui avec le nucléaire militaire, c'est l'instabilité du jeu. Dans un jeu normal, plus il y a de fous, plus on rit: plus il y a de joueurs, mieux c'est quoi.

      Dans le jeu nucléaire, c'est le contraire: plus il y a de puissances nucléaires, plus le truc peut virer à la catastrophe vite fait. La dissuasion nucléaire, qui n'est jamais qu'une façon de concevoir l'insertion de l'arme nucléaire dans l’éventail des moyens d'action d'un Etat, est un truc codifié qui marche bien dans une succession de rapports de puissance bilatéraux (genre bloc de l'Est contre bloc de l'Ouest au temps de la Guerre Froide, ou Inde contre Pakistan, Chine contre Russie, etc). Mais si un troisième larron, comme l'Iran ou la Corée du Nord, arrive avec d'autres règles, d'autres modes de pensée et d'action il perturbe le jeu et le rend instable.

      C'est une idée qui est peut-être contestable, mais les Etats membre du club nucléaire raisonnent là-dessus, en tout cas.

      Le but est donc d'avoir une maîtrise du nombre des acteurs, à travers le TNP notamment, pour éviter les guerres nucléaires car, en dépit de ce que vous semblez croire, l'emploi de cette arme ne relève pas de "l'audace", mais de jeux de puissance. C'est à dire que le "pari nucléaire" doit absolument rester un jeu à somme nul dans l'esprit de tous les joueurs et pas un jeu où l'un des joueurs peut se dire "allez, de l'audace, je tente ma chance, j'appuie sur le bouton et on verra bien ce que ça donne".

      Il ne faut pas qu'il y en ait un seul qui puisse se dire ça, sinon...

      Par ailleurs, la prolifération pose des problèmes de maîtrise de la chaîne nucléaire (qui appuie sur le bouton? Qui assure la garde des charges nucléaires? Qui gère les composants? Qui assure la sanctuarisation du savoir technique? etc) à un point tel que c'est cet aspect là de la prolifération qui est actuellement considéré comme le plus anxiogène par les Etats du club nucléaire.

      En définitive, si on se prend une bombe nucléaire sur le coin de la gueule dans un avenir incertain, ça pourra bien plus certainement venir d'un défaut de maîtrise que d'une volonté étatique et ça pourra prendre la forme non pas d'une explosion bikini (le poster du gros champignon sur la porte des WC) mais d'une exposition massive de populations civiles urbaines à des composants nucléaires "sales". Des trucs qui foutent le cancer à un bébé de 18 mois et qui condamnent pour des milliers d'années l'accès aux zones contaminées.

      Ce n'est donc pas exactement le genre de sujet où l'on peut se fier à une politique du laisser faire, surtout dans le contexte actuel de guerre de religion à l'intérieur du monde musulman. Les fanatiques prêts à exterminer le plus grand nombre possible d'êtres humains ne manquent pas. Inutile de leur fournir les moyens de nuire à plus grande échelle encore, ils seraient foutus de les utiliser, c'est cons-là.

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