11 septembre 2013

Pourquoi la manifestation contre la réforme des retraites n'a pas eulieu.

Nous pouvions être surpris. Il n'y eut pas foule, les slogans étaient si généraux que les causes se perdaient.

En septembre 2010, la réforme Woerth/Sarkozy arrivait en phase finale pour son examen parlementaire. Elle fut définitivement adoptée deux mois plus tard. Mais les manifestants étaient descendus, nombreux, dans les rues. La réforme avait été présentée juste avant l'été, rapidement expédiée en juillet en commission parlementaire; et quand les premiers signes d'une mobilisation conséquente furent là, Sarkozy laissa 75 heures, pas une de plus, au débat parlementaire. Nous nous en souvenons.

En septembre 2013, un mardi, voici une énigme politique. Quelques dizaines milliers de manifestants battaient le pavé un peu partout dans le pays. Ils n'étaient pas nombreux. 155.000, annonçait le ministère de l'intérieur, 360.000 d'après les organisateurs. La conclusion est sans appel, "ce n'est pas la déferlante, c'est vrai" concéda Jean-Claude Mailly (Force Ouvrière) au micro d'une chaîne d'information.

Chacun y va de son explication.

1. Le mécontentement contre la politique Hollande/Ayrault est pourtant réel. Du moins, à en croire les sondages - calamiteux pour le couple exécutif, largement plus cléments voire franchement favorables pour quelques-uns de leurs ministres. Et quelques élections partielles rapidement perdues.

2. La réforme des retraites a été présentée à la rentrée. Elle n'a pas été "éteinte" par un été surchauffé; Jean-Marc Ayrault nous avait épargné, par correction républicaine, cette basse manoeuvre utilisée en son temps par Nicolas Sarkozy et Eric Woerth. On aurait pu s'attendre à ce qu'elle cristallise les oppositions.

3. Les syndicats salariés étaient d'ailleurs tous critiques, à l'exception de la CFDT. L'opposition politique et sociale contre cette réforme des retraites était même plus large que sur d'autres sujets: il y avait les habituels critiques, les opposants de longue date mais aussi des anciens soutiens du gouvernement, des socialistes bientôt dissidents et même le MJS.

4. Mais tous ont semblé désarçonnés par deux éléments: primo, le volet douloureux de la réforme est "moins pire" que prévu; secundo, la réforme comprend quelques avancées attendues depuis longtemps (comme la prise en compte de la pénibilité).  Thomas Wieder, pour le Monde, appelle cela les effets de la méthode Hollande: "Eviter de passer en force pour ne pas être contraint de reculer ; ne pas brusquer pour ne pas bloquer ; pouvoir se targuer d'avoir réformé sans avoir révolté (...)." Oui, Hollande serait donc habile. Nous retiendrons que cette réforme reste une ineptie.

5. Certains crieront au complot médiatique. C'est faux, presque ridicule, l'argument de la dernière chance. Les manifestations ont été couvertes par toutes les chaînes d'information. Le sujet syrien, diversion internationale dramatique, n'était même pas suffisamment fourni pour empêcher BFM, iT"l" ou LCI de dépêcher des envoyés spéciaux dans les cortèges.

6. Sur la manifestation elle-même, les mots d'ordre étaient disparates. Une grossière erreur ! A trop embrasser, on dilue l'impact voire, pire, on décourage celles et ceux qui ne se reconnaissent pas dans tous ces slogans. La CGT appelait ainsi à sanctionner l'ensemble de la politique du gouvernement.

7. Il y a la crise, cette vague de pessimisme généralisé, une résignation faute d'alternative. Mélenchon crie beaucoup, mais propose peu, et finalement, dans ces occasions centrales que sont ces "réformes" simples à comprendre, le message porte peu.

8. Il y a un autre constat, l'opposition politique ne sait pas mobiliser. Malgré des critiques violentes et sans appel, des constats sans équivoque, les foules ne sont pas venues. Pourquoi ? Certains pourront s'interroger sur cette tactique post-2012 qui consiste à fustiger si durement et sans main tendue qu'elle empêche, le moment venu, tout rassemblement.

Au final, ce mardi 10 septembre, la Bourse de Paris termina en hausse.

C'était une drôle de manifestation. On croyait que le front serait  vaste. On nous promettait l'automne chaud, agité ou brûlant.


Bref.


8 commentaires:

  1. les premières manifs en 2010 étaient très peu nombreuses aussi. Cette manifestation était très tôt juste après la rentrée, je ne pense pas que cela augure quoi que ce soit sur la suite des évènements.

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  2. Cette réforme est une toute petite réforme:

    -elle ne change rien ni à l'âge auquel on pourra partir à la retraite avec une décote (62 ans), ni à l'âge auquel on pourra partir à la retraite en la touchant à taux plein, même si on n'a pas la totalité de ses cotisations (67 ans);

    -elle ne porte que sur 7 milliards d'€, alors que le seul déséquilibre des régimes spéciaux coûte chaque année 7 milliards d'€ au budget de l' Etat, et que le déficit annuel de l'assurance-maladie est également de 7 milliards d'€;

    - elle ne touche ni aux régimes spéciaux,ni aux retraités du secteur public, qui constituent l'essentiel des syndiqués.

    Il n'y a donc aucune raison pour que les syndicats tentent de mobiliser outre mesure.

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    1. êtes vous sûr que si on part à 67 ans,même si on n'a pas la totalité des cotisations, on touche une retraite à taux plein ? (C'est l'objet de discussions parfois vives ...dans la famille)

      CASTOR

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    2. Pour être plus précis ,à 67 ans la pension sera calculée sans décote ET au prorata du nombre d'années cotisées ou sera complète quel que soit le nombre d'années cotisées ?
      ça me parait être une question clé pour les jeunes qui entrent tard dans la vie active , sans parler des accidents de parcours..

      CASTOR

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  3. Il parait que l'on surnommait Hollande "l'étouffeur" dans il présidait le PS. Il n'a pas perdu la main.

    Bon, sinon les chefs syndicaux ont est également une grosse responsabilité dans cette faible mobilisation. Premier mot de Mailly invité le matin même sur F.Inter : "il n'y aura pas de forte mobilisation". Clap, clap, super leader.

    Quant à la fréquentation sur Paris. Elle n'était pas si faible que ça compte-tenu de la date de merde, du trajet nul et du temps pourri. Du niveau des dernières de 2010.

    Mais de toutes les façons, tant que les jeunes ne sont pas dans la boucle : zéro changement. Paradoxalement, ce sont pourtant les plus impactés.

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    1. @ seb musset

      Les jeunes ne sont pas les plus impactés: lorsqu'ils arriveront à l'âge de la retraite, la génération du baby-boom (dont l'arrivée massive à la retraite constitue aujourd'hui une de cause du déséquilibre nombre d'actifs/nombre de retraités) sera morte.

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    2. Ahem!

      En fait ce taux va continuer à se dégrader.

      Mais tout dépend des projections. Classiquement, on en fait trois: à 10 ans, 25 ans, et demi siècle.

      Soit: 2025, 2040 et 2060.

      Du coup, ça conditionne les "jeunes" dont on parle. Pour vous, "jeune" ça veut dire quoi? Ca peut vouloir dire le bébé né dans l'année en cours (qui a une espérance de vie qui frôle le siècle) ou bien celui né il y a 15 ans, voire 30 ans (et qui n'a pas la même espérance de vie).

      Derrière le mot "jeune", on ne met pas les mêmes populations.

      En outre, comme pour la météo, plus on voit loin, moins on voit précis: à 10 ans, les projections sont relativement fiables. A 20 ans, la fiabilité se dégrade très fortement au point qu'on entre dans l'hypothèse. A 50 ans, on est carrément dans l'anticipation ou, si vous préférez, la science fiction.

      Si on reste dans les prévisions relativement fiables, on sait que le rapport actifs/inactifs ne va pas dans le bon sens. Vu ce qu'il sera dans les 10 ans de façon assez sûre, on anticipe une forte dégradation entre 2020 et 2040.

      Les projection du COR table sur ça:

      "Sous l’effet de l’arrivée à l’âge de la retraite des générations du baby-boom et de l’allongement de l’espérance de vie à 60 ans, les effectifs de retraités devraient augmenter plus vite que ceux des cotisants sur l’ensemble de la période considérée. De 1,7 cotisant par retraité en 2010, le ratio démographique devrait passer à 1,65 cotisant par retraité en 2020. Entre 2020 et 2040, le rapport devrait fortement se dégrader pour se creuser jusqu’à moins de 1,4 cotisant par retraité en fin de période. Après 2040, année qui marque l’arrivée à l’âge de la retraite des derniers enfants du baby-boom, le ratio devrait reprendre un rythme de baisse plus lent pour passer à moins de 1,35 à l’horizon 2060."

      Attention, il y a trois conditions à remplir:

      "Ces projections sont établies sur la base d’un taux de fécondité de 2,1 enfant par femme, un solde migratoire de +100 000 par an et des gains d’espérance de vie à 60 ans de l’ordre d’un trimestre tous les deux ans."

      Si ces conditions sont remplies, la projection devrait être fiable.

      Ca devrait donc impacter des personnes considérées comme "jeunes" aujourd'hui.

      Globalement et en dépit de la diversité des scénarios, on sait que le système va dans le mur. Où situer le moment de la rupture?

      Ca... c'est la question à un milliard de dollars.

      En attendant, il y a des besoins de financement non couverts avec des échéances prévisibles: il faut trouver X milliards d'euros à Y échéance.

      Et on agende les réformes comme ça, en faisant ce qu'il faut pour trouver les X milliards à Y échéance.

      C'est une stratégie qui relève de la gestion de trésorerie, mais sur des périodes longues, ce qui permet de parler de stratégie (stratégie = dans la novlangue, tout ce qui n'est pas courtermiste).

      Mais en réalité, à l'échelle démographique et historique, on navigue à vue.

      Par exemple, personne n'a la plus petite idée de ce que signifie l'inclusion de la pénibilité dans la système à long terme. Même à moyen terme d'ailleurs.

      D'un autre côté, naviguer à vue c'est peut être pas plus mal. Mais il faut s'habituer à une "réformette" par cycle de 5 ou 6 ans.

      Ca stresse la société et sa brouille la visibilité de leur vieillesse pour les cotisants.

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  4. L'habileté de Hollande n'est plus à démontrer. Si la droite avait été maligne, elle ne se serait pas dispersée sur la mariage homo. Sinon t'as raison sur les jeunes Seb, le MJS ne pouvait pas appeler à manifester, tout n'était qu'intiative personnelle pour les camarades qui y sont allés. Moi, c'est la limite, je ne peux pas manifester contre ce gouvernement.

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