11 septembre 2013

Syrie: le "lâche" soulagement.

Ne croyez pas qu'il y a un tournant, il n'y en a aucun sur le front des combats en Syrie.

La guerre, là-bas, continue. On peut s'opposer à une intervention militaire au nom de l'efficacité, des risques ou de la légalité internationale; force est de constater que l'initiative russe, si elle débloque une situation diplomatique qui s'était concentré , nul tournant, juste une illusion d'optique. Cameron, Obama, Hollande, tous se sont ralliés à l'idée d'examiner la proposition russe, déjà acceptée par la Syrie, de placer l'armement chimique de cette dernière sous contrôle international en vue d'une destruction ultérieure.

Mais pendant ce temps-là, la guerre se poursuit. Le pays est "perdu" relate l'un des 2 otages occidentaux libérés en début de semaine. L'Italien Domenico Quirico est resté 152 jours en captivité, détenu par des rebelles. Il décrit le chaos, un pays livré aux combats, aux djihadistes, aux brigands, où l'opposition démocratique - celle de la "première révolution", en 2011 - est "fragilisée" et "abandonnée". Son camarade de détention, le Belge Pierre Piccinin, déclare avoir entendu une conversation entre rebelles dédouanant Assad. Quirico le contredit.
"J'ai rencontré le pays du Mal" Domenico Quirico

La guerre va donc se poursuivre, comme avant, ou presque.
"Il faut prendre la perche qui est tendue, mais il faut pas tomber dans un piège" Laurent Fabius.
C'était évidemment la première et la plus saine des réactions à ce coup russe, et à la réaction syrienne. Les Etats-Unis et la Russie n'ont pas fini de désactiver leurs propres stocks d'armement chimique  qu'ils se sont engagés à détruire il y a bientôt 20 ans. En Syrie, le contrôle international des 1000 tonnes supposées sera difficile. Quelles seront les sanctions si la Syrie, plus tard, trahit ce nouvel engagement ? La Russie ne veut pas en entendre parler.

La France a donc déposé une résolution au Conseil de Sécurité de l'ONU, "sur le contrôle et la destruction des armes chimiques en Syrie afin de vérifier si l'initiative russe en ce sens peut permettre de sortir de la crise".

La manoeuvre permet de résoudre le "sujet chimique", au moins légalement. Car la Syrie vient de reconnaître l'existence de son stock, et de s'engager à ne pas l'utiliser dans sa guerre civile. Autrement dit, elle vient de fournir une base juridique à une éventuelle sanction au cas où elle déciderait ensuite d'utiliser ces armements. L'association Human Right Watch venait de livrer sa propre interprétation, prudente, mais totalement concordante avec les révélations des autorités américaines et françaises: un massacre chimique avéré, causé par les forces légalistes syriennes compte tenu de la complexité de l'opération, de l'armement utilisé et de la direction du tir.

C'est aussi un échec, un "lâche soulagement". Le Qatar et l'Arabie Saoudite continueront d'armer ces cohortes d'islamistes radicaux qui luttent contre le régime de Bachar el Assad. Quelques videos pullulent désormais sur les réseaux sociaux. La France, la première à reconnaître l'autre opposition comme autorité légitime de Syrie l'an dernier, en est réduite à envisager comment armer cette dernière. Elle tablait, comme Barack Obama sur un sursaut d'émotion devant la "barbarie de trop" pour convaincre la Russie et la Chine d'accepter des sanctions.

Les opposants à toute implication occidentale pourront souffler.

Qui s'en réjouit ?


[NDR: nous avons répertorié, il y a quelques jours, une liste d'objections parfois légitimes, parfois surprenantes, parfois ignobles, contre une intervention militaire. Nous avons écrit et répété que la Syrie méritait un soutien, qu'il fallait attendre d'en savoir plus pour juger puisque la France ne pouvait intervenir seule. Mais la perspective que le monde récupère sa tranquillité après cette résolution, certes significative, du "problème chimique", a quelque chose de tranquillement indécent.] 

Lire aussi: "40 ans après la mort d'Allende, l'ingérence a changé de visage", par Pierre Haski, sur Rue89, une suggestion d'Erwan Lescop.

2 commentaires:

  1. "Son camarade de détention, le Belge Pierre Piccinin, déclare avoir entendu une conversation entre rebelles dédouanant Assad. Quirico le contredit." Faux.

    Quirico ne le contredit pas du tout. En fait il confirme bien avoir surpris ladite conversation. En revanche, il prend ses distances avec Piccmin sur les conclusions à en tirer car ils ignorent l'identité des trois interlocuteurs concernés par cet échange informel.

    "Le journaliste italien Domenico Quirico, également libéré dimanche, précise lui ne pas savoir qui étaient les gens dont ils ont surpris la conversation. Ni quel degré de fiabilité ils pouvaient leur accorder. «Nous ne savions rien de ce qui se passait, pas même à propos de l'attaque avec les gaz», déclare-t-il dans un entretien publié dans son journal, La Stampa. «Les participants à cette conversation disaient que l'attaque au gaz dans deux quartiers de Damas avait été l'oeuvre des rebelles, comme provocation pour inciter l'Occident à intervenir militairement et que, selon eux, le nombre de morts était exagéré». Ce correspondant de guerre, enlevé aussi en avril, insiste : «Je ne suis absolument pas en mesure de dire si cette conversation était basée sur des faits réels ou si c'était juste un bavardage comme ça et je n'ai pas l'habitude de donner du crédit à des mots entendus à travers une porte» [1]

    Troublant néanmoins. Ce témoignage avec toutes les précautions d'usage vaut largement les allégations de Human Right Watch. Sachant que plusieurs autres éléments d'information accréditent sérieusement la piste de l'opération sous fausse bannière perpétrée par des rebelles !

    1] http://www.leparisien.fr/international/syrie-l-ex-otage-belge-dedouane-le-regime-d-assad-pas-son-co-detenu-09-09-2013-3121211.php

    Sur cette page se trouve également la vidéo de l'entretien avec Pierre Piccinin

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Rappelons que ce conflit n'aurait jamais fait autant de victimes si les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne appuyés par leurs vassaux qatari, saoudiens, jordaniens et turcs n'avaient pas massivement soutenu logistiquement la rebellion au point d'apparaître comme les véritables organisateurs du soulèvement. Autrement dit, à tout ceux qui déplorent la poursuite des combats, rappelons que :
      - l'ampleur du conflit est totalement dû à la volonté des occidentaux d'armer, d'équiper, d'entrainer et d'encadrer l'armée rebelle.
      - la plupart des combattants affluent de l'étranger, y compris d'Europe, en tant que djihadistes qui combattent non pas pour la démocratie dont ils ne veulent aucunement mais pour la suprématie religieuse !

      Toute personne sincèrement désireuse de voir cesser ces horreurs au plus vite doit donc appeler les pourvoyeurs d'armes et les fauteurs de guerre à mettre fin à leurs agissements criminels.

      Ce sont bel et bien ces derniers qui portent la responsabilité des événements en cours en Syrie, état souverain en situation de légitime défense face à une agression armée étrangère sous couvert de guerre civile. Ainsi que le dénonce le citoyen Etats-Uniens Paul Craig Roberts [1] sur son blogue [2] :

      "The indisputable fact is that Syrian deaths occur only because Washington initiated the invasion of Syria by external forces similar to the ones that Washington used against Libya. However the deaths occurred, the deaths are the doings of the criminal obama Regime. Without the criminal obama Regime seeking the overthrow of the Syrian government, there would be no deaths by chemical weapons or by any other means."


      Enfin, les allégations de Human Right Watch doivent être versées au dossier mais ne constituent aucunement des preuves. Encore une fois pourquoi le régime dont l'armée avait progressé ces dernières semaines se serait-elle embarqué dans une entreprise aussi saugrenue, aussi folle, aussi contre-productive. Car en fait, à qui profite ce crime ?

      1] Economiste, universitaire, Secrétaire Adjoint au Trésor US de la politique économique dans l’administration Reagan

      2] http://www.paulcraigroberts.org/2013/09/08/the-rule-of-zombies-why-are-obama-and-kerry-so-desperate-to-start-a-new-war-paul-craig-roberts/

      Supprimer

Merci par avance de votre commentaire. Les insultes, les commentaires racistes, antisémites, pornographiques, révisionnistes, sexistes ou en général tout sujet contraire aux valeurs humanistes ne sont pas acceptés.
Les commentaires PEUVENT être modérés et donc censurés.