1 septembre 2013

Syrie: quelles preuves ?


Le Journal du Dimanche, dans son édition du 1er septembre, est affirmatif: "Syrie, les preuves". On se précipite, on cherche à comprendre.

Une fraction de l'opposition à l'intervention armée agite l'idée que le massacre chimique serait l'oeuvre des rebelles, si possible islamistes. On ne voit pas, si la "punition" internationale porte sur la destruction d'armes notamment chimiques du boucher El-Assad, en quoi l'argument s'oppose à une riposte qui n'a que trop tarder.

Le JDD publie quelques extraits d'un rapport des services de renseignement français: "l'objectif est de convaincre  l'opinion publique."

1. Le programme d'armement chimique de la Syrie est impressionnant. "Avec plus de 1.000 tonnes d'agents chimiques et précurseurs, Damas détient l'un des stocks opérationnels les plus importants au monde." Le rapport, relate le DD, détaille comment les Syriens ont travaillé sur toutes sortes de gaz des plus toxiques.  La Syrie dispose également de tout ce qu'il faut pour envoyer ces gaz (missiles Scud C et B, missiles M6 et SS-21, etc).

2. Sur l'attaque du 21 août en particulier, les agents français affirment que "les munitions chimiques ont été tirées avec des roquettes Grad." Ces roquettes ont déjà été utilisées par les deux camps. Ils se sont emparés d'entrepôts militaires. Ils complètent par l'analyse de l'activité des troupes pro-Bachar el-Assad dès le 22 août pour effacer les traces. Les Etats-Unis, par l'intermédiaire de John Kerry, ont affirmé détenir la preuve matérielle du massacre chimique le 21 août: "Des échantillons de cheveux et sanguins se sont révélés positifs à des traces de gaz sarin". Le même Kerry a été clair: "Nous savons d'où est venue cette attaque. Nous savons exactement où elle s'est produite. Nous savons exactement ce qui s'est passé après"Les services israéliens ont évoqué la piste d'une "bavure", d'autres

Mais les services français, cités par le JDD, n'apportent pas de preuves formelles que le massacre ait été commis par des forces militaires loyales à Bachar el-Assad (un ordre ? des témoignages ?). Ce point sera évidemment utilisé par les opposants à cette intervention. Car aussi étonnant que cela paraissent, certains des critiques semblent encore attendre confirmation sur la nature du régime syrien et de ses exactions. 

A droite, le ridicule ne tue plus. Les mêmes qui se sont tus quand la France fut engagée en Libye, ou ailleurs en Afrique (Côte d'Ivoire, par exemple) réclament aujourd'hui un vote en bonne et due forme du Parlement français.

Aux Etats-Unis, Barack Obama a décidé de "consulter" son Parlement. En France, Ayrault et Hollande vont "consulter" les représentants de l'opposition, comme de la majorité.

Le débat est étrange. Cela fait des mois qu'on se plaint, à juste titre, de l'attentisme international, du blocage du Conseil de Sécurité. Voici qu'une "fenêtre de tir" - pardonnez l'expression - s'ouvre, et les chamailleries reprennent sur la "légalité" et le juste formalisme républicain qu'il faudrait respecter.

La guerre de Syrie en 2013 a peu à voir avec la guerre en Irak de 2003. La première est civile, a fait 100.000 morts; la seconde fut déclenchée par une coalition internationale dirigée par les Etats-Unis sur des prétextes récusés par la France et quelques autres.

Qui s'en souvient ?









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9 commentaires:

  1. Merci pour le lien, Juan.

    Selon des preuves d'observateurs russes via les satellites, confirmées par leurs homologues US, ce sont bien les islamistes qui ont tiré (vu les trajectoires et le point de départ de celles-ci). Bien entendu les "officiels" de Washington n'ont pas répercuté l'information.

    La logique voudrait donc que ce soient les positions des miliciens payés par le prince saoudien Bandar, qui subissent des bombardements. L'aviation syrienne peut s'en charger seule, donc aucune intervention n'est justifiée dans ces conditions.

    A moins que les "Occidentaux" ne tiennent à ces initiatives, avec pour espoir secret le déclenchement d'un conflit généralisé à la planète. Ne survivraient guère que les auteurs fous de ce coup-là.

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  2. Ajoutons que, comme d'habitude, ce sont les civils syriens qui paieraient le plus lourd tribut. Vu ce qui arrive à tant de civils pakistanais ou afghans du fait des drones, ce n'est pas ce qui empêchera les décideurs washingtoniens, Obama en tête, de dormir.

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  3. Les justifications d’une intervention militaire contre la Syrie reposent sur la Convention interdisant la mise au point, la fabrication, le stockage et l'emploi des armes chimiques, entrée en vigueur le 29 avril 1997: à noter, donc, que l'emploi n'est pas nécessaire comme motif à une intervention, le stockage de 1 000 tonnes d'agents chimiques suffit.

    Ensuite, politiquement, c'est une autre affaire (pourquoi peut-on massacrer des populations civiles par des armes conventionnelles?)

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  4. "Aux Etats-Unis, Barack Obama a décidé de "consulter" son Parlement. En France, Ayrault et Hollande vont "consulter" les représentants de l'opposition, comme de la majorité."

    ==> La France consulte, informe.

    Les Etats-Unis font voter leur Congrés. Qui fait sa rentrée le 9 septembre.


    "Cela fait des mois qu'on se plaint, à juste titre, de l'attentisme international, du blocage du Conseil de Sécurité"

    ==> c qui "on".

    "La première est civile" ==> la guerre civile est internationale et aurait cessé depuis très longtemps si elle n'avait été totalement organisée et orchestrée de l'étranger par les puissances occidentales via leurs relais qatari, saoudiens et turcs.

    Ce billet est d'une nullité invraisemblable non pas tant par le parti pris qu'il exprime que par l'incohérence du propos -- pas de preuve mais une fenêtre de tir quand même -- que par l'ignorance crasse du contexte dans lequel la rédaction de ce blogue se complait à maintenir ses lecteurs !

    Ce blogue s'est fait une réputation en suscitant à juste titre une adhésion de ses lecteurs essentiellement sur la base d'une dénonciation à connotation éthique des méfaits de la sarkozie ! Or depuis mai 2007 on assiste consternés à un affligeant exercice de propagande pro gouvernemental au mépris du sens éthique le plus élémentaire.

    D'où la rupture entre nombre de lecteurs restés fidèles à ces principes qui motivait déjà leur rejet du sarkozysme ...

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    1. La politique occidentale, c'est comme les westerns hollywoodiens avec, d'un côté, les méchants et, de l'autre, les gentils. On sait dès le début de l'histoire comment elle va se terminer et on attend avec impatience de voir comment le héros va s'y prendre.
      Mais, franchement, je préférais Richard Widmark ou John Wayne à George Bush ou François Hollande. Question d'époque ?

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    2. Là notre scénariste a du mal à suivre ...

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  5. Peut-être que Chevènement pourrait mettre tout le monde d'accord:

    http://www.chevenement.fr/La-France-n-a-pas-interet-a-entrer-dans-une-guerre-de-religion_a1503.html

    (P'tain, quelle occasion on a loupée, en 2002, en ne l'élisant pas...)

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  6. Oui Elie Arié, on a loupé une occasion en 2002.
    Et on s'est encore trompés en 2007...

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  7. Alors là, Juan, depuis 5 ans que je te lis je n'arrive même pas à savoir de quel coté tu penches. C'est un fouillis indescriptible. Il faudrait que tu consacres un temps à te relire en te décentrant.

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