26 octobre 2013

338ème semaine politique: et le Hollande-bashing repart


Le "Président-fusible",  "Pépère", aka François Hollande, est à nouveau au centre de toutes les critiques. Non pas que sa cote de popularité avait franchement remonté. Mais un relatif équilibre s'était trouvé ... avant qu'une intervention, d'à peine cinq minutes, samedi dernier à l'Elysée, pour clore "l'affaire" Leonarda ne réactive toutes les outrances ad hominem.

Le Hollande-Bashing pouvait repartir.

La presse s'en est est donnée à coeur joie, à droite comme à gauche: "Et le courage, monsieur le Président ?" ose titrer Le Parisien Magazine. Michèle Cotta, éditocrate au Point, fustige le "manque d'autorité". La chroniqueuse du Grande Journal, ex-ministre de Nicolas Sarkozy, Jeannette Boughrab, dénonce une "lâcheté dévastatrice". Trois exemples parmi bien d'autres.

Hollande s'est planté, tout le monde l'écrit, même ses habituels soutiens. Mais cette quasi-unanimité cache bien des différences.

A gauche, les critiques pleuvent pour une raison simple: la gauche n'a pas tranché en son sein la question de l'immigration. Au-delà de la sanctuarisation du cadre scolaire (qui ne fait plus débat), le clivage demeure: faut-il une régularisation massive ou sous conditions des sans-papiers ? Mardi, le sénateur écolo Jean-Vincent Placé soutient les quelques lycéens qui prolongent leurs manifestations contre les expulsions.

A droite, Jean-François remet une pièce dans le juke-box de la diversion migratoire: le voici qui promet une proposition de loi pour supprimer le droit de sol. Et c'est reparti ! Nos politiciens de droite n'ont désormais plus que des excursions en terrain mariniste pour faire parler d'eux. Où sont passés les Républicains ? Ailleurs en France, des maires de Seine-Saint-Denis sont accusés de "troquer des noirs" contre de l'argent. Ailleurs en Europe, on accuse un couple Rom d'avoir kidnappé un enfant jugé trop blond pour être d'eux. Il faudra des tests ADN pour résoudre cette affaire de l'Ange blond, dernier soubresaut d'un continent où les valeurs s'effondrent derrière l'outrance.   

En milieu de semaine, l'économie semblait enfin reprendre ses droits dans notre actualité nationale. Il y avait d'abord cette mauvaise nouvelle sur le front de l'emploi. En septembre, le chômage bondit encore. Après le bug de SFR en août, qui avait empêché à quelques millions de demandeurs d'emploi d'actualiser leur inscription à Pôle Emploi, le nombre d'inscrits est reparti à la hausse, +60.000. Hollande espère toujours inverser la "courbe de la hausse". Mais à quoi sert Pôle Emploi ? Le nombre d'offres collectées chute de mois en mois

Mardi, le volet fiscal de la loi de finances est voté à une large majorité. Le président d'une association des 100 plus grandes entreprises françaises, la crème du MEDEF, donne des leçons d'austérité, il veut , "un signal très fort", avec "un programme global de réforme, concerté, permettant de diminuer les dépenses publiques de 20 milliards d’euros chaque année." En une page d'interview, le gars omet de prononcer les mots "bonus" et "dividende". Chacun ses tabous, n'est-ce pas ?


D'aucuns ronchonnent aussi sur le "matraquage fiscal"... avec un an de retard. Car, fallait-il le rappeler, cette loi de finances 2014 ne comporte que peu d'impôts supplémentaires, et même quelques très bonnes mesures pour les classes populaires: "173.000 foyers fiscaux seront exonérés de taxe d'habitation" martèle Bernard Cazeneuve; "330.000 ménages modestes verront leur CSG baisser en moyenne de 530 euros". Au total, quelque 1,5 milliard d'euros ont été ainsi débloqués "pour le pouvoir d'achat". La TVA sur les travaux de rénovation thermique est redescendue de 7 à 5,5%. Les rendements de l'assurance-vie seront inclus dans le calcul de l'ISF. On pourrait citer le relèvement des taxes sur les cessions d'oeuvres d'art, de bijoux, et de métaux précieux; la baisse de celles sur les importations d'oeuvres d'art, et quelques durcissement sur les plus-values de cessions d'entreprises.

La fameuse taxe à 75% est votée, sous la forme d'un prélèvement à la source, calculé par les entreprises. Des clubs de foot menacent d'une grève, en novembre. Pauvres bichons... ils ont peur de ne plus pouvoir payer leurs vedettes du ballon rond. L'indécence du foot-business se loge aussi ici. Nous aurons un weekend sans match. Quelle tristesse... Ces présidents de clubs sont reçus par Hollande pour s'entendre dire que "la loi doit être la même pour tout le monde".

Allez jouer...

Le bashing anti-Hollande reprend jeudi. Les premières mesures de financement de la Sécurité sociale sont adoptées la veille. Il suffit d'un alignement du taux de taxation sur les revenus de l'épargne placée en PEA, PEL et assurance-vie (à 15,5%) sur celui des autres produits d'épargne pour que la bronca s'élève des éditocrates de droite aux confins de la gauche morale. L'impact est financièrement anecdotique pour les milliers de ménages qui ont un peu de placement. Mais qu'importe ! Il faut hurler ! Les chaînes et sites d'information relayent même un gros mensonge - la prétendue rétroactivité de la mesure. Plus surprenant, nombre de blogueurs ou Twittos de gauche relayent cette caricature, alors que la gauche réclame depuis longtemps l'égalité de traitement fiscal et, en l'occurrence, de cotisations sociale entre revenus du capital (épargne, plus-values, etc) et du travail.

Le sénateur UMP Philippe Marini promet un recours contre le Conseil constitutionnel. On imagine qu'il sera soutenu par le Front de Gauche.  

Le même Marini, par ailleurs Président du groupe interparlementaire France-Arabie Séoudite-Pays du Gofle, s'inquiète des départs de contribuables à l'étranger: plus de 35.000 Français quittent le pays, dont 40% de "jeunes actifs". Une hémorragie anecdotique mesurée ... en 2011. Le "story-telling" s'échoue dans le sable.

Le même Marini n'avait visiblement rien à dire sur l'encadrement des loyers voté au Sénat.
En quelques heures, donc, quelque 1,5 milliard d'euros d'allègements d'impôts pour les classes populaires ont été éliminés, effacés, supprimés de notre mémoire immédiate par 600 autres millions d'euros de prélèvements supplémentaires votés pour financer la Sécu. Une démesure totale, qui illustre une fois de plus la gravité de la situation: les caricatures se doublent une inquiétude ample, profonde, cette "résignation rageuse" qui finit par paralyser les esprits.

Il y a un qui trépigne, toujours et encore, en coulisses. On avait fini par l'oublier.

Nicolas Sarkozy avait forcément quelque chose à dire, en "off" toujours. Comme à chaque fois que l'actualité nationale s'emballe sans lui. Mercredi, il fait la une de Paris Match. On y apprend que le 11 octobre, il parlait devant un parterre de chefs d'entreprise.  La politique le "fatigue", mais, assure-t-il, "vous n'êtes pas débarrassés de mon intérêt pour la France".

Nous resterons intéressés par Nicolas Sarkozy. Son meilleur ami Balkany aurait un joli compte en Suisse, rappelle Mediapart. Jeudi, Libération balance une bombinette: Eric Woerth, son "meilleur" ministre, a accordé entre 54 à 83 millions d'euros d'abattement fiscal à Bernard Tapie pendant l'arbitrage Adidas. L'ancien trésorier du Premier cercle venait d'échapper à une mise en examen dans l'affaire de l'hippodrome de Compiègne.

On imagine, bien sûr, que l'homme avait agit seul.




“La vraie cause de la montée du Front national n’est pas si difficile à identifier : c’est la montée du chômage, le fait que 25% des salariés français gagnent moins de 750 € et l’incapacité des dirigeants de droite comme de gauche à offrir une alternative crédible à la déconfiture du capitalisme financier.”
Philippe Cohen




Crédit illustration: Do-Zone Parody

22 commentaires:

  1. une chronique comme je les aime..(Juan..grr : ad hominem)

    CASTOR

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  2. Concernant la taxation des PEA, PEL et Assurance-Vie, je ne crois pas que la levée de bouclier vienne de cette mesure. Le fait qu'on pinaille sur sa rétroactivité ou non est complètement anectodique à mon avis.

    Le souci étant que cette mesure intervient alors qu'on attend toujours une vraie taxe sur les transactions financières, que dans la même semaine au Ministère de la Culture on se réjouit de ce que l'Assemblée nationale adopte un taux de TVA de 5,5 % sur les importations d'oeuvres d'art.

    Je pense que toute la gauche sera d'accord sur une taxation égale de tous les revenus.

    Dans le contexte actuel, cette mesure sonne comme un "taxons les pauvres, il sont tellement plus nombreux."

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  3. petite plume perdue...26 octobre 2013 à 18:27

    Juan, le lien vers Philippe Cohen ne marche pas...

    ***

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  4. L'anonyme m'a devancé : en effet, les transactions spéculatives restent toujours aussi peu concernées par l'effort commun. Pourquoi ? On peut poser la question à Moscovici.... je doute qu'il réponde franchement.

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    1. c'est plus complexe que cela. L'actualité aidant, on oublie que les impots ont été fortement augmenté sur ce qu'il est convenu d'appeler les classes supérieures, mais aussi les entreprises. J'avais reproduit ici quelques graphes établis par Marianne.

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    2. mais le compte n'est pas bon in fine; je suis d'accord.

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  5. Toujours le même ordonnance et la même posologie chez docteur Juan, blogueur de gouvernement :
    1. Compatir aux malheurs du pauvre Hollande, victime besogneuse des malfaisants et des critiques
    2. Les regrouper habilement, l'air de rien, sous le vocable "d'Hollande bashing".
    3. Pour finir, agiter longuement l'épouvantail Sarkozy.

    Pas sûr que ça marchera.

    Mais il est risible, pour ceux qui en sont encore capables, de voir cet homme, ce leader plein de bonne volonté, cet ennemi (amnésique) de la finance, sérieux, courageux même, disons-le courageux, dernier rempart contre l'injustice et la détresse, être l'otage de plus de 60 millions de personnes apeurées et conservatrices.

    Heureusement, Juan est là pour faire des analyses rafraichissantes et positives, oui, positives est le bon mot. Là où le citoyen lambda voit une homme inconsistant et velléitaire, Juan observe le responsable pondéré et mesuré; là où le citoyen lambda méprise le faux ennemi de ma finance, Juan comprend les contraintes de la politique ...etc ...etc ....

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    1. J'ai l'impression que tu as raté le fil: http://sarkofrance.blogspot.fr/2013/10/hollande-quand-la-france-perd-son-sens.html; http://sarkofrance.blogspot.fr/2013/10/quelles-lecons-politiques-peut-on.html

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  6. les propositions concrètes et réalisables des démos and co ont les découvre quand ?
    à la saint glinglin ou quand les poules auront des dents ?

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    1. T'as raison, mon gars, l'expression :"quand les poules auront des dents" est excellente et tu peux l'ajouter à tous les prêchi-prêcha des excellences socialos.
      Exemples : le chômage baissera .... "quand les poules auront des dents", la réforme de la fiscalité se fera ...."quand les poules auront des dents", "la relance de la croissance viendra .... quand les poules auront des dents" .... ad libitum .... Les socialos son incompétents et je dois le concéder, à mon regret, qu'ils sont pires que leurs prédécesseurs, ce qui est une vraie prouesse aux JO de l'ignominie.

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    2. Les socialos sont les Usain. Bolt de l'ignominie ou comme Lucky Luke ils trahisent leurs promesses plus vite que leur ombre.

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  7. Encore une preuve de plus . Vouloir taxer les gueux et leur PEL et annuler la taxe sur les transactions financières , merci Mosco : trop c'est trop , même Sarko n'aurait pas osé !

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    1. si si, Sarko a largement osé (suppression de l'impot de bourse, par exemple).

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    2. Vous croyez sincèrement que les "gueux" (à 750 € de revenus mensuels, voire moins) ont les moyens d'avoir un PEL ? Où vont-ils chercher de quoi épargner ?

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    3. Augmenter la TVA est le seul moyen de leur prendre les trois francs six sous qu'ils leur restent aux gueux. C'est un peu comme si la droite et la gauche c'étaient mis d'accord pour leur faire la peau. Faut tout leur prendre aux pauvres, TOUT !

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  8. Bonjour,

    Je voudrais partager l'optimisme de Juan, mais je ne suis pas sûr que Hollande se contentera de dire aux dirigeants du football que "la loi doit être la même pour tous". Je crains au contraire qu'on leur confectionne un système dérogatoire de type "usine à gaz", qui ouvrira évidemment la porte à d'autres demandes de la part d'autres corporations tout aussi "méritoires". J'aurais préféré que Hollande ne s'abaisse pas à recevoir ces parvenus, comme s'il n'avait rien de mieux à faire...

    Je suis également assez inquiet des échauffourées qui se multiplient en Bretagne. Là encore, je crois que le gouvernement va se sentir obligé de reculer. Il est vrai que, dans le contexte actuel, un impôt supplémentaire tel que l'écotaxe, aussi justifié soit-il, ne donne qu'une image punitive et moralisatrice de l'écologie, ce qui devient insupportable pour beaucoup d'entre nous...

    Jean de Scarpone

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    1. Concernant l'Eco-taxe, je n'ai pas souvenir de manifestations de la FDSEA lors de la décision de sa mise en place...... sous Sarkozy !

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  9. Clairement dans le domaine de la fiscalité ce qui domine c'est le grand n'importe quoi, ici l'auteur répète à l'envie qu'il y aura peu d'impôts nouveaux l'an prochain comme si seul le budget de l'Etat financait les dépenses. Alors même qu'au simple niveau du budget de l'Etat les impôts nouveaux pour les ménages s'élèveront à 10 Mrds d'euros. Et si les ménages les plus modestes seront partiellement épargnés par la fiscalité directe avec le relèvement de la décote et autres mécanismes si peu transparents qu'il faudra attendre la mise en ligne d'un calculateur fiscal par l'administration des impôts pour commencer à y voir un peu clair. Dieu merci l'Etat tire davantage de recettes des impôts indirects.
    Le taux de TVA réduit pour les travaux de rénovation thermique, vanté ici, n'est pas accordé pour n'importe quels travaux. Ceux qui voudront en bénéficier vont devoir s'accrocher, bilan thermique pour commencer, bouquet de travaux, trouver le financement, et quand on voit le bazar que c'est pour décrocher un PTZ, merci bien.
    Il reste pour les modestes les taxes et contributions supplémentaires pour le financement de la sécurité sociale. Là aussi grand n'importe quoi, les projets du gouvernement concernant les contrats complémentaires mutuelles dits responsables sont proprement hallucinant. Espérer faire baisser les dépassements d'honoraires en limitant les remboursements des mutuelles c'est créer de fait un troisième pilier de financement en plus du régime de base et de celui d'une complémentaire apparaîtra probablement une surcomplémentaire pour couvrir les dépassements non remboursés par les deux premiers régimes.
    Taxation sur les revenus de l'épargne, sans doute nécessaire, mais une fois de plus la communication est lamentable et la fiscalité pousse au crime. Le gouvernement qui est incapable de réformer durablement les retraites tape sur l'épargne à long terme, ou celle qui permettra d'investir dans la pierre. Bien vu à court terme, encore un tir à un seul coup, des rentrées exceptionnelles pour une seule année fiscale. Gouverner c'est... prévoir ? Euh...

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  10. La dernière citation est juste.
    Hollande a fait son pari. Il y engage (abusivement, mais il aurait tort de s'en priver) son parti et toute la gauche. Ce pari est-il une alternative crédible, propre à vaincre la montée du FN ?

    - Si oui ("Ya pas le choix tout est foutu" en mode Arié), alors il est temps de remiser la marionnette grimaçante qu'on prête à Sarkozy et à la droite pour effrayer le badaud, leur reconnaître leurs raisons (TSCG, retraite à 62 ans, compétitivité...) et envisager de défendre le "cercle de la raison" avec eux, programme de "synthèse" à l'appui (orgueil d'étiquette mis à part, çà doit pas être insurmontable).
    - Si non ("majorité alternative" en mode Joly), alors il est temps de remiser la marionnette grimaçante qu'on prête à Mélenchon, Maurel et cie pour effrayer le badaud, leur reconnaître leurs raisons et envisager de travailler sérieusement avec eux. Le programme est tout prêt : ils ont le même, programme de synthèse "rose-rouge-vert".

    Dans tous les cas, il va falloir remiser cet esprit de corps, d'étiquette, qui empêche un socialiste de se désolidariser de Hollande, un libéral d'admettre un soc-dem, un pgiste de tolérer un ps, etc. (les réciproques sont vraies). On a plus le temps pour ces conneries. Le programme d'abord, l'orgueil ensuite.

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    1. Philippe Cohen déclarait que "la vraie cause de la montée du Front national : "offrir une alternative crédible à la déconfiture du capitalisme financier" n’est pas si difficile à identifier. Je ne partage absolument pas le diagnostic, car si l'ultra-libéralisme est responsable et destructeur : augmentation du chômage, accroissement de la pauvreté, régression sociale, destruction de l'économie ..., ce n'est pas de déconfiture du capitalisme qu'il s'agit. C'est même contraire, le capitalisme est tout puissant, triomphant, sans opposition, ni alternative et il fait sauter toutes les digues et protections. Voilà ce qui explique la montée du Front national. Faire le diagnostic doit permettre de trouver les solutions adéquates, ce qui dans notre cas, consiste à poser des limites à ce système débridé, qui aspire les richesses au profit d'une minorité privilégiée au détriment de la majorité et de l'environnement.

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