1 octobre 2013

Travail le dimanche: la grande manipulation



Prendre à témoin quelques salariés que l'on devine à cran et dans le besoin pour réclamer ce salaire supplémentaire ultime que représente le commerce 7 jours par semaine est une manoeuvre classique.

L'ancien monarque avait ceci d'indécent, d'incroyablement facile à démonter, qu'il utilisait l'exemple des Champs Elysées, l'un des coins les plus huppés et touristiques dont la France dispose. On se souvient tous de cet exemple fameux, répété en boucle par ce Nicolas Sarkozy précocement répétitif dans ses discours, sur ces "courses" qu'il ne pouvait garantir à Michèle Obama sur les Champs Elysées.

L'idée, nous rappela notre confrère Guy Birenbaum, venait de ... Jacques Séguela.

Sarkozy, Seguela, et quelques autres, ne connaissent pas grand chose de la dureté du salariat. Ils pensent au confort du consommateur.

Ces derniers jours, quelques entreprises privées ont donc décidé de ne pas respecter une décision de justice. ""Il y a des magasins qui peuvent ouvrir tranquillement le dimanche et d'autres qui doivent demander des dérogations. Il serait bien que tout le monde soit logé à la même enseigne", expliqua benoitement une porte-parole de Castorama. Et d'ajouter: "Il est important que les clients fassent aussi entendre leur point de vue vis-à-vis des pouvoirs publics, et qu'ils disent combien il est important pour eux que les magasins soient ouverts, car c'est le week-end et le dimanche qu'on bricole".

Rappelons que la loi défaillante date de 2009, Nicolas Sarkozy président, sa mauvaise blague qui devient mauvaise loi; François Fillon, premier collaborateur insipide qui devient exécuteur sans saveur. Une loi est donc votée, promulguée, appliquée. Point de rémunération supplémentaire quand on travaille ce dimanche dans des zones "autorisées". Quatre ans plus tard, la chose a créée suffisamment de confusions pour terminer au tribunal. Pourtant, la loi était presque claire, la manoeuvre limpide. Il s'agissait de protéger un jour de repos par semaine; se rappeler qu'entre les forts et les faibles - entre le petit commerce et le plus grand, entre les salariés au salaire trop bas et quelques patrons au profit trop gras, la liberté opprime et la loi qui affranchit.

Lundi 30 septembre, voici que l'on apprend que ces collectifs de salariés désireux de travailler le dimanche chez Leroy-Merlin ou Castorama étaient donc entrainés, coachés, préparés par leurs DRH pour manifester et défendre le chiffre d'affaires dominical de leurs employeurs.

En d'autres temps, nous appelions ceux-là, des "jaunes. Désemparés par la crise, quelques salariés des enseignes Leroy Merlin et de Castorama avaient constitué un collectif en décembre dernier pour défendre leur activité le dimanche. Depuis, les patrons et DRH de ces entreprises leur ont fourni un soutien logistique, financier et pratique, c'est-à-dire une agence de communication.

L'information, publiée et étayée par le Huffington Post français, a fait du mal, du tort et des dégâts. Une agence de communication, l'un de ses directeurs associés, Stéphane Attal, Les Ateliers Corporate, bosse sans compter mais avec contrat pour faire la pub de ce collectif pro-travail dominical. Elle est "mandatée et rétribuée par les directions de Leroy Merlin et Castorama", rien que cela, pour "organiser leur communication".  Par précaution, les directions ne sont pas conviées aux réunions entre les salariés et ces communicants...

En avril puis mai dernier, des manifestations étaient déjà financés par les mêmes directions et pour le même sujet. ""Il y a des incitations pour s'inscrire, pouvant aller jusqu'à des menaces pour les futures augmentations de salaire ou les promotions" expliquait une déléguée syndicale. En mai déjà, tout était payé par les entreprises : matériel, tee-shirts, transport, repas et même rémunération durant les manifestations étaient pris en charge, quelle merveille !

A Paris, le débat s'invite dans la campagne électorale. La bobo-aristo Nathalie Kosciusko-Morizet aimerait imposer le sujet dans une élection parisienne. Quelle surprise... C'était "hype" et "pro-job" que de promouvoir cette consommation tous azimuts.

Ce lundi, donc, une réunion "d'urgence" fut tenue à Matignon. Il fallait donner quelque chose à manger aux contestataires. Une "mission" fut confiée à un ancien patron de la Poste qui n'était jamais ouverte le dimanche, Jean-Paul Bailly, de réfléchir à la suite.


A bon entendeur...


[NDR: on notera que la belle quasi-unanimité des blogueurs de gauche, blogueurs dits de gouvernement inclus, contre cette affaire, imposture surréaliste. Quelques voix discordantes, c'est leur droit. Quelques absurdités néo-libérales, c'est la droite.]

18 commentaires:

  1. Bonjour. Très bon article. Merci de rapeler cette fumisterie, le comportement de certains patrons et salariés et cette période de crise en dit long. Heureusement que nous ne sommes pas en état de guerre...
    @June74000

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  2. Bonjour. Très bon article. Merci de rapeler cette fumisterie, le comportement de certains patrons et salariés et cette période de crise en dit long. Heureusement que nous ne sommes pas en état de guerre...
    @June74000

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  3. Je le savais et j'ai déjà produit une abondante littérature sur le sujet qui prédisait qu'ils ne lâcheront jamais le morceaux et quand ils pourront faire bosser les gens 7/7 sans que ça leur coûte un kopeck de plus, ils attaqueront la nuit!
    http://blog.monolecte.fr/post/2007/01/30/Au-sujet-de-louverture-des-commerces-le-dimanche
    http://blog.monolecte.fr/post/2007/02/02/Le-dimanche-on-fait-rien-comme-des-gros-manches

    Puis, déjà, une attaque en règle par des fraudeurs (moins promptes à les punir, ceux-là, hein?)
    http://blog.monolecte.fr/post/2007/07/21/Comment-le-dimanche-travaille-revient-par-la-fenetre
    http://blog.monolecte.fr/post/2007/07/23/Ma-reponse-a-M-Richard-Mallie

    Sans oublier l'autre cheval de bataille du patronat : faire sauter aussi les jour fériés http://blog.monolecte.fr/post/2008/08/14/Ouverture-exceptionnelle

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  4. Cet article c'est la gauche dans toute sa splendeur. Putain les mecs on est en 2013, je rappelle que la croissance est quasi nulle, le taux de chômage est élevé, mais on empêche des employés motivés à aller travailler, ça me dépasse totalement. On propose des emplois qui pourraient rémunérer des millions d'individus, je rappelle que ces individus sont susceptibles de consommer, ça pourrait peut être être bénéfique à l'économie non ? Alors on attend vos idées, vos solutions pour redresser cette France faible économiquement et moralement. Avez-vous vu les images de ces salariés écoeurés ? Vous pensez punir les grandes firmes, mais c'est le peuple et la classe moyenne qui sera pénalisée.
    C'est beau d'être idéaliste, de vouloir à tout prix protéger les salariés, mais ici on ne protège rien du tout, au contraire. Ici c'est plus les 30 glorieuses, j'aurai tendance à dire que tout est bon à prendre, surtout pour des smicard qui avaient l'occasion d'augmenter de plusieurs centaines d'euros leur pouvoir d'achat. Ce qui me dégoûte le plus, c'est que le gouvernement n'a proposé aucune mesure concrète pour redresser la France économiquement, mais se permet de snober une vraie demande des salariés, c'est simplement inacceptable et insupportable.

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    1. OK Baptiste, mais alors, je te prends au mot : que ce que vendent des caissiers du dimanche, soit produit en France obligatoirement, là nous pourrons vraiment redresser l'emploi. Cela va à l'encontre des accords européens ? Alors, passons-nous de cette Europe, qui est un mal et non un bien, cette Europe à laquelle, je le rappelle, nous avons dit NON en 2005.

      Quant aux grandes firmes, débarrassés du carcan des lois européennes, il sera possible de les casser, en particulier en dépossédant les actionnaires de leur prébende intéressée, et de leur pouvoir en découlant.

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    2. Baptiste, il faut revenir parmi nous, dans le monde réel: les ventes qu'on fait le dimanche, on ne les fait plus le samedi et les autres jours. Zero croissance, rien.

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    3. Juan, si l'ouverture du dimanche ne fait pas plus de vente au final, c'est donc que tous ces magasins font ces réclamations vraiment pour rendre service... (ce dont je suis sceptique)
      Pour vivre au Québec actuellement, ou beaucoup de magasins ou (de bibliothèques municipales..) sont ouverts le dimanche, franchement, c'est - parfois - bien utile. On notera aussi que les ouvertures de weekend y sont généralement sur des horaires réduits : Walmart (qu'on ne peut accuser d'ètre des gauchistes, bien au contraire) ouvre le samedi dimanche, mais de 8 a17h sur ces deux jours ( au lieu de 8-21) : je trouve cela mieux (pour les employés) que les usages francais de ne travailler certes que le samedi, mais sur les mêmes horaires qu'en semaine..

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    4. Juan, si les ventes le dimanche n'avaient pas pas d'intérêts, il n'y aurait pas les firmes, ainsi que les salariés qui protesteraient main dans la main contre l'interdiction de travailler le dimanche. (ce qui est plutôt rare)
      Comment ça "zéro croissance" ? Je rappelle que les salariés qui seront payés en France seront également amenés à y consommer. De plus, je rappelle que la croissance est permise par la consommation, ainsi, cette mesure sera bénéfique à l'économie, que tu le veuilles ou non.

      Je souhaiterai également répondre à babelouest : tu mélanges vraiment les problèmes et les thématiques. L'Europe est certes un problème, mais la croissance en est un autre. Que voudrais-tu ? Que l'on opte pour des politiques protectionnistes ? Que l'on se renferme sur nous même ? Nous serions incapables de produire et d'innover sans ouvertures vers le monde, là encore, regarde la réalité en face : l'un des seuls pays réellement protectionniste est la Corée du Nord, et ses qualités de production et d'innovations laissent à désirer, tu en conviendras. Ainsi, il est préférable de s'ouvrir et d'accepter la globalisation telle qu'elle en est en se servant de ses nombreuses ouvertures et capacités que de s'enfermer sur son propre territoire en constatant que les richesses du monde entier étaient en fait nécessaires, mais ceci est un autre débat.
      Pour revenir au travail le dimanche, pourquoi voudrais-tu que ce qu'ils vendent soit nécessairement produit en France ?? Certes la production française est une nécessité, mais la encore, c'est un autre débat. Ici, le but est simplement de permettre à des employés motivés d'aller travailler pour augmenter leur pouvoir d'achat, cela n'est-il pas légitime ?

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    5. Désolé Baptiste, nous ne sommes décidément pas sur la même longueur d'onde. Je rappelle que le protectionnisme n'est pas la fermeture des frontières, mais un filtrage sélectif. Quant à la croissance, non, je ne suis pas pour. Pas en France. En revanche, une meilleure répartition des richesses, oui : et c'est toute le différence.

      Et n'est-il pas évident que si tant de choses que l'on trouve étaient produites en France, cela relancerait forcément l'emploi, plutôt que de n'avoir le choix qu'entre made in China et made in Indonesia. Et justement, c'est là, le débat. Celui que les richous veulent occulter précisément.

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  5. la décision de justice, c'est suite à une plainte déposée par Bricorama contre Casto et leroy, pour "rupture d'égalité " . Illico, battage médiatique ( en escamotant le justiciable dépositaire de la plainte ), mises en cause des affreux syndicats (qui, pour une fois ne demandaient rien ), branle-bas de combat au gouvernement, instrumentalisation des salariés...! Tout ça pour un règlement de compte entre grandes surfaces du bricolage .
    Il faut rappeler que ces grandes surfaces disposent de dérogations, accordées par les préfets . La "rupture d'égalité" doit venir, sans aucun doute, d'une pression exercée par Casto et Leroy sur les préfectures pour qu'elles refusent la dérog à Bricorama .
    Ce mic-mac va très loin : La dérogation va de paire avec le volontariat . Légaliser le travail du dimanche, c'est la fin du volontariat et l'obligation de présence induite . Car essayez donc de refuser chaque dimanche d'être présent et très vite, on vous fera comprendre qu'on peut se passer de vos services !
    Bozo

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  6. Juan, j'aime beaucoup la citation de Lacordaire, mais il semble qu'on lui donne souvent un sens qui n'a rien à voir avec son intention originelle: http://ordrespontane.blogspot.fr/2012/03/culture-et-detente.html

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  7. Il y a quand même un argument dont on aurait pu faire l'économie, contre le travail du dimanche (à vouloir trop prouver...), alors qu'il ne manque pas de beaucoup d'autres pour s'y opposer.

    On a beaucoup écrit que l'ouverture de grandes surfaces, le dimanche, n'augmentait en rien le total des ventes, et ne faisait que reporter sur le dimanche des ventes qui, autrement, auraient été réalisées les autres jours de la semaine.

    Si c'était vrai: pourquoi les patrons des grandes surfaces se battraient-ils tellement pour rester ouverts le dimanche, ce qui entraîne des frais de fonctionnement supplémentaires?

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    1. Pourquoi? c'est très simple: pour tuer les concurrents non ouverts le dimanche.
      Globalement le chiffre d'affaire du secteur ne changera pas mais se concentrera sur qq enseignes. Quand sera acquise la banalisation du travail le dimanche, adieu les 30 ou 50% de prime et le volontariat.

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  8. @Elie Arié
    Mais l'ouverure du dimanche, c'est un débat parisien . En province, même les grosses boites comme Casto ou Leroy sont fermées parce que, justement, le taux de fréquentation rend l'ouverture non rentable . Même Plan de Campagne, ce centre qui est à la base de la loi portée par le député local, dont le nom m'échappe, ne voit pas tous ses magasins ouverts le dimanche Et c'est faire peu de cas des dérogations qui ne sont refusées, le croiriez-vous qu'aux petits commerçants !

    Bozo

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  9. @Guillaume: l'ouverture du dimanche sert les grandes enseignes contre le petit commerce. Oui, Bricorama, Auchan et d'autres ont tout à gagner. Oui, Sephora a tout à gagner à ouvrir plus tard que la parfumerie de quartier.

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  10. La réponse à la question de l'ouverture des commerces le dimanche est évidemment différente si l'on est actionnaire d'une chaîne de grands magasins, commerçant de quartier, étudiant, père de famille, chômeur, citadin, couple en activité ... mais, elle ne peut pas, en tout cas, faire l'impasse sur plusieurs sujets comme les contreparties - temps de travail, rémunération - à garantir aux salariés concernés, comme le principe du volontariat (ou pas) ou la nature de l'activité.

    Ne soyons pas dogmatiques, mais prudents. Le repos du dimanche a, dans notre société, une valeur symbolique et il rythme la vie familiale sans compter que nombre de libéraux sont disposés à remettre en cause les jours non travaillés que sont les jours fériés.

    Pour ceux-là, tout ce qui permet d'accroître les bénéfices sans partage est bon à prendre quel que soit l'alibi.

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