3 octobre 2013

Rythmes scolaires: retour sur la polémique d'un lobby.

C'est l'histoire d'une rentrée  scolaire qui se passait "trop bien". Cela ne pouvait pas durer. Il fallait rebondir.

Dix-huit mois après son entrée en fonction, le ministre de l'éducation s'applique sans brusquer. On se souvient de la suppression de la carte scolaire, en trois mois; de la réduction de 15.000 postes, chaque année. Où étaient les critiques d'alors ? Elles se planquaient, avant de s'exprimer, sur le tard, très tard, quand l'évidence du fiasco s'imposait.

La rentrée arrive. Premiers jours de septembre, quelques maires râlent, mais l'argument général passe bien. Les difficultés sont ailleurs. Certes, l'association des Maires de France, présidée par un UMP, s'est plaint durant l'été, avec courrier à François Hollande. Mais les nouveaux rythmes scolaires ne concernent que 20% des élèves. Et, faudrait-il le rappeler, en majuscules et avec obstination, cette réforme ne visait nulle économie. Il ne s'agit que d'une chose, une simple mesure de bon sens: 4 jours et demi par semaine pour mieux étaler la charge éducative, et ainsi réintégrer dans l'enseignement public et gratuit des activités péri-scolaires à l'accès inégalitaire.

Enfin, l'Education est ce secteur prioritaire de la Hollandie. Il y a encore fort à faire - réécrire les programmes scolaires, former des nouveaux enseignants; revoir les zones d'éducation prioritaire, décharger les classes - mais nos éditocrates et autres UMPistes désoeuvrés se cherchaient un sujet.

Début septembre, nous pouvions louer le retour de ce ministre devenu, par la force des choses, discret.

L'UMP ne sait plus comment rebondir. Jean-François Copé, ce lundi 30 septembre, lâche sa bombinette. Il s'est trouvé une sujet: les nouveaux rythmes scolaires dont le coût "pèse" sur les "collectivités locales". Nulle allusion aux élèves. de toute façon, la grande idée de Copé  s'il parvenait au pouvoir serait de supprimer un million de fonctionnaires. Rien que ça... on imagine les dégâts sur les futurs rythmes scolaires.

Le président de l'Association des Maires de France, explique, avec moins de hargne, que l'application de nouveaux rythmes est compliquée et couteuse: il évoque un surcoût "entre 600 et 800 millions d'euros", alors que le "fonds d'amorçage" créé par l'Etat ne serait doté que de 250 millions d'euros.

Quelques maires, agités par l'association, hurlent au suicide budgétaire. A Paris, NKM rebondit sur un sujet qui n'agite pourtant pas les finances de la capitale.

Mercredi 2 octobre, Copé renchérit. Il invente un concept, la "taxe Peillon", ça sort de nulle part, cela ne correspond à rien; ça permet d'occulter la réforme. Pour une fois qu'on réforme l'éducation nationale pour autre chose que le souci de faire des économies, rares sont les médias qui relèvent cet aspect. Au contraire, tout le monde se plonge dans le tract de l'UMP, tiré à un million d'exemplaires. Finalement, ce parti n'était pas exsangue.

Un mois après la rentrée, l'AMF relance, elle s'inquiète de la rentrée 2014 (sic!), elle dénonce le calendrier. Copé se félicite. Voici la menace. A cause de Hollande, pourtant plus rigoureux sur les budgets, les colectivités locales seraient contraintes d'augmenter leurs impôts locaux.

Notez l'ironie: les défenseurs de la famille pour tous s'indignent que l'on consacre davantage de moyens à l'éducation de nos marmots. 

Sans commentaires, la nausée seulement.

Une certaine presse, à l'affut du raffut, rebondit. Ainsi l'inévitable Christophe Barbier, patron de l'Express, lâche-t-il cet édito sans saveur sur le "fiasco". Rien n'est pourtant encore en place, 80% seulement des élèves ne sont pas concernés. Le Monde, habituellement prudent, multiplie les articles sur ces élèves "fatigués" et "déboussolés". Le Figaro, sans surprise, s'inquiète: "les maires veulent remettre à plat le financement de cette réforme".

Que fallait-il retenir ?

Rien.

Car personne, ô personne, n'osa rappeler le sens ni les objectifs de cette réforme.

On ne pensait que modalités et financement.




12 commentaires:

  1. Rythmes scolaires. Hum... suis-je compétent ? Ma petite-fille la plus âgée vient d'entrer en école maternelle.

    Je ne suis pas hollandiste, loin s'en faut. Je l'ai suffisamment démontré, puisque j'ai tenté de le dissuader de se présenter en 2012 afin que la Gauche gagne.

    Sur ce point précis, comment pourrais-je donner tort au gouvernement ? 4 jours et demi ? Pourquoi pas 5 jours ? Les enfants ont besoin que les enseignements ne soient pas trop longs chaque jour, quitte à ce que chaque jour de classe effective soit plus court. C'eet au point que, quand j'étais jeune (je ne sais pas comment c'est maintenant, mais je pense que cela n'a pas changé) en Allemagne il n'y avait pas de cours l'après-midi, mais du sport et des activités extra-scolaires. Je ne suis pas sûr que le modèle allemand de l'époque était irréprochable. Cela obligeait à des matinées à mon avis trop longues. Il vaut mieux avoir une coupure, mais qu'en revanche les activités non spécifiquement scolaires soient réparties au cours de la semaine. On y gagne très certainement.

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    1. merci de cette réaction. C'est l'un des sujets où l'on peut se rejoindre ;-) !

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  2. Je fais partie d'une génération qui avait classe 4 jours et demi par semaine, la demi-journée étant le mercredi... Et j'en étais très heureuse et pas déboussolée pour un sou. C'est le passage à la semaine de 4 jours que je n'ai pas compris.
    Aujourd'hui maman d'un petit garçon de 3 ans qui vient de rentrer en maternelle, je ne comprends pas les classes de 31 élèves et je ne m'étonne pas que la maîtresse se sente débordée dès qu'un enfant dépasse du cadre. Faire des économies, oui. Mais pas sur le dos de l'éducation de nos enfants.
    J'aurais peut-être préféré que la demi-journée de plus soit voué à de l'enseignement ou alors une activité bien précise qui pallierait à l'impossibilité de certains parents à emmener régulièrement leurs enfants, qui à la danse, qui au cheval ou à la piscine. A suivre...

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  3. La montée au créneau de Copé est bien sur purement politique et pas vraiment génératrice d'un débat enrichissant pour le principal intéressé : l'enfant scolarisé. Mais je dirais fort modestement, en simple parent d'élève, que ce qui devait être un allègement du rythme scolaire me parait plutôt être un allongement de la présence des enfants dans l'enceinte de l'école, avec de la fatigue en plus. Il y a certes des activités qui se mettent en place bon an mal an, mais j'ai bien peur du contre-coup de fatigue accumulée pour ces enfants qui sont à l'école de 8h20 à 18h (voir plus dans le cas de garderie scolaire), et ce 5 jours pour semaine. De vrais petits forçats

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  4. Ce que vous n'expliquez pas et qui vaut la peine d'être précisé, c'est que le changement des rythmes scolaires - que l'on soit favorable ou opposé à la mesure - impose que les communes prennent en charge, à partir de 15h30, les enfants qui ne rentrent pas chez eux. Pour ce faire, les d'élus se tournent, comme cela est a priori prévu, vers les associations sportives ou culturelles pour que celles-ci assurent, à raison de 45 minutes quotidiennes, des activités, alors que les situations locales rendent cette pratique quasi-impossible : pas de locaux adéquats, temps insuffisant pour démarrer et réaliser une activité, absence de dotation en matériel pour les enfants.
    La mise en œuvre est complexe et, à ce que j'ai pu voir là où je me trouve, le dispositif n'est pas arrêté et les élus ne voient pas comment s'organiser, sans compter que la plupart d'entre eux ne sont pas enclins à augmenter la fiscalité locale. Intox ou volonté de ne pas collaborer à la réalisation du projet ? Peut-être. En tout cas, celui-ci semble bien mal ficelé.

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    1. C'est bien pourquoi la semaine des cinq jours est-elle peut-être préférable, avec peut-être plus de récréations, et des animations assurées par les enseignants et réparties dans la semaine, pour aérer la partie enseignement.

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    2. C'est faux (et c'est bien le problème de ce decret), il n'y a aucune obligation dans les textes (relisez bien) pour les communes de prise en charge des enfants après la classe. Alors, chaque commune fait selon ses moyens et/ou met la main à la poche. A Rennes, par exemple, la Ville a fait en sorte que l'heure de sortie de classe corresponde à 1/4 d'heure près à celle de l'année, passée pour je cite "ne pas lâcher les enfants dans la rue à 15h30".

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  5. Je fais partie d'une génération qui avait "école" le lundi, mardi, mercredi, repos le jeudi, vendredi et samedi . Le samedi après-midi, il y avit "plein air" ou télé scolaire si le temps était trop moche . Nous n'en sommes pas morts et, je pense, pas plus bète pour autant . Mais on a le droit de me contredire !

    Bozo

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  6. Bozo , en ce temps la l'école n'était pas le terrain d'une foire d'empoigne sans fin .
    Aujourd'hui chaque élève , chaque parent d'élève , chaque association de parents d'élèves , chaque pédagogue ,chaque médecin , chronobiologiste , chaque politicien a son mot à dire et bien évidemment dans cette cacophonie aucune réforme complexe n'a de chance de passer .
    Raison de plus pour être modeste dans les objectifs d'une réforme , se garder de tout chambouler surtout quand on demande à des collectivités locales appauvries de faire l'appoint à moins d'être masochiste .
    Pc.

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    1. c'est le coté pervers de la décentralisation : on a transféré des compétences aux régions mais on s'est bien gardé de transférer le fric qui allait avec !

      Bozo

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  7. La réforme des rythmes scolaires va évidement dans le bon sens. Mais il y a un problème de moyens. Là où l'éducation nationale est en mesure de mettre des professeurs devant chaque élève, en revanche les différentes communes ne peuvent pas proposer les mêmes activité périscolaires. Il peut y avoir des ingalités.
    Mais d'un autre côté, avec la volonté politique, il devrait être possible de proposer de nombreuses activité, dans tous les petits patelins on va trouver des associations sportives, des bibliothèques, des conservatoires et bien d'autres chose. Leur faire pénétrer l'école est vital car le faire en dehors des cours est simplement impossible pour bon nombre de familles qui vivent dans la précarité. Repensons à l'enfant avant toute chose.
    Au primaire j'avais cours le samedi et pas le mercredi. Mais plus que le temps passé à l'école, avoir des activités ludiques après les cours aurait été une bonne chose pour moi je pense.

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  8. dans la semaine d'avant (école lundi mardi mercredi et vendredi samedi) que certains relèvent il y avait une coupure au milieu quand même. Les enfants ont beaucoup de mal à tenir 5 jours d'affilés concentrés et disponibles le matin pour les apprentissages. En tout cas en maternelle. Si on considère que c'est seulement une garderie collective sans objectifs d'apprentissages qu'on nous le dise clairement !

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